THE J. PAUL GETTY MUSEUM LIBRARY
BULLETIN
L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE
1. I E G E O I S
BULLETIN
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LIEGEOIS.
TOME XL 3SL I
LIÈGE
LÉON DE THIER, BOULEVARD DE LA SAUVENIÈRE . 12
1888
GEITï CUt i ht LiôKnti
Institut Archéologique Liégeois
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STATUTS CONSTITUTIFS
Art. I. — Une société est fondée à Liège pour recher-
cher, rassembler et conserver les œuvres d'art et les
monuments archéologiques, particulièrement ceux de la
province et des anciennes dépendances du pays de Liège.
Elle prend le titre iï Institut archéologique liégeois
et correspond avec les sociétés savantes , belges ou
étrangères , instituées dans des vues analogues.
Art. II. — L'Institut se compose :
1° De seize membres effectifs au moins et de trente au
plus ; ils doivent être domiciliés dans la province ;
2° D'un président et d'un vice-président honoraires , à
savoir : le gouverneur de la province et le bourgmestre
de la ville de Liège ;
3° De vingt membres honoraires;
4° De cinquante membres correspondants ;
5° De membres associés.
— VI —
Art. III. — Les places vacantes pour le titre de membre
effectif, honoraire ou correspondant, seront mentionnées
sur les convocations , afin que l'on puisse procéder aux
présentations de candidats. Ces présentations devront être
faites par écrit et signées par trois membres effectifs.
L'admission, décidée par bulletins secrets et à la majorité
absolue des suffrages , aura lieu dans la séance qui suivra
celle où auront été faites les présentations , et dont elle
devra être distante d'au moins huit jours.
La moitié, au moins, des membres effectifs existant
devra être présente pour pouvoir procéder à l'élection
d'un membre effectif, et le tiers , après une seconde
convocation.
L'élection des membres effectifs et des membres hono-
raires a lieu dans la séance du mois d'avril et dans celle
de décembre, après la formation du bureau.
Lorsqu'il y aura lieu d'augmenter le nombre des
membres effectifs, conformément au § I de l'article II,
il faudra une délibération expresse de Y Institut avant de
pouvoir procéder à la présentation de candidats.
Art. IV. — Les réunions ordinaires ont lieu mensuelle-
ment, sauf pendant les mois d'août, septembre et octobre.
Le bureau fixe le jour et l'heure des séances (1).
Les membres effectifs qui , dans le courant de l'année ,
n'auront pas payé leur cotisation , seront, après avertis-
sement , considérés comme démissionnaires.
Aucune résolution ne peut être prise si sept membres
effectifs au moins ne sont présents à la séance.
Les membres honoraires , correspondants ou associés ,
peuvent assister aux séances. Ils ont voix consultative.
Toute discussion étrangère au but de l'Institut est
interdite.
1) C'est actuellement le dernier jeudi du mois.
— VII —
Les décisions sont prises à la majorité des voix. En cas
de parité, la proposition est rejetée.
Sur la demande de trois membres, on procède au scrutin
secret.
Art. V. — Le bureau se compose du président , du
vice-président, du secrétaire, du conservateur, du biblio-
thécaire et du trésorier.
Les fonctions des membres du bureau sont annuelles.
Chaque année , à la séance du mois de décembre ,
Y Institut , en procédant à l'élection de ses fonctionnaires ,
nomme un vice-président , qui entre en fonctions le
1er janvier.
L'année suivante , il devient de droit président de
Y Institut pour le terme d'une année, après laquelle il
n'est pas immédiatement rééligible , ni comme président ,
ni comme vice-président.
Les autres membres sortants du bureau sont rééligibles.
Art. VI. — Le président veille à l'exécution du règle-
ment; il dirige les travaux et les discussions des réunions.
En cas d'absence du président et du vice-président , le
membre le plus âgé en remplit les fonctions.
Art. VII. — Le secrétaire tient les procès-verbaux
des séances, la correspondance, etc.
Tout procès-verbal ou décision de la société est signé
par le président et par le secrétaire. Ce dernier signe seul
les pièces qui n'impliquent aucune décision de la société.
En cas d'empêchement du secrétaire , ses fonctions sont
remplies par un membre que désigne le président.
Le secrétaire a la garde du sceau et des archives de
la société.
Il présente chaque année, au mois de janvier, un rap-
port détaillé sur les travaux de Y Institut , sur les acqui-
sitions faites et sur les objets et livres offerts.
— Vlli —
Art. VIII. — Le conservateur a la direction du Musée
provincial.
Il dresse, tous les ans, un inventaire, qui est vérifié et
approuvé par le président. Cet inventaire indique la
provenance de chaque objet et l'époque de son acquisition.
Pendant les trois mois de vacances, le conservateur
peut, avec l'assentiment du bureau, faire les acquisitions
qu'il croira utiles.
Art. IX. — Le bibliothécaire tient un catalogue des
livres offerts à Xlnstitut ou acquis par lui.
Il rend compte chaque année des accroissements de la
bibliothèque.
Art. X. — Le trésorier est chargé des recettes et des
dépenses.
Il n'effectue de paiement que sur ordonnance signée
par le président et par le secrétaire.
Il rend compte de sa gestion dans la séance du mois de
janvier de chaque année.
Art. XL — Les recettes de la société se composent de
la cotisation annuelle des membres effectifs, associés ou
correspondants , et des subventions à obtenir de l'État ,
de la province et de la commune-
La cotisation annuelle des membres effectifs est fixée à
la somme de quinze francs; celle des membres associés
est de dix francs. Elle est également de dix francs pour
ceux des membres correspondants qui désirent recevoir
les publications de Xlnstitut.
Ces cotisations sont payables dans le courant du mois
de janvier qui commence l'année pour laquelle elles
sont dues.
Art. XII. — Les objets réunis par la société forment
un Musée, qui est la propriété de la province.
Les moindres dons sont reçus avec reconnaissance. Le
IX
nom du donateur est inscrit sur l'objet offert et dans un
registre ouvert à cet effet.
Les objets qui se trouvent en double au Musée ne
pourront être échangés qu'après une délibération expresse
de Y Institut et du consentement des donateurs. (Cette
règle ne s'applique pas aux monnaies et aux livres. )
Tout objet, même en double, auquel se rattache un
souvenir personnel, ne pourra être échangé.
La proposition d'échange devra être portée à l'ordre du
jour un mois avant la délibération, afin que les membres
puissent prendre connaissance des objets.
Tous les membres sont invités à faire hommage de leurs
publications à la société.
Art. XIII. — L'Institut publie un recueil intitulé :
Bulletin de V Institut archéologique liégeois.
Une commission spéciale, composée de trois membres,
élus à l'époque du renouvellement du bureau, est chargée
de tout ce qui a rapport à la publication du Bulletin.
Le Bulletin est distribué aux institutions publiques
qui encouragent X Institut , aux compagnies savantes
avec lesquelles il entretient des relations et aux membres
qui ont payé leur cotisation.
Les auteurs des articles publiés ont droit à vingt-cinq
tirés à part, qui devront porter, sur le titre, cette
mention : Extrait du Bulletin de V Institut archéolo-
gique liégeois. Ils sont du reste autorisés à faire tirer,
à leurs frais, un nombre indéterminé d'exemplaires.
Les tirés à part ne peuvent être distribués qu'à dater du
jour de la mise en vente de la livraison du Bulletin dont
ils sont extraits.
Art. XIV. — Le présent règlement ne pourra être
changé que sur la proposition écrite de cinq membres
— X —
effectifs; toute modification devra obtenir l'assentiment
des deux tiers au moins des membres effectifs existant.
Après revision des dispositions organiques des
12 avril 1850, 18 janvier 1852, 17 janvier 1857 et
13 avril 1877, les présents Statuts ont été adoptés par
V Institut archéologique réuni en assemblée générale ,
à Liège , le 13 avril 1877.
Pour copie conforme :
Le Secrétaire , Le Président,
E. POSWICK. St. BORMANS.
TABLEAU DES MEMBRES
L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS
PRESIDENT HONORAIRE.
LE GOUVERNEUR DE LA PROVINCE DE LIEGE.
PETY DE THOZÈE (Léon), ®.
VICE-PRÉSIDENT HONORAIRE.
LE BOURGMESTRE DE LIEGE.
D'ANDRIMONT (Julien), 0. *.
BUREAU DE LA SOCIÉTÉ POUR 1888.
Président: St. BORMANS.
Vice-Président : Baron J. de CHESTRET DE HANEFFE.
Secrétaire: Eug. POSWICK.
Conservateur : J. ALEXANDRE.
Trésorier : F. COUCLET.
Bibliothécaire : Ad. DE JARDIN.
Conservateur-adjoint : M. DE PUYDT.
— XII —
MEMBRES EFFECTIFS.
Date de l'admission.
4 avril 1850. 1. SÈLYS-LONGCHAMPS (baron Edmond
de), G. 0. @, sénateur, membre de
l1 Académie royale de Belgique.
18 nov. 1859. 2. BORMANS (Stanislas), 0.®, administra-
teur-inspecteur de l'Université , membre
de Y Académie royale de Belgique.
6 mars 1862. 3. ALEXANDRE (Joseph), archiviste de
l'Administration provinciale.
13 déc. 1867. 4. HELBIG (Jules), ®, artiste peintre,
membre correspondant de la Commission
royale des Monuments.
5. HENROTTE (Nicolas), chanoine de la
Cathédrale, membre correspondant de la
Commission royale des Monuments.
3 févr. 1868. 6. LE ROY (Alphonse), 0. ®, professeur
à l'Université, membre de Y Académie
royale de Belgique.
12 nov. 1868. 7. DEJARDIN (Adolphe), capitaine du
génie en retraite.
1er avril 1870. 8. ANGENOT (Félix),®, greffier provincial.
9. NOPPIUS (Lambert), architecte pro-
vincial.
3 juin 1870. 10. DEJARDIN (Joseph), président de la So-
ciété liégeoise de Littérature wallonne.
1er juill. 1870. 11. HELBIG (Henri), littérateur.
12. POSWICK (Eugène), au château ù'Ingi-
houl, par Engis.
5 janv. 1872. 13. DEWALQUE (Gustave), 0. ®, profes-
seur à l'Université, membre de Y Acadé-
mie royale de Belgique.
5 déc. 1873. 14. THIER (chevalier Charles de), §§,
conseiller à la Cour d'appel,
31 janv. 1879.
19
»
20
31 déc. 1880.
21,
26 mai 1882.
22,
— XIII —
Date de l'admission.
4 février 1876. 15. JAMAR (Edmond), architecte.
27 avril 1877. 16. FRÉSART (Jules), ®, banquier.
27 juill. 1877. 17. HOCK (Auguste), littérateur.
18. SCHOOLMEESTERS (Emile), doyen de
S1- Jacques.
, BODY (Albin), littérateur, à Spa.
, COUCLET (François), graveur.
GRANDJEAN (Mathieu), bibliothécaire
de l'Université.
DARIS (Joseph), chanoine de la Cathé-
drale, professeur au Séminaire.
23. CHESTRET DE HANEFFE (baron
Jules de).
24. FRÈSON (Jules), jg, conseiller à la
Cour d'appel.
25. DEMARTEAU (Joseph), rédacteur en
chef de la Gazette de Liège.
29 déc. 1882. 26. DE PUYDT (Marcel), directeur du
contentieux de la ville de Liège.
28 déc. 1883. 27. TERME (Georges).
31 déc. 1885. 28. BORMAN (chevalier Camille de), ®,
membre de la Députation permanente du
Limbourg, à Liège.
27 janv. 1887. 29. DE SOER(Oscar), îg, à Solières.
30. DEMARTEAU (J. E.), îg, directeur de
l'École normale des humanités.
— XIV —
MEMBRES HONORAIRES.
Date de l'admission.
16 juillet 1852. 1. PITRA (J. B.), cardinal, évêque de
Frascati, bibliothécaire de la Sainte Église
Romaine, à Rome.
Mai 1857. 2. DE DECKER (P.) , C. ®, ancien ministre
de l'Intérieur , membre de Y Académie
royale de Belgique , à Bruxelles.
5 février 1863. 3. CHALON (Renier), C. ®, membre de
Y Académie royale de Belgique, à
Bruxelles.
12déc. 1868. 4. LIMBOURG (Philippe de), propriétaire,
à Theux.
26 mai 1882. 5. REUSENS (Joseph), ®, chanoine de
Malines, professeur à l'Université catho-
lique, à Louvain.
6. Van de CASTEELE (Désiré), conserva-
teur des archives de l'État, à Liège.
29déc. 1882. 7. LOOZ-CORSWAREM (comte Georges
de), à Bruxelles.
26janv. 1884. 8. LAVELEYE (Emile de), C. ®, profes-
seur à l'Université, membre de Y Aca-
démie royale de Belgique , à Liège.
27 janv. 1887. 9. TERME (Antonin) , directeur du Musée
d'arts industriels , à Lyon.
— XV —
MEMBRES CORRESPONDANTS.
Les noms précédés d'un ' sont ceux des membres qui reçoivent le Bulletin.
Date de l'admission.
31 mai 1850. 1. PETY de THOZÈE (J.), consul général
à Bombay (Inde).
16 juillet 1853. 2. NOUE (Arsène de), docteur en droit,
à Malmedy.
* 3. VAN DERSTRATEN-PONTHOZ (comte
F. ) , ® , à Bruxelles.
9 mai 1862. * 4. RENIER (Jean), ®, artiste peintre, à
Verviers.
7 avril 1864. 5. GROTEFEND (C. L.), archiviste de
l'État , à Hanovre.
20 mai 1869. * 6. KEMPENEERS (Auguste), docteur en
droit canon , à Montenaken.
* 7. DELHASSE (Félix), homme de lettres,
à Bruxelles.
3 mars 1871. * 8. MATTHIEU (Jules), professeur, à
Verviers.
7 juillet 1871. 9. SCHOOFS (L. H.), chanoine de la
cathédrale.
2 fév. 1872. 10. LEFÈVRE (J.), instituteur, à Landen.
* 11. LEQUARRÉ (N.), professeur à l'Uni-
versité , à Liège.
1874. 12. KURTH ( Godefroid ) , ® , professeur à
l'Université, à Liège.
29 juin 1877. 13. VORSTERMAN VAN OYEN (A. A.),
généalogiste, à La Haye.
14. TROOZ (Jules de), à Louvain.
* 15. VIERSET-GODIN (Emile), ®, archi-
tecte , à Huy.
24 fév. 1882. * 16. BEQUET (Alfred), ®, conservateur
du Musée archéologique , à Namur.
— XVI —
Date de l'admission.
24 fév. 1882. " 17. DRION (Prosper), îg, directeur de
l'Académie de peinture , à Liège.
* 18. CARPAY (P. J.), artiste-peintre, à
Liège.
* 10. L'ESCAILLE (Henri de), à la Tou-
rette (Hougaerde).
20. HABETS (abbé Joseph), archiviste de
l'État, membre de Y Académie y^oyale
des Pays-Bas , à Maestricht.
* 21. HICGUET (Dieudonné), ®, docteur
en médecine, à Liège.
* 22. WILMOTTE (Joseph), ®, artiste-
orfèvre, à Liège.
* 23. VAN ZUYLEN (Edmond), à Liège.
* 24. DIGNEFFE (Léonce), à Liège.
* 25. OTREPPE DE BOUVETTE (baron
Frédéric d' ) , à Liège.
* 26. BAAR (Alfred), conseiller provincial,
à Liège.
* 27. LOHEST ( Pascal ) , à Liège.
26 mai 1882. 28. CROUSSE (P. F. J.), 0. #, colonel
d'état-major, à Liège.
29déc. 1882. 29. CLERX (Paul), conservateur adjoint
des archives de l'État , à Liège.
* 30. PIRENNE (Henri), professeur à l'Uni-
versité, à Gand.
29 mai 1883. 31. CRAHAY (Louis), ®, conseiller à la
Cour d'appel , à Liège.
* 32. STASSE (Alexis), chef de division au
Gouvernement provincial , à Liège.
28 juill. 1883. * 33. COCHETEUX (Charles), O. ®, général
du génie en retraite , à Liège.
26janv. 1884. * 34. BLANCKART (baron Charle* de),
docteur en droit, au château de
Lexhy , par Fexhe.
— XVII —
Date de l'admission.
26janv 1884. 35. COURTOIS ( L. N.), ingénieur des
ponts et chaussées , à Liège.
* 36. EKMAN (C. E.), membre de la pre-
mière chambre du royaume , à Fins-
pong (Suède).
* 37. FRÈRE-ORBAN (Georges), ®, con-
seiller à la Cour d'appel , à Liège.
* 38. RUHL (Gustave), juge suppléant, à
Verviers.
28 nov. 1884. 39. HOFFMAN (le docteur), secrétaire de
la Société anthropologique , à Wa-
shington.
26 déc. 1884. * 40. BREUL (Adolphe), industriel, à Goé.
Dec. 1885. * 41. TIHON (Ferdinand), docteur en méde-
cine , bourgmestre de Hannesche.
25janv. 1886. 42. GOBERT (Théodore), homme de
lettres , à Liège.
31 mars 1887. 43. BEHAULT-DORNON (Armand de),
secrétaire de la Société archéologique
de Bruxelles.
28 avril 1887. * 44. BRACONIER (Ivan), château de Mo-
dave.
45. CHARLES (Fr.-Jos.), commissaire-
voyer.
20 mai 1887. * 46. THIMISTER( Olivier), chanoine de la
Cathédrale , à Liège.
* 47. MARÈSAL ( D, J. C. ) , avocat , à Liège.
* 48. BÊTHUNE (Léon), avocat, à Liège.
* 49. NAVEAU (Léon), au château de Bom-
mershoven , par Tongres.
28 juill. 1887. * 50. COA1BLEN (A.), membre de la Com-
mission administrative des Hospices.
— XVIII —
MEMBRES ASSOCIES.
Date de l'admission.
24oct. 1862. 1. HEMRICOURT de GRUNNE (comte
Arthur de), docteur en droit, sénateur,
au château de Hamal, par Tongres.
2. LOOZ-CORSWAREM (comte Hippolyte
de ) , C. ® , sénateur , à Liège.
Il nov. 1862. 3. WAUTERS-CLOES (Henri), tanneur, à
Liège.
7 mai 1869. 4. DUBOIS (Léon), chanoine de la Cathé-
drale , à Liège.
5. GRÉGOIRE (Michel), secrétaire com-
munal, à Wandre.
7 janv. 1870. 6. MAGNÉE (L.), à Hervé.
7. PIROTTE (A.) , entrepreneur, à Liège.
1871. 8. MIRBACH (comte de), au château de
Harff ( Prusse rhénane ).
Ier oct. 1874. 9. DE WANDRE (Ferdinand), avocat, à
Liège.
POSWICK (Jules), à Limbourg.
DEMANY (Emile), architecte, à Liège.
BIAR (J. N. G.), ®, notaire, à Liège.
SERRURIER (Alphonse), à Liège.
14. SAUVAGE-VERCOUR (chevalier Ar-
thur de ) , banquier , à Liège.
15. SAUVAGE-VERCOUR (chevalier Ed-
mond de), à Liège.
28 mai 1880. 16. SÈLYS-FANSON (baron Robert de) ,
à Liège.
17. LHONNEUX (Mme Gustave de), à Huy.
18. ÈVRxiRD (J. J.), curé, à Jehay , par
Amay.
19. FRÈSART (Emile), 0. ®, à Liège.
20. FRÈSART (Oscar), à Liège.
15 avril 1875.
10
4 fév. 1876.
11,
29 nov. 1878.
12
«
13
— XIX —
Date de l'admission.
28 mai 1880. 21. GELOES (comte René de), au château
REysden.
22. LAMBERTS-CORTENBACH (baron Ro-
dolphe de ) , au château de la Zangrie ,
par Bilsen.
23. PITTEURS de BUDINGEN (baron Léon
de), docteur en droit, à Liège.
5 mars 1883. 24. MÈLOTTE (chevalier Victor de), à
Bruxelles.
9 mars 1883. 25. POSWICK (Prosper), ®, au château de
Tihange , par Huy.
31 mars 1883. 26. BERLAYMONT (comte Guy de), au
château de Bormenvillc , par Hamois-
Condroz.
27. BRADE (Mlle ) , à Bruxelles.
28. GOER de HERVE (baron Eugène de),
à Bruxelles.
7 avril 1883. 29. VILLENFAGNE (baron Albert de),
au château de Sorinnes , par Dinant.
20 avril 1883. 30. DORY (Isidore), professeur à l'Athénée,
à Liège.
28 avril 1883. 31. LECHAT (Charles), à Liège.
30nov. 1883. 32. DIGNEFFE (Victor), h Liège.
33. POTESTA (Paul de), château (ÏHer-
malle, par Engis.
30nov. 1883. 34. HARENNE (chevalier J. B. de), à
Chaudfontaine.
« 35 CHARLIER (Jean ) , négociant , à Liège.
14 fév. 1884. 36. L'HOEST (Isidore), @, directeur au che-
min de fer du Nord , à Liège.
37. ORBAN DE XIVRY (Jules), ®, château
de Gaillarmont , près Chênée.
38. SLÈGERS (Joseph), étudiant, à Tongres.
39. WIGNY( Emile), chef de comptabilité,
à Huy.
28 janv. 1885. 40. POLAIN (Eugène), notaire, à Liège.
— XX —
Date de l'admission.
27 fév. 1885. 41. LE PAIGE (Constantin), professeur à
l'Université , à Liège.
28 avril 1885. 42. CARLIER (Florent), à Basse-Her-
malle , par Visé.
25 mars 1886. 43. GROULARD (écuyer Hyacinthe de),
major d'infanterie , à Arlon.
29 avril 1886. 44. WILMART (Charles), à Liège.
45. DENIS (A. R. E.), négociant, à Liège.
» 46. LAPORT (Guillaume), fabricant d'armes,
à Liège.
47. KOISTER ( Emile ) , fabricant, à Liège.
Juillet 1886. 48. GILISSEN (J. F.) , aumônier à la prison ,
à Liège.
49. CAMBRESIER (J. G.), artiste peintre,
à Liège.
50. BRAHY, négociant, à Liège.
51 HORSTMANS (Albert), industriel, à
Liège.
« 1887. 52. HAULET , fonctionnaire au chemin de
fer de l'État.
3e LETTRE A M. S
• * •
L'ANCIEME VERRERIE LIÉGEOISE
Désiré van de CASTEELE
Monsieur et honoré Collègue,
Continuant à remonter en arrière, je m'occuperai cette
fois de la période entre 1620 (environ) et 1670. Quant à
la période antérieure à celle-là, je la reprendrai; car j'es-
père bien retrouver des détails sur la première verrerie
artistique, établie par Nicolas Francisci vers 1569. Ce sera
la partie la plus difficile de ma tâche, vu les lacunes
qui existent dans nos archives.
Foullon , après avoir parlé d'une interruption momen-
tanée de la verrerie à l'italienne, à Liège, au XVIe siècle,
tantisper omissum , dit qu'elle reprit : dein resumptum, et
qu'elle florissait de son temps.
Vous avez accepté l'année 1610 comme l'époque où ,
- 2 -
d'après les allégations des verriers des Pays-Bas, en 1611,
les fournaises de Liège étaient allées « en fumée (1), » mais
1626 est pour vous la date de la reprise.
Vous vous fondez sur les recès de la cité, qui admettent,
au mois d'août de cette année, Gérard Heyne, dit de Preit,
et Louis Marius, son gendre, à faire relief des bons métiers
des orfèvres et des flockeniers (2) , à raison de la fabri-
cation du verre qu'ils « voulaient entreprendre ».
Je ne suis pas encore en mesure de discuter la liaison
que vous soupçonnez exister entre la verrerie de Francisci
et celles du XVIIe siècle; j'ai toutefois recueilli à cet égard
quelques indices que je vous présenterai dans une Lettre
ultérieure , annoncée ci-dessus.
Pour le moment, je me contenterai de faire remonter un
peu plus haut que 1626 le resumptum de Foullon.
A cette fin , je mets ici en lumière un personnage nou-
veau, Guy Libon , homme très actif , qui fut le véritable
promoteur de la reprise de la verrerie liégeoise au
XVIIe siècle.
Il avait, en 1616, fait relief du métier des orfèvres (3),
comme fils de maître; son père avait prénom Matthieu.
Il habitait le Marché. Veuf en premières noces de Marie
( i ) Voir ma 1" Lettre, p. 8.
( 2 ) On a recherché les motifs pour lesquels les verriers dépendaient
du métier des flockeniers et on s'est perdu à cet égard en hypothèses.
La chose est simple : d'ancienneté , les potiers avaient été classés
dans ledit métier (voyez aux Chartes et privilèges des trente-deux
bons métiers, tome II ), et on a trouvé de l'affinité entre la céramique
et la verrerie, de même que, de nos jours, on considère celle-ci comme
une dépendance de celle-là. (Voir les catalogues des expositions de
1880, 1881, etc.)
On verra du reste ci-après qu'à un moment donné, les verriers de
Bonhomme se firent céramistes.
^5) Manuscrit du métier des orfèvres appartenant à M. Hock.
Heiiel (ou Herbiet), il épousa ensuite Elisabeth Gérard (l)
et décéda avant 1663. Très répandu dans les affaires, il
figure dans une quantité d'actes qui le représentent no-
tamment en qualité de marchand à Amsterdam, en 1639,
maître de verreries à Maestricht en 1648, 1651 , etc.
Dans un acte du 30 mai 1631 , ce Guy Libon affirme
avoir à Liège « passé douze à treize ans, dressé une verrie
» de cristal bastante et capable pour furnir et servir trois
» semblables pays que cestuy nostre pays de Liège ».
Ceci nous reporte à l'année 1618 ou 1619, et, comme il
s'agit d'une verrerie de cristal, spécialité des Italiens, on
restreint d'autant l'intervalle qui s'est écoulé depuis l'in-
terruption de 1610.
J'ai en vain scruté les documents pour y trouver la
confirmation de la date de 1618-1619; mais les protocoles
des notaires, qui nous diraient tant s'ils étaient complets ,
ont de nombreuses lacunes.
L'exposé des faits de l'acte de 1631 suffit cependant à
démontrer qu'une première tentative, pour rétablir à Liège
la verrerie à l'italienne, y avait été faite avant la reprise de
1626 par Louis Marius, qui fut même devancé par un
autre.
Voici cet exposé : Parlant d'abord de la verrerie , érigée
par lui, Libon dit ensuite qu'un certain Siberale, maître
de verrerie à Charleville , « par pure émulation » , avait
envoyé un grand nombre de verres à Liège, où il les
vendait à vil prix, pour ruiner la verrerie rétablie à Liège;
ce en quoi il réussit.
Siberale , poursuit Libon , après avoir empêché tout
travail utile et productif de la part de la fournaise de Liège,
(0 Acte passé devant le notaire Delvaux, à Maestricht, le 24 février
1635. Réalisé au greffe Bertrandy — œuvres — au 12 mai 1638.
renchérit sa marchandise et la vendit « un tiers davantage
qu'auparavant. »
Dès lors, nous voyons apparaître Henri Ruyson, pro-
cureur, notaire, etc., dont Guy Libon doit avoir été l'associé;
car les actes parlent en 1626 de la verrerie Ruyson ou
Libon (vitriaria Henrici Ruyson seu Guidonis Libon).
L'acte de 1631 continue : « Or, comme du depuis (en
1625 ou à la fin de 1624, voir plus loin), un certain Ruy-
son , bourgeois de notre cité de Liège , fut d'intention de
redresser une verrerie et , craignant qu'il ne receust du
prédit Siberale le mesme affront que le remontrant
avait piéça enduré, icelluy s'auroit adressé à nous (le
prince évêque Ferdinand de Ravière) et à Messieurs les
Rourgmestres , Jurés et Conseil de nostre dite cité, le 18
mai de l'an 1626 , en ayant obtenu , tant pour luy que pour
ses ayants-cause , la permission et privilège d'ériger une
autre verrie et de travailler en icelle le terme de vingt ans,
à l'exclusion de tous autres, avec défense et prohibition à
tous et ung chacun, de quelle qualité ou condition il fust,
d'entreprendre la faction et exercice de semblable verrie
en notre dit pays de Liège, sans exprès adveu et consen-
tement dudit Ruyson.... »
Pour n'avoir pas à revenir sur ce Siberale , maître de la
verrerie de Charleville , ajoutons qu'il recommença sa
tentative contre la verrerie liégeoise , en établissant, vers
l'an 1630, un magasin à Liège, et en y envoyant encore
tout un chargement de verres , dont il est fait mention
dans un acte de rétractation du 12 juin 1651 (l).
Le privilège accordé à Ruyson le 18 mai 1626 a été
(i) Voyez ma lIe Lettre, page 14, où j'ai fait remarquer que
la verrerie de Charleville était sans doute celle de Mézières , située
en face, qui, en 1607, faisait avec celle de Liège, concurrence aux
verreries des Pays-Bas.
— 5 —
retrouvé (1); il est intitulé : « Octroy pour faire des
verres. » En voici le texte :
« Ferdinand, à tous... De la part de notre cher et amé
Henry de Ruyson , procureur en nostre Courte spirituelle
de Liège , nous at esté remontré comment passé un an et
davantage , il auroit faict dresser une verrie de cristal sur
notre bailliage d'Avroit proche des Frères Augustins , pré-
sentement encore ardente et usinante, en l'érection de
laquelle il aurait exposé une grande partye de ses moyens
et endurés grands despens et dommaiges, non sans péril
de tous ses moyens. Or, craindant qu'au future et lorsqu'il
en debvrait tirer quelque prot'fit et utilité aulcuns aultres
ne viennent par envie ou aultrement faire dresser une
pareille , laquelle pouldrait causer la ruinne de l'un et de
l'autre, attendu que pour dresser une verrie, il y vat des
grands despens et consumptions et qu'une peult suffir
pour l'entretenance d'un pays trois fois plus grand que
cestuy nostre pays de Liège. C'est pourquoy nous at très-
humblement supplié qu'il nous pleust luy octroyer, comme
pareillement à ses successeurs et ayans-cause, à l'exclu-
sion de tous aultres , la puissance et pouvoir de continuer
son fourneau et usine présentement ardente l'espace de 20
à 25 ans , avecque commandement à tous ouvriers , tant
estrangers qu'aultres, de point servir aultre en telle qualité
que le dit remontrant... »
Le dispositif de l'octroi est absolument conforme à la
requête, et il est sanctionné, comme d'usage, par la
menace de l'indignation du prince évêque , et par la prise
en sauvegarde de Ruyson, ses successeurs, ouvriers et
serviteurs.
Trois mois plus tard, le 5 août 1620, interviennent les
(i) Conseil privé, Dépêches, 1624-1628, f° 167.
— 6 —
recès de la cité que vous avez fait connaître (1) et qui
accordent à Gérard Heyne et l'avocat Louis Marius pareille
autorisation et sauvegarde pour la fabrication du verre.
Comment expliquer la contradiction des actes de mai et
août 1626 , où le magistrat de Liège intervient d'une ma-
nière égale ?
La lutte s'était établie, dès le début de l'année 1626,
entre Guy Libon, Henry Ruyson, d'une part, et Louis
Marius, de l'autre. — Je puis omettre désormais le nom de
Gérard Heyne, dit de Preit, mentionné, dans les premiers
actes , uniquement comme caution de son gendre , et que
je ne retrouve plus , sinon dans une procuration du 4 juillet
1630 , donnée pour ses affaires de Cologne , à Marius , mais
probablement pas pour la verrerie.
Ce Marius était , comme Libon , un homme d'affaires ;
un peu plus tard, on le trouve associé, pour l'entretien des
voies et chemins de la ville de Paris , avec un gentilhomme
romain , nommé Bonaventure, qui déclare se confier dans
« la prudhommie, sagesse et capacité » de Louis Marius.
Le 5 décembre 1625 (2) , Antoine Buzzone et Jean-Bap-
tiste Babino , verriers , dont la nationalité va bientôt nous
être révélée, déclarent que, depuis environ un an, ils se
sont engagés à fabriquer du verre pour Henri Ruyson ,
au salaire respectivement, l'an de 20, l'autre de 30 écus
(de 3 florins 12 sols de Brabant chacun).
Des difficultés s'élevèrent et , le 3 janvier 1626 , Louis
Marius intervint pour amener une transaction entre le
patron et ses ouvriers.
L'arrangement porte sur le payement du salaire, qui peut
être effectué , si les verriers le désirent , en verres confec-
(i) Bulletin de V Institut archéol. liégeois, XVIII, p. 365.
2) Greffe Bertrandy, Obligations, 3 janvier 1626, où cet acte est
relaté.
— 7 -
tionnés qui leur seront fournis au prix où les marchands les
achètent à la verrerie ; le contrat est passé en la maison de
Marius, paroisse Saint-Georges.
La paix ne dura pas longtemps.
Le 21 mars 1626 (î) , Buzzone et Babino se justifient de
l'accusation lancée contre eux par Ruyson : qu'ils lui ont
causé préjudice pour plus de cent «impériaux». Un tiers
s'était borné à dire que Ruyson se faisait du tort à lui-même
en suscitant, sans motif, des querelles à ses ouvriers.
Au 24 avril suivant (2), Antoine Buzzone déclare qu'il ne
veut plus travailler pour Buyson, vu les injures et violences
qu'au danger de sa vie il a à subir de la part de ce dernier.
Des témoins viennent attester qu'il a été l'objet d'une
agression de la part de Henri Ruyson , assisté d'hommes
armés ; « qu'entre aultres hauts propos que Ruyson tenait
contre le dict maître Anthoine, (il) voulust gaiger qui
celluy serait tué ens trois moys, donnant ainsi à entendre
ledit Ruyson et par ses aultres propos qu'il le feroit tuer.
A quoy ledit maître Anthoine réplicquat qu'il viveroit tant
qu'il plairoit à Dieu, et appelant les comparants là présents
leurs dit de la sorte : Voyez, voilà Ruyson qui dit qu'il me
fera tuer; et iceluy Ruyson lui réplicquat : Oui, je le dis
encore, empeschant ledict maitre Anthoine de sortir;
tenant l'huisse de la voielerie (verrerie) et faisant mine de
forcer en tout — »
Louis Marius (3) comparaît à l'acte en qualité de témoin
instrumentaire.
(0 Protocole du notaire Nicolas Rolloux, 1623-1627, p. 374.
Les témoins à cet acte et au suivant sont des : de la Croix et
Masillon. Or, d'après ce que vous m'apprenez, un acte de baptême de
Sainte-Véronne, du 21 octobre 1625, cite comme parrain de l'enfant
d'un de la Croix-MasiLlon : Antoine Bensomme, qui ne peut être qu'An-
toine Buzzone, nom mal transcrit.
(î) Ibidem, pages 3S0 et 381.
(s) Ibidem, page 385.
Jean-Baptiste Babino avait de même eu des difficultés
avec Ruyson. Le 26 juillet 1026, il se rend chez ce dernier,
paroisse de Saint-Martin-en-lle, accompagné d'un notaire (l)
pour lui demander payement de son salaire pendant seize
mois, présentant néanmoins la continuation de son
service, si on le paye. Ruyson réplique qu'il a, de son côté,
des prétentions à formuler et déclare qu'il ne redoit que
douze jours de salaire à Babino.
L'avocat Marius s'aperçut bientôt du parti qu'il pouvait
tirer, contre son confrère Ruyson, du mécontentement des
verriers italiens. Le 22 juin 1626 (2), il loua pour huit ans
une maison sise sous la paroisse de Saint-Nicolas, Outre-
Meuse, joignant par devant au réal chemin, derrière au
pasteur de Saint-Nicolas, et vers Meuse à la rivière, pour y
« faire ériger ung forneau et une usine au voiers (verre)
et cristal. »
Antoine Buzzone figure comme témoin en l'acte de rati-
fication, du même jour, passé chez Marius.
Le propriétaire de la maison est cet Antoine de Streel,
dont vous avez renseigné le blason sur les grès de Bje-
ren (3). Le voisinage des maisons de ce de Streel et de
Quirin Pardique, dont j'ai eu occasion de rechercher la
présence à Liège (4), explique parfaitement le fait et justifie
votre attribution.
(1) Ibidem, p. 434; voir à la même date le protocole du notaire
Gangelt, où Jean-Baptiste (Babino) est qualifié Italien. Voyez du reste
sur les différends de Babino et Buzzone avec Ruyson, les actes des
5 décembre 1625 (réalisé au greffe Bertrandy, le 3 janvier 1626),
3 décembre 1626 et 21 mars 1627. Au feuillet 56 v°, n° 64 du notaire
Rolloux, se trouve une feuille volante, note d'bonoraires pour devoirs
faits à la requête des « Italiens. »
(2) Protocole Roloux, pages 415 et 416.
(3) Bulletin de V Institut archéologique liégeois, XIX, p. 63.
{1) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol., XVIII, page 3S1.
— 9 —
Rappelons ici la déclaration de 1710, mentionnée dans
ma-2e lettre (1) et qui parle d'une verrerie établie en la
maison Streel, à rencontre de l'acte susdit de location
par Marius, de la maison Streel, portant formellement
une verrerie à ériger dans la maison louée. On ne
saurait donc trouver d'autre lien entre cette dernière
verrerie et celle de Francisci que leur existence succes-
sive dans la même paroisse.
C'est dans la verrerie de la maison de Streel que
Babino et Buzzone allèrent s'installer. Chez Ruyson travail-
lèrent d'autres ouvriers italiens : Felino Pertica et Jean-
Marie Perrotto , restés fidèles ou appelés à remplacer les
déserteurs.
Or, le 4 septembre 1626 (2), les deux premiers se trans-
portent, assistés d'un notaire, à la verrerie d'Avroy , près
de l'église des Augustins. Ils y protestent , au nom des
« consuls de l'art », contre toute continuation de travail des
seconds , tant que le maître de la verrerie n'aura pas soldé
les salaires des requérants, et, de plus, la redevance due
aux consuls, le tout sous les peines encourues par les
individus qui contreviennent à de semblables défenses.
Les notifiés s'inclinent devant les protestations et se
déclarent prêts à exécuter ce qui leur est demandé.
Ces consuls de l'art , dont vous avez eu occasion de vous
occuper, étaient , vous le savez , une sorte de magistrature
instituée à Altare par les marquis de Monferrat , dès la fin
du XVe siècle.
La nationalité des ouvriers des deux verreries de 1626
est ainsi déterminée : c'étaient tous des Altaristes. Buzzone
appartenait à une des huit familles primitives d' Altare;
Perrotto à une famille agrégée, de même que Pertica, dont
(0 P- 4.
(2) Protocole Rolloux, p. 435.
- 10 -
le nom se retrouve dans un acte de 1559 , publié par M. le
chevalier Enrico Bordoni ; enfin l'origine altariste de Jean-
Baptiste Babino est prouvée par l'acte baptismal de 1595 ,
que vient de vous procurer, à Altare même, M. Mariano
Brondi.
La protestation de 1626 fut rédigée en la maison de
Marius , dans la paroisse de Sl-Nicolas Outre-Meuse , c'est-
à-dire dans la maison de Streel. Un de Preit assiste à l'acte.
Dans des actes postérieurs (1), Jean-Baptiste Babino est
également renseigné comme résidant « en la maison du
sr Streel, Outre-Meuse , possédée par Marius. »
Buyson , traqué par ses anciens ouvriers et par Marius,
chercha à se débarrasser de la verrerie. Le 30 mai 1628, il
vendit à un troisième homme de loi , le procureur et notaire
Hamalia , sa maison « située sur Avroy , un peu par de là
les Pères Augustins , ayant issue par devant la maison et
couvent des Sœurs de l'Ordre de Notre-Dame-des-Anges ,
le chemin royal qu'on dit Jonckeux , laquelle maison ont
autrefois possédée et maniée successivement noble sr Raes
D'Ans, sr de Lexhy, Erasme Mercia, noble sr Gilles Vivario,
chevalier, enfin ledit Ruyson, rendeur. » Cette spécification
permettra de fixer avec précision l'emplacement de la
verrerie.
Hamalia n'était qu'un prête-nom; car, le 12 octobre
1629 (2) , il rendait à son tour les bâtiments à deux per-
sonnes qu'il subrogeait à ses droits : Guy Lybon , cité en
commençant et déjà intéressé dans les affaires , plus un
nouveau personnage qui va bientôt, par lui et les siens,
jouer un rôle important dans la verrerie liégeoise et l'ab-
sorber tout entière : Jean Bonhomme.
Il n'y eut , du reste , pas de brouille entre Ruyson et ses
(i) Protocole Rolloux, 24novemble 16-26, 21 mars 1627.
(2) Greffe Bertrandy, Œuvres, 1627-1628, p. 1 16 v°; 1620-1630, p.74v°.
— H —
successeurs ; car, en 1635 et 1642 , des actes concernant la
verrerie sont passés devant lui (l).
Guy Libon s'était associé avec Jean Bonhomme le 15
octobre 1627(2) pour « ériger, à Liège, un fourneau com-
plet pour faire et confecter verres condist cristallins, à
allumer aux houilles. » Ils avaient engagé à cette fin un
maître , nommé Jean Visitel , qualifié de Romanisque
(Romain?), qui devait non-seulement se charger de faire
des pots, briques et autres choses concernant la fournaise,
mais, en outre , comme conseur, « à faire consurgerie,
scavoir apprester les matières convenables et les disposer
selon leurs couleurs et faire à l'endroit d'icelles choses
nécessaires (3). »
On ne connaît rien sur les fours qu'a pu construire ce
Visitel; mais, le 4 mai 1628, on rencontre un acte où Guy
Libon et Bonhomme , associés de fait , règlent un solde de
compte avec un marchand de La Ramée , en payement
d'une somme de 238 flor. brab. , pour « marchandises de
verres à lui délivrées à crédit. »
L'emploi à Liège de la houille pour la verrerie n'est
donc postérieur que de huit ans et non plus de vingt-quatre,
à ce qui a eu lieu en Normandie ; par contre , cet emploi
a précédé, pour les Bonhomme, leur immixtion dans
l'industrie des grès (4).
Un acte qu'il me paraissait d'abord difficile d'expliquer (5)
est un contrat du 5 décembre 1637 (ô), par lequel Jean
(<) Greffe Harenne, 12 décembre 1635; protocole Sauveur, 15 dé-
cembre 1644, etc.
(2) Acte devant Bellevaux , notaire.
(3) Rien de Romesnil , verrerie normande du XVIIe siècle,
(i) Bulletin de l'Institut archéol. liégeois, XVIII , p. 377.
(5) Voyez ma 2e Lettre, p. 5.
( e) Greffe Harenne , Œuvres, 5 décembre 1637.
- 12 —
Ouwerx , bourgeois de Liège , vend à Henri et Léonard de
Bonhomme « une belle, grande et commodieuse maison
située sur la rivière d'Avroit , assez proche des Pères Au-
gustins lez Liège , où il y at présentement une voirrie usi-
nante joindant d'amont à Nicolas gendre Raes Bouxhon,
vers Liège à la relicte Lambert délie Paire le jeune et aux
dits Pères Augustins, devant à Meuse, le chemin entre deux,
et derier à la ruelle de Jonkeu avecque les jardins , outil-
lages, appendices et appartenances en dépendantes sy long
et large qu'ils s'extendent.... »
Réflexions faites , il s'agit tout simplement de la verrerie
occupée ci-devant par Ruyson et Libon, sur laquelle
Ouwerx avait sans doute quelque droit réel précédemment
réservé. En effet , l'acte ajoute : « ainsi et comment
Guilheaume Hamalia et lesdits Bonhomme, les ont maniés
et possédés et qu'ils en ont porté vesture. »
Il s'agit donc des biens vendus, en 1629, par Ruyson à
Hamalia et transmis par celui-ci aux Bonhomme. Ces der-
niers devinrent maîtres absolus de la verrerie le 19 mai
1632 (l) , époque à laquelle Guy Libon insinua légalement,
au profit de Jean Bonhomme, les œuvres faites le 12 oc-
tobre 1629 chez le notaire Hamalia.
Guy Libon lui transmit sans doute , en même temps ,
tous les bénéfices de l'octroi du 30 mai 1631 , dont la
minute (2) porte les traces de la mention, en surcharge, de
consorts , omis dans le projet.
Pas le moindre mot, dans ces actes, de la maison de
l'Aoust. Mais , comme d'une part le « et puis » invoqué
ailleurs (3), indique que cette verrerie est postérieure à
celle de la maison Streel , qui, d'autre part, paraît avoir
( \ ) Registre aux œuvres de la cour d'Avroy. — 1632-34, n° 27, p. 8.
(2) Conseil privé. — Dépêches, 1629-35, p. 180.
(3) 2e Lettre, p. 4.
— 13 —
été abandonnée en 4628 , d'après les saisies effectuées
cette année, pour le payement du prix de bail (l), il y a
lieu de limiter l'existence de la verrerie de la maison de
l'Aoust entre les années 1628 et 1632. Ayant obtenu la
cession des droits de Libon , les Bonhomme n'avaient plus
intérêt à conserver, à Liège, une seconde verrerie.
Les Bonhomme, successeurs à la fois de Buyson et
Libon d'abord, de Marius ensuite (quoiqu'on ne sache pas
encore, pour ce dernier, en vertu de quel acte) , de-
vinrent alors les chefs de la verrerie liégeoise.
Ils furent l'objet de plusieurs privilèges dont j'ai cité
ceux des 8 avril et 18 mai 1650 (2). Une confirmation du
4 mai 1669 (3) relate plusieurs documents semblables des
2 janvier 1640 , 31 décembre 1649, 9 mai 1651 et 22 février
1658, non retrouvés.
Au 30 mars 1655, une requête des maîtres de la verrerie
de cristal d'Avroy fut rejetée (4). Je n'ai pu en découvrir
l'objet.
Enfin, la décision de 1669 contient une réserve, faite, le
28 février 1654, en faveur de la verrerie en table. Sauf le
nom de l'impétrant , le texte de la seconde pièce est re-
produit en entier par Lefort , 3e partie , verbo Colnet. Ce-
pendant , je pense qu'il y a ici une erreur de classement,
et qu'il s'agit plutôt des de Hennezel , déjà mentionnés
pour la fabrication des vitres à Liège, avant cette époque (s).
(0 Protocole Rolloux , 29 mars et 30 août 1628.
(2) lTe Lettre, pages 4 et 5.
(3) Chambre des finances, Stuits, 1661-71 , p. 234 v°.
(4) Conseil privé. Protocoles 1654-56.
(s) Chambre des finances , K. 25, pages 139 et 159 ; notaire Pawea,
23 janvier, 27 mars 1654, 31 octobre 1661, 20 mars, 17 novembre 1665,
10 septembre 1672, etc.
A Bruxelles, Josué de Hennezel obtint, les 18 septembre 1653,
pareil privilège. — Chambre des comptes , vol. 146, f° 218. — Rensei-
gnement de M. de Marneffe.
— u —
Après tout, cela importe peu. La verrerie à vitres n'ap-
partient pas à mon sujet, qui exclut la verrerie industrielle.
Jean Bonhomme et ses deux fils , Henri et Léonard , ne
furent pourtant pas absolument seuls , dès le principe , à
diriger les verreries. Ils contractèrent bien des fois, soit
entre eux, soit avec des tiers , des actes de participation
dont il convient de dire un mot.
Le 20 octobre 1637 (1), Jean Bonhomme, après avoir,
le 28 mai précédent , admis ses deux fils Henri et Léonard
dans la moitié des bénéfices , leur abandonna complète-
ment , moyennant redevance, ses profits dans la verrerie
« usinante sur Avroy , joignant d'amont à Nicolas Berni-
molin, d'aval à Jean Willeken, devant au chemin.» Un des
actes passés à cette occasion prévoit l'hypothèse ou
« d'aventure venasse à ériger à Maestricht une autre verrie,
empêchant la continuation de celle édifiée sur Avroy. » On
peut donc supposer que certaine verrerie à Wyck (Maes-
tricht) , cédée en 1651 aux Bonhomme par Guy Libon (2)
n'a été érigée que depuis 1637.
Au 30 mai 1639, Jean Bonhomme contracta une nouvelle
association, mais pour la fabrication des rheumers et gros
verres , verres à verrières et semblables marchandises à la
façon d'Allemagne et de Lorraine. Il prit pour associés ,
outre Mathieu Hacken, qui avait à cet effet acheté la maison
Bigald Grégoire (3), Henri et Léonard Bonhomme, ses fils,
et Jean d'Heur, son gendre. Le 16 septembre 1639, les
associés engagèrent ensemble des verriers allemands.
(0 Greffe Stéphany , où sont relatés des actes , sur le même objet ,
des 16 et 18 octobre 1637 (réalisé le 21 du même mois) , 21 juin 1638,
31 mai 1639. — Protocole Bellevaux et Etten.
(î) Renseignements fournis par M. l'abbé Habets , archiviste de
l'État, à Maestricht. L'acte avait encore été passé par Henri Ruyson.
(s) Voir ma 1" Lettre, p. 15, et Protocole Sauveur, acte du 23 juin 1642.
— 15 —
Le 2 mai 1641 , Jean d'Heur se retire de l'association ( 1).
C'est ainsi que , dans le contrat du 16 octobre suivant pour
la verrerie de Ghâtelet (2) , les Bonhomme et Mathieu
Hacken sont seuls en cause.
Ce dernier disparait bientôt lui-même de l'association (3)
et avec lui cesse la concurrence qu'il avait essayé d'établir.
Aussi les Bonhomme se hâtent-ils de revendre la maison
Bigald Grégoire (*). C'est le système suivi par eux
à propos des verreries d'Anvers et de Bruxelles , qu'ils
rachetèrent des mains des Savonetti et van Lemens , en
laissant éteindre la première.
Quoi que vous en ayez dit (5) , les Bonhomme ne rallu-
mèrent pas les fourneaux d'Anvers; ils en avaient cependant
eu la velléité, témoin un acte du 1er février 1648, où ils
engagent Baimond Carnelle (6) pour travailler chez eux,
« fût-ce à Anvers... » Leur ambition était du reste très vaste
alors; car l'acte ajoute « . . . . Bruxelles, Namur et autres
villes et places de l'obéissance de S. M. Catholique. »
J'avais trouvé Jean Bonhomme, chanoine, associé avec
ses frères pour la verrerie de Huy, seulement (7) en 1651.
Depuis, j'ai découvert, outre la procuration de 1657, que
j'ai citée, des actes du 20 et du 14 juin 1648 (8), où, pour
(i) Greffe Harenne. — Œuvres, 4 mai 1641.
' (i) Bulletin des Comm. royales d'art et d'archéologie. XXIV, p. 56.
(3) Protocole Sauveur, 23 avril, 28 juin 1642; 21 janvier 1643. Le
second acte relate un autre du 14 septembre 1641, passé devant le
notaire Parent, dont le prolocole manque.
(i) Voir ma lre Lettre, p. 210, et acte du 25 juin 1642. —
Protocole Sauveur.
(5) Bulletin des comm roy. d'art et d'archéol., XXIV, p. 39.
(6) Protocole Pawea
(7) Pe Lettre, p. 7.
(s) Protocole Pawea. Ces actes en relatent d'autres du 18 décembre
1642 et du 18 décembre 1644.
- 16 -
récompenser leur frère des devoirs accomplis par lui, en
vertu de procurations antérieures, Henri et Léonard
Bonhomme lui accordent une part dans leurs bénéfices
pendant un certain nombre d'années. De là, sans doute, la
participation de Huy, de même que la mention de Henri
Bonhomme, dans un contrat du 5 juillet 1550 (l), agissant
comme se portant fort, non de son frère Léonard, mais de
ses frères « maîtres des verreries sur Avroy. »
Une clause des contrats de juin 1648 dit « que s'il
s'érigeoit une nouvelle manufacture de pots, soit de
faïence ou d'autre sorte , ici ( Liège ) ou ailleurs, même à
Namur , » Jean Bonhomme n'y pourra prendre qu'une
quatrième part. C'est une allusion à la fabrication des pots
de grès à Namur, que Henri Bonhomme avait entreprise en
1647 (2).
En ce qui concerne Jean de Glen , beau-père des frères
Bonhomme, j'avais supposé à tort , avec vous-même (3) ,
qu'il était l'initiateur des Liégeois dans la verrerie de
Venise. Il ne doit être question que du fds de celui-là, qui
avait épousé une Bonhomme, et qui, avec ses sœurs, Anne
et Elisabeth de Glen, dirigea, moyennant une rémunéra-
tion, la verrerie du Mouton d'or, pendant plusieurs années;
au moins de 1652 à 1655 (4).
Quant à l'association des Bonhomme avec des tiers , on
rencontre la participation à un cinquième des bénéfices
pour la verrerie de cristal , accordée en 1650, à François
Santino ; mais c'était sans doute pour la durée de son
(i) Pe Lettre, p. 13.
(2) Voir ce que j'en ai dit au Bulletin des comm. royales d'art
et d'archéol., XXIV, p. 58. L'acte de 1648 prouve qu'il avait alors
le projet d'étendre cette industrie.
(3) pe Lettre, p. 7. — Bulletin des comm. roy. d'art et d'archéol.,
XXIII, p. 298.
(*) lTe Lettre, p. 21. — Protocole Pawea, 7 et 11 avril 1655.
— 17 —
engagement qui n'était que d'un an (1). En effet, quoique
allié aux Marius, les principaux suppôts de la verrerie des
Bonhomme, Santino ne se fit pas scrupule de quitter ceux-ci
pour s'engager à l'étranger (2). Il est vrai qu'il revint à
Liège et y finit ses jours, ainsi que d'autres membres de sa
famille , dont on retrouve les noms dans nos anciens
registres paroissiaux jusqu'en plein XVIIIe siècle.
N'omettons pas non plus une association momentanée pour
l'établissement d'une verrerie à La Hamaide (Jumet), entre
Henri Bonhomme, son fils Jean et Jean de Colnet (3).
Bappelons enfin l'association pour la verrerie établie à
Verdun, en 1666, entre Henri Bonhomme et Jean Tilman
d'Heur, et pour la verrerie de Bois-le-Duc (17 octobre 1679 ) ,
celle du même Henri et de Guillaume Van Brée.
Si, comme vous venez de le voir, les Bonhomme
s'associaient souvent avec des tiers, ils ne tardèrent pas à se
dissocier entre eux.
Dans ma première Lettre, j'avais mis en évidence les
difficultés survenues dans l'association de Henri et Léonard
Bonhomme, et qui aboutirent à la séparation complète des
verreries , chacun d'eux devenant titulaire d'usines déter-
minées.
Ces difficultés remontent beaucoup plus haut; mais, pour
les résoudre, les deux frèresv par un acte notarié du 20 juin
1648 (4), ne prirent que des demi-mesures.
Ils avaient alors eu l'intention d'éviter les « plaintes,
scrupules, ombrages, difficultés que l'on voit ordinairement
arriver en société, étant, comme l'on dit, la mère des
(0 1™ Lettre, pages 7 et 9. — Pareille part est accordée pour 3 ans
à Jean Origo, Vénitien, par acte devant Ruffin, notaire, du 19 juin
1646.
(s) Ibidem, p. 20.
(s) Protocole : Amel Dujardin, 19 et 26 mars 1675.
(i) Protocole Pawea.
— 18 —
discordes» (mater rixarum, d'après l'adage juridique);
à cet effet, tous deux devaient alterner à la tête de la
verrerie de cristal et de la grosse verrerie , chacun tra-
vaillant pour son compte une année entière.
Ils réglèrent tout ce qui concernait ce partage d'année
en année, et il fut spécialement stipulé que « les maîtres
tant italiens qu'allemands et autres , travaillant en verrerie ,
se devraient louer, engager , mander et faire venir aux frais
communs, et avec le consent de tous deux, sans que ni l'un
ni l'autre séparément pût chasser ou donner congé aux dits
ouvriers , mais seulement à deux ensemble » .
Le nombre des dits ouvriers était fixé au maximum à
cinq pour la verrerie de cristal et à huit ou dix pour la
grosse verrerie, à moins de consentement contraire.
Quant aux autres manouvriers, tiseurs, fendeurs de bois,
garçons et autres assistants , le maître annuel pouvait s'en
adjoindre autant et si peu qu'il lui convenait; mais il était
défendu d'en débaucher ou prendre d'une verrerie pour
l'autre, sans l'aveu du maître.
La part dans les fosses de houille était réservée au maître
de la grosse verrerie ; la verrerie de cristal continuait donc
à employer le bois pour chauffer les fours.
Les contractants réglaient aussi l'achat des matériaux à
faire verre : soude, potasse, saffre, cendres.
Ce règlement n'assoupit pas toutes les difficultés : un
acte du notaire Gangelt , en date du 24 avril 1649 , nous
montre les deux frères en discussion au sujet de la jouis-
sance du magasin au bois , l'un interpellant l'autre par
officier ministériel, l'autre demandant huit jours pour déli-
bérer et pour répondre.
Ajoutons à cela les difficultés de 1655, dont j'ai déjà
parlé (1). Quant à celles de 1666, auxquelles j'ai également
(i) lre Lettre, p. 14 et 25. Voir aussi un acte du notaire Pawea,
daté du 12 décembre 16G5.
— 19 —
touché, en me demandant quelle en avait été la solution,
je n'ai pu retrouver un acte (l) du 12 avril 1666 (2), qui
détermine les conditions de la séparation. Cependant, sauf
un seul acte du 14 janvier 1667, où je rencontre encore
chez Henri Bonhomme le titre de maître des verreries
tant de Bruxelles que de Liège et Maestricht , je vois , en
général, que les deux frères — ou leurs représentants —
figurent désormais en qualité de maîtres de verreries ,
Henri , pour Liège , Maestricht et Bois-le-Duc , Léonard
pour Liège et Bruxelles.
D'après les notes recueillies par MM. Warzée et Clément
Lyon , le partage entre les frères Bonhomme , attribuant à
Léonard la verrerie de Bruxelles , serait du 1er avril 1667.
S'il n'est pas parlé dans les actes de partage des autres
verreries , c'est qu'elles appartenaient en propre à l'un ou
à l'autre des frères susdits. Cela explique comment Henri
Bonhomme figure, en 1666, comme maître de la verrerie
de Verdun, dont il n'est pas fait mention dans leur partage
de la même année.
Quoi qu'il en soit , unis ou séparés , il ne s'agit plus ,
désormais, pour la verrerie à Liège, et jusqu'au XVIIIe
siècle , d'aucun autre nom que celui des Bonhomme.
II
Que je m'occupe quelques instants du rôle des Bon-
homme dans la verrerie de Bruxelles , tel qu'il résulte
d'actes des archives de Liège.
Je vous laisserai, Monsieur et honoré collègue, le soin
de traiter d'une autre succursale de la verrerie liégeoise ,
(y) Relaté dans un acte du 30 septembre 1666; protocole Pawea.
(s) Coninck, notaire de l'Office du grand Scel.
- 20 —
celle de Garni, l'ondée en 1693 par un de nos Marius. Pour
celle-là, je ne trouve ici aucun renseignement.
Les Bonhomme avaient eu à se plaindre de saisies faites
en Brabant « passé longues années en clià. » d'après un do-
cument de 1050 (l). En 1043, ils commencèrent, contre
la verrerie similaire établie à Bruxelles , une croisade qui
aboutit, en 1058 , à la mise hors combat du concurrent,
par l'achat de ses armes.
La lutte commence par trois lettres écrites, à l'instiga-
tion des verriers liégeois , par le Conseil privé du prince
évêque au Conseil des finances de Bruxelles , et par les
bourgmestres de Liège à une autorité non dénommée dans
la suscription (2).
Jean Bonhomme, avocat et chanoine de Ste-Croix, à
Liège, qui reçoit, en 1057 (3), une procuration de ses
frères , fut sans doute chargé d'appuyer ces réclamations
de 1043 ; car, dans l'acte déjà cité du 20 juin 1048, il est dit
que , pour différentes prétentions et poursuites que les
frères Henri et Léonard Bonhomme ont eu à soutenir à
Bruxelles , ils cèdent , pendant trente ans , une part dans
leurs verreries au dit chanoine Jean.
La procuration du G novembre 1657 , modelée probable-
ment sur celle de 1043 , contient d'ailleurs en termes
exprès : pouvoir de faire , dire , négocier et exploiter tout
ce que le mandataire trouvera convenir « envers Son
Altesse , Conseil privé et celui dos finances et de Braibant
du Loi. » De plus , il avait fallu déjà , en 1043 , intervenir
devant ces conseils à raison dis saisies de Léau , Louvain
(1) 1™ Lettre, p. 6.
(s) Archives générales du Royaume : Conseil des finances , liasse
n° 210. Je dois la communication de ces documents liégeois à l'obli-
geance de M. deMarneffe. Les minutes originales manquent au dépôt
conf é à ma garde.
(3) lie Lettre, p. 20.
— 21 —
et Herenthals, qui avaient eu lieu « piécha plusieurs années
en 1650 (1). »
Voici le texte des trois documents en question :
Liège , 12 avril 1643.
« Messieurs ,
» Les maistres de la verrerye de groz verres dressé aux
faux bourghs de ceste cité , nous ont fait les doléances de
ce que quelques particuliers nommez Savonetti auroyent
obtenu par vostre authorité certains privilèges de pouvoir
édifier , en Anvers , une verrerye de cristal et cristalins , et
bannir touttes aultres espèces de groz verres , et sem-
blables marchandises , contraires aux cristals , venantes
de ce pays et aultres et comme telle défence seroit grande-
ment préiudiciable , non seulement à noz subiects et mar-
chants y trafficquants avec groz verres et telles marchan-
dises , par où se retrancherait le mutuel commerce , mais
encore à sa Maiesté catholicque , veu que cessant ledit
commerce , elle ne tireroit les droits et imposts afférans ,
mesme quevoz subiects en seroyent grandement intéressez,
en ce qu'ils ne se pouroyent servir desdits verres , qui se
vendent à bon prix au regard desdits cristals. C'est pour-
quoy nous vous prions et requérons, au nom de S. A.
nostre prince , qu'il vous plaise de permettre l'entrée des
dits verres et marchandises pour la commodité de voz
propres subiects , à l'entretient du mutuel commerce et
bonne voisinance avec cestuy pays. Ce que nous promet-
tant de vostre droicturière inclination, nous demeurerons,
« BLOGQUERYE V*.
» Messieurs , voz très affectionnez amys et
voisins pour vous servir ,
» Les chancellier et gens du Conseil privé de
( ) ) P? Lettre, page 6.
— 22 —
S. A. Sérme l'Électeur de Cologne , évesque et
prince de Liège,
» M. HUSTIN.
» De Liège , ce 12 d'avril 1643.
» Suscription : A Messieurs , Messieurs les chefs trésorier
général et commis des finances de Sa Maiesté Catho-
licque en Bruxelles, »
Bruxelles.
ORIGINAL.
(Soit mis en main de Monsieur Hovines aux finances de
Bruxelles. )
Liège , 22 avril 1643.
« Messieurs,
Les marchants et maistres de la verrerie de groz verres
en ceste cité nous ont fait plaintes de ce que certain par-
ticulier , nommé Jean Savonetti , ayant obtenu de Sa
Maiesté Catholicque la permission de dresser une ou plus-
sieurs verreries de cristal avec pouvoir de bannir touttes
aultres espèces de verres , prétend extendre ceste faculté
aux groz verres venants de ce pays. Et comme ce seroit
grandement préiudiciable , non seulement à noz subiects
et marchants y trafficquans , par où se retrancheroit le
mutuel commerce , mais aussy à Sa Maiesté Catholicque
qui perderoit par là les droits des imposts que lesdits
verres payent à l'entrée des pays de saditte Maiesté et
intérest des subiects qui seroyent constraints d'achept or
des cristallins à grand prix, où qu'au contraire ils peuvent
estre servis desdits groz verres à moindre prix , oultre ce
que , nonobstant tels privilèges piéça accordez aux prédé-
cesseurs du dit Savonetli , lesdits groz verres auroyent eu
leur cours (comme lesdits marchants nous ont plus am-
plement remonstré); c'est pourquoy, pour l'avancement du
— 23 —
commerce réciproque , nous vous venons prier , au nom
de S.A. nostre prince, de vouloir permettre l'entrée desdits
groz verres et semblables marchandises es pays de Sa
Maiesté , comme s'est praticqué du passé. Ce qui nous
obligerat à rechercher les occasions , et vous faire pa-
roistre par les effects , que nous sommes ,
» BLOCQUERYE V*,
» Messieurs , voz très affectionnez amys pour
vous servir ,
» Les chancellier et gens du Conseil privé de
S. A. Sérme l'électeur de Cologne , Évesque et
prince de Liège,
y> M. HUSTIN.
» De Liège , ce 22 d'avril 1643. »
Suscription : A Messieurs , Messieurs les président et gens
' du Conseil privé de Sa Maiesté Catholicque ,
en Bruxelles.
ORIGINAL.
« Liège , 23 avril 1643.
» Messieurs ,
y> Les marchands et maistres de la verrerie des groz
verres en ceste cité nous ont représenté qu'un certain
nommé Savonetti auroit obtenu de Sa Maiesté Catholique
l'octroy de pouvoir dresser une ou plusieurs fournaises
de cristals et cristalins , bannissant l'entrée desclits verres
et tous autres dans les Pays de son obéissance et que ledit
Savonetti prétend que ceste clause « et tous autres » seroit
extensive aux gros verres et pareille marchandise , com-
bien qu'estant ladite clause généralle , elle n'est relative
qu'aux espèces précédentes de cristals et cristallins , et
que « tous autres ■» se doit entendre des verres de pareille
essence par ce que , nonobstant diverses privilèges pareils
— 24 —
accordez aux prédécesseurs Savonetti , lesdits gros verres
ont tousiours eu leur course libre depuis temps immé-
morial , et que cette manufacture ne se manie par Italiens,
ains par des Allemands, de façon qu'ils prétenderoient
empescher ce qu'ils ne peuvent fabriquer , rnesme que
par ceste défence sadite Maiesté seroit frustrée des imposts
de pareilles marchandises venantes de Liège et d'Alle-
magne en grande quantité , que l'on paye à l'entrée de
chacune de ses provinces , qui portent davantage sans
comparaison que la somme de trois milles francs que ledit
Savonetti a présenté à Sa Maiesté ; qu'aussy ses subiets en
seroient fort intéressez , tant à raison qu'ils seroient cons-
traints de prendre cristals à grand pris où qu'à bon marché
ils peuvent estre servys des autres et seroient privez aussy
bien que nous de beaucoup de sortes d'instruments de
verres , comme alambicques , bouteilles et principalement
de celles de Spa qui ne se fabriquent qu'icy , et souloient
jadis venir de France , à cause que par ceste défence il
faudroit nécesairement esteindre la fournaise de groz
verres , qui diminuerait grandement le commerce mutuel
et bonne correspondance. C'est pourquoy, zèleux du bien
réciprocque , nous prions vos Sries , très instament , de
donner ordre que lesdits gros verres puissent comme de
coustume y avoir libre entrée , et nous tâcherons en toute
autre occurence de faire paroistre le ressentiment que
nous aurons de ceste obligation comme estants ,
» Messieurs, de vos Slies très humbles serviteurs
et bons voisins , les bourgmestres de la noble cité
de Liège.
» Par ordonnance de mesdits seigneurs,
»A. BEEGKMAN.
» Liège, ce 23e d'avril 1643. »
ORIGINAL.
(Sans suscription. )
— 25 —
A ces lettres , il fut donné la suite que voici :
» A la lettre missive escritte à Messeigrs des finances par
le chancelier et gens du Conseil privé de son Alze le Prince
de Liège , il semble ( soulz très humble correction ) qu'à
icelle l'on pourroit respondre :
» Premièrement, que l'octroy accordé à Jean Savonetti
n'est à tenir pour une chose nouvelle, puisque semblables
octroys et privilèges sont esté cy devant accordez à plusieurs
aultres et touttes aultres espèces de groz verres venants
dudict Pays de Liège et aultres sont estez banniz , pour
bonnes considérations mouvantes à Sa Maiesté.
» Voires , estant représenté par ledict Savonetti que ,
non obstant la défence expresse portée par son octroy,
journellement l'on s'advançoit de contrevenir aux man-
dements de sadicte Maté , et que partant elle fust servie de
par forme d'interprétation, ou aultrement, vouloir déclairer
que touts les groz verres de telle espèce qu'elle fussent,
sont comprins en ladicte défence, ce at ainsy esté entendu
et déclairé par son Excellence don Francisco de Mello, au
nom de sadicte Maiesté.
» Que le prétendu préiudice allégué par ladicte lettre,
n'est à tenir ou réputer pour tel , puisque l'intention de
sadicte Maiesté (en accordant ledict octroy) n'at esté aultre
que d'admettre la fabricque des verres en ses pays de
pardeçà et par le mesme moyen pourveoir à ses subiets, les-
quelz (au contraire de ce que dit est par la mesme lettre)
seroient intéressez au cas l'on permît l'entrée des verres
estrangiers , en préiudice de ceulx qu'on fabrique de
pardeça, et dont ledict Savonetti a promis et promet de
pourveoir la commune pour le mesme prix ou tel que luy
serat ordonné.
» Ne faict aussi à considérer le prétendu commerce
reprins en ladicte lettre , puisque de quarante et plus
d'années ençà qu'on a fabricque des verres de pardeçà, l'on
— 26 -
n'at admis aulcuns verres estrangiers, bien que soubz main,
et directement contre les défences portées par lesdicts
octroyz, l'on en ayt faict quelque introduction, dont aussy
plusieurs sont esté reprins par justice , et les verres
déclairé confisquez.
» De sorte que le mesme prétendu commerce est plus
tost à réputer pour une corruptèle et fraude, que pour une
chose licite (1).
» Bruxelles, 27 avril 1643.
» Messieurs , pour responce à voz lettres du 22 de ce
mois, nous vous dirons que par l'octroy dépesché aux
Savonetti, pour fabriquer par deçà, tant les gros verres que
les cristalins, l'intention de Sa Maiesté n'a pas esté de faire
chose qui préjudicieroit à l'entretien du mutuel commerce
et bon voisinage du pais de Liège, mais bien de préférer les
inhabitans des pais de l'obéissance de Sa Maiesté et la
distribution des dicts verres aux estrangers. En quoy il n'y
at que de la raison, sans que les marchans de Liège aient,
en ce regard, couleur de se plaindre, non plus que les
marchans des autres quartiers d'Allemagne et autres pais
circonvoisins et alliez, outre ce que l'entrée de semblables
verres estrangers ne sera absolument et précisément
exclue, ains seulement pour autant que les dictz Savonetti
en pourront furnir quantité suffisante à ces pais, et là où il
y auroit en ce quelque deffaut de leur part , la liberté sera
ouverte aux estrangiers d'en amener selon que le tout sera
plus particulièrement exprimé par autres lettres qui sur ce
se dépescheront , en conformité de la résolution de Sa
Maiesté. Attant, Messieurs, etc.
» Voz très affectionnez à vous rendre service.
» B. le XXVII" de apvril 1643. »
(i) La minute originale de cette lettre manque. Il est à présumer
que le projet fut expédié.
— 27 —
La première des deux réponses que je viens de transcrire
allègue que plusieurs introductions de verres étrangers ont
été réprimées dans les Pays-Bas et les verres déclarés
confisqués.
Tel ne fut pas le sort des marchandises que les Bonhomme
introduisirent clans les Pays-Bas , grâce sans doute aux
lettres de 1643 et peut-être aussi dans le but de faire
déclarer par justice que l'octroi des Savonetti ne faisait pas
obstacle à l'introduction des gros verres.
J'avais déjà publié dans ma première lettre une décla-
ration de trois individus de Montegnée, qui avaient convoyé
pareilles marchandises vers les Pays-Bas et qui y avaient
vu celles-ci saisies.
Le protocole du notaire Etten (1) m'a donné depuis tout
l'historique de ce procès.
L'année seule n'est pas précisée : Henri Ruyson , l'ex-
verrier de 1625, qui instrumente maintenant pour les Bon-
homme , laisse , d'une part , des points après renonciation
de l'année « mil-six cent-quarante... » et, d'autre part, les
Bonhomme en 1646 parlent du procès comme ayant duré
« cinq ans et dadvantage ».
En tous cas, des saisies ont été faites avant 1645. De gros
verres , expédiés dans les Pays-Bas par les Bonhomme et
confiés à Hubert le Plaqueur, Jacques et Gérard Herman, de
Montegnée. De là un procès contre le conseiller et procureur
général de Brabant. Les Bonhomme ne ménagent pas les
avances pour le procès. Ils envoient des hommes d'affaires,
des jurisconsultes liégeois : Henri d'Heur, Gilles et Henri
Ruyson, qui séjournent à Bruxelles des mois et des mois (2).
(0 16 avril, 17 mai, 24 et 27 octobre 1646. — Voir aussi le proto-
cole du notaire Ruffin, 23 septembre et 17 décembre 1645.
(î) L'acte du 26 octobre 1646 à lui seul mentionne : 2 mois pour
tels devoirs; 3 1/2 mois pour tels autres; 6 mois pour d'autres encore...
— 2S —
Le système des Bonhomme énoncé dans les lettres de
1643 fut probablement jugé insoutenable; car leurs juris-
consultes se bornent à combattre en droit l'existence légale
de l'octroi accordé à Savonetti, comme n'ayant point été
ratifié et entériné par le conseil de Brabant. Puis, si je
comprends bien , deux tiers : Jacques de Bede et Gilles
Collinet, étaient derrière le rideau.
Ces moyens paraissent avoir réussi. Une sentence du
31 mars 1646 déclare la saisie nulle et autorise les parties
à se pourvoir contre le procureur général pour obtenir le
remboursement « tant pour respect des despens , expositas
et vacations que de la marchandise ou valeur d'icelle... »
Henri Bonhomme se fit subroger dans les droits de ses
agents et réclama les comptes de ses divers hommes de
loi , comptes qu'il tenait à produire devant le Conseil de
Brabant.
Le gain du procès ne semble pas avoir beaucoup avancé
les affaires, ni procuré une solution.
Plusieurs aimées après, en 1653, les Bonhomme, encore
une fois appuyés par le prince évêque de Liège , renouve-
lèrent leurs tentatives en adoptant un nouveau système ,
en invoquant le témoignage des marchands de Bruxelles ,
pour soutenir que la production de Savonetti était insuffi-
sante , qu'il fallait donc lui retirer son octroi.
Le document suivant (î) le prouve :
« Veu par le conseiller comis aux causes fiscales du Con-
seil privé, les Beqtes prestées à S. A. SS. par les Mres de
verreries et marchands des verres du pays de Liège , ten-
dans afin de pouvoir introduire et amener en ces pays les
verres fabriqués audit pays de Liège , nonobstant l'octroy
concédé à Franc0 Savonetty ; veu en outre plusieurs autres
escrits et offres de recognoissance annuelle de 200 Bix-
( i ) Communication de M. Edg. de Marnefke.
— 29
dalders par an , faictes au profit de S. M. de la part desdits
marchands de Liège, escrite à S. A. sur le subiect , et en
outre plusieurs autres pièces concernant cette matière et
nommément les remonstrances et inscriptions de Franc0
Savonetty et en particulier celles du 12 de décembre 1654
e1 22 d'avril 1655, par forme de remonstrances et raison
de contredicts et oppositions aux Recf- desdits marchands
de Liège. Et le tout considéré, samble au soussigné, sous
très humble correction , qu'il ne convient accorder ce que
lesdits marchands requièrent quant à présent , et ce entre
autres pour les raisons représentées par la rescription
dudit Savonetty dudit 20 décembre. Et néanmoins , comme
les verres de ladite manufacture de Liège et ceux de la
fabricque dudit Savonetty ont esté visités et conféré par
ensemble par les députez du magistrat de ceste ville , à la
reqte des marchands boutecliers et veruriers de celle ville,
selon le certificat signé Van Ranst , en date du premier de
octobre 1654, et qu'il samble par ledit certificat que ledit
Savonetty se seroit obligé envers ledit magistrat de fabri-
quer verres de pareille bonté et qualité que ceux de la
manufacture et fabricque de Liège , ensemble de les vendre
et débiter au prix déterminé et taxées , et qu'il est incer-
tain si icelluy Savonetty s'acquitte deuement en ce regard ,
le soussigné est d'advis qu'il convient , devant publier la
résolution à prendre sur les Req^ desdits marchands et
les lettres du Prince de Liège, d'envoyer lesdites Reqtes
d'iceux marchands et lesdites Rescriptions et Raisons de
contredicts dudit Savonetty à ceux du magistrat de ladite
ville de Bruxelles, afin de rendre sur le subject leur advis,
oui] sur ce , en préalable , lesdits marchands et bouticliers
des verres d'icelle ville pour en après estre faict et ordonné
comme sera trouvé convenir. Ainsy adressé le 9 de sep-
tembre 1655.
(Signé) Bald. VAN DER PIET. ».
- 30 -
Conformément à cette proposition , avis fut demandé
aux marchands de Bruxelles sur « la bonté , suffisance et
abondance qu'est obligé de faire et furnir ledit Savonetti. »
On ne connaît pas le résultat de l'enquête.
III
Après avoir donné un aperçu général de la marche des
verreries des Bonhomme à Liège, Bruxelles et ailleurs, j'ai
encore à mentionner quelques particularités nouvelles
révélées par mes recherches dans les archives, notamment
en ce qui concerne la population étrangère des verreries
liégeoises.
Vous avez fait connaître des noms nouveaux de verriers
altaristes ayant travaillé à Liège ( l ) :
« Bartholet, italien, » que vous croyez être un Bertoluzzi
d'Altare, comme l'était le Thomas Bartholus, gentilhomme
verrier qui apparaît, en 1598 , à Bouen;
Pierre , Antoine Massaro , une Nicole Massaro. Vous les
considérez avec raison comme Altaristes : les deux pre-
miers, avec Octave Massaro, déjà cité par moi, obtiennent
à Liège , du Conseil privé , le 16 novembre 1684 et le 8 no-
vembre 1688 , exemption de guets , gardes et fonctions
militaires , en leur qualité de gentilshommes verriers.
Vous parlerez , à propos des verreries de Maestricht, de
Sébastien Dagna , gentilhomme altariste , qui y travailla
chez les Bonhomme , et dont vous avez trouvé le nom ,
par relation , dans un acte de Liège , ville où sans doute
il aura aussi travaillé de son art.
J'ai signalé la présence à Liège, en 1625 et 1626, des
quatre Altaristes Babino, Buzzone , Pertica et Perrotto , et
(i) Bulletin de V Institut archéol. liég., XVIII, p. 295 et suivantes.
- 31 -
je serais bien tenté d'y ajouter, comme Altariste , certain
Hardy, verrier, que les voisins appelaient Audax. Il y
avait à Altare des Odacio, gentilshommes verriers, d'après
ce que vous a écrit M. Henrico Bordoni. Mais le rapproche-
ment, quoique tentant, me paraît trop subtil. Je me borne,
pour ceux qui seraient curieux de connaître les hautes
destinées des Hardy , en Espagne , à les renvoyer à une
enquête du 5 octobre 1675 (l), où comparurent des vieillards
de 74 et de 80 ans, qui avaient, dans leur jeunesse , connu
le verrier Hardy, c'est-à-dire vers 1625, époque de la
reprise, à Liège , de la verrerie à l'italienne.
Abstraction de ce Hardy (Odacio?), il y a à ajouter à la
liste déjà si fournie des verriers italiens ayant travaillé à
Liège , les noms des Altaristes suivants , tirés d'actes
notariés :
Jean-Baptiste Babino (2).
Antonio Buzzone (3).
Jean-Marie Perrotto (3).
Felino Pertica (3).
Genesio Varaldo (4).
Thomas Bormiolo (5).
Marc-Aurèle Saroldo (6).
Eugène Saroldo (7).
François Massaro (8).
Bernard Perrotto (9).
Le plus intéressant de ces actes , sans contredit , serait
(i) Protocole Amel Dujardin.
(s) Protocole Rolloux, 1625-26.
(s) Ibidem.
(*) Protocole Sauveur, 10 avril 1633, et Colba, 24 juin 1645, où est
rappelé un acte antérieur du 10 avril 1638, passé devant le notaire
Servais Parent.
(5) Protocole Pawea, acte du 2 avril 1664. — (e, 7, s, 9) Ibidem.
— 32 —
celui du 10 avril 1638 , par lequel Genesio Varaldo con-
tracte son tout premier engagement souvent relaté dans
les contrats ultérieurs concernant lui et d'autres Altaristes.
Malheureusement le protocole du notaire Servais Parent,
rédacteur de l'acte, me fait défaut, et l'on est ainsi privé
du type qui servit de base à la rédaction primitive des
obligations réciproques des maîtres de la verrerie et des
gentilshommes verriers.
Très curieux cependant est l'acte passé par le notaire
Sauveur au 1er mai 1643. Le même Varaldo s'engage
envers les frères Bonhomme « incontinent qu'il aura fait
son voyage d'Italie , à la Saint-Jean-Baptiste 1644. » En
outre , ce contrat est très circonstancié sur les conven-
tions relatives au logement des Altaristes , les droits des
consuls , etc.
Genesio Varaldo , d'après ce que vous a appris M. Bor-
doni , fut consul d'Altare en 1687.
Ce Genesio Varaldo était un financier qui , à différentes
reprises , prêta de l'argent à la corporation des verriers
d'Altare. M. Bordoni en tire la conclusion que les Va-
raldo n'étaient pas de simples verriers , mais des gens
riches , protecteurs de leurs compagnons , arrivés comme
eux , de l'étranger (d'après vous de Normandie).
A Liège , Guillaume Varaldo , le « parrain opulent , aux
vingt-cinq filleuls, » que vous avez signalé, était aussi une
sorte de banquier. Il prêtait 9,000 florins à la fois, et il
avançait 5,000 florins pour aider Liège à solder les milices
du baron de Spaar. Néanmoins , il est certain qu'il était
gentilhomme verrier : nous possédons son contrat d'enga-
gement , comme celui de son frère Genesio , chez les
Bonhomme. Vous avez même supposé (l) , avec raison
(î) Bull, des Comm. royales d'art et d'arch., XXVI, p. 351, en note.
— 33 —
d'après moi , que Guillaume Varaldo était le capo-maestro
des Altaristes , organisés en Liège en maîtrise.
Que je n'omette pas de rappeler l'acte du 17 juin 1651 (l),
contenant engagement de Joseph Gastellano. Cet acte est
d'autant plus important qu'il vous a mis à même de tracer
l'origine française des verriers d'Altare , qualifiés de Mes-
sieurs , de même que les gentilshommes verriers de Nor-
mandie (2). Ce verrier figure déjà dans un contrat du
1er mai 1643 et un autre du 23 juin 1648 (3) , documents
nouvellement découverts.
Deux autres actes, également intéressants, turent passés
pardevant le notaire Pawea le 2 avril 1664. Ce sont des
enquêtes sur des actes relatifs à Thomas Bormiolo , qui y
figure en personne et fait recueillir le témoignage de
Marc-Aurèle et Eugène Saroldi , Joseph Castellano et
Jules-César Buzzone , en présence de Guillaume Varaldo ,
François Massaro et Bernard Perrolto.
Plusieurs de ces verriers sont des personnages
importants :
Un Eugène Saroldi fut consul d'Altare en 1559; notre
Eugène en descendait sans doute : à Altare (4), les pré-
noms se transmettant de génération en génération.
Marc-Aurèle Saroldi fut consul en 1687. Thomas Bor-
miolo le fut en 1691 et 1692.
Quant à Bernard Perotto, il fut, en 1647 (5), associé à son
oncle , Jean Castellano , dans la verrerie de Nevers. Il tra-
vaillait à Liège en 1664 et devint , l'an 1668 , maître de la
verrerie d'Orléans , où une opinion qui n'est pas dénuée
(i) Protocole Pawea.
( s ) Bulletin des Comm. royales d'art et d'archéologie , XXVF , p. 242.
(s) Protocoles Sauveur et Colba.
(*) La même chose s'observa anciennement chez nous.
(b) L'abbé Boutillier , p. 60.
— u —
de fondement , affirme qu'il fut l'inventeur du coulage des
glaces. Je sais que cette question est à l'étude chez vous ,
mais je ne crois pas commettre une indiscrétion en révé-
lant que l'engagement de Robert Castellano , — cousin
germain de Perrotto — chez Mois , à Bruxelles , où il dé-
céda en 1688 , n'est pas étranger peut-être à la connais-
sance qu'avait Mois du procédé de fabrication des glaces
en coulant la matière à plat, et que la question sera résolue
si vous parvenez à prouver que le document contenant
l'affirmation de Mois , est antérieur à l'année 1688 , où le
procédé fut privilégié , en France , au profit de Thévart ,
aidé ou non par de Nehou.
Plusieurs actes concernent des Allemands , tels que :
Wolf et Hans Haghel , de Bitche (i ) ;
Ourick et Pierre Millier (2), que j'ai déjà cités (3) ;
Sébastien et Adam Geuvel (4) , de Bischen (évêché
d'Augsbourg) ;
Georges Manebacht , de Trêves (5) [dont la femme était
de Meteren , en Lorraine] ;
Georges et Samuel Enghelel , de Rikonach , pays de
Wysbourg (e) ;
Hans et Georges Meys (7), de Bers, près de Woldeviel (s).
Certains de ces verriers firent souche en Belgique ,
témoin certain Sébastien Ghevel qui est fort probablement
un descendant du Sébastien Geuvel, de 1648. Il était
(1) Protocole Sauveur, 16 septembre 1639.
(2) Ibidem, 1er mai 1643.
(3) 1" Lettre, page 13.
( -i ) Protocole Pawea , 4 avril 1648.
( s) Protocole Gangelt , 23 juin 1648.
(c) Protocole Pawea , 3 juillet 1660.
( 7 ) Ibidem.
( s) Je donne ces noms tels que je los trouve dans les actes indiqués,
sans en garantir l'orthographe.
— 35 -
également verrier et travailla dans plusieurs verreries
belges (1).
Les Furnon avaient engagé certains de ces ouvriers ,
par exemple les deux Mùller (2); de plus, je vois que
Noël Furnon lui-même était attaché à l'établissement des
Bonhomme dès 1642. Il assiste , à cette date , à un acte
intime , concernant les verreries , passé entre les frères
Bonhomme et leur beau -père , Jean de Glen (3). La sé-
vérité avec laquelle les Bonhomme anéantirent la concur-
rence de Furnon avait donc une cause plus justifiable que
le droit du plus fort.
La verrerie que les Bonhomme firent éteindre en 1650
avait fait , le 23 novembre 1649 (4), l'objet d'un contrat
entre Jean et Noël Furnon et certain Jean Duchateau. Jean
Furnon avait essayé de se dégager le 8 juin 1650 , peut-
être en présence des octrois des 8 avril et 18 mai 1650 et
devant les menaces des Bonhomme réalisées par eux en
juillet suivant.
Je crois encore découvrir quelque difficulté entre eux
dans un recès de la cité (5) , où il s'agit d'un débat entre
Henri Bonhomme et Noël Surnom. C'est certes Furnon
qu'on doit y lire et non Surnom, dû à une erreur de plume.
Il ne faut pas négliger cette verrerie des Allemands, car
elle appartenait jusqu'à un certain point à la verrerie ar-
tistique. Là se fabriquaient des rheumers ou verres à vin
du Rhin, dont la tonne a souvent été fort soignée. De plus,
lorsque Furnon fut réengagé chez les Bonhomme, en 1651,
il lui était interdit de faire « pour son particulier ni autrui, »
( i ) Chambre des finances —'verreries — n» 2108 , p. 203 , — aux
Archives générales du Royaume.
(2) lie Lettre, p. 13.
(5) Protocole Sauveur, 25 juin 1642.
(4) Relaté dans un acte du 8 juin 1650. Protocole Roufosse.
(s) Bibliothèque de l'Université de Liège.
— 36 —
aucun verre émaillé ou matière de pierrerie , ce qui
prouve bien que la verrerie des Allemands s'en occupait
auparavant.
Les Bonhomme d'ailleurs attiraient dans leurs verreries
d'autres que des Italiens et des Allemands.
Pierre la Martinière , que j'ai signalé , en 1655 , s'enga-
geant avec François Santino pour aller fonder une verrerie
à Kiel , était à Liège depuis l'année précédente.
Il figure clans un acte relatif à la verrerie et passé le 6
novembre 1654 (î). Pierre la Martinière était du Dauphiné.
Mes de Bongard et de Bigault, engagés le 2 août 1663,
venaient de Neufforge, et Synat — bailliage de Glermont,
en Lorraine. — J'en trouve la preuve dans l'engagement,
au 25 novembre 1655 (2), d'un Jean Bongard, venu de
Neuftort, en Lorraine, avec un Abraham de Gondé, natif de
Futau (Lorraine).
Un acte du 21 décembre 1655 (3) relate l'engagement
antérieur de trois autres Lorrains, nommés Barovaulx,
de Condé et Bonnet.
Je citerai enfin l'engagement, daté du 4 avril 1648 (4),
de Dimanche Lorent, de Domstien (Domptait) en Vauche
(Vosges), pays de LoiTaine.
Quant au Champenois, Joltrel , de Béthel, que vous avez
cité d'après une épitaphe de Liège, j'estime que c'était un
simple vitrier. Je le trouve dans un compte pour placement
de verrières (5). ^.
A ces noms de verriers, j'ajouterai ceux de quelques
( 1 ) Protocole Pawea.
(2) Protocole Pawea.
(3) Ibidem.
(4) Ibidem.
(s) Bulletin des Comm. roy. d'art et d'archéologie, t. XXIII, p. 273»
— Protocole Rolloux , 25 février 1642.
— 37 —
servants de verreries retrouvés parmi les actes notariés,
souvent en qualité de simples témoins, à savoir :
Etienne de Berg \
Thomas Rolly (1655 et 1657).
Phollien Lorent /
Jacques Adam (1657)
Jacques Samboin , de Barbançon , attaché comme aide
au vénitien Ongaro (1662), etc.
J'ai retrouvé deux emplacements de verreries à Liège.
Le premier danslecontrat des verriers allemands, l'an 1639,
portent qu'ils feront des verres pareils à ceux que l'on
fabrique Sur la Fontaine, à Liège; mais aucune autre
mention quelconque de cette usine ne m'a été révélée. Le
second est celui de la Neuffeville (que j'avais cherchée dans
la province de Namur), mentionné dans un acte du
26 mai 1657 (î) ; il apparaît au contrat du 25 avril précé-
dent (2) , qui m'apprend que Henri Bonhomme faisait
alors démolir un vieux bâtiment pour le remplacer par
d'autres constructions — une verrerie nouvelle sans
doute — et ce « en la Neufville proche Sainte Véronne. »
La Neuville est en effet une dénomination d'un lieu dit de
l'ancien faubourg d'Avroy, conservée encore aujourd'hui.
Vous avez cité (3) différents marchands de verre et
« cristal » à Liège; je puis en augmenter la série.
Hendrick, sans prénom, cité par vous en 1612, est
probablement l'orfèvre Peter Hendryck qu'on rencontre à
la même époque dans la paroisse de Sainte-Véronne , où
étaient les verreries (4).
(i) Protocole Pawea.
(2) Ibidem.
(s) Bulletin des comm. d'art et d'archéologie, t. XXIV, p. 68.
(i) Archives de la Cour d'Avroy. — Œuvres 1622-28, p. 249.
- 38 —
Un certain Cawea(i), marchand de « cristals », est
signalé en 1624. Je suppose qu'il aura été l'intermédiaire de
Siberale, de Charleville, dont la concurrence est mentionnée
par Guy Libon, entre 1618 ou 1619, époque de sa première
tentative de reprise, et 1625, date de la nouvelle fabrication
de Henry Ruyson.
En 1629 (2) , on passe chez Jean Bonhomme — déjà
intéressé dans la verrerie — le contrat de mariage de la
fille de Charles de Vaux, aîné, marchand de voirres.
Enfin, je trouve la mention d'un marchand de verres :
Jérémie de Trefve (ou Tiefve) (3), lequel, en 1660 (4), sert
d'intermédiaire aux Bonhomme , pour l'engagement
d'ouvriers verriers allemands.
J'ai l'honneur, etc.
Dé van de CASTEELE,
Conservateur des archives de l'État , à Liège.
P. S. Christophe Ponta, mentionné dans ma première
lettre comme engagé le 18 novembre 1680, fut consul
d'Altare en 1686.
J'y avais dit que François-Joseph de Wanzoul avait eu
des relations avec les Bonhomme , ou moins proba-
blement avec les Nizet. Cette dernière hypothèse seule
reste debout, en présence de certains actes inscrits dans
les anciens registres paroissiaux de Sainte- Véronne , à
Liège. On y voit figurer, le 27 septembre 1721, à l'acte de
naissance d'un enfant de François-Joseph de Wansoulle et
(0 Conclusions capitulaires. — Archives de la Cathédrale Sl-
Lamhert. — Année 1624.
(2) Protocole Bellevaux, 4 janvier 1629.
(z) Trêves V
(i) Protocole Pavvea , actes du 3 juillet 1660.
- 39 —
Marie-Anne Flusin, de Revin (1), Léopold Deminit en
qualité de parrain. Or, au mariage de celui-ci, le 19
juillet 1728, les témoins sont : Denis Nizet, maître de la
verrerie, et Herman Oger , qui, à son décès, arrivé le
27 juin 1732, est qualifié : « facteur de la verrerie du
s1* Nizet. »
Les Deminit (Demeny, même Demany) sont, sans doute,
des verriers français , de même que les Quadreville , de
Bigault , etc. Ces noms apparaissent en plus grand
nombre dans les registres paroissiaux à mesure que les
noms italiens s'altèrent et se perdent,
D. v.
(i) Mariés le 7 novembre 1717.
QUELQUES MOTS
L'ARRESTATION DE L'ABBÉ JEHIN
L'abbé Jehin ( 1 ) fut un des hommes qui contribuèrent le
plus au mouvement insurrectionnel de 1789, dans le mar-
quisat de Franchimont.
L'historiographe verviétois Nautet (2) s'étonne avec raison
que « son esprit actif et remuant, le Cri général du peuple
» liégeois qu'il publia et qui fit tant de bruit dans le pays ,
» ses démêlés avec l'abbé du monastère de Sl-Hubert , dom
» Spirlet, avec le procureur-général, Fréron, les pour-
» suites dont il fut l'objet, les écrits acerbes qu'il répandit
» sous le titre de Persécutions , etc. , sa Relation authen-
(0 Thomas-Joseph Jehin naquit à Theux le 10 juin 1732, A l'âge de
18 ans, il entra dans l'abbaye de S'-Hubert, et y fut ordonné prêtre en
1758. Il se rendit àRome, en 1763, où il obtint du pape Clément XIV
un bref de sécularisation.
(2) Gfr. Notices historiques sur le pays de Liège, recueillies par
G. N. — Verviers, 1859. 3e série, not. 286, pag. 195 sqq.
4
— 42 —
» tique de l'attaque de la nouvelle salle de Spa faite le
» 29 juin 1787, sa rude franchise, les accusations graves
» dont il chargea le prince de Liège » ne lui aient pas
conquis une place dans les annales de son pays.
Sa biographie n'est cependant plus à faire : elle se trouve
dans les Notices historiques sur le pays de Liège, et figure
même dans la Biographie universelle (l) de Michaud.
Dans des pages où passait un souffle de patriotisme âpre
et rude (2), l'abbé Jehin , on le sait, attaqua trop vive-
ment, hélas! le prince régnant et les gens du Conseil privé,
et soutint la cause de la salle Levoz de Spa contre les pro-
priétaires privilégiés de la Redoute et du Waux-Hall. La
violence du pamphlet irrita le gouvernement, et un mandat
d'arrêt fut lancé contre son auteur. Jehin dirigeait alors , à
Theux, un pensionnat et une école. C'est là qu'il apprit,
par le bruit public, les poursuites dont il allait être l'objet.
La fuite pouvait seule mettre en sûreté sa personne et ses
jours peut-être. Voilà pourquoi il se retira à Cornesse , où
il reçut l'hospitalité chez Hubert Mawet , un cabaretier de
l'endroit.
Cornesse , hameau du ban de Soiron , ressortissait à cette
époque au duché de Limbourg, et était par conséquent
sous la domination de la maison impériale d'Autriche (s).
Le fugitif pouvait s'y croire à l'abri des recherches.
Mais qu'importait à Fréron , procureur-général du
prince de Liège , la violation clu domicile et du territoire ?
Un jour , à l'aube naissante , il arriva à Soiron avec ses
(i) Cfr. Biographie universelle ancienne et moderne. Nouvelle
édition. Paris, tome XXI , art. de M. Lavalleye.
(2) Cris générale du peuple liégeois (sic) , brochure in-8°, sans nom
d'auteur.
(3) Cfr. Ernst. Histoire du duché de Limbourg. Liège, 1837.
Tome I , pages 17 et 30.
— 43 —
hommes , pénétra dans la demeure du sieur Mawet , et
arracha l'abbé Jehin à sa retraite.
C'était le 3 mai 1786.
Malgré sa résistance, Jehin fut conduit à Liège, et
enfermé, comme prisonnier d'État, dans les cachots de
Saint-Léonard.
Les autorités locales s'émurent : sur-le-champ, l'officier
mayeur de Soiron ouvrit une enquête, et envoya au prince-
évêque une supplique très vigoureuse pour protester contre
la violation du territoire de l'empereur Joseph IL
Deux documents , restés inédits , nous apprennent quel-
ques particularités curieuses touchant l'aventure de Cor-
nesse. Ce sont des actes de notaire qui recueillent le récit
des faits de la bouche même de témoins oculaires.
Pour ne rien enlever de leur valeur à ces témoignages,
nous les reproduisons d'après une copie manuscrite (î),
dûment authentiquée.
« Ce 5 may 1786 devant moi Notaire Royal admis au
Conseil Souverain de sa majesté L'Empereur et Roy ordonne
en brabant et en présence des témoins embas dénommés
comparurent Hubert Mawet cabartier a Cornesse autrichien
ban de Soiron , Catherine debois son épouse , Jeanne
Mawet leur fille , Catherine Mawet aussi leur fille, Anne
Marie leclercq , Hubert Dumoulin , le S1' : Jean Malherbe
negotiant et excollecteur du ban de Soiron , Anne Cathe-
( i ) Cette pièce intéressante est conservée à la bibliothèque du col-
lège saint François-Xavier , à Verviers.
rine Hurard servante chez le S1' : echevin lambert legros
audit Gornesse et la dlle Jeanne Thérèse legros, tous les
dits comparans suffisamment âgés et surceans du dit ban
de Soiron au Duché de limbourg , lesquels à la réquisition
de Monsieur Hubert Dehousse Mayeur et officier du dit
ban de Soiron nous ont librement et volontairement déclaré
sans induction ni persuasion quelconque , mais seulement
pour rendre hommage à la vérité scavoir ,
y> le premier comparant (1) déclare que mecredi der-
nier 3 du courant vers les cinq heures du matin il
vit entrer en sa maison audit Cornesse deux étrangers
dont l'un assez gros d'une taille haute , paraissant
avoir l'âge de 30 a 35 ans, ayant un habit frac de
couleur d'ardoise avec des boutons plats , une veste
raiee , culotte jeaunatre et un braquet (2) suspendu à une
ceinture garnie en or et des boucles d'argent a jour, se
disant maitre de celui qui l'accompagnoit , celui ci étant un
homme plein et gros et qui etoit vêtu d'un sarrau bleu,
avec un habit rouge doublé blanc au dessous , une culotte
jaune se disant le domestique du précèdent , qu'on lui a dit
par après être freron , qu'étant entré dans la chambre du
déclarant ils demandèrent a boire et a manger en s'infor-
mant sur quel pays ou territoire ils etoient, que sur ce le
déclarant leur dit qu'ils etoient sur les terres de sa Majesté
L'Empereur et Roy, qu'environ une petite heure après il
survint un troisième étranger d'une taille moienne, vêtu
d'un habit bleu avec des paremens rouges , une veste ou
gilet jeaune, une culotte noire, avec des boutons blancs,
un chapeau débridé paraissant avoir l'âge d'environ 35 ans
qui se plaça et bu dans la cuisine du déclarant sans vouloir
entrer dans la chambre nonobstant diverses invitations a
(1) Le cabaretier Hubert Mawet.
(2) Épée courte et large.
— 45 —
cet effet de la part du dit déclarant , qu'environ les sept
heures du même matin Mr l'abbé Jehin qui etoit domicilié
dans la dite maison voulant entrer dans la chambre fut
repoussé par les deux premiers étrangers qui le saisirent
et le tramèrent avec violence hors de la maison , le tro-
sieme étranger le poussant au dos sur le pave , que le
déclarant voyant cet excès de témérité leur dit : pourquoi
MALHEUREUX ME FAITE VOUS CET AFFRONT , Sur quoi le
troisième étranger lui repondit en jurant tais-toi ou je
brûle l'ame, en mettant la main à des armes à feu qu'il a
vu très distinctement dans sa poche.
» la seconde comparante (l) déclare, qu'étant dans une
place voisine pendant la saisie, violente et tumultueuse
de Mr : l'abbé Jehin, elle accourut au bruit et vint dire aux
dits étrangers, malheureux que faites vous a quoi le
deuxième étranger vêtu d'un sarrau , lui répliqua , chut ,
CHUT, C'EST PAR ORDRE DE SA MAJESTÉ,
» la troisième comparante (2) déclare que parlant
avec les susdits étrangers après leur arrivée, ceux-ci
lui demandèrent s'il n'y avoit pas un prêtre ou cha-
noine logé dans la maison, et s'il se leveroit bientôt, la
déclarante leur disant que si et que c'etoit mr l'abbé
Jehin, ils continuèrent en disant qu'ils les connoissoient
bien , déclarant ensuite , qu'au lever du dit abbé elle vit sa
saisie et son enlèvement violent comme il est exprimé ci
devant à la déclaration du premier comparant son père ,
ajoutant qu'elle vit aussi distinctement que le troisième
étranger vêtu de bleu avoit en main un pistolet dans le
chemin public,
» les quatrièmes et cinquièmes comparantes (5) déclarent
(1) C'est la femme du cabaretier.
( 2 ) Jeanne , sa fille.
(3) Catherine Mawet et Anne-Marie Leclercq.
— 46 —
que les jour et heure susmentionnés se trouvant a la fenêtre
de la maison de la cinquième comparante voisine a celle du
premier au moment que les dits étrangers poussoient Ledit
abbé Jehin et même avec telle fureur et violence qu'ils le jet-
teront contre la haye du jardin, elles remarquèrent qu'il se
debattoit pour se libérer, déclarant en son particulier la dite
cinquième comparante, qu'elle vit le dit troisième étranger
habillé en bleu, armé d'un pistolet faire quelques pas dans
un chemin à coté , et puis incontinent decendre accom-
pagné d'un quatrième étranger avec un habit verdatre
muni d'un gros mauvais bâton ou pieux, qu'elle entendit
très distinctement que ce dernier dit au dit troisième
étranger de tenir toujours son pistolet en main à quoi
celui-ci répliquât en propres termes vas , vas , il est pris
» le sixième comparant (l) déclare d'avoir vu dans le
tems précis Mr l'abbé Jehin trainé parles prédits étrangers
surle chemin public terre de sa Majesté l'Empereur et Roi
» le septième comparant (2) déclare qu'aux jour et heures
ci dessus il vit deux étrangers dont l'un etoit habillé en bleu
ayant un pistolet à la main et l'autre en verdmuni d'un pieux
ou gros bâton sur le prédit chemin public auxquels il leur
demandât qu'avez vous messieurs pour courrir ainsi
avec des armes sur les terres de sa majesté a quoi ils
repondirent , IL N'Y A RIEN
» la huitième comparante (3) déclare que les même jour
et heure que ci-dessus elle vit mr: l'abbé Jehin qu'elle
connoit très bien vouloir entrer dans la maison de son
maitre encore sur les terres de Sa majesté et qu'il en fut
empêché par violence par deux étrangers qui le trainerent,
un troisième les suivant de près,
( l ) Hubert Dumoulin.
(2) C'est Jean Malherbe, l'ex-collecteur du ban.
(3) La servante de Monsieur Téchevin Legros.
— 47 —
» la neuvième comparante (1) déclare que le moment
d'après elle vit distinctement Mr l'abbé Jehin qu'elle connoit
trainé par les deux premiers étrangers susdits et suivis de
près par un troisième et deux ou trois minutes encore âpres
elle vit sur le même chemin Royal de sa dite majesté deux
autres étrangers l'un habillé en bleu et le second en verd
suivansl'un et l'autre les traces des trois premiers étrangers,
» le tout quoi étant la pure vérité , les comparans et
comparantes susdits offrent de le ratifier et réitérer res-
pectivement sous leur serment solemnel toties quoties de-
vant tous juges competans , en étant requis , consentant
qu'acte en soit rédigé en forme par moi Notaire soussigné
et qu'une ou plusieurs copies autentiques en soient relaxées
au sieur requérant pour s'en servir là et ainsi etc ainsi
fais et déclare date ut supra au dit Cornesse autrichien, en
présence du sieur Rnd Prêtre et vicaire Henri Débouche (2)
et de gilles Dehousse tus a ce requis , qui avec tous les
comparans et comparantes , le sieur requérant et moi No-
taire avons signés et marque l'original de cette
quod attestor.
(Signé) AT. /. legros nots regs. »
La pièce porte l'apostille suivante :
« Je sousignes atteste d'avoir insinué cejourd'huy huit
may 1786 a la Chancellerie du conseil privé de son altesse
Celsissime de liège copie-autentique des présentes déclara-
tions avec une supplique , de même qu'à la Secretairie de
monseigneur l'official de liège aux neufs heures et demi du
matin
Ce que j'atteste
» (Signé)
» le prelocuteur et notaire , BRUYERE.
( i ) La demoiselle Legros.
(i) Voir sa Biographie par J. S. Renier (Verviers, 1858); et la Bio-
graphie liégeoise de Becdelièvre, tome II, page 592.
— 48 —
II
Le second document se rapporte au voyage du prison-
nier et à son passage par Ayeneux.
« Cejourd'hui six mai 1786 devant moi notaire public
roial et immatriculé de liège résident à Soumagne et des
témoins sous nommés fut présent la dllc marie anne Nivard
et André de meu se domestique chez ledit Nivard, lesquels
sans promesse indiction ni persuasion de personne et pour
rendre hommage à la justice et vérité; à la réquisition de
Mr Dehousse mayeur et officier de Soiron duché de lim-
bourg terre de sa majesté l'empereur et roi , nous ont dit
et déclaré que le trois du courant , Mr freron mayeur , son
domestique et trois hommes conduisant Mr l'abbé Jehin
très bien connu aux déclarans , arrivèrent à la maison du
père de la déclarante vers les dix à onze heures du matin
où étant arrivés ledit Mr freron demanda une chambre
particulière dans laquelle il but du café avec ledit sr abbé ,
qu'il dit être son prisonnier, et qu'ils apprirent qu'il
l'avoit été saisir sur les terres de sa majesté avec permis-
sion de bruxelles , qu'il y demanda deux chaises pour aller
jusqu'à la prison de S* leonard à liège ajoutant le déclarant
d'avoir été le conducteur d'une desdites deux chaises et
d'avoir laissé ledit abbé comme prisonnier auxdites prisons
de S1 léonard. Le tout quoi étant la pure et sincère vérité, les
comparans offrent de le réitérer et affermir pardevant tous
juges où ils en seront requis avec clause de reproduction
ubi opus. Ce fait et passé dans la maison du s1' thomas
Nivard située en aieneux paroisse de Soumagne en pré-
sence du SgnrDodemont jurisconsulte-avocat et du sr jaspai'
— 49 -
lochet témoins à ce requis qui ont avec les comparans
signés la minute originale de cette, étoit signé
J : JSizet notaire ut supra in fidem. »
Ajoutons, pour compléter ces notes historiques, que
Jehin fut relâché par ordre du prince. Par prudence, il se
réfugia à Aix-la-Chapelle , et , après quatre années d'exil ,
il rentra dans sa patrie à la faveur de l'invasion républicaine.
L'abbé Jehin mourut pauvre , le 5 octobre 1806.
Jean LEVAUX,
de la Compagnie de Jésus.
PRIVILEGES
DES
ANCIENS HABITANTS DU MARQUISAT DE FRANCMIIONT
DANS LA VILLE DE LIÈGE
Une chose qui ressort d'une manière frappante de
l'histoire du marquisat de Franchimont, c'est le dévoûment
de ses habitants aux princes-évêques de Liège.
Il serait intéressant de relever, au cours des siècles, les
faits nombreux qui viennent attester cette vérité. Pour
cela , il suffirait cle rappeler , entre vingt autres services
glorieux , le secours puissant que les Franchimontois , peu
de temps après leur réunion à la principauté , prêtèrent à
leurs nouveaux maîtres contre les Lorrains ; il suffirait de
signaler leur conduite héroïque au siège de Milan, en 1162,
la victoire qu'ils remportèrent sur le félon Henri de Gueldre,
et surtout leur mémorable expédition à Sainte- Walburge.
On ne s'étonne pas, dès lors, que Liège, la ville noble et
généreuse par excellence, ait tenu à honneur de reconnaître
les obligations qu'elle avait au marquisat.
De très ancienne date , les princes-évêques lui accor-
dèrent des privilèges , des franchises et des droits de haute
- 52 —
valeur ; plusieurs de ces privilèges tendaient particulière-
ment à favoriser l'industrie drapière, qui florissait dans la
bonne ville de Verviers (1).
C'est ainsi que, dès 1323 a par otroi exprès des Maistres,
du Conseil jureit , des Govrenours des Mestiers et de toute
la communiteit de la Cité de Liège » , il fut permis aux
Verviétois d'aller, en toute liberté, vendre leurs draps à
Liège, à condition toutefois d'observer les prescriptions de
la Lettre des Halles (2).
Plus tard, la reconnaissance des Princes les libéra de
toute taille extraordinaire ; bien plus, par une faveur insigne,
ils furent élevés, en 1456, au rang de bourgeois de la
noble cité.
Un perron , érigé en chacun des cinq bans du marquisat
de Franchimont, symbolisa ce droit sacré.
Il surgit, à différentes époques, des chicanes au sujet de
tous ces privilèges : en premier lieu, on contesta aux
habitants du marquisat le droit de vendre librement leurs
draps à Liège.
C'était , au fond , simple affaire de concurrence ; elle eut
cependant grand retentissement.
« La magistrature de Liège , instiguée par les gens de
métiers, raconte M. Gilles Nautet (3), ne voyait pas de bon
(i) Gfr. Histoire de V Industrie drapière au pays de Liège et particu-
lièrement dans l'arrondissement de Verviers , par J. S. Renier. Ce
remarquable mémoire, grand in-8° de 370 pages, a été couronné
par la Société libre d'Emulation de Liège.
(2) Gfr. S. Bormans. Recueil des Ordonnances de la principauté de
Liège (Bruxelles, 1878), fos 171 et 172, « Lettre des Halles, par laquelle
Adolphe règle la manière dont on doit vendre le drap à Liège.
Ie* février 1326 (n. st.) ». D'après les Paweilhars , G. fol. 2G0, aux Ar-
chives de l'État, à Liège. M. Benier l'a reproduite dans son Histoire
de V Industrie drapière, pag. 213 et suivantes.
(3) Gfr. Notices historiques sur le pags de Liège, (Verviers, 1853).
Jre série, not. 46, pag. 171 sqq,
— 53 —
œil que les habitants de Verviers, de Theux, etc. , eussent
le droit de venir dans la Cité même établir une concurrence
commerciale souvent défavorable aux marchands liégeois.
On ne pouvait pas leur interdire l'entrée de la ville, mais
on intimait aux gabelous l'ordre de leur susciter des diffi-
cultés..., on poussait quelquefois la témérité jusqu'à arrêter
et emprisonner les Franchimontois qui témoignaient un pou
trop haut leur indignation contre ces entraves. Cela alla si
loin, en 1556, sous le règne du prince-évêque Georges
d'Autriche, que les magistrats de Verviers et des autres
bans du marquisat de Franchimont crurent devoir convo-
quer au chef-lieu les habitants notables pour délibérer sur
les griefs que nous venons de faire connaître. »
Cette assemblée décida qu'on enverrait une députation
chargée de présenter un mémoire aux bourgmestres et au
Conseil de la cité de Liège. On eut tout lieu de se féliciter
de ce dessein: les députés furent reçus avec de grands
égards, et, « après deux jours de délibération, le conseil,
» d'après l'avis des bourgmestres , résolut que les Franchi-
» montois seraient par la ville, comme ils l'étaient par
» l'évêque , de nouveau reconnus comme membres de la
» noble cité de Liège avec tous les privilèges , droits ,
» aisances et libertés attachés à ce titre , en récompense de
» leur fidélité et de leur bravoure (l) ».
Cependant, la réconciliation ne fut pas de très longue
durée : trente ans plus tard , les tracasseries recom-
mencèrent.
« Alors, dit le chroniqueur Detrooz (2), comme on avoit
« voulu mettre des entraves à leurs droits et privilèges, les
(i) Cfr. Nautet, op. et loc. cit.
(a) Cfr. Histoire du marquisat de Franchimont et particulière-
ment de la ville de Vervier et de ses Fabriques. (A Liège, 1809),
lre part., chap. V, page 41.
— u —
» Franchimontois ayant réclamé hautement un titre qu'ils
» avoient acquis au prix de leur sang; le conseil de la cité,
«après avoir avisé leurs titres ; après avoir consulté les
» anciens bourg-mestres et autres notables bourgeois ,
» déclara que les habitans du marquisat de Franchimont,
d étoienl censés membres de la cité de Liège, et, par con-
» séquent, privilégiés et affranchis comme les bourgeois
» mêmes, relativement à leurs marchandises et denrées,
» en passant le serment que les bourgeois demeurant dans
d la ville, étoient tenus de faire eux-mêmes; savoir, que les
» marchandises qu'ils conduisent et emmènent, leur appar-
» tiennent et qu'aucun étranger n'y a part . »
Detrooz ne laisse nullement échapper une erreur, comme
le pense M. Nautet (1), en rapportant ici l'événement à
à l'année 1586 : les monuments historiques en font foi.
Un document inédit de la fin du XVIe siècle nous a
conservé le souvenir des pourparlers et des débats que
provoquèrent les réclamations des Verviétois. C'est appa-
remment dans cette pièce que Detrooz a puisé son chapitre
sur les Privilèges des Franchimontois dans la ville de
Liège (2).
Ce manuscrit, qui repose à la bibliothèque du collège
des Jésuites, à Verviers , est une copie faite sur une tran-
scription et dûment authentiquée par le sous-greffier de
Theux. Il forme un cahier, petit in-folio de 24 pages, d'une
écriture large , facile et datant du siècle dernier.
La suscription extérieure porte : « i586. Privilèges des
Franchimontois confirmés par le prince et par la cité de
Liège », et, plus bas, le nom de M. Dethier, de Theux,
auquel le manuscrit aura appartenu.
Nous publions ce document sans rien modifier à l'ortho-
(î) Cfr. op. cit., page 173.
(2) Cfr. op. et cap. cit.
— 55 —
graphe ni à la ponctuation; nous nous contentons de signaler
d'un mot , au passage , quelques-unes des additions inter-
linéaires et les principales surcharges.
M. Philippe de Limbourg nous a renseigné avec bienveil-
lance deux copies du même document ; elles sont conser-
vées aux archives de sa commune. La plus ancienne semble
se rapporter à la première moitié du XVIIe siècle par son
écriture gothique de façon et toute du temps. Elle est ainsi
authentiquée : « par extrait hors d'une Copie procédant de
La greffe de Theux notair subsigné Thorez ».
La seconde copie , de date plus récente , porte : « soubsi-
gnez par extraite d'un registre reposans ens archives de La
Cour de Theux »
(Signé) Jean de Limbourg.
Confirmation des droits et privilèges
des Franchimontois
par le I»rince et la Cité de Liège.
L'an i;;h<>.
Extrait d'un vieux registre aux archives de La coauté du
ban de Theux.
PRIVILÈGES ET FRANCHISES DES MANNANS ET INHABITANTS
DU MARQUISAT DE FRANCHIMONT EN LA CITÉ DE LIEGE.
En Conseil de la Cité de Liège , tenu en la Salle basse ,
en vendredi vingt huitième jour de mois de 9bre quinze
cent octante six.
Là même sur une supplication audit conseil oultre
donnée par les mannans et inhabitans de la marquisat de
franchimont , de laquelle la teneure s'ensuit de mot a autre.
— 56 —
« Aux honorés Seigneurs, Messieurs les Burguemestres , Jurés kt
Conseil de la cité de Liège !
» Remontrèrent en toute Révérence et obéissance, les commis et
députés d'aucuns mannans et inhabitans du pays et marquisate de
iïanchimont que de toute antiquité, voir sy très grande et loing-
taine qu'elle excède la mémoire des vivans, lesdits mannans et
inhabitans dudit pays et marquisate sont été tenus et obligé et
assubjetis de à toutes semonces et mandements soy trouver avec
armes, bastons et équipages en cette dite cité pour la garde diffence
et tuition d'jcelle, en quoi soy sont passés siervillement et coura-
geusement emplies, que les ancbiens historiographes ont heu justes
occasions en faire grandes mémoires et recommandations ; ainsi
que l'on tient le tout à vos Seigneuries estre assez manifeste et
notoire , où ils ne faisent aucunement doulte que vos dites Seigneu-
ries n'ayent ossi bonne et parfaite connoissance que a raison de
leurs dits subjections et obéissance ont de même temps que dit est,
reçu et joui de plusieurs bénéfices de cette ditte cité et entre aultres
qu'ils ont été tenus et réputés être du corps d'icelle dite cité , jouis-
sans de toutes telles franchises, privilèges et libertés que jouissent
les bourgeois, mannans et inhabitans d'icelle dite cité; et entre
aultres privilèges et affranchisés , de pouvoir venir vendre leurs
marchandises des draps et aultres en cette dite cité.
Item d'être exempts de payer en icelle dite cité aucun droit de
toutlieu (1) et péage, ni de pouvoir estre arrestés ou détenus en
corps ou en biens.
A la conformité de quoi en faisant par vos Seigneuries et les
députés de Monseigneur notre prince chacun an (2), reddition du
toutlieu con dit le grand toutlieu de pont de cette dite cité , la
clause subséquente y est expressément réservée et contenue :
(1) On appelait tonlieu un impôt , un droit de passage que les éche-
vins de Liège avaient arbitrairement établi. Il frappait toutes les mar-
chandises qu'on venait vendre ou acheter à Liège , et ne fut aboli qu'en
1254, sous le règne de Henri de Gueldres. (Voir Ducange, Glossarium ,
tome VI, au mot tonleum. Le grand toutlieu de pont , dont il est ques-
tion plus bas , se payait au pont des Arches. ( Gfr. Nautet, 67e notice).
(2) Une des copies de l'Hôtel-de-Ville de Theux supprime ici la
virgule et remplace an par en , ce qui change complètement le sens.
— 57 —
et pareillement sont exempts et réservés audit toutlieu et péage,
ceulx de nimaigre (l) et tous autres qui d'anchienneté en ont été exempts
et privilégiés; de nombre desquels sont lesdits supplians.
Non obstant tout quoi, même les rénovations et confirmations
faites encore depuis peu de temps enclra (2) par les princes et
éveques de Liège, Messieurs de son vénérable chapitre, comme
Burguemestres , jurés, Conseil et trente-deux bons métiers de cette
dite cité ; aucuns personnages demourant en ceste dite cité ignorant
peut être les devant dits privilèges et franchises ou abusant d'iceux,
soy présument journellement de faire attenir et arrester en cette
dite cité, les corps, biens et marchandises desdits mannans et inha-
bitans du dit marquisate et pays de Franchimont ; et en usant de la
témérité dont les toulsieurs (5) et gabelleurs ont ordinairement ac-
coustumé d'user; et lesquelles sont a un chacun notoire, veulent à
toutes postes et fantaisies faire payer les dits mannans et inhabitans
les droits du toutlieu, non obstant comme prédit est, qu'ils en
soient franck et exempts , lesquels des poeuvres personages en par-
ticulier soy trouvant ainsi arrestés ou inquiétés , aiment mieux soy
transhater envers les dits toulnesieurs et les donner deux, une, quatre ;
chinque a six; l'autre sept et huit florins de braibants, l'un plus
l'autre moins que d'estre avecque leur chevaux et chariots et mar-
chandises, retenus et arrêtés en ceste dite cité quelques jours; or,
comme telles exactions et modes de faire sont totalement jndues et
impertinentes, voir contre toute équité, justice et raison, redondantes
a grand et indicible intérêts desdits poeuvres inhabitans et au profit
particulier desdits publicains et gabelleurs, qui par ce empêchent
ossi le commerce et trafic publique de cette dite cité, redondant au
grand préjudice et interest d'icelle.
Les dits poeuvres supplians, vos bourgeois et sujets, supplient
très affectueusement et en toute humilité qu'il plaise a vos seigneu-
ries tenir la bonne main a ce pour le premier.
1° Que pour le bien et avanchement de cette dite cité et des
(1) La ville de Nimègue était exempte de cet impôt, moyennant
une redevance qui consistait en « un gant rempli de poivre blanc ».
(2) En guise d'explication, on a ajouté tant dans l'interligne.
(3) Toulsieurs, comme orthographie le copiste, a été surchargé
partout où il se rencontre dans le ms. On Ta transformé assez arbi-
trairement tantôt en toulnesien, tantôt en toutnisien et en toulusien.
5
- 58 -
inhabitans d'icelle ils puissent avec leurs draps et autres marchan-
dises venir paisiblement et franchement en cette dite cité et les
vendre et distribuer comme de toute antiquité ont ci-devant usé
et accoutumé.
2° Item qu'ils puissent librement et franchement venir en cette
dite cité sans y être ainsi pris arrêté ou détenus et que ces dits
publicains gabelleurs et toulnesieurs soit sérieusement prohibé et
défendu de point lever ni exiger d'eux quelque dega pour ledit
toullieu de tout /: comme dit est :/ qu'ils en sont francs et libres et
qu'ils soient de vos autorités constrains a restituer ce que induement
en ont levés et perçus depuis quelque temps encha /: quoi faisant
Messieurs, Vos Seigneuries feront œuvre équitable et augmenteront
le bien publics de cette dite cité tant en marchandises de chevals
bestail et autre sorte de marchandise que le commun populaire en
aura grand resentiment et prof fit. »
Ensemble avoir visité et advisé plusieurs requestes
oultres données à Son Alteze Serme, ordonnances et appos-
tilles y faites , ensemble le tout pris advis et délibérations,
arrêté , ordonné et apointé quant touche le point concer-
nant le fait de l'usaige authorité et puissance que les sup-
plians disent avoir heu et avoir de pouvoir venir hayener (i)
et vendre leurs draps en cette dite cité , l'on devra la dite
supplication communiquer aux officiers et autres de bon
métier des drapiers de cette dite cité et quant touche le
fait de toullieu duquel est ossi en ladite supplication fait
mention , l'on deverat icelle communiquer aux toullnsieurs
d'icelle dite cité pour par iceux des drapiers et toutlnsieurs
et chascun d'eux en son endroit et pour autant que les
affaires leur touchent y dire alléguer et remonstrer tout ce
que bon leur semblera pour après le tout veu ordonner
plus avant comme en équité soy trouvera convenir.
Et quant au fait du résidu de la dite supplication pour
(i) Ce mot, que la langue wallonne a conservé, signifie étale] ,
exposer en vente. ■
— 59 —
autres occupations survenues, le dit Conseil a continué
d'en ordonner jusqu'à la première commodité.
Item en Conseil de la dite cité tenu en mercredi troi-
sième jour du mois de Décembre an susdit.
Après avoir derechef oyu la lecture de la susdite suppli-
cation ; ensemble avoir visité et advisé plusieurs vieux et
anciens documens tenus en garde de ladite cité. Et entre
autres une émané de teu Srme et illstme seigneur et prince
Monseigneur Erard de La Marck cardinal cvesque de
Liège, en daete du vingtième jour de janvier quinze cent
et quatorze.
Item un autre procédant des Révérends, vénérables,
nobles et très honorés seigneurs Messieurs de la cathé-
drale église (1) de Liège, en date du troisième jour du
mois d'août quinze cent et quarante-deux.
Item un autre procédant des Burguemetres jurés et
conseil de la dite cité daté du sixième du mois de mars
quinze cent cinquante et six.
Item un autre émané de teu de louable mémoire George
d'Autriche ossy evesque de Liège en date du 27mc jour de
may quinze cent quarante chinq (2).
Item (3) un autre procédant des Sgrs Burguemestres jurés
et conseil de cette dite cité, dantées lre d'aoust quinze cent
soixante trois; par lesquels les sentences rendues par feu
de haulte mémoire Louis de Bourbon et Jean de iïorne,
jadis evesques de Liège, asavoir celle dudit bourbon en
date du 28° jour de mois d'Avril de l'an mille quatre cenl
(1) Après le mot église, une autre main a ajouté plus tard, au
crayon , les mots : et des état*.
(2) L'original sur parchemin repose aux archives de Verviers. Le
sceau , aujourd'hui perdu, pendait à une queue passée dans la charte.
En voici la susciïption extérieure : Touchant le jour du marchet et
feste marchande franche de Vervler confirmés par George â? Autriche,
(s) Le mot encore a été intercalé plus tard.
— 60 —
et quatre vingt (l) et celle du dit de home du septième de
décembre mil quatre cens quatre vingt et quinze (2).
Et ossy les lettres de feu de louable mémoire Adolphe
de La Marck dautées de l'an mil trois cens et vingt trois
le mercredy vigile de la purification notre dame.
Ensemble les exemptions (3), privilèges , franchises et
libertés que ont lesdits supplians en cette dite cité, fran-
chise et ban lieu ; sont estes gréés , confirmés , ratifiés et
approuvé.
Ensemble avoir par le dit conseil communiqué et
consultés les susdites affaires tant a aucuns anciens Bur-
guemestres , Commissaire et autres notables Bourgeois , de
cette dite cité et a plusieurs ans (4) du passé, estes accen-
seurs du grand toutlieu de cette dite cité , et sur le tout
pris bons avis et meure délibération.
A esté par ladit conseil ordonné appointé et déterminé
en respondant aux points et demandes contenues en la
susdite supplication des dits Remontrants.
Que quant est au point de pouvoir franchement et paisi-
blement venir vendre en cette dite cité leurs draps, comme
(i) Voir S. Bormans, op. cit. fÛS 667 et 668. L'évêque Louis de Bourbon
conserve aux drapiers de Verviers le droit de vendre leurs étoffes à la
petite halle de Liège.— 28 avril 1480. D'après les Paweilhars, G. fol. 187,
aux Archives de l'Etat, à Liège. Ce document est reproduit dans Y His-
toire de la bonne ville de Verviers , par F. Henaux (Liège, 1859) , page
24, à la note ; et dans Y Histoire de V Industrie drapière, page 32.
(2) Les archives de l'Hôtel-de-Ville de Verviers possèdent l'original
sur parchemin ; le sceau en a été enlevé. C'est la Déclaration . . . au
regard du droit competant a ceux de Vervier de vendre leur draps
dans Liège dans une Halle.
(3) Une main étrangère a voulu changer en exceptions le mot
exemptions, qui est parfaitement de mise à cet endroit.
(i) On a ajouté , à l'encre rouge , devant ce mot les lettres ay pour
en faire ayans.
— 61 -
de toute antiquité dient avoir fait , la copie de la dite
requette, devra estre communiquée aux officiers de bon
métiers des drapiers de cette cité, pour y dire et respondre
ce que bon leur semblera, pour après leur response ouie et
entendue , y dire et ordonner plus avant comme en équité
y trouvera convenir.
Item quant au point concernant de pouvoir par les dits
suppliants vinir franchement en ceste dite cité et banlieu ,
sans y être pris , arrestés ou détenus. Sy premièrement ne
sont par l'un des trois juges ordinaires de cette dite cité
convaincus, condamné, et rendu exécutables (1), et ossy
d'estre francs, libres et exempts de toutlieu de cette dite cité,
ayant comme dit est, par ledit conseil visenté etadviséles
devant dits documents et autres , par lesquels a esté trouvé
et soy trouve les dits manans et inhabitans dudit pays et
marquisat de franchimont, estre et avoir esté de tout temps
passé, membres du corps de cette dite cité, atenus et obligés
à faire divers services en icelle , et d'y contribuer en toutes
contributions ordinaires comme a esté usé du passé.
A par ledit Conseil esté ordonné , appointé et déterminé.
Que l'on tient les dits manans et inhabitans dudit pays et
marquisat dudit franchimont , membres de cette dite cité,
et partant privilégiés et affranchis de pouvoir venir, aller,
hanster et converser ens et parmy cette dite cité, sans y
pouvoir estre pris, arrestés ni détenus, s'ils ne sont par
l'un desdits trois juges ordinaires convaincus, condamnés
et exécutés (2); et que des marchandises et denrées qu'ils
passent et font passer sous eux,' et parmi les limites et
conduit de toutlieu de cette dite cité; ils ne doivent payer
ni satisfaire quelque chose , ains en apportant par eux
(i) Une surcharge à l'encre rouge remplace ici exécutables, et plus
loin exécutés, par le mot exempts.
(2) On lit le mot exempts en surchage.
— 62 —
lettres certifficatoires qu'ils sont surcéans dudit marquisat
et pays de franchimont , ou le faisant apparoir et en deman-
dant aux toulnsieurs le congé accoutumé ; mêmement en
faisant et passant par eux tel serimens que les bourgeois
en cette dite cité sont tenus de faire ; à savoir que la mar-
chandise qu'ils conduisent et emmènent est a eux spec-
tante et appartenante , non vendue ni promise , n'aiant a
icelle aucun parchonnier étranger, et qu'ils ne le venderont
ny distribueront et ne prendront parchonnier étranger ,
avant d'être passé les limites de dit toutlieu ; ils doivent
et deveront passer et repasser librement sans être
tenus payer aucun deu de toutlieu. Deffendant et commen-
dant aux accenseurs du dit toutlieu, que doresnavant ils
n'aient à prendre ni exiger des susdits mannans et inha-
bitans dédit marquisat quelque droit ou deu , pour ceux
dédit toutlieu.
Demeurant néanmoins payé , aboli et exteint ce que
jusque alors peuvent avoir paie et satisfait de tems qu'ils
n'ont ensuivis les devant dittes ordonnances d'avoir appor-
tez lesclites lettres certifficatoires de leurs résidences , et
fait le seriment et demandé le congé ci-dessus déclaré.
Retenant par ledit conseil que sy en la devant dite ordon-
nance, avoit quelque obscurité, et que pour causes d'icelle
survenisse difficulté , le pouvoir adouviïr et interpréter
comme en équité se trouvera convenir.
Et à savoir que sur les susdittes affaires concernantes ledit
pays et marquisat de franchimont plusieurs ordonnances
ont été faites par Messrs du Conseil Privé de son alteze Sme
lesquels ont par le facteur dudit marquisat été exhibées
au dit Conseil, et dont la teneur s'ensuit de mot a autre.
A SON ALTESSE.
« Remontrent très humblement et en toute révérence les sujets sur-
céans de la marquisat du pays de franchimont combien ils ont esté
— 63 -
munis et doués de privilèges franchises et libertés, tenus pour membres
de la cité de Liège, ja passé dez l'an quarante deux, et jusqu'au présent;
si est-ce toutefois que en préjudices desdits privilèges ici joints,
aucuns Bourgeois de la dite cité soy présument et ont présumés et
jugés, faire arrêter non seulement les marchandises des Remontrants,
qni plus est les saisir au corps et les constituer en prison comme
estrangers, en oultre sont ossy contraint par toutlnsieurs et peculaires
de payer tout impôt tant anchiens que modernes comme se ils ne
laissent munis et doués des avantages, privilèges et franchises, au
moyen des subjections et services qu'ils sont tenus faire, et de ce
assujettis. Par quoi lesdits resmonstrants supplient en toute humilité
sa dite Alteze et son Conseil vouloir prendre bon et soigneux Regard de
contenu desdits privilèges et octrois qui sont ici joint ; a cet effet y
donner ordre et aide , telle que Y. Seigneuries trouveront estre con-
venables a la raison, implorons en ce le devoir de vos nobles états et
office du Conseil. »
Apostille sur la susdite Requeste.
Les supplians spécifieront plus clairement particulière-
ment ceux pur lesquels ils auroient été saisis, arrestés ou
aullrement prejudiciés, et en quelle ou quelles choses et à
quelle cause ou causes. Se référant quant a ceste requeste
avec l'écrit y mentionné et joint par le tout par (l) son Alteze
en son privé conseil , vu et examiné et estre ultérieurement
ordonné ainsi que raison.
Fait au dit conseil de son Alteze, le 17° de novembre
1586. Ainsi signé
LAMBSON.
S'ensuit encore une aultre requeste.
A SON ALTEZE.
« Remontrent en toute Révérence et humilité vos très obéissants
subjets de votre marquisat de franchimont pour satisfaire à l'appostille
donnée sur leur précédente requeste en Conseil-Privé de Votre Alteze,
< 1 ) Une correction fait pour du mot primitif par.
que puis natguair, au septième du présent mois de novembre, Jean
Malherbe Bourgeois de cette cité at fait arrester aucune banse (i) de
poille de fer partenantes a Jean L'amoureux surcéans et sujets de
votre ban de Tlieux, de l'autorité des maitres et jurés de vostre ditte
cité, pour aucune debte civile, par le dit Malherbe prétendue;
davantage les toutlnsieurs et fermier de toutlieu ordinaire d'icelle
cité ont depuis natguaire entrepris d'exiger de vos dits sujets de
franchimont les paiages et toutlieu , dont ils ont été libres et exempts
de tout tems immémorial, comme aussi ils sont francks de toute
arrestation pour debte et action des particuliers Bourgeois de votre
dite cité, autant et aussi bien que les Bourgeois mêmes y résidants.
Et comme telles nouvellités tendent directement a indue frustration
et abrogations, des privilèges, franchises et libertés de vos dits sujets,
ils supplient très humblement qu'ils plaisent a vos seigneuries y
remédier en faisant casser le dit arrêt et attention de la marchandise
dudit Jean L'amoureux et faisant cesser les dits toutlnsieurs de la
dite exaction nouvelle et de rendre ce qu'ils ont induement exigé
d'aucun des dits sujets; nommément de Servais Jean Laurent, henri
Legrand henri , françois anthoine au dit Lamoureux et autres, avec
restitution (2) de tous dommages, interest et dispends.
Quoi faisant
S'ensuit l'apostille faiste sur la susdite requeste.
Soit communiquée a Jean Malherbe dénommé, ensemble
au Receveur de toullieu y désigné pour y responclre a
lundi prochain par escrit, ce que bon leur semblera.
Reproduisant icelle, pour tout veu et considéré, y estre
fait et ordonné comme de raison.
Fait a Liège le 20 novembre io86 , ainsi que signé
DE LA RRIGS.
S'ensuit encore une aultre Requeste par eux avant mise.
( 1 ) Voici le sens : une manne de paillettes de fer.
(-2) Les mots avec restitution, placés dans l'interligne, avaient été
omis par le copiste.
— 65 -
A SON ALTESSE.
Supplient les subjets de vostre marquisat de franchimont comme
ils aient fait intimer l'ordonnance de V. A. appostille sur leur Requeste
précédente a Jean Malherbe et Charles Jamin,toutlnsieurs, les quels
n'ont accusez de repondre; et cependant les commis de parte les sup-
pliants attendent ici a grand dépend qu'il plaise a vos Seigneuries ouir
les Burguemestres de vostre cité sur la vérité de la dite précédente
Requeste et par commun avis de votre Privé Conseil, ordonner sur la
cassation et prohibition de leur arrestation et sur l'indue exaction
des toutlieux ordinaires dont ils sont affranchis ce que de raison.»
Se.itence Aujourdhui 29e jour de novembre an 1586 sur le Res-
du sentiment de plainte de la parte des Communs surcéants du
Conseil privé. marquisat de franchimont faite de ce que Charles Jainin ,
toutlnsieur de cette cité de Liège auroit voulu arrester
certaines marchandises de fer battu , comme poilles et sem-
blables ouvrages qui se font ordinairement au dit marquisat
a faute de payement de toutlieu que iceluy toutlnesieur pre-
tendoit en être deu et que les maîtres d'icelles denrées;
a savoir Jean Moreau, Gilles Collette et Servais Jean Lau-
rent et divers aultres avoient partant estes contraints de
payer ledit prétendu toutlieu jusque a la somme de trente
fis bbs ou moins , lequel toutlieu se disoit de la part
d'iceux communs surcéans et partant iceux n'estre deu en
regard des privilèges a eux compettents, en vertu desquels
ils seroient exempts de payer tels et semblables toutlieu.
Son Alteze en son Privé Conseil , aux affaires de son
pays de son évesché et principauté de Liège, après avoir
vu lesdits privilèges et communiqué cette affaire avec les
Burguemestres de sa dite cité de Liège, ensemble aussi
avec les susdits et autres toutlnsieurs d'icelle sienne cité, par
le moyen d'iceux Bgtres appointé que pour aucune bonne con-
sidération, les communs surcéans et maîtres susdits veullent
avoir la patience que ce que jusqs a ces a esté payé demeure
payé ; mais que doresnavant lesdits communs surcéans et par-
— 66 —
tant lesdits maitres et aultres leurs semblables et généralement
tous et chascuns ses sujets de son dit marquisat de franchi-
mont ; devront estre et seront et demeureront libres et
exempts de payer pour aucuns tels et semblables ouvrages
ou denrées, aucun pavages ou toutlieu, suivants leurs dits
privilèges , .lesquels tant en ceste endroit qu'en tous autres
cas et choses y comprises et contenues.
S. A. entend et déclare vouloir estre et demeurer en
leur entier , sans que par les dits toutlnsieurs ou aultres
quelconques y soit en aucune manière contrevenu ou t'ait
au contraire.
Sy devront néanmoins lesdits surcéans , de même que
pour en raison et équité suffira faire apparoir les denrées
qui devroient estre exemptes des dits pavages et toutlieu ,
leur appartenir a la bonne foi et sans que y intervienne
de fraude ou malescent , et quant a l'arest fait par Jean
Malherbe des denrées semblables aux susdits de dit Jean
Mureau a cause de certaines debtes par ledit Jean Malherbe
contre icelui Jean Moreau Prétendu. S. A. déclare pareil-
lement conformément auxdits privilèges quycelui arrest
devera (1) estre et demeurer sera et demeurera cassé et mis
a néant, comme contrevenant a yceux privilèges.
Fait a Liège au dit Privé Conseil de S. A. sous le scel se-
cret d'icelle comme dessus ainsi marqué et puis ainsi signé
par S. A. en son Privé Conseil Lambson et y estoit impressé
le scel cle Son Altesse en cire vermeille, et au reste estoit la
copie signée H. Leclcrc per Rgrum.
Par extrait D'un regitre reposant au greffe de police de
la communauté de theux (2).
h. j. michotte , actuair s<Tinr<>!:.
( i) Mot omis par le copiste.
(-2) Cotte apostille, écrite à l'encre rouge, n'est pas de la main du co-
piste; elle. 1 été ajoutée par le sous-greffier assermenté île In commune,
— 67 —
NOUVEAUX DIFFERENDS.
Une confirmation aussi étendue assurait aux habitants
du marquisat de Franchimont toute liberté de placer à leur
gré les produits de leur industrie.
Ils n'en abusèrent point, mais se montrèrent attentifs à
respecter les règlements de la ville de Liège. Cette con-
duite, dictée par la reconnaissance et la sagesse , tourna à
leur plus grand avantage , et leur concilia la haute protec-
tion des princes-évêques et du Conseil de la cité.
« Ils jouirent alors, écrit l'historien Detrooz (1) , de tous
» leurs droits sans aucune interruption , jusqu'à vers la lin
» du dix-huitieme siècle, que des gens chicaneurs, ou
» plutôt jaloux de leurs prérogatives, firent naître des nou-
» velles difficultés à cet égard ; au point qu'il y eut une
» longue procédure , laquelle fut enfin terminée par une
» transaction , qui , sans leur en ôter la jouissance , n'a pas
» laissé que de les ébrécher. »
Quarante ans plus tôt, des difficultés avaient déjà surgi au
sujet de l'impôt de la massenge : (2) plusieurs actes du Re-
gistre aux recez de la cour de Theux nous en ont conservé
le souvenir (3). En voici des extraits.
« Dans l'assemblée des bourgmtres et magistrat de
» Theux tenue le onzième juillet 1737 sur nre halle avons
» approuvez les deux voyages que nre bourgmre Woltï a
» fait a Liège aux ordres verbal du magistrat... et luy or-
» donnons de se rendre encor a Liège au sujet du toulieu
» de la massenge avec ceux des autres bancs... »
(i) Voir Detrooz, op. cit., lre Par., page 43.
(t) Voir Ducange , Glossarlum , tome IV, au mot masagium.
(3) C'est à la parfaite obligeance de M. Philippe de Limbourg,
l'émment archéologue et historiographe de Theux , que nous devons
la communication de ces pièces.
— 68 -
Au mois d'octobre , une première conférence réunit à
Verviers les députés de tous les bans du marquisat (1), et,
le 6 août 1738, l'assemblée ordonna au bourgmestre Wolff
« de se rendre demain h Vervier pour conférer avec le
» magistrat de ladite ville et les députez des autres bancs
» du marquisat au subjet du toutlieu de la masenge luy
» donnant pouvoir absolut de convenir avec les autres ville
» et bancs selon les instructions luy donnée... »
Après bien des pourparlers encore (2) , on chargea
« l'ancien btre de Limbourg de se rendre à Liège pour pré-
» senter ou faire présenter une requette à la personne de
» Son Altesse au subjet cle la massenge. »
Il fut enfin fait droit aux revendications du marquisat, et,
de commun accord , les bourgmestres et magistrats de
Verviers , de Spa, de Theux, du Sart et de Jalhay, réunis
à Theux en assemblée extraordinaire (3), décidèrent
« que la ville de Verviers fournira — sans pouvoir user de
» compensation, rétention ny autre exception dans les frais
» vacations et autres accessoires faits et à faire touchant la
» massenge qu'on exige des habitans de nre marquisat
» contre tout droit et leur possession — quarante quattre
» dans cent, la communauté de Spa saize, la communauté
» de Sart sept et demy , la communauté cle Jalhay
» quatre et demy.... et la communauté de Theux vinte huit
» et avons — pour diriger solliciter et généralement faire
(i) Recez du 9 octobre 1737. ( Archives de Theux. )
(2) Recez de Theux des 20 et 20 août 1738.
(:,) Recez du 19 septembre 1738. Le texte de cette «Convention
entre lu ville de Vervier et les autres communautés du iiiiii-ijiiisut de
Franchimont touchant lu masenge » se trouve aussi aux archives de
l'hôtel-de-ville de Verviers, dans le Regitre auxrecés, etc., cart:
n° 10, fol. 69 et verso. Gfr ihid. Recés déclaratoïr... au sujet de lama-
senge, du 2 septembre L738, t'ol°67; et Commission... ausujetde Vaffaire
de la massenge, fol0 68 verso.
— 69 —
» dans laditte affaire tout ce qu'il sera trouvé nécessaire ou
» util pour la faire finir et soutenir la possession et
» exemption de l'impôt de la massenge, desquelles ils ont
» joui et doivent jouir — commis et authorisé les magistrats
y> de la ville de Vervier et de Theux auxquels nous donnons
» pouvoir d'emploier une somme de cinquante louis d'or
» en présents, s'ils le trouvent convenable.... »
La tranquillité dura peu, et les différents bans du mar-
quisat se virent de nouveau en butte aux contestations (1).
C'est qu'on enviait aux Franchimontois leur privilège le
plus précieux, le droit de bourgeoisie dans la cité de Liège.
Aussi bien, la chicane s'exerçait vive et ardente sur cet objet.
Un procès, entre un habitant de Verviers et le syndic
liégeois , vint révéler la malveillance des intentions , et
irrita les habitants du marquisat. Aussitôt les députés des
bans tinrent des réunions , et décidèrent d'envoyer à
Charles de Velbruck, prince-évêque régnant, une supplique
pressante.
Supplique très humble a S: A: au sujet du droit de Bour-
geoisie de Liège compétent aux franchimontois
Monseigneur ,
Si rien n'est plus sensible aux peuples que de voir porter
atteinte à des distinctions bonorables et à des Droits
Exemptions, privilèges et franchises qu'ils ont méritées au
prix de leurs fortunes et de leur sang , versé pour le salut
de leur Mère patrie; rien n'est plus flatteur que d'oser
espérer de s'y voir réintègres ensuite de la voie représen-
tative sous la Gracieuse médiation et autorité d'un prince
juste et bienfaisant.
(l) Voir Notices historiques sur le pays de Liège, 3e sér.,not 950
p. 77.
- 70 -
C'est le cas où se trouvent vos très humbles sujets,
habitans du Marquisat de franchimont , et c'est ce qui
nous fait prendre la très-humble liberté de recourir aux
bontés de Votre Altesse en La suppliant de donner un coup
d'oeil favorable à l'état de leurs plaintes.
Il seroit inutile d'apporter <lrs preuves des services
signalés que nous avons rendus en divers tems à la capi-
tale, ni des droits et exemptions qu'elle nous a accordées
par pure reconnaissance.
Ces preuves sont de notoriété publique. Pour nous bor-
ner à un trait historique qui peut tenir lieu de tous ,
personne n'ignore que dans la détresse de la ville de
Liège , assiégée par les armes reunies de Louis XI Roi de
france et de Charles le hardi duc de Bourgogne , en
1468, six cents franchimontois furent les victimes de leur
zèle intrépide dans une sortie qu'ils firent pour la défense
de la capitale et que cette action courageuse fut suivie du
pillage massacre et incendie de tout le Marquisat.
On ne peut ignorer non plus qu'en considération de leur
valeur et des services signalés qu'ils avaient rendus dans
cette malheureuse crise et des dispositions où on les avait
toujours trouvés au besoin à voler au secours de la capi-
tale on leur confirma le droit de bourgeoisie de la ville de
Liège, qui leur avait été accordé dès l'an 1457.
Outre la force de la tradition et la croyance générale
fondée sur les copies authentiques qui restent de ces faits,
l'accord de tous les historiens du pays, foullon (1),
fisen (2), le Recueil héraldique (3), les Délices du Pays de
(0 Cfr. Historia Leodiensis, tom. I et II, in-fol. Liège, 1736.
(2) Gfr. Sancta Legia. Historia Ecclesiae Leodiensis, pars II, in-fol.
Leodii, 1G9G.
(r>) Gfr. Loyens, Recueil héraldique des bourgmestres de lu noble rit,'
de Liège, etc. Liège, F. P. Gramme, 1720. Un vol in-fol.
— 71 —
Liège (l) etc ne laisse aucun doute sur leur certitude, enfin
la possession constante, dont les franchimontois ont joui
depuis plusieurs siècles, du droit de bourgeoisie et des
exemptions y annexées , fut un titre aussi fondé en droit
qu'il soit possible d'en avoir , la possession immémoriale
étant le plus forl de tous les titres.
Il est vrai que de tems en tems on a prétendu d'obli-
ger d'acquérir la bourgeoisie de Liège quelques-uns de
nos habitans domiciliés dans la ville , mais aucun n'a pu y
être contraint; si quelques uns l'ont acquise, c'était pour
ne point souffrir de difficulté ni de retardement dans leur
réception en qualité de Bourgmestres y étant domiciliés
d'avance et étant des Chambres sans l'avoir acquise ; et
d'autres se sont opposés et se sont toujours exemptés par
là de l'acquérir ; témoin entr'autres Joseph thomson
qui au moyen des preuves lui fournies par le Magistrat de
Theux s'est maintenu toute sa vie dans le droit de rester
a Liège et d'y faire commerce comme les autres Bourgeois.
Il est vrai aussi que de tems en tems apparemment par
erreur des receveurs ou commis des droits de toulieu et
de la masenge , on a voulu exiger ces droits des franchi-
montois; mais il est également vrai que nos oppositions
nous ont toujours valu la reconnaissance de nos exemp-
tions et entr'autres encore il y a 40 ans, depuis lequel
tems nous avons continué d'en jouir comme de toute
ancienneté tant en conformité des Déclarations données
en differens temps par les Magistrats de Liège que des
confirmations et apostilles émanée de l'autorité souveraine
de plusieurs de nos SSmcs princes.
Pour ces raisons qui sont notoires , et d'autant plus qu'il
en conste des anciens Documens reposans aux differens
Greffes du Marquisat et des ouvrages , cités cy-dessus , et
(l) Cfr. Saumery, Délices du pats de Liège, 5 vol. in-fol. ornés de
232 planches. Liège , chez Kints , 1738.
— 72 —
imprimés d'autorité ou au vu et au sçu de nos Princes et
des Etats et des Magistrats successifs de Liège (l), et ou
l'on voit que les franchimontois, pour prix de leur zèle et
de leurs services pour la patrie ont obtenu le droit de
bourgeoisie de Liège et tous les droits y relatifs ;
et d'autant plus enfin qu'on n'a jamais pu obliger aucun de
nos habitans a l'acquérir soit pour y demeurer et y
commercer, soit pour être des chambres et que nous
sommes depuis plusieurs siècles dans la possession des
dites exemptions , droits et franchises ;
Pour ces raisons réunies nous supplions tres-humblement
Votre Altesse de daigner nous maintenir dans la possession
de nos dits droits, privilèges et exemptions scavoir en
particulier dans notre profession de droit de bourgeoisie de
la cité, et dans les droits de vendre et d'acheter soit des
Grains au Muid et ailleurs dans Liège et partout le Pays (2),
soit toutes autres denrées et marchandises, comme aussi
dans celles des exemptions de tous droits , Gabelles et
péages, à titre de masenge et de toulieu et sous tout autre
nom, de même que les autres Bourgeois dans la cité même
et cela en vertu de nos anciens droits et privilèges accordés
en recompense des services que nous avons rendus en
differens tems et pour ceux qu'on peut encore attendre de
Nous dans les Malheurs publics.
( i ) Dans son Histoire du pays de Liège (page 268, not. 1 ), Ferd.
Henaux écrit : « Ce fut sous le patronage du Magistrat de Liège ou
des États que parurent les ouvrages de Loyens, de Bouille, de Foullon,
de Louvrex, de Méan, de Saumery, etc. »
(2) La copie des Privilèges des franchimontois, confirmés par le
prince et par la cité de Liège, authentiquée par Jean de Limbourg (voir
plus haut, page 55), est suivie d'une Copie des privilège que ceux du
j>' ys de franchi mont ont la citez de Liège pour y acheter et aller quérir
grains icy intime: en L'an 1626, douzième juin. Cette pièce intéressante
occupe, en partie, les fos 7 et 8 du Codex ms. de Theux.
— 73 —
Après la supplique que nous venons de transcrire, le
Registre aux recez de la communauté de Theux reproduit,
du f° 109 verso au f° 114, la Confirmation, les articles et la
ratification de l'Accord du 12 février 1779.
Il nous a paru de tout point préférable d'en publier le texte
d'après l'original que possèdent les archives de Theux.
Voici ces précieux documents dans leur intégrité.
Son Altesse ayant vu l'accord et arrangement , arrivé 1
12 de ce mois, à la médiation de son chancelier, l'archidiacre
Baron "Van der heyden De Blisia, et de son Conseiller-Privé
le Chevalier De Chestret, touchant l'ancienne prétention
des Franchimontois à la bourgeoisie de sa cité : vu aussi
la ratification ensuivie du Magistrat : sur le tout oui le
rapport de ses dits députés : Déclare d'approuver et de
confirmer, approuve et confirme de son autorité Principale
le dit accord et arrangement , tel qu'il sera ci-dessous
transcrit: voulant qu'il sortisse, à perpétuité ses pleins
effets, et que tous ceux, qu'il appartient, ayent a s'y con-
former.
Donné au Conseil Privé de son Altesse le 25 février 1119.
(signé.) Baron VAN DER HEYDEN DE BLISIA.
(contresigné. ) DE CHESTBET.
( Les armes du prince François-Charles de Velbruck sont
apposées à l'original en hostie rouge).
Suit l'accord :
Le 12 février 1779 , Pardevant le seigneur Baron Van
der heyden De Blisia, Trefoncier-Archidiacre et Grand-
Chancelier de Son Altesse , et Monsieur Le Chevalier De
6
- 74 -
Ghestret , Conseiller-Privé de sa dite Altesse , Députés par
par son ordonnance, en date du 28 janvier dernier, com-
parurent pour la seconde fois, le sieur Ophoven, Procureur-
général et Syndic de la Cité de Liège , présents avec Lui
Monsieur Le Chevalier De Léonard De Streel , Conseiller-
Privé et M. l'avocat Béanin, en qualité de conseiller de la
dite Cité, d'une; et Mrs Zinck, et Fion, Bourg-mêstres-régents
de la ville de Vervier, et Maquinay, greffier ; De Limbourg,
député des notables de la communauté de Theux; Hanster,
Bourg-mêstre-régent de Spa , et Gérard Deleau , conseiller
du dit Bourg ; respectivement et suffisamment constitués
des Bans de Theux , de Vervier et de Spa, pour et au nom
du Marquisat de Franchimont , d'autre part ; les uns et les
autres assistés de MM. leurs avocats.
Lâ-même les parties ont amplement exposé et discuté
l'objet de leur diférend ; soutenant les seconds-comparants,
que les Franchimontois , depuis plusieurs siècles , auroient
toujours été réputés pour membres de la cité, et qu'en
conséquence ils devroient jouir des mêmes franchises et
Libertés, dont jouissent les bourgeois de Liège : et soute-
nant, au contraire, les premiers comparants , que le droit
des Franchimontois se borneroit à la jouissance de certains
privilèges particuliers seulement. Surquoi il y auroit eu
souvent des difficultés et débats ; et récemment un procès
dispendieux arrivé entre le dit Syndic de la Cité, acteur,
et un nommé Michel Crama , défendeur , pour lequel le
Magistrat de Vervier , s'est porté intervenant : dans lequel
procès Crama auroit été , à la vérité , condamné par sen-
tence du magistrat de Liège , en date du 14 septembre 1778,
mais dont il y auroit recours, en nullité, ou appel interjeté
à son Altesse, en son Conseil-Privé.
Dans ces circonstances, les seigneurs médiateurs : après
avoir formé , à l'une et l'autre partie séparément , les
doutes et objections convenables , et après leurs avoir fait
— 75 —
sentir les dangers, qu'elles couroient, d'une longue suite de
divisions , d'animosités , de procédures et de frais multi-
pliés , au grand détriment des villes et communautés res-
pectives, si elles ne se prêtoient à un accommodement : ont
enfin amené les dites parties a conclure et signer, en
amiable , les articles de convention et d'arrangement
suivants.
Articles.
1 . — Les Franchimontois , d'après les services essentiels
qu'ils ont rendu à la capitale pendant les dernières guerres
et calamités , et d'après les privilèges qui leur ont été
accordés , en reconnaissance , depuis plusieurs siècles ,
participent et participeront à la bourgeoisie de Liège , avec
tous droits et exemptions y attachés , sous les limitations
néanmoins et explications qui s'ensuivent.
2. — Ce privilège étant attache spécialement à la nais-
sance des Franchimontois , personne ne pourra y prétendre
au simple titre de la bourgeoisie, qu'il auroit acquise lui-
même dans quelque ville ou communauté du Marquisat de
Franchimont.
3. — Tout né-Franchimontois , aspirant à jouir de la
pleine bourgeoisie de Liège , doit et devra se qualifier par
devant le Conseil-Privé de Son Altesse, par production de
son baptistère , en forme authentique , et d'un certificat de
bonnes mœurs , fâme et réputation , expédié du Magistrat
et signé de l'officier du Lieu.
4. — Sur cette qualification : dès qu'elle sera en règle : ,
Son Altesse en son Conseil , par une seule et simple
apostille, enjoindra au Magistrat de Liège d'expédier les
Lettres de reconnoîssance de bourgeoisie.
— 76 —
5. — L'expédition de ces Lettres : compris la publication
et toutes formalités : ne coûtera au candidat , né-Franchi-
montois, que cinquante fis. bb. , dont cinq pour le grand-
Mayeur de Son Altesse : et ne payera le dit candidat rien
pour les sceaux de la cité ( 1 ).
6. — Pour jouir des droits de la bourgeoisie de Liège,
dans toute son étendue , soit relativement aux arts et
métiers, soit relativement au commerce, mais surtout
: lorsque le candidat sera en même temps nationé du Pays :
pour occuper des offices de la cité et des places dans les
chambres et dans la Magistrature , il ne suffira pas, qu'un
Franchimontois soit qualifié et reconnu bourgeois de Liège,
comme dessus ; mais il doit et devra encore s'y être tran-
sporté de facto , cum domicilio et summa rerum , selon le
droit.
7. — Les Franchimontois reconnoîssent par réciprocité,
que les bourgeois de Liège pourront être admis à la bour-
geoisie des villes et communautés du Marquisat, moyen-
nant la moitié des droits auxquels sont tenus les surséants
du Pays de Liège ; bien-entendu , moyennant aussi la qua-
lification et le transport du Domicile , réciproques , comme
dessus.
Au moyen du prémis, à ratifier par le Magistrat de Liège,
les parties seront hors cause et les frais compensés : le tout,
sous l'agrément et confirmation de Son Altesse.
Ainsi fait et passe, le 42 février 1779, en l'hôtel du sei-
gneur Baron Van der Heyden de Blisia, Grand-Chancelier
( i ) « Ainsi cette transaction, remarque judicieusement G. Nautet,
loin de reconnaître le privilège des Franchimontois l'abolit pour
toujours , puisque la jouissance du droit de bourgeoisie n'existait plus
du moment qu'il fallait le payer, comme tous les habitants des autres
parties du pays de Liège. » Voir op. cit., page 78.
— 77 —
de Son Altesse : en foi de quoi les parties ont signé , comme
s'ensuit.
(Signés)
J. C. Ophoven, acteur, en qualité de
Procureur-général et Syndic delà cité.
J. Zinck, bourg-mêstre-régent de Vervier.
Fion, bourg-mêstre-régent de Vervier.
Maquinay, greffier de Vervier, député
d'illecq.
Limbourg , député des notables de la
communauté de Theux.
Hanster , bourg-mêstre-régent de Spa,
Député.
Gérard Deleau, conseiller de Spa,
Député.
Pour copie conforme
(Signé) DE CHESTRET ,
Conseiller-Privé
et secrétaire de S. A.
Au f° 3 du même document original, se trouve la ratifica-
tion de l'Accord (1).
En Conseil de La noble Cité de Liège, tenu le 19
Février 1779.
(0 Le verso du f° 2 porte en suscription : « Payé par M. De Lim-
bourg pour droits de chancellerie , copie , etc. six fis. et cinq sous. »
La copie de V Accord, que nous trouvons dans le Registre aux Reccz
de Theux (foa 109-113) est authentiquée par - J. L. Fraipont, Notaire
immllé de Liège. »
Après la signature de J. J. F. Rouveroy, le même Registre aux
Recez ajoute : « Par copie conforme : ./. L. Fraipont Notaire immllé de
Liège. »
— 78 —
Le Conseil aiant vu la Transaction arrivée Le Douze de ce
Mois , pardevant Le seigneur Baron Vanderheyden De
Blisia , Grand Chancelier , et Monsieur De Chestret Con-
seiller Privé de Son Altesse, Entre Le Syndic Ophoven, et
Les Députés du Marquisat de Franchimont ; Déclare de La
Ratifier.
Par ordce dudit conseil ,
J. J. f. Rouveroy, pro De Cologne.
Les privilèges du marquisat de Franchimont, dont chaque
siècle avait vu mutiler quelque partie , périrent complète-
ment, en 1789, avec le nom même de notre antique et noble
principauté de Liège.
Jean LEVAUX ,
de la Compagnie de Jésus.
TABLE DES MATIERES
Pages
Privilèges du marquisat de Franchimont 51
Confirmation des droits et privilèges des Franchimontois ... 54
Sentence du Conseil privé 65
Nouveaux différends 67
Supplique au sujet du droit de bourgeoisie 69
Accord entre le Conseil de la cité de Liège et le marquisat de
Franchimont 73
Articles de l'Accord 75
Ratification de l'Accord 77
NOTICE-CATALOGUE
ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES
DU
MUSÉE DE LIEGE
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES.
A l'entrée de la grande salle du Musée intitulée « Salle
romaine » , se trouve une vitrine portant le n° I , où sont
installées les antiquités de l'âge de la pierre et quelques
haches ou celts de bronze que possède l'Institut archéolo-
gique liégeois.
Les antiquités de l'âge de la pierre appartiennent à la
période paléolithique et à la période néolithique.
La dénomination de néolithique — pierre nouvelle —
est reçue aujourd'hui, pour désigner la première période
des temps actuels pendant laquelle l'homme , ne connais-
sant pas les métaux, taillait la pierre et souvent la
polissait.
7
La dénomination de paléolithique — pierre ancienne —
est consacrée pour désigner la période quaternaire pendant
laquelle l'homme taillait la pierre, sans jamais la polir;
de là l'expression « période de la pierre taillée » , employée
aussi pour les temps géologiques, par opposition à la
période de la pierre polie ou néolithique qui a précédé l'âge
du bronze.
M. G. de Mortillet appelle éolithique — origine de la
pierre — la période tertiaire pendant laquelle l'homme ou
le précurseur de l'homme aurait vécu (î). Le Musée de
Liège ne possède aucune antiquité attribuée à cet âge;
l'existence de silex taillés tertiaires n'est, du reste, pas
encore un fait acquis à la science.
La période paléolithique a elle-même été l'objet de
diverses classifications reposant, soit sur les caractères de la
faune, soit sur les caractères de l'industrie. Les dénomina-
tions d'âge du mammouth (Elephas primigenius), d'âge
du renne ( Cervus tarandus) se définissent d'elles-mêmes
et sont usitées dans notre pays , conjointement avec
celles de :
Chelléenne ,
Moustiérienne ,
Solutréenne et
Magdalénienne ,
employées pour désigner des stations analogues aux
célèbres gisements de Chelles, Moustier, Solutré et la
Madeleine, gisements devenus classiques, dont les produits
revêtent des caractères spéciaux et servent de types aux
outils ou armes quaternaires (2).
fl) Le Préhistorique, p. 18. Paris, Rheinwald , 1883.
(2) De Mortillet. Le Préhistorique, ch. IV.
Quoique la classification de M. de Mortillet ne paraisse pas
- 83 -
L'Institut archéologique possède environ trois cents
objets des âges de la pierre, un petit nombre seulement
présente un intérêt véritable. Comme les antiquités pré-
historiques abondent dans la province, les causes de cette
grande pénurie sont curieuses à rechercher.
Parmi elles , il est difficile de ne pas ranger l'indifférence,
réelle ou apparente, de la population liégeoise, indifférence
qui trouvait une espèce de justification dans un mode
d'installation du Musée resté fort défectueux jusque dans
ces dernières années. A l'heure actuelle, les collections
sont mises en ordre, mais dans un local à peu près inabor-
dable, il faut bien l'avouer (î).
entièrement applicable à la Belgique, elle est trop utile à connaître
pour n'être pas rappelée.
TABLEAU DES ÉPOQUES QUATERNAIRES.
Chelléen. Pas d'instrument en os , un seul outil en pierre taillé sur
les deux faces, toujours en roche locale, dit coup de poing chelléen.
Stations en plein air. — Hippopotame, Rhinocéros Merckii, Elephas
antiquus.
Moustérien. Pas d'instrument en os; dédoublement de l'instrument
chelléen. Pointes, racloirs, scies retouchés d'un seul côté. — Le
mammouth et le Rhin, tichorhinus remplacent le Rhin. Merckii et
Y El. antiquus.
Solutréen. Vers la fin, apparition des instruments en os. Perfection
de la taille de la pierre. Pointes taillées sur les deux faces et aux deux
bouts. — Développement du renne. Plus de rhinocéros.
Magdalénien. Gravure et sculpture. Instruments en os. Déchéance
de la pierre, nombreuses lames, burins. — Grand développement
de la faune du Nord : renne , saïga. Extinction du mammouth.
Op. cit , p. 131.
( i ) Le Musée est installé dans les combles du Palais. 11 est de
nouveau question de son transfert à l'ancien hôtel Gurtius, qui
deviendrait disponible par suite du déplacement du Mont-de-piété.
Puisse ce beau projet se réaliser bientôt !
Une autre cause , fort sérieuse , provient du fait suivant :
l'étude du paléolithique se rattache à la géologie, à la
paléontologie, etc., sciences professées à l'Université, où les
antiquités quaternaires trouvent , dès lors , une place que
l'on aurait souvent tort de vouloir leur disputer.
Enfin , il est à remarquer que les personnes s'intéressant
à Liège à l'archéologie préhistorique , soit comme sujet
d'étude , soit dans le simple but de collectionner , étaient
aussi rares, il y a dix ans, qu'elles sont nombreuses
aujourd'hui. On ne doit donc point désespérer de l'avenir;
le récent et généreux exemple de M. le docteur Tihon,
de Burdinne, trouvera des imitateurs (1).
II
PÉRIODE PALÉOLITHIQUE.
1.
Instrument taillé sur les deux faces, de manière à former
une espèce de triangle allongé , de 99 mill. de longueur.
Trou-Sandron , commune de Huccorgne, prov. de Liège.
Voir pi. II, fig. 1. Fragment de grès lustré et lames de la
même provenance (2). — Don de M. le docteur Tihon, 1886.
La découverte , dans une grotte , d'un silex de ce
type est exceptionnelle. Les instruments triangulaires ,
(i) M. Tihon a donné une collection de silex taillés dont il sera
parlé plus loin et dont il a été rendu compte, Bull, de Vlnst. arch.,
t. XVII,3eliv. p. 500.
(2) Les nos des étiquettes du Musée désignant des silex paléolithiques
sont précédés de la lettre P; ceux désignant des silex néolithiques
sont précédés de la lettre N.
— 85 —
presque inconnus dans les alluvions, écrit M. de Mortillet,
sont très rares partout ; c'est une transformation extrême
de l'instrument amygdaloïde. Il est alors plutôt moustiérien
que chelléen (i).
Considérée isolément, la pointe, pi. II, rappelle en
vérité assez mal le coup de poing de Chelles , mais il en
est autrement du bel échantillon, pi. I, fig. 1, recueilli
dans les déblais des anciennes fouilles , et devant provenir
du même niveau ossifère, à en juger par l'aspect et la
patine épaisse et luisante. La croûte du silex , conservée
peut-être à dessein , facilite l'empoignure, comme le fait a
été fréquemment observé dans les outils du genre. M. le
baron Alfred de Loë possède de la même grotte une hache
se rapprochant beaucoup du type dit en amande, trouvée
avec des restes de mammouth (2).
Ces trois découvertes réunies feraient croire que le
caractère général de l'industrie des premiers habitants des
bords de la Méhaigne pourrait bien avoir été chelléen (3).
2.
Instrument grossier du type chelléen. La pointe est
brisée. — Moulage (4). Tilff, près de Liège.
Je viens de dire que la découverte d'un instrument
(î) Album préhist., pi. X, n° 59.
(j) Baron Alf. de Loë , «Le Trou-Sandron ou V abri sans roche de
Huccorgne. » Huy, Degrâce, édit. , 1883, p. 1(5 et pi. 2.
(3) Des fouilles complètes ont été pratiquées dans plusieurs grottes
des rives de la Méhaigne par M. J. Fraipont, professeur à l'Uni-
versité de Liège, et par M. le docteur Tihon. Cette notice était
terminée lorsque ces auteurs ont bien voulu me faire connaître qu'ils
exploraient actuellement le Trou-Sandron , lequel, paraît-il , n'a fait
autrefois l'objet que de recherches partielles.
(4) L'original m'a été donné par M. L. Frederieq, professeur à
l'Université de Liège , et fait partie de ma collection.
- 86 —
chelléen dans une caverne était exceptionnelle ; ce que je
crois plus rare encore dans notre province, c'est la présence
d'un silex chelléen à la surface du sol. Je n'en connais
que ce seul exemple , signalé à la réunion de l'Institut du
30 décembre 1886 (l). L'outil qui faisait l'objet de cette
communication a été recueilli par M. Léon Fredericq, sur
les hauteurs de Tilff , dans un sentier conduisant au Sart-
Tilman , à environ 200 mètres au-dessus du niveau de la
mer (2).
J'ai reproduit ce spécimen, pi. III; la taille inten-
tionnelle paraît indiscutable , la patine épaisse et luisante
suffirait à elle seule pour établir son origine quaternaire ;
sa couleur brun jaunâtre se retrouve dans certains silex
bruts rencontrés sur le sol. Il n'a aucune ressemblance avec
les nombreux produits néolithiques provenant des champs
voisins situés entre Sart-Ferme et le bois de Colonster (3).
C'est peut-être le plus ancien spécimen du travail de
l'homme connu dans notre province ; mais , si simple que
soit le dégrossissage de ce bloc de silex , il témoigne chez
son auteur l'idée d'une forme déterminée, d'une méthode;
or, les premiers essais d'utilisation de la pierre sont plus
élémentaires encore et n'ont pu consister dans l'enlèvement
d'éclats réguliers ; des cailloux tranchants ramassés sur le
sol et rejetés ensuite après un usage momentané, ont
satisfait aux premiers besoins de l'homme (4).
( \ ) J'ai fait cette communication au nom de M. Max Lohest et au
mien. Voir Procès Verbal.
(2) La carte de l'Institut cartographique militaire donne le nom de
Blanc-Gravier au ruisseau passant en cet endroit ; les habitants de
la localité que j'ai consultés ignorent cette dénomination.
(3) De Puydt et Lohest, Notice sur des stations de Vâge de lapierre
polie, Bull, de la Soc. d'Anthropologie de Bruxelles. T. V, p. 24-.
(*) E. Delvaux. Sur les silex paléolithiques Mesviniens. Bull. Soc.
d'Anth. Br. T. VI. 1887-1
— 87 —
Une autre raison qui rend intéressant le signalement
d'un silex chelléen dans un endroit nouveau , c'est ce fait
remarquable que les instruments si caractéristiques dits
coups de poing chelléens , ont été mis au jour non seule-
ment dans la plupart des contrées de l'Europe , mais aux
Indes anglaises , en Asie-Mineure comme en Amérique ,
dans les vallées du Mississipi ou sur les bords de la Dela-
ware, en Afrique, dans diverses grottes de l'Algérie, en
Egypte et dans le pays des Touaregs , au-delà du grand
désert du Sahara (1).
Série d'outils quaternaires et de nombreux éclats
de la taille provenant d'une des grottes des environs de
Dinant , explorées par M. Ed. Dupont, actuellement
directeur du musée d'histoire naturelle de Bruxelles. —
Don du gouvernement belge. 31 juillet 1866.
L'envoi de ces antiquités était accompagné de la note
explicative suivante :
« Ces silex ont été recueillis dans le trou de Ghaleux,
» vallée de la Lesse, sous un amas de pierres écroulées,
» recouvert lui-même des dépôts supérieurs du terrain
» quaternaire.
» Us sont tous étrangers au pays ; la plupart proviennent
» de la craie de la Champagne (2). Ces débris de l'indus-
(i) De Mortillet, Le Préhistorique, p. 177 à 179, et auteurs cités
par ce savant.
(s) En rapportant cette note, je n'entends pas rendre cette origine
étrangère applicable aux produits des grottes de la province de
Liège. Ma collection renferme de nombreux silex provenant de
certaines cavernes des bords de la Méhaigne, qui certainement n'ont
pas été amenés de la Champagne. Les pièces, pi. I et II, sont trop
patinées pour qu'on puisse spécifier l'origine probable de la matière
employée.
- 88 -
» trie primitive datent de Vâge du renne. Les fouilles scien-
» tifiques exécutées dans les cavernes de la province de
» Namur ont caractérisé cet âge de la manière suivante :
» C'est l'époque postérieure au dépôt des cailloux roulés
» et du Lehm , mais antérieure au dépôt des couches à
» cailloux anguleux et du Loess. La faune, déjà dépourvue
» des espèces éteintes , se composait des principales
» espèces actuelles du pays et d'espèces émigrées sous
» des climats plus froids que les nôtres; le renne prédo-
» mine parmi ces dernières. La race humaine qui habitait
» alors la Belgique présente un type mongol bien
» accentué ; elle taillait tous ses silex dans la forme dite
» couteau. Les silex taillés de cette collection sont répartis
» en six catégories. Le bloc matrice ou nucléus, les résidus
» de la taille , les couteaux ordinaires , les couteaux
» retouchés sur le côté ou aux extrémités en grattoir et en
» pointe. Ce sont les formes les plus ordinaires des
» instruments tranchants de l'âge du renne et, par leur
» moyen , on recompose facilement l'histoire du travail de
» cette époque.
» Les détails sur les fouilles des bords de la Lesse se
» trouvent dans les rapports insérés dans le Moniteur
» officiel et dans les publications de l'Académie royale des
» sciences de Belgique, années 1865 et 1866 (l) ».
(i) Entre autres publications remarquables de M. Dupont sur ces
fouilles, il faut encore citer :
« Les temps préhistoriques en Belgique. L'homme pendant les âges de
la pierre aux environs de Dînant sur Meuse. » Brux., 2e éd., 1872.
« Sur l'antiquité de l'homme et sur les phénomènes géologiques de
l'époque quaternaire en Belgique. » Compte-rendu du Congrès Inter-
national d'anth. et d'arch. préh. — Ge session. Brux., 1872, page 110.
« Classement des âges de la pierre en Belgique. » Id., page 459.
— 89 —
4.
Instruments en silex et en phtanite, lames, grattoirs et
résidus de la taille, provenant du second niveau ossifère de
la grotte de Spy, prov. de Namur. Age du mammouth,
industrie dite moustiérienne, accompagnée d'os et d'ivoires
travaillés. La plupart des matières premières employées
(silex) ont leurs analogues en Belgique (l). — Don de
M. De Puydt.
Lames de silex et éclats de la taille. Grotte de Lovegnée,
commune de Ben-Ahin, prov. de Liège. — Don de M. le
comte G. de Looz. 1871 (2).
6.
Lames de silex et éclats de la taille. Huccorgne, prov.
de Liège.
Les tranchées ouvertes pour l'établissement de la route
de Huy à Fallais et de la voie ferrée ont coupé, près du
lieu dit l'Hermitage, un gisement de silex taillés, s'étendant
au contact et immédiatement au dessus d'un lit de gravier
apparaissant à deux ou trois mètres de profondeur dans le
limon. Les découvertes de ce genre sont peu communes
dans nos régions (3).
( i ) Compte-rendu du Congrès de Namur, 1886, p. 206. De Puydt et
Lohest, L'homme contemporain du mammouth à Spy.
(2) Les Annales du Cercle hutois des sciences, an. 1875, p. 274,
contiennent une communication du prince Camille de Looz, intitulée :
« Quelques mots sur des objets découverts dans une caverne de Ben-
Ahin, » Peut-être s'agit-il de la même grotte, l'auteur ne spécifie pas.
(s) De Puydt et Lohest. « De la présence de silex taillés dans
les alluviaux de la Méhaigne. » Ann. Soc. Géol. de Belg. t. XII, Bull.
J885.
— 90 -
7.
Hache du type chelléen , de forme plus ou moins
amygdaloïde, taillée avec régularité sur les deux faces.
Long. 1-40 mill. sur 80 de larg. max. Abbeville, dép. de la
Somme, France. — Don de Boucher de Perthes. 1860.
III
PÉRIODE NÉOLITHIQUE.
Si variée que soit l'industrie néolithique dans notre
province , si longue qu'y ait été la durée de l'âge de la
pierre polie, aucune division n'a pu être établie jusqu'ici,
permettant d'affirmer que tel groupe de stations appartient
à une période plus ancienne que tel autre. Cependant,
même parmi les spécimens du Musée, il est facile de- recon-
naître que les silex de Hollogne , taillés d'une façon uni-
forme et grossière, ne sont pas l'œuvre de la peuplade qui
a poli la hache de Gospinal ou retouché la pointe de flèche
de Juslenville. V. nos 4 et 5. L'absence de fini dans une
série d'outils peut être une présomption d'antiquité, mais
elle n'en est pas la preuve ( 1 ).
Silex taillé. Plateau de Cointe , Liège. — Don de
M. De Puydt. 1887.
Silex paraissant taillé. Près du fond des Tawes, Liège.
— Don de M. G. Terme, 1887.
(i) Au sujet des caractères des diverses stations des environs de
Liège et de Namur, voir op. cit. Bull. Soc. cTAnthrop. Bi\, t. V. p. 66.
91 -
Fragment de hache polie en silex. Jupille, près de Liège.
- Don de M. Vanorle.
Série de nucléus, marteaux et lames de silex. Plateau
situé entre le Diérin-Patar et Grotteux, commune de
Hollogne-aux-Pierres , près Liège. — Don de M. De
Puydt,1877.
Des blocs allongés , dont on a enlevé des éclats , ayant
souvent servi de percuteurs , forment les pièces caracté-
ristiques de cette station où le silex du pays paraît seul
employé. Les résidus de la taille s'y rencontraient encore
en grand nombre pendant ces dernières années ( l ).
4.
Magnifique hache polie en silex. Gospinal, commune de
Jalhay, prov. de Liège. Voir pi. V. — Don de la Société
agricole et forestière. 1864.
5.
Pointe de flèche en silex à ailerons et pédoncule. Voir
pi. IV , fig. 3. Juslenville, commune de Theux, prov. de
Liège. — Don de M. Doppagne, 1873.
6.
Nucléus ou bloc matrice en silex. Voir pi. IV , fig. 2.
Juslenville, commune de Theux, prov. de Liège. — Don
de M. Magnée.
(0 Op. cit., p. 80.
— 92 —
7.
Hache en silex polie, dont le tranchant est brisé. Juslen-
ville , commune de Theux , prov. de Liège. — Don de
M. Henri Jason. 1870.
8.
Collection d'instruments en silex, comprenant huit frag-
ments de haches polies, dont l'un, utilisé comme marteau,
est reproduit pi. IV, fig. 1, des nucléus et percuteurs et
de nombreux débris de lames. Meeffe , prov. de Liège. —
Don de M. le docteur Tihon.
La station de Meeffe, découverte par M. Tihon, paraît
avoir une certaine importance. Ses produits ressemblent à
ceux de la plupart des gisements de la Hesbaye, mais dif-
fèrent sensiblement des silex recueillis en abondance au
Thier-Molu, sur les territoires voisins de Huccorgne et
de Marneffe (î).
9.
Fragment de hache polie en silex. Vissoul , prov. de
Liège. — Don du même.
10.
Partie inférieure d'une hache polie en silex , remar-
quable par sa forme ronde. Avennes , prov. de Liège.
— Don du même.
11.
Fragment de hache en silex. Moxhe, prov. de Liège.
— Don du même.
(0 Inst. Arch. liég. , t. XVIII, 3e liv., p. 500.
93 —
12.
Nucléus et silex taillé. Moxhe, prov. de Liège. — Don
de M. le comte G. de Looz.
13.
Petite hache polie en silex. Long. 80 mill. Ville-en-
Hesbaye, prov. de Liège. — Don de M. F. A. Heptia.
14.
Fragments de silex taillés. Camp de Bonne, près de
Modave, prov. de Liège. — Don de MM. Hauzeur et
Dumont, 1870 (î).
15.
Fragment de hache polie et quelques lames de silex.
Hastedon , commune de St-Marc, près de Namur (2).
16.
Série de silex ébauchés, nucléus et éclats de la taille.
Spiennes, près Mons, Hainaut. — Dons de MM. Gust.
Dewalque et A. d'Otreppede Bouvette.
Les ateliers de Spiennes sont connus de tout le monde
et ont donné lieu à d'intéressantes publications (3). Leurs
(i) Cette position, qui a fourni des spécimens remarquables de
l'industrie néolithique , paraît fortifiée. Voir Arnould et de Radiguès
Cong. Int. d'anth. Brux., 1872, p. 323; collections Ivan Braconier,
De Puydt, etc.
(2) Sur Hastedon. Voir Limelette , Mater, pour Vhist. de llwmme
t. II, 1863, p. 74. — Arnould et de Radiguès, op. cit., p. 318.
(3) Cornet et Briart, Compte-rendu Cong. d'anth. Br., p. 279.
« Sur Vâge de la pierre polie et les exploitations préhistoriques de silex
dans la province du Hainaut ». — Mém. de la Soc. des sciences du
Hainaut, 3e série, t. II.
— 94 —
Leurs riches produits ont pu être échangés avec les popu-
lations néolithiques de notre région ; cependant , on a
souvent eu tort de généraliser à ce pays le principe de
l'importation du silex du Hainaut. En 1886, M. le géo-
logue Max. Lohest et moi avons déjà fait ressortir combien
les faits observés par nous clans les provinces de Liège et
du Limbourg confirmaient peu cette règle (-1) ; des décou-
vertes récentes d'exploitations sur les bords de la
Méhaigne sont venues , depuis lors , y apporter de nou-
velles exceptions. Il est probable que là où le sol renferme
du silex convenable , le principe de l'extraction sur place
remplacera de plus en plus , pour les stations de la pro-
vince , celui d'une importation pénible et lointaine de la
matière première , que la nécessité ne commandait point.
17.
Fragment de hache polie. Spiennes. — Don de M. Gust.
Dewalque.
18.
Silex taillé. Environs de Mons , Hainaut.
19.
Collection de silex taillés et polis , haches , marteaux ,
nucléus , grattoirs , retouchoirs , lames, etc. Sainte-Ger-
trude, Limbourg Hollandais. — Don de M. De Puydt.
L'importante station de Slc-Gertrude , avec ses ateliers ,
est située trop près de la frontière belge ( communes de
Fouron-le-Comte, Mouland, etc.) pour que ses riches
produits n'aient pas souvent été utilisés sur le sol de notre
province. Les silex taillés de ce gisement sont plutôt carac-
(i) Bull. Soc. d'anth., loc. cit.
- 95 —
térisés par la variété que par la délicatesse du travail.
Plusieurs instruments en bois de cerf y ont été mis au jour.
Aucun argument sérieux ne peut être apporté à l'appui
de l'opinion de M. C. Ubaghs, de Maestricht, qui voudrait
voir dans le plus important des ateliers un arsenal des
Éburons ! (1).
20.
Cinq grattoirs, type néolithique, une lame et un éclat de
silex. Tourbières des environs d'Abbeville , dép. de la
Somme, France. — Don de Boucher de Perthes.
21.
Trois instruments taillés sur une face comme les grattoirs
du type moustiérien, provenant, d'après le donateur, d'une
sépulture celtique (?) contenant des poteries et des os brisés.
Long. 110, 84 et 83 mill. Tourbières des environs d'Abbe-
ville. — Don du même.
22.
Os brisé, pouvant, d'après le donateur, servir à emman-
cher des outils. — Même provenance.
23.
Silex taillé grossièrement , ayant une face à peu près
plate et un côté bombé , arêtes émoussées , usage indéter-
( l ) Les ateliers ou station ( sic ) dits préhistoriques de Sainte-Ger-
trude et Byckholt, Liège, 1887.
La station de Sainte-Gertrude a donné lieu à diverses publications.
Voir Dr V. Jacques, Compte-rendu de l'excursion de Maestricht, Bull.
Soc. cTAnth., Brux. T. VII, p. 246. — R. P. J. Vanden Gheyn, S. J.,
L'homme préliistorique dans la Basse Belgique, Bev. des questions
scientif., octobre 1887. — De Puydt. Quelques constatations relatives
à la station néolithique de Sainte-Gert., Ann. Soc. d'histoire et d'arch.
du duc. de Limbourg, 1887.
- 96 -
miné. Long. 120 mill. sur 48 de larg. et 20 d'épais, moy.
— Silex de forme analogue au précédent, peut-être une
pièce ébauchée. Long. 125 mill. sur 60 de larg. moy. et
40 d'épaisseur vers le milieu. Les échantillons provenant
des tourbières sont dépourvus de patine , à la différence
des tranchants de hache polie, n° 24, qui sont fortement
altérés. — Môme provenance.
24.
Deux fragments de haches en silex. Suivant l'avis du
donateur, Boucher de Perthes, ces haches auraient été
brisées à dessein et proviendraient d'une sépulture cel-
tique (?). Environs d'Abbe ville.
25.
Couteau en silex gris. Environs de Madrid. — Don de
M. Amalio Maestre.
26.
Objets en pierre de provenance inconnue.
27.
Remarquable instrument en bois de cerf. Voir pi. VI et
explication. — Trouvé en 1868 à Gentbrugge, près de Gand.
(Travaux de l'Escaut?) — Don de M. Emile Deville.
AGE DE LA PIERRE. — AMÉRIQUE.
Nos 1 à 5.
11 n'est pas sans intérêt de comparer les produits néoli-
thiques avec les instruments provenant des Montagnes
Rocheuses de l'Amérique , donnés par M. Hennebert
en 1864.
— 97 —
IV
AGE DU BRONZE.
Les découvertes d'objets préhistoriques en bronze n'ont
été signalées qu'en très petit nombre dans notre province.
Impossible, jusqu'à présent, de formuler à leur sujet
aucune considération générale, si ce n'est pour constater
leur rareté. Ici, comme dans les pays voisins, l'usage de la
pierre s'est vraisemblablement prolongé longtemps après
l'introduction des métaux.
1.
Hache à ailerons rabattus, avec anneau et sans talons; le
tranchant est émoussé. Ce beau spécimen, pi. VII, fig. 1,
provient du grand-duché de Luxembourg. Long. 138
mill. — Don de M. de La Fontaine, ancien gouverneur du
grand-duché.
2.
Hache à douille rectangulaire, avec anneau et triple
moulure autour de l'orifice. Instrument analogue à l'échan-
tillon, pi. VII, fig. 2. Long. 132 mill. Grand-duché de
Luxembourg. — Don du même.
Hache à douille rectangulaire , avec anneau et double
moulure autour de l'orifice. Le vide de la douille se pro-
longe jusque vers l'extrémité. Une ouverture opposée à
l'anneau provient d'un vice dans la coulée. Voir pi. VII,
fig. 2. Long. 122 mill. Environs de Tongres.
98
4.
Trois petites haches à douille, de 70 à 80 mill. de
longueur, ayant probablement fait partie de la même
trouvaille que le n° 3. L'échantillon, pi. VII, fig. 3, a con-
servé, dans une partie du creux, de la terre du moule, rougie
par la chaleur. Ces outils (?) n'ont subi aucun travail après
la coulée et ne paraissent pas avoir été utilisés ; à quoi, du
reste, auraient-ils pu servir ? Environs de Tongres.
Trois petites haches semblables aux précédentes. Pro-
venance inconnue.
6.
Hache à douille avec double moulure et anneau. Long.
450 mill. Provenance inconnue. — Don d'A. d'Otreppe
de Bouvette.
7.
Hache à talons arqués, lame unie et anneau. Long.
155 mill. Provenance inconnue.
8.
Hache à talons rectangulaires , ornement semi-ovale en
dessous des talons, sommet lunule (?). Long. 163 mill.
Provenance inconnue.
J'ai désigné les objets ci-dessus sous le nom de haches ;
en la matière, cette expression n'implique nullement l'idée
d'une arme; le mot celt est également employé. Certains
spécimens, 2 et 3 p. e., présentent peu de solidité par suite
du creux intérieur, qui se prolonge jusqu'à la partie
— 99 —
extrême; d'autres sont de si petite dimension, 4 et 5 p. e.,
que des auteurs sérieux les considèrent comme des haches
votives ou d'honneur.
Je dois faire remarquer, en finissant, que, d'après le
témoignage de M. le docteur Alexandre, conservateur du
Musée, une hache avait conservé un fragment de chaînette
en bronze attaché à son anneau. Cet intéressant accessoire
a disparu depuis nombre d'années , mais l'existence n'en
peut être mise en doute .
EXPLICATION DE LA PLANCHE I.
Fig. la. Instrument du type chelléen, vu sur une face.
Long. 127 mill. Age du mammouth. Trou-
Sandron, Huccorgne.
Fig. lb. Le même, vu sur l'autre face.
Fig. Ie, ld. Sections du même, suivant A. B. et C. D.
PU
PLANCHE IL
EXPLICATION DE LA PLANCHE II.
Fig. la. Instrument en pointe taillé sur les deux faces,
comme les silex chelléens. Long. 99 mill.
Age du mammouth, Trou-Sandron, Huc-
corgne.
Fig. lb. Le même, vu du côté opposé.
Fig. 1°, ld. Sections du même, suivant A. B. et C. D.
I L,.JI
PLANCHE III.
EXPLICATION DE LA PLANCHE III.
Fig. la. Instrument paléolithique en silex du type
chelléen , vu sur la face la plus bombée. La
pointe manque. Long. 150 mill. Tilff , près
de Liège.
Fig. lb. Le même, vu sur l'autre face.
Fig. Ie, ld. Sections du même, suivant A. B. et C. D.
plj/i
PL.///
i
PLANCHE IV
EXPLICATION DE LA PLANCHE IV.
Fig. la. Hache en silex, polie avec soin, sauf à la
partie inférieure. Long. 192 mill. Jalhay,
prov. de Liège.
Fig. lb, le. Sections de la même, suivant A. B. et C. D.
PLANCHE V.
EXPLICATION DE LA PLANCHE V.
EPOQUE NEOLITHIQUE.
Fig. 1». Marteau en silex formé du corps d'une hache polie.
Meeffe , prov. de Liège.
Fig. lb. Section du même.
Fig. 2a. Nucléus ou bloc-matrice, dont on enlevait des
lames de silex. Haut. 70 mill. Juslenville , com-
mune de Theux, prov. de Liège.
Fig. 2b. Coupe du même, montrant quatorze plans de
frappe.
Fig. 3. Pointe de flèche à ailerons et pédoncule , taillée
avec une extrême délicatesse. Juslenville ,
commune de Theux, prov. de Liège.
fZ.V
PLANCHE VI.
EXPLICATION DE LA PLANCHE VI.
ÉPOQUE NÉOLITHIQUE (?)
Fig. la. Instrument en bois de cerf (Cervus elaphus ?) ,
transpercé par un trou rond fait pour recevoir
un manche. L'extrémité A est usée et polie
avec grand soin, de façon à former un tran-
chant analogue au tranchant d'une hache néoli-
thique. Long. 30 cent. Gentbrugge , près de
Gand.
Fig. lb. Le même instrument, légèrement incliné de
manière à laisser voir le trou et la partie de la
corne usée et polie qui avoisine l'orifice.
Fig. Ie. Section horizontale du tranchant au point A.
Fig. ld. Section indiquant la circonférence de l'instrument.
PL. VI
w*
£
^
PL. VI
PLANCHE Vil.
EXPLICATION DE LA PLANCHE VII.
AGE DU BRONZE.
Fig. la. Hache en bronze , vue de profil , à ailerons rabat-
tus , avec anneau et sans talons. Long. 138 mill.
Grand-duché de Luxembourg.
Fig. lb. La même à sa partie inférieure.
Fig. 2a. Hache en bronze à douille rectangulaire, double
moulure autour de l'orifice et anneau. Long.
132 mill. Environs de Tongres.
Fig. 2b. La même, vue près du tranchant.
Fig. 2e. Section de la même, près de l'anneau.
Fig. 3a. Petite hache à douille rectangulaire , moulure et
anneau. Long. 76 mill. Environs de Tongres.
Fig. 3b. Section de la même.
Tous les objets, pi. là VII, sont dessinés d'après nature
et reproduits en grandeur naturelle. — Les pièces, PL. I
et III, font partie de ma collection.
LES WALLONS M SUÈDE
^-JV^-V.
Dans un intéressant article intitulé Louis de Geer et la
colonie wallonne en Suède au XVIIe siècle (l), M. Wiberg,
professeur au lycée de Gèfle, s'est occupé, entre autres
choses, de rechercher les noms des ouvriers wallons qui
contribuèrent à transformer l'industrie sidérurgique dans
son pays. Dans ce but, il feuilleta patiemment les archives
des plus anciens établissements industriels de la Scandi-
navie, et recueillit une liste de 231 noms qui lui paraissaient
(t) Publié en 1876 dans le Bulletin de V 'Institut archéologique
liégeois, t. XII, p. 43S. Dans l'introduction qui précède ce travail, j'a'
dit (p. 429, note 4) que la notice intitulée «Louis de Geer,» qui a
paru dans la Revue de Belgique, t. III, p. 271, et la nouvelle édition de
cette notice, publiée en 1847, chez Lelong, étaient attribuées au comte
de Hamal. C'est une erreur. L'auteur est un gentilhomme hollandais
du nom de Rozeveld van de Ven (et non Vande Velde) ; il eut pour
collaborateur Edouard de Linge, avocat près de la Cour d'appel de
Bruxelles. Voilà du moins ce qu'affirme le Journal des Tribunaux,
7e année, n° 558 (11 octobre 18S7). Cfr. le discours académique sur la
9
— 128 —
avoir une origine wallonne ( 1 ). Malgré tout le soin et la
conscience que l'auteur y avait apportés, ce travail, t'ait
par analogie, ne reposait pas sur des bases certaines.
Nous avons mieux aujourd'hui. L'ancien président du
Conseil des ministres du royaume de Suède, M. Louis de
Geer, me fit savoir dernièrement qu'il venait de retrouver
dans ses papiers de famille une liste d'ouvriers wallons
arrivés à Norrkoping en l'année 1633. il eut même l'obli-
geance de m'envoyer le document original, en me per-
mettant de le publier. Tous les amis de notre histoire, et
particulièrement les membres de l'Institut archéologique
liégeois, se joindront à moi pour remercier l'éminent
homme d'Etat de sa bienveillante communication.
La pièce est du temps. Elle porte au dos cette mention :
Namen van Franeoisen int' vooryaer 1633 in Sweden
gekomen, et contient 134 noms. Il suffît d'y jeter les yeux
pour rester convaincu que, malgré certaines ortbographes
évidemment vicieuses, tous les noms de famille qui y
figurent sont bien wallons. L'ayant comparée avec celle de
M. Wiberg, j'ai constaté que huit noms seulement leur sont
communs. Celle de M. de Geer nous fournit donc 126 noms
classification des oiseaux, du 1G décembre 1879, par M. le baron de
Sélys-Longchamps, p. 3 et 4, en note. — Quelques détails nouveaux
et intéressants ont été donnés en 1S83 sur Louis de Geer et sa famille,
par le Dr Bernbard Lundstedt, conservateur à la Bibliothèque royale
de Stockholm, dans la préface d'un livre intitulé Finspong et sa
bibliothèque, et publié aux frais de M. Garl-Edvard Ekman, membre
de la première Chambre du parlement de Suède et propriétaire actuel
de Finspong. Un compte-rendu de ce magnifique ouvrage a paru dans
V Athœneum belge, tome II, page 181.
(i) M. le chevalier Phil. de Limbourg, de Theux, a reconnu dans
cette liste beaucoup de noms de famille de sa localité. « Theux,
m'écrit-il, centre de la fabrication du fer dans le pays de Liège,
semble avoir fourni un ample contingent à la colonie wallonne de
Suède. »
- 129 —
nouveaux dont il n'était pas resté trace dans les archives
consultées par M. Wiberg. Je la transcris ici fidèlement,
en plaçant des points d'interrogation en deux endroits
douteux.
Namen vande Waelen met Theunis Pieters op Nort-
copyn.
Matthieu Robinet.
Noe le Poncelier.
Michel Hachar.
Marin Pi cl ion.
Pierre Robillar.
Glaude de Plain.
Anthoine de Ré.
Abraham Gillotin.
Symon Lambert (l).
Jacque Lambert.
Pierre Grusu.
Michel Bailli.
Glaude du Soysoi (2).
Jan Vaché.
Jacque du Bois.
François du Bois.
Estienne Olivier,
Jan Cotibi.
Thomas Fleuri.
Cristoff du Bois.
Anthoine de Watin.
Pierre Filber.
Servaes Helboel.
Symon Begar.
( 1) Les noms en italiques se trouvent dans la liste de M. Wiberg.
(i) Dans la liste de M. Wiberg figure du Sausoy.
130
Jacque de Watin.
Servaes Tourneu.
Henri Rouseau ( 1).
Jan Rouseau.
Jacques Seau (2).
François de Watin.
Jadin Charpentier.
Nicolas Charpentier
Michel Grignart.
Jan Dombry.
Anthoine Pahau.
Palus (?) Loseau.
Jan Olivier.
Johan de Mieux.
Johan Maieu.
Nicolas de Nem.
Jan Pryvé.
Vincent Cocquu.
Jacque de la Croix.
Marin Notin.
Jacque Lalouette.
Jan Bodin.
Michel Ratier.
Jan Rossignol.
Jacque Gai.
Jadin le Brun.
Jacques de Roi.
Jan Sillon.
Gérard t Tombert (3).
Jan Butin (4).
(0 Sur la liste de M. Wiberg figure Rousel.
(2) Sur la liste de M. Wiberg figure Sieau.
(3) Peut-être pour Tombeur, qui figure dans la liste de Wiberg
(4) Peut-être pour Bustin, qui figure dans la liste de Wiberg.
— 131 -
Gérard t Rayé (i).
Anthoine Rayé.
Jan Rayé.
Rlese Roten • . . 58
Femmes et garçons 13
&i
71
Namen vande Waelen met Noorman en Syken Rcnts (?)
op Vrynome.
Jacque du Boy (2).
Jan du Boy.
Nicolas Anseau.
Pierre le Blanc.
Colas Grenier.
Guillaume Bienfaict.
Robin Ficqué.
Paque Ficqué.
Nicolas Fické.
Gille de Sosoi.
Pierre de Soisoi (3).
Philippe de la Place.
Leurent de Loraine.
Anthoine Poulet.
Pierre Noé.
Martin Bernail.
Jan Havar.
Rauduin Cuigné.
Jacque Hardi.
(0 Peut-être pour Eahier , qui figure dans la liste de Wiberg.
(») Il ligure déjà sur la liste précédente avec une autre orthographe.
(3) Sans doute le même nom que le précédent (du Sausoy). Plus
haut nous avons eu Soisoi/.
— 132
Matthieu Robinet (l).
Pierre Robillar.
Noël Poncelier (l).
Martin' Pichon.
François du Boy (l).
Pierre Durieu.
Jan Durin (2).
Nicol Hasar.
Glaude de Plein.
Michel Chartier.
Pierre de Revin.
Simon Rogisar.
Jan Petit.
Thomas Terneau.
Symon Profissé.
Jan de Haye.
Rémi Corné.
Nicolas Auber.
Maturin Chaturier.
Pierre Chaturier.
Andrien Chaturier.
Gange de Ruar.
Jacque Paradis.
Jan Bary.
Louis Luro.
Gerve Rari.
Estienne Symon.
Pierre de Laet.
Pierre Alar (3).
(i) Il figure déjà sur la liste précédente.
(s) Peut-être pour Durand. On trouve Durent sur la liste de
M. Wiberg.
( ï) On trouve Allard dans la liste de M. Wiberg.
— 133 —
Jan Paremen.
Estienne Cochoi.
Jan Auber.
Godefroi Bordereau.
Jan Mario.
Jacque et Symon Camber.
Nicolas Lucas.
Anthoine Bille.
Jan Lambert.
Anthoine de Prefla.
Ame Petrus.
Jan le Marteleur.
Noël Dandenelle.
Nicolas Dandenelle.
Jan Baudou.
Pierre Baudou.
Jan Carlier (1).
Andriaen Bouret.
Pierre de Priesme.
Jacque de Biesme.
Charles Baudson.
Josatan fondeur.
Son frère boqueur.
Gille Chaperon.
Laurent Godet.
Jacque Godet.
Symon Malchaer lu y 5e
Jean le Veau luv 18
32
Il nous a paru curieux de rapprocher de ces noms ceux
d'autres forgerons de nos contrées qui, au XVIIe siècle,
(l) On trouve Çarli dans la liste de M. Wiberg,
— 134 -
ont émigré dans la Prusse rhénane et y ont fondé une
colonie wallonne. Ils figurent dans la note suivante, tirée
de la Gazette de Liège (l) :
« A une très-faible dislance du village, de Nievern, près
d'Ems-les-Bains, se trouvenl des forges qui portent le nom
de Niever'nerhutte (forges de Nievern) et qui furent
fondées en l'an 1671 par un Liégeois, nommé Marioth (2).
Le terrain nécessaire à l'entreprise, une île située sur la
rivière la Lahn, lui fut donné en fief en 1671 par l'électeur
de Trêves, Charles-Gaspard von der Leyen, agissant au
nom de ses deux neveux mineurs.
Le village de Nievern constituait, en ce temps, avec deux
autres endroits, situés près de là, le comté de Nievern, en
la possession duquel la famille comtale von der Leyen
resta jusqu'en 1803.
A cette époque, Nievern fut joint au duché de Nassau;
puis, en 1866, son territoire fut englobé dans la Prusse.
Lorsque M. Marioth eut construit, dans ce pays si boisé
et si bien fourni d'eau, deux hauts-fourneaux, une forge et
d'autres usines, il lit venir de son pays des ouvriers pour
l'exploitation de son entreprise. Les ouvriers vinrent se
fixer à Nievern et y fondèrent une colonie wallonne. Leurs
noms se trouvent inscrits sur les livres paroissiaux, qui
remontent à l'année 1667. Voici ces noms, dont plusieurs
sont encore connus dans le pays wallon :
Banneux, Bertram, Buffy, Gatïai, Caffine, Collet, Dassing,
Dehay, Demeut, Grisar, Duffy, Uussonthier, Jacquemont,
Kassung, Labonte, Laforne, Laince, Laguerre, Lâcher,
Missong, Simon, Syree, Permanties, Marchon, Dupont,
Dejardin, Barchon, Harly, Draque, Latour, Thiry, Damin,
( i ) Supplément au n° du 9 octobre 188-1.
(s) Ce nom, surtout dans la forme orthographique où il se présente,
nous paraît suspect. Il semble être au moins altéré.
— 135 -
Qûerne, Monjoie, de Brahe,* Goblet, Hurleth, Befort,
Delvaux, de Banne, Bonnet, Bernier, Serval.
On trouve encore aujourd'hui à Nievern et aux environs
les noms suivants: Belvaux, Bertram, Caffme, Bernier,
Grisar, Jacquemont, Laforne, Labonte, Laguerre, Missong,
Syree, Monjoie, Boutï'y, Bouque, Collet, Bonnet, Massing. »
ULL.DE L'INST. ARCH. LIEGEOIS T. XXI
PL. VIII
ft
Portrait de G. EVRARD
SCULPTEUR, ELEVE DE MAY NI
dessiné par lui-même en 1740
Photo, d'après l'original pai- Ch Claesen
GUILLAUME EVRARD
SCULPTEUR DE S. A. LE PRINGE-ËVÈQUE DE VELBRUCK
.(1709 - 1793)
NOTICE!
Dans le cours de quelques entretiens sur des altistes
liégeois tenus avec notre ancien président et ami , M. le
chanoine Henrotte, — un nom qu'on trouve avec plaisir au
début d'une étude de ce genre, — fréquemment nous avons
dû constater l'ignorance forcée où nous sommes de notre
propre histoire au XVIII0 siècle même : il était regrettable
que l'interruption de la tradition et la dispersion des docu-
ments, après 179i, eussent creusé cette longue lacune devant
laquelle nos efforts s'arrêtent toujours et qui nous empêche
le plus- souvent de connaître la vie comme les oeuvres
d'artistes qui naguère nous ont appartenu. S'agit-il
spécialement d'un de nos artistes sculpteurs, l'incer-
titude devient plus grande. A ne citer qu'un seul de
ceux-là , qui de nous aujourd'hui connaît encore
(millaume Evrard, assez, du moins pour caractériser
— 138 —
son œuvre et son talent? Et pourtant, il fut et il reste, des
temps anciens , notre meilleur sculpteur peut-être , après
Delcour.
Ce n'est pas à dire que son nom ne soit mentionné dans
les livres spéciaux, où il occupe la place accordée à un
article de catalogue qu'on ne peut passer sous silence :
ainsi dans le Kunstler Lexicon , de Nagler, ou dans
l'ouvrage de Marchai : Les sculpteurs des Pays-Bas. De
nos écrivains liégeois , Villenfagne , tout en constatant
l'existence d'Evrard , déclare ne posséder aucun rensei-
gnement sur son compte, et Becdelièvrele présente comme
un sculpteur presque ignoré de ses compatriotes.
On a fait de ce temps davantage : la Biographie nationale
vient de consacrera notre Evrard un article. qui pourrait
peut-être suffire, n'était que l'histoire à peine faite, on est
pris du désir de la recommencer sur place, pour donner à
tel détail plus de précision , corriger tel autre , apporter
enfin , dans l'intérêt de la vérité , des renseignements qui
ont dû échapper aux premières investigations , faites de
trop loin. Ce n'est d'ailleurs que par ces contributions
successives que l'histoire s'élabore : heureux assez sommes
nous d'échapper, dans une simple biographie , au péril de
voir un jour tout remis en question.
Des recherches faites en commun ont abouti, en partie,
aux résultats désirés.
Evrard (l), Guillaume , est né endéansles quelque douze
( i ) Son nom ne doit pas le faire confondre avec d'autres de nos-
artistes.
Il y a eu un Erard, dit de Liège, statuaire, dont Pigagnol delà
Force, dans les Délices de Versailles de Trianon et de Marly, énumère
les œuvres suivantes: Au tome I, page 9 de la 1" édition d'Amsterdam,
1717, Statue de pierre, Vulcain au milieu de deux cyclopes; id., p. 13:
dan? le salon de l'appartement des bains, à Versailles, Statue de
— 139 —
mois que comprennent la fin de l'an 4709 et le commence-
ment de 1710. L'inscription mortuaire, retrouvée et citée
plus loin, fait foi de cette première assertion. Nous pouvons
regretter sans doute de ne connaître , au sujet de la nais-
sance d'un homme, que ce qu'en dit son acte de décès;
mais, on n'est que trop habitué à ce genre d'inversion , et
pour l'heure, il s'en faut contenter, si du moins nous nous
en tenons aux preuves authenthiques.
Certains renseignements, que je ne puis contrôler, pré-
sentent Evrard comme étant né en 1709, fils de Gilles et
d'une Jeanne Admet , née aussi à Liège même : j'ai
vainement parcouru les tables de nos anciens registres
paroissiaux, dont la très-grande partie nous reste ; je n'y
ai pas trouvé de mention qui Je concerne, ni lui ni
ses ascendants. Il est né, sinon en ville, en tous cas au pays
de Liège, et c'est pour nous même chose.
Au moment de produire une biographie détaillée , ce
qu'il faut encore regretter ici, c'est, à défaut de quelque
manuscrit spécial du siècle dernier , l'absence de réfé-
rences écrites, même éparses. Cependant, est-il absolu-
ment à plaindre l'artiste dont les œuvres sont connues ou
retrouvées et vivent elles-mêmes encore assez pour faire
apprécier leur auteur à un siècle de distance ?
bronze doré, Le mois àe Novembre; dans le parc, p. 171, sur l'avant-
corps du milieu de la façade, Statues de Cérès, Bacchus, Cornus, et le
Génie qui préside à la bonne chère, par Duister et Erard; tome II,
p. lbl : « Érard ( Gérard-Léonard ) était de Liège et sculpteur de pro-
fession. Il mourut en 1675. »
Il y eut aussi un Everard graveur ; et, du même nom , un peintre en
miniatures , né à Dînant , qui se rendit en Espagne , appelé par la
famille royale, et dont il est resté en Hollande des œuvres très-
appréciées des amateurs. Il vécut dans la première moitié du
XVIIIe siècle et s'appelait de son prénom Jacques ou Perpète: on
peut même soupçonner qu'il y eut un Perpète et un Jacques Everard.
- uo —
A ce compte, l'ouvrier aura gardé sa peine, nous en
léguant l'avantage.
Examinées une à une , les œuvres d'Evrard nous font
reconnaître en lui un excellent élève de Rendeux et de
Cognoul, en même temps qu'un artiste s'inspirant des
modèles de l'antiquité classique et de la renaissance
italienne.
Evrard, en effet, se rendit à Rome , où il passa plusieurs
années, six dit-on, travaillant sous la direction des
maîtres en renom. Le rapprochement des dates fait con-
naitre qu'il revint à Liège appelé pour l'exécution de
travaux civils importants. Le compte communal de
1746-47 relève qu'il a été payé à l'artiste pour une statue
de Sl-Jean Népomucène et des armoiries municipales
placées à la porte S'-Léonard , 890 florins ; item , pour
ouvrages à la porte d'Avroy 400 florins. On peut donc
reporter le retour d'Evrard au pays natal vers l'année 1744.
Nous le savons encore par ses œuvres : notre sculpteur,
sur le cours d'une très-longue carrière, orna un grand
nombre d'églises liégeoises, décora la grande abbaye de
S*-Hubert ; se fit graveur comme il avait été sculpteur,
éleva enfin dans notre ancienne cathédrale de S*-Lambert
trois mausolées épiscopaux , monuments à tous égards des
plus importants. Honoré du titre de sculpteur de S. A. le
prince-évêque de Velbruck et pourvu d'une sinécure
rendue nécessaire , chargé d'ans , il mourut au commen-
cement même de la tourmente révolutionnaire qui a failli
effacer jusqu'à sa mémoire.
On peut croire que ses premiers essais se retrouvent
dans le nombre assez considérable de maquettes authen-
tiques possédées actuellement par M. Jean Herman, pro-
fesseur à notre Académie des Beaux-Arts, et recueillies
antérieurement par son père, sculpteur lui aussi.
Ce sont, par exemple : un Romain, d'assez mauvaise
- 141 —
facture et qui n'a rien d'un César ; des reproductions
très-réduites de l'Hermaphrodite antique, et du Moïse de
Michel-Ange.
A côté de ces imitations, on retrouve, avec plaisir, de
bonnes productions de l'artiste, terres cuites de petite
dimension : un Prométhée enchaîné , dans une altitude
différente de celui que possède, du même, le Musée de
notre Institut archéologique; un Hercule ouvrant la gueule
du lion de Némée et un petit St-Sébastien, prototype d'une
des meilleures statues d'Evrard. Il y a là encore deux
enfants ou génies, destinés à servir de côtés à quelque
sépulture épiscopale et dont l'un porte, comme d'habitude,
les attributs de la puissance spirituelle, l'autre ceux du
pouvoir temporel.
Les cartons de M. Herman renferment aussi quelques
dessins tracés à l'encre de Chine par Evrard. Ce sont des
projets d'autels : une première suite de quatre esquisses
d'abord, dont l'une offre cette particularité curieuse : la
figure des petits anges — l'artiste traçait évidemment ce
premier croquis pour lui-même et dans un moment de
bonne humeur — représente autant de caricatures.
Quatre autres projets d'autels , de ce même style du
XVIIIe siècle , sont ornés de médaillons et de personnages ,
et l'un d'eux à servi au projet de tombeau du Prince-Evêque
Jean-Théodore de Bavière. C'est même tout ce qui reste de
ce dernier monument.
Evrard, disions-nous, orna de ses statues nombre de
nos églises. On lui attribue, à Saint-Martin, deux anges
rendant .différemment l'attitude de l'adoration. On a indiqué
comme étant d'Evrard , à Saint-Jean , un groupe composé
de St-Jean-Baptiste et d'Hérode. Je retrouve bien un
Sl-Jean-Baptiste taillé comme un ascète du désert et qui
est peut-être authentique, mais Hérode a disparu.
J'ai vainement cherché à S'- Paul les deux statues de
- 142 -
Jésus et de Marie , présentées comme œuvres de notre
sculpteur ; la partie descriptive de l'Essai historique sur
l'Eglise S^Paul ( Liège, 4867 ) , où sont repris un à un tous
les objets qui décorent la Cathédrale, ne les mentionne pas
davantage.
Mais il y a d'Evrard, à SVDenis, deux statues, un Sl-Jean
Népomucène et un S'-Ambroise, placés sous le jubé; l'un
tient le Christ en main, l'autre les Ecritures ; la pose du
dernier est tranquille et naturelle , et pourtant l'œuvre est
assez tourmentée à cause des traits d'une figure inspirée et
de draperies très-fou illées : le surplis et les dentelles du
costume ecclésiastique, bien plus que la draperie ancienne,
se prêtaient d'ailleurs au goût de l'époque, complaisant à
l'égard de ces caprices du ciseau. Néanmoins, ces statues
sont fort belles et font dignement vis-à-vis aux deux statues
remarquables du maître autel. Les deux pièces d'Evrard
ont gardé leur socle ancien et, par conséquent, la signature.
C'est en l'église Ste-Croix que sont les deux meilleures
statues d'Evrard qui nous restent à Liège : une Mater
Dolorosa et un Christ à la Colonne en grandeur naturelle.
Bien qu'elles occupent dans l'église une place hono-
rable , dans le pourtour restauré du dessous de la tour
à droite et à gauche du baptistère, elles sont néanmoins
voisines d'œuvres médiocres et restent « sous les cloches »,
à l'instar de celles dont la destination première à changé.
Mais elles valent la peine d'une visite spéciale , étant de
celles qui donnent la mesure d'un maître et, une fois vues,
font dorénavant reconnaître sa manière.
La Vierge est belle dans sa douleur; les mains sont bien
traitées, et il y a dans la draperie des détails gracieux; on
peut remarquer dans les traits une ressemblance physique,
heureusement rendue, avec ceux de la figure du Christ.
L'expression de celle-ci est pourtant bien différente;
car, enchérissant sur la manière dont le même sujet avait
- 113 —
été antérieurement traité, et entraîné parla manière tant
de l'école que de son époque , Evrard a donné au visage du
Christ exposé l'expression du Christ mis en croix. Le corps
est ployé par l'effet des liens qui retiennent les mains sur
le dos , le buste est porté par la jambe droite tandis que la
gauche fléchit , et l'on retrouve dans cette attitude quelque
ressemblance avec celle de certaine autre statue du même,
le Sl-Sébastien.
Dans une petite notice inédite , et de peu de valeur
d'ailleurs, intitulée Monuments principaux de Liège,
Mouhin , que l'on a appelé le dernier de nos chroniqueurs,
cite quelques œuvres d'Evrard, et, parlant de celles-ci :
« Voilà, s'écrie-l-il naïvement, des figures dont on ne peut
s'empêcher de dire qu'elles expriment bien la douleur ! »
Il nous faut donner raison à Mouhin.
Les deux statues de l'église Sainte-Croix ont gardé le
poli du bois , et la couleur jaunie par le temps conserve à
l'œuvre son caractère ancien.
Combien d'autres se sont trouvées défigurées ! Beaucoup
de ces statues de bois , tant d'Evrard que de statuaires
contemporains , ont été classées les belles avec les mé-
diocres , parmi le mobilier changeant des autels ; on les a
mutilées en les déplaçant, et leurs débris encombrent
encore les greniers ou les caves des sacristies. Les autres
périssent lentement sur pied par la base, effet du poids
et de l'humidité qui ronge même le cœur du chêne; trop
souvent , qui n'en a vu de celles-là encore debout , elles
ont été couvertes d'eau de chaux.
Disons pourtant que le bois dur se laissait fort bien
tailler ; on évitait l'achat dispendieux du marbre comme la
main d'œuvre du praticien; sortant fraîchement de l'atelier
de l'artiste, la statue de bois, peinte de blanc, puis polie,
présentait l'illusion des chefs-d'œuvres italiens , et ces
moyens simples d'exécution ont permis aux églises du
10
- 144 —
pays de se peupler d'un nombre de statues qu'elles n'au-
raient autrement jamais connu.
L'église de l'abbaye de S '-Hubert — ce colossal monu-
ment de marbre qu'on ne rencontre pas sans étonnement
sur la terre d'Ardenne, où il a été apporté pièce à pièce par
la puissance abbatiale — possède quatre statues d'Evrard ,
exécutées dans les mêmes conditions , celles des Evangé-
listes. Elles sont bien conservées et le style en est de
grandiose apparence; mais, une fois de plus, il faut
admettre ce goût du temps qui donne aux draperies l'allure
du coup de vent , et fait que quatre saints sur leurs piédes-
taux paraissent jouer quelque scène d'une tragédie sacrée.
En revanche, que d'intentions dramatiques dans les traits,
la pose , quelle variété de gestes , et quel mouvement !
Le 57e abbé du monastère de Saint-Hubert , Célestin De
Jong (1727-1760), prélat magnifique, voulut renouveler
la splendeur intérieure do l'église de son monastère.
La famille de Jong ou de Jonc, originaire de Cornesse ,
possédait la première Fenderie (usine métallurgique)
octroyée dans la vallée de la Vesdre : c'était à Goffontaine,
où se trouve encore la vieille et grande maison des
De Jong. Jean-Philippe, Célestin de son nom conventuel ,
était né à Olne, en 1689; et élevé à Liège où la Cour épis-
copale était brillante, il avait, étant abbé de S^Hubert ,
gardé avec notre ville des relations d'amitié et de parenté.
Au courant des choses liégeoises , rien d'étonnant qu'il
songeât à appeler auprès de lui un artiste liégeois. Il choisit
Evrard, et l'artiste commença par la Chapelle de l'Abbé.
Bientôt devant le prie-Dieu abbatial , dans cette 6e cha-
pelle où l'abbé célébrait la messe, se dressa sur l'autel
la statue de S'-Sébastien martyr, qu'on peut, je crois,
regarder comme le chef-d'œuvre du sculpteur liégeois.
Elle resta là près d'un demi-siècle , jusqu'à la révolution.
Une excursion dans le Luxembourg me fit entrer , sur
L'indication d'un ami, M. Romain Beaujean, de S'-Hubert ,
— 145 —
dans la petile église d'Awenne, voisine des bois de
Mirwart. Le Saint-Sébastien d'Evrard [se retrouvait là
avec son autel complet, dans un milieu qu'on ne leur
avait point destiné.
Effet de sa beauté , le Saint paraît plus grand, et de plus
fort gêné par les ornements qui l'entourent. En bas, les
pieds de la statue touchent à la table, et la belle grande
niche de marbre à colonnes a été découronnée faute
d'espace sous la voûte ; le haut même a été remplacé par
un trompe-l'œil en bois peint, et les volutes qui couron-
naient l'œuvre ont dû être supprimées. Heureusement le
Saint lui-même reste bien conservé: acheté pour 17 louis
avec l'autel abbatial, à Boignes , entrepreneur parisien , il
n'a perdu qu'un doigt dans le cours de son voyage forcé.
La belle statue d'Evrard a donc été préservée de malheurs
plus grands, grâce à une petite et pauvre commune arden-
naise , et elle continue — à Awenne — à faire honneur à la
mémoire de son auteur. Celui-ci avait d'ailleurs étudié et
traité son sujet avec un amour tout particulier, puisqu'il
y est revenu quatre fois, l'ébauchant, le sculptant, le
gravant de préférence.
Evrard poursuivit les travaux d'embellissement entrepris
par l'abbé de Jong. L'Histoire Chronique de l'abbaye de
St-Hubert (par Mouzon, Liège, 1857), nous présente Evrard
comme étant l'auteur des belles stalles du chœur de l'église
de S'-Hubert.
La dite chronique, faite généralement d'après des docu-
ments directs, mérite créance. Je dois regretter néanmoins
que des recherches particulières , faites aux archives
d'Arlon , ne m'aient pas mis à même de m'éclairer davan-
tage sur les conditions de l'exécution de ce beau travail ,
ornement du chœur de l'église. Les registres des Comptes
de l'abbaye n'ont pas été conservés au complet ; la corres-
pondance de l'abbé est perdue.
Il ne se trouve là qu'un commentaire, par M. Prat,
- U6 —
l'ancien archiviste, complétant le manuscrit de Hancart. Il y
est question de Gélestin de Jong, qui entre autres déco-
rations de l'Eglise , fit construire « ces stalles si magni-
fiques du chœur dont les boiseries représentent , celles de
droite la vie de S'-Hubert , celles de gauche la vie de
S*-Benoit. Les premières sont mieux traitées : elles sont
dues , suivant toute apparence , à des artistes différents et
restés inconnus. »
Sans doute, mais le changement de main ne trahit que
la différence des praticiens travaillant sous la direction de
l'auteur principal; et, jusqu'à preuve du contraire, on peut
croire, suivant le dire du livre susmentionné, générale-
ment sûr , que l'artiste employé par de Jong pour les tra-
vaux du chœur a été celui-là même qu'il a choisi pour
exécuter la décoration de la chapelle abbatiale, G. Evrard.
Les stalles furent faites en deux ans , et l'on peut encore
aujourd'hui admirer ces boiseries de beau chêne , ornées
dans leur partie supérieure de médaillons où se retrouve
l'art de l'école de Cognoul , si habile à prévoir les effets du
relief.
Les neuf panneaux de gauche, en montant vers l'autel,
représentent des scènes tirées de la vie de Sl-Benoil sui-
vant l'hagiographie: l°'Le saint, retiré dans une caverne ,
est découvert par un religieux. 2° Benoit rend inoffensif
un vase empoisonné que lui présentent des moines dis-
solus. 3° Il chasse l'esprit malin d'un religieux possédé.
4° Un de ses disciples marche sur l'eau pour en retirer un
religieux en danger. 5° A propos d'un oiseau , le saint
reproche à ses frères leur dissipation. 6° Le roi des Goths,
Totila, lui envoyant un officier revêtu des habits royaux,
Benoit découvre cette supercherie , dont Totila se repent.
7° Entretien de Benoit avec sa sœur Scholastique pendant
une pluie miraculeuse. 8° Le saint fait creuser sa fosse
6 jours avant sa mort, — et celle-ci est le sujet du dernier
médaillon.
— 147 —
Au côté droit se déroule l'histoire légendaire de
S'-Hubert. 1° Hubert à la Cour de Neustrie. 2° Il est
marié par an évêque ù Floribane , fille du comte de Lou-
vain. 3° Rencontre du cerf miraculeux. 4° Hubert est
sacré évêque par le pape Serge I , dans l'église de Saint-
Pierre, à Rome. 5° Apparition de Saint-Pierre. 6° Ren-
contre des assassins de Saint-Lambert renversés par un
signe de croix. 7° Exorcisme. 8° Réception de l'Etole
apportée par un ange. 9° Mort du saint entouré de ses
disciples et de son fils Floribert.
Ces dix-huit tableaux ont été tirés, non sans adresse au
point de vue de la plastique, tant de la vie du fondateur de
la règle suivie au monastère que de celle du patron de
l'église ; et, avant d'être taillés dans le chêne ardennais, ils
sont sortis de cartons très-étudiés. Il suffit de jeter un coup
d'œil sur les titres de toutes ces scènes pour en apprécier
la variété. L'exécution est très-juste, et, à comparer le
mérite des deux séries , celle des actes de S^Renoit parait,
à mon avis, l'emporter, grâce surtout à l'habileté de la
main de l'ouvrier.
Après avoir quitté Saint-Hubert, Evrard, dans le but de
faire connaître une partie de son œuvre, tant à son avan-
tage qu'en l'honneur de l'abbé , grava à l'eau forte son
Sl-Sébastien, la plus classique de ses statues : quelques
rares amateurs Liégeois en possèdent encore des estampes.
La gravure porte en souscription : « Statua posta nella
Capella dell' Eccm0 e Revmo Signore D. Celestino Déjoue
Abbate di S. Uberto, a eut viene dicata, et per primo
assagio in acqua forte dà Guglieimo Evrard scultore et
autore.
Ce qui veut dire : « Statue placée dans la chapelle de
l'Excellenlisshne et Révérendissime Seigneur Dom Célestin
Dejonc , abbé de Saint-Hubert, à qui elle est dédiée, comme
premier essai à l'eau forte, par Guillaume Evrard, sculpteur
et auteur. »
— us -
Ne pouvant faire sa dédicace en latin, l'artiste employa
la langue italienne, argument à citer en faveur de la réalité
du séjour de l'artiste à Rome.
Premier essai , dit l'auteur dans sa dédicace. L'assertion
n'est pas précisément exacte. Faisant une promenade sur
les bords de la Meuse, à Souverain- Wandre , j'ai eu la
bonne fortune de retrouver des cuivres gravés d'Evrard.
M. le curé J. Gaillard, qui les tient de famille, les possède
encore. Ces pièces taillées sont, suivant les sujets : 1° deux
hommes soulevant une poutre; 2° la grande et belle planche
du Saint-Sébastien ; enfin 3° une autre , petite et antérieure
à celle-ci, représentant un premier essai de la tête seule
du saint, et le haut de ce tronc de chêne auquel le martyr
presque nu et percé d'une flèche est attaché. L'auteur n'a
donc continué son travail de graveur qu'après un autre
premier essai fructueux. L'entaille de ces cuivres est encore
assez bien conservée pour que j'aie pu demander , en 1885 ,
à M. Muraille, puis à M. De Witte, d'en faire imprimer des
exemplaires à l'intention de quelques amis.
A défaut du Sl-Sébastien complet, dont les dimensions
dépassent le format de nos publications , nous offrons au
lecteur l'estampe du cuivre ancien du tout premier essai
d'Evrard, inconnu jusqu'ici et de nature à intéresser ceux
qui recherchent l'inédit. On y a joint sur la même feuille
les deux hommes à la poutre, pièce qui rend bien le
caractère des croquis du temps.
Revenons-en, pour finir, à ces mausolées élevés par la
main d'Evrard dans notre ancienne cathédrale de Saint-
Lambert, les plus importantes de ses œuvres si l'on consi-
dère qu'elles intéressent à la fois l'architecture et la sta-
tuaire et, directement, F histoire même du pays.
Le premier des trois mausolées qu'Evrard exécuta est,
dans l'ordre des prélatures , celui du Prince-Évêque
Georges-Louis de Berghes, qui mourul précisément en
l'année 1724, peu après le retour d'Italie d'Evrard.
— 149 —
P. Gauchois (Gloires Liégeoises) , décrit ainsi le
monument :
« Le mausolée du prince-évêque Georges-Louis de
Berghes , en marbre noir et blanc , avec ornements en
bronze doré et en marbre d'Auvergne rose mêlé de violet ,
de vert et de jaune, était érigé du côté de l'épître dans le
chœur de la Cathédrale. Il était surmonté d'une pyramide
en marbre noir, contre laquelle s'appuyait une statue
représentant la Renommée, qui, au son de la trompette,
semblait publier les verdis du Prince, dont elle montrait
le buste sculpté en bas-relief. Aux deux eûtes du mausolée
s'élevaient deux enroulements en marbre noir, occupés
par deux génies soutenant, l'un, les attributs de l'épiscopat,
l'autre ceux du pouvoir temporel ; sur le faisceau porté par
ce dernier génie, on lisait le nom de l'intelligent sculpteur
Evrard. Ce mausolée était envisagé comme le chef-d'œuvre
de ce savant artiste. La statue de la Renommée réclamait
particulièrement un légitime tribut d'éloges pour sa pose
gracieuse, pleine d'expression, et tout son ensemble qui la
rapprochait du bel antique. »
L'inscription disait :
HIC JACET
GEORGIUS-LUDOVICUS, ex comitibus a BERGHIS,
SlTI NOMINIS TERTIUS, EPISCOPUS ET PRINCEPS LEODIENSIS ,
STIRPIS SUAE ULTIMUS.
ANNIS PROPE XX. ECCLESIAM REXIT.
SUPRA EGENUM ET PAUPEREM ITA INTELLEXIT,
UT VIVENS ALUER1T ,
Et ne moriendo desereret, haeredes SCRIPSERIT.
Prudentia, modestia, fides, pietas, religio, cultus
d1vini zelus, haeretic.f novitatis extirpatio,
ecclesle providum pastorem ,
Patrlf BENIGNUM PBINCIPEM
coelo, terrieque immortalem fecerunt.
defuncti piè memento ,
Et ut discas mori, vive hoc exemplo.
ELECTUS 7 FEB. 1724. OBIIT 5 XbrIS 1743, /EtATIS SU.E 81.
— t50 -
De ce monument il ne nous reste qu'un médaillon et
deux génies, conservés heureusement au Séminaire de
Liège, où ils sont mieux sans doute dans la grande salle du
réfectoire que dans le grenier d'un musée spécial. Le
médaillon représente le portrait de Georges-Louis, d'as-
pect modeste, aussi simple d'apparence et de facture
que celui du chanoine Jean de Surlet qui orne encore
aujourd'hui le dessus de la petite porte de l'hospice
des Femmes incurables, rue du Vert-Bois. Au caractère
de réalité qu'offre l'image du Prince , on doit conclure
qu'Evrard pratiqua avec succès l'art difficile du portrait
en relief. En-dessous, sur une handerolle, est reproduit
ce texte du testament de Georges-Louis : J'institue
pour mes héritiers universels mes frères , les pauvres
de la ville de Liège. Quant aux deux petits génies, distraits
aussi du monument principal, et portant l'un avec
vaillance les insignes du pouvoir temporel , l'autre
avec grâce et douceur les attributs spirituels, ils sont
charmants d'intention et de rendu.
Si le mausolée de Georges-Louis est en débris, il ne
reste rien, que je sache de celui de son successeur Jean-
Théodore de Bavière. Le cardinal était représenté debout
à côté d'une table chargée des attributs de la Principauté.
Au-dessous (V. Ophoven, continuation du Recueil héral-
dique, page 153), on lisait : Hic Jacet Johannes Theodorus,
Dei gratia utriusque Bavariae dux , sacrae Romanac ccclc-
siae CardinaliSj Episcopus et Princeps Leodiensis , etc
Obiit XXVIIJan. MCCLXVII.
Ce magnifique monument, écrit l'auteur de l'Essai his-
torique sur l'ancienne Église cathédrale de Sl-Lambert,
faisait le plus grand honneur à l'artiste qui l'avait conçu et
exécuté. C'était comme une grande mosaïque où le por-
phyre, le serpentin , le jauni' antique , le turquin et beau-
coup d'autres marbres avaient été prodigués.
— 151 -
L'art d'Evrard contribua aux honneurs publics rendus
au troisième prince qui suivit.
Le Prince Charles-Alexandre d'Oultremont étant mort
le 22 octobre 1771 , fut inhumé dans le chœur de l'église
Cathédrale du côté de l'Evangile; sa famille lui fit ériger
un beau mausolée de marbre et chargea notre sculpteur
de l'exécution de cette œuvre importante.
On y grava l'inscription suivante :
D. 0. M.
HIC JACET
CAROLUS-NICOLAUS-ALEXANDER
E Patriis comitibus ab
OULTREMONT ,
Episcopus et Princeps Leodiensis, etc.
Natus 26 junii 1716
Electus 20 aprilis 1763
Morte improvisa e vivis sublatus
22 octobris 1771.
Patrem Patria , Pastorem Religio
cltius eheu ! sibi pr.ereptum
LUGENT.
R. I. P.
Lorsque la Cathédrale fut. abattue, après le désordre de
la révolution, la famille d'Oultremont veilla sur les cendres
d'un de ses collatéraux, souverain du pays, et elle put
faire transporter le monument funéraire du Prince Charles
dans la chapelle privée d'un de ses châteaux ; c'est
ainsi que , des trois beaux mausolées dus au ciseau
d'Evrard, un au moins nous a été conservé. Ce monument
n'a pas été transféré à la chapelle de Lexhy , près Fexhe ,
comme un renseignement erronné l'a fait croire à l'auteur
de l'article sur Evrard publié par la Biographie nationale.
— 152 —
Il y a bien à Lexhy un mausolée de marbre blanc , mais il
provient de l'ancienne église des Dominicains et repré-
sente le baron Jacques-Ignace de Surlet et sa femme.
Sous le pavé de la même chapelle reposent encore les
restes d'un évêque, ceux de Zaepfell , premier évêque de
Liège de ce siècle. — Une pieuse translation a fait revenir
dans la chapelle castrale de Warnant-d'Oultremont la
tombe du prélat qui était mort à Warfusée d'une apoplexie
au retour d'une partie de chasse, le 22 octobre 1771.
Gomme dans les églises Ste-Croix et S'-Denis, à Liège,
comme à Awenne , on se trouve donc là en présence
d'un de ces monuments élevés par le talent d'Evrard ,
rares aujourd'hui.
Le château d'Oultremont , où ont été ramenés sur des
chariots les marbres du mausolée , racheté publiquement
à vil prix comme tant d'autres débris de S^Lambert ,
s'élève sur le plateau de Warnant, qui domine la vallée de
la Méhaigne en même que les villages de Fumai et de Fal-
lais. A la droite de l'entrée flanquée de tourelles de ce
vaste château hesbignon , d'architecture rustique , mais
imposant et aujourd'hui trop tôt délaissé, s'élève, près de la
route, la chapelle réédifiée en 1649; celle-ci n'est plus
visitée qu'une fois l'an par la procession paroissiale , et
l'on a vite fait de constater l'abandon où elle se trouve,
malgré les blasons qui ornent l'autel. A la gauche de celui-
ci , entre les deux fenêtres, se dresse le mausolée du
prince-évêque , seul ornement du petit édifice. Sa hauteur
est de 4 à 5 mètres; la largeur, de 3 m. environ. L'ensemble
se compose d'une grande niche d'autel, de style Renais-
sance, et dont deux colonnes ioniques supportent la voûte:
elle encadre tout le mausolée, dont, les diverses parties
sont superposées sans faire grande saillie. C'est d'abord la
face d'une grande pyramide funéraire contre laquelle s'élève
le perron liégeois, supporté par trois lions : à droite, une
- 153 —
figure allégorique de la Douleur, de grandeur naturelle;
elle essuyé ses larmes et se voile la face de la moin gauche,
tandis que sa droite s'appuye sur un médaillon , lequel est
soutenu en bas par un petit génie tenant une torche ren-
versée. Le médaillon renferme en bas-relief le portrait
du défunt, une large et tranquille figure; le buste
porte l'hermine et la croix épiscopale. En dessous , un
sarcophage d'apparat ( lm50) sur pieds de lions; enfin, une
table , qui sert de base au tout et dont la face antérieure
porte l'inscription funéraire.
Bien qu'on se trouve en présence d'un monument
descellé, toutes les parties ont été généralement bien
rassemblées, et seul le coin droit du sarcophage a été
ébréché. La tète du petit génie a été remise aussi un peu
de travers, mais , abstraction faite de ce détail , c'est bien
encore cette partie du monument qui reste la mieux exé-
cutée, et l'on peut à ce sujet remarquer qu'Evrard excellait
à rendre ces petits amours, dont l'art de l'époque s'est
évertué à multiplier la représentation.
La couleur dos marbres a été justement choisie : le blanc
et le bleu ardoisé sont dos couleurs qui conviennent à un
monument funèbre, et c'est bien une impression de deuil
qu'inspire le monument d'Evrard, Sauvé dos ruines de
S'-Lambert, rapporté on pleine Hesbaye pour se retrouver
dans l'antique manoir patrimonial désert à son tour, ce
mausolée d'un de nos princes est fait pour rappeler bien
des souvenirs!
S'il n'excite pas l'admiration qu'on ressent à la vue de
tel petit chef-d'œuvre dont l'achèvement et lo fini font le
prix, il est on revanche conçu dans les grandes proportions
de la statuaire monumentale et décorative : il fut et reste
un morceau de cathédrale.
On n'a pu me dire à Warnant si le monument recouvrait
les restes du Prince, et peut-être y ont-ils été déposés
— 154 —
clanculum ; d'autre part , il nous reste à Liège des pièces
écrites qui en disent assez sur le sort des caveaux des
princes-évêques , retrouvés lorsqu'on déblaya les dé-
combres de S*-Lambert.
Une lettre du 21 mars 1810, signée M. d', c'est-à-dire
Micoud d'Umons, et adressée au ministre des cultes, relate
que des ouvriers employés au déblaîment de l'ancienne
cathédrale ont trouvé le cercueil d'un ancien prince-évêque,
Érard de la Marck , et que le cercueil de plomb a été
déposé à la cathédrale nouvelle ; d'autres exhumations du
même genre ont suivi, et MM. les chanoines de Sl-Paul
proposent de faire creuser , pour y déposer ces cendres,
un caveau dans l'arrière-chapelle, près du chœur. Des
habitants demandent d'environner de quelque solennité
cette réinhumation et l'on attend toujours les ordres de
Son Excellence...
« D'un autre côté, est-il dit, M. d'Oultremont, neveu de
l'un de ces princes-évêques, réclame les cendres de son
oncle et demande l'autorisation de les réinhumer dans ses
terres. »
« Il convient que ces corps ne restent pas plus longtemps
sans sépulture, et je prie V. E. de me faire connaître
ses intentions relativement à ces dernières demandes. »
Voici le texte même de la requête du comte d'Oultremont :
« Monsieur le Préfet ,
» Informé qu'en Déblayant les Décombres de L'ancienne
» cathédrale , on a Découvert le tombeau et retiré le
» cercueil qui renferme la dépouille de ieu mon cher
» oncle , Charles nicolas alexandre d'Oultremont, en son
» vivant Èvèque et prince de Liège, déposé maintenant
» dans une place de la cathédrale de Sl-paul ; je desirerois
» reunir ces cendres à celles de mes ancettres, qui reposent
» dans le caveau de ma chapelle castrale d'oultremont
— 155 -
» Espérant que vous voudrez bien m'accorder ma
» demande, j'ai l'honneur d'être
» Monsieur Le préfet
» Votre très humble serviteur
» d'oultremont.
« Oultremont , ce 15 février 4810.
» A Monsieur le baron de Micoud , préfet du Departe-
» ment de l'Ourthe, en son hôtel, à Liège. »
La requête porte ces apostilles marginales , de la main
de Micoud d'Unions :
« Le ministre de l'intérieur n'ayant pas répondu , je
» crois, il faudra écrire à celui des cultes. »
« Plus rien à faire en ce moment, on a écrit il
y a 10 jours aux Mtres de l'intérieur et des cultes. »
M. D.
Il ne fut jamais autrement répondu.
Les chanoines construisirent le caveau commun à leurs
risques et périls , et peut-être bien voulait-on en venir à
cette simple solution de fait. L'inscription de S'-Paul ne
porte pas le nom d'Oultremont, à côté de ceux d'Erard,
de Georges d'Autriche et de Hoensbroeck, seuls indiqués.
Evrard avait 25 ans à la mort du Prince Georges-Louis
de Bergh (1744) . 5i ans quand mourut Jean-Théodore de
Bavière (1743), 62 au décès du Prince Charles d'Oultremont.
Vingt années le séparaient encore de sa propre fin;
ainsi , après avoir coopéré à l'inhumation solennelle d'un
premier Prince-Évêque , il vécut sous le principat de cinq
autres, les derniers. Velbruck qui le vit travailler après
1771 au monument d'Oultremont, décerna à l'artiste âgé
déjà, et qui avait dépassé le temps de la grande activité , le
titre de sculpteur de Son Altesse le Prince de Velbruck.
Après la mort de ce dernier (1784), Evrard assista aux
— i56 —
péripéties du règne tourmenté de Hoensbroeck (1792),
comme il vit le règne éphémère de Méan.
Les rois de France logeaient au Louvre les artistes qui se
distinguaient sous leur règne : ils appartenaient au Roi par
un titre connu ; au Palais, en suite d'un séjour permanent.
Evrard trouva , dit-on , une retraite au château des Princes-
Évêques à Seraing. La tradition orale, conservée dans une
ancienne famille de sculpteurs Liégeois, assigne à Evrard
ce dernier poste , et elle me paraît tout à fait vraisemblable.
Outre le voisinage du lieu de sa sépulture , à Tilleur, vis-à-
vis du Château, je trouve à Seraing même la trace de l'ins-
tallation d'Evrard dans cette résidence.
Dans le registre de l'état-civil de Seraing , commencé en
1753, on rencontre au bout du volume une Liste des
manans de la pavoise de Serain sur Meuse, dressée en
1762 à l'occasion d'un impôt de capitation. Elle a été
rejointe dans le volume par les inscriptions mortuaires
allant jusqu'à l'année 1777, et elle a été alors revisée pour
servir à nouveau : elle porte, d'une encre plus noire (celle
de l'ancien état-civil), des traits, des remarques, certaines
corrections faites pour la mettre au courant. Or, à la 368e
maison , il y a l'inscription ancienne :
« Lambert Sépulcre, mre jardinier du potager de S.E.C.,
Marguerite Cornet, son épouse; Elisabeth 1 enfant;
Marguerite 10 ans. »
Et, en dessous du même article, il a été ajouté :
Mr Evrard au Château.
Nous pouvons donc croire que notre sculpteur vivait là
vers le milieu du règne de Velbruck (1772-84), ayant trouvé,
avec un logement dans les dépendances du palais , le vivre
et le couvert; cela sans doute en vertu du titre de Sculpteur
de son Altesse, donné à celui qui avait élevé le catafalque
de marbre de trois Princes; car je cherche en vain dans la
- 157 -
longue liste des personnes attachées à la cour de Seraing ,
parmi ces charges d'apparat ou ces offices de valet, la
qualification dont on aurait pu autrement investir un
sculpteur.
La retraite d'Evrard ne resta point tranquille et sûre, et
sans doute ce ne fut pas sans un étonnement profond qu'il
vit s'écrouler pièce à pièce la puissance ecclésiastique et
toute cette société religieuse qui lui avait confié l'exécution
de tant de travaux:. Il vit l'entrée des Autrichiens comme
l'invasion française, la fuite même de Hoenshroeck. Un an
encore , et il pouvait prévoir la destruction prochaine de
ses marbres à S'-Lambert.
Du jour où le Prince quitta , pour se réfugier en
Allemagne, le château de Seraing, 26 août 1789, les annales
de celui-ci appartiennent à l'histoire de la révolution , qui
le décréta propriété nationale , en fit l'hôpital Égalité ,
finalement un magasin à poudre.
Exproprié, lui aussi, le vieil Evrard dut se réfugier à
Tilleur, sur l'autre rive de la Meuse. Le passage du fleuve
se faisait un peu en aval du château de Seraing, par le bac
du Prince ; il conduisait à l'église comme au cimetière de
Tilleur. Là fut précisément la dernière demeure du
sculpteur liégeois.
M. le chanoine Schoofs, ancien desservant de la localité,
m'a communiqué l'inscription mortuaire d'Evrard, extraite
des registres paroissiaux, où je l'ai vérifiée :
Anno 1193 Julii 10° die obiit dous Gulielmus Evrard
sculptor, aelat. 83 omnibus munitus sacramenlis in cœme-
terio nostro sepullus.
Evrard donc est mort à l'âge de 83 ans, célibataire (vu
l'absence de la qualification de conjoint), le 10 juillet 1793,
et il a été inhumé au cimetière de Tilleur, avec les pauvres,
et non dans quelque caveau de l'église, car il n'est point
dit : in sepulchro templi.
— 158 —
Aujourd'hui, l'ancienne église est en ruines; le cimetière
est un lieu ouvert à tout venant et dévasté : il n'y a là plus
de traces d'Evrard ni de tant de contemporains. .
Telles sont les données que j'ai pu recueillir pour
esquisser cette biographie de Guillaume Evrard , sculp-
teur Liégeois, non sans quelque peine, même parfois
inutilement employée : car , au contraire de nos peintres
et de nos graveurs , nos statuaires paraissent avoir été
déshérités de la part de mémoire qui revenait à leur nom.
Sans doute ces renseignements ne sont pas complets ;
mais une exhumation tardive peut-elle donner tous les
résultats qu'on désire ? Des amateurs « de loisirs studieux »
ne manqueront pas d'ailleurs de recueillir plus de détails
personnels , d'augmenter la liste du catalogue des œuvres
de l'artiste. Peut-être aurais-je attendu l'occasion de le
faire aussi , s'il n'était d'expérience commune qu'à tarder
pour en savoir davantage , on risque souvent de laisser
s'oublier ce que l'on a pu apprendre.
J. E. DEMARTEAU.
LES AVOCATS
COUR SPIRITUELLE DE LIEGE
DE 160 4 A 1794
De toutes les anciennes institutions liégeoises, c'est
peut-être le tribunal de l'Official , nommé aussi la Cour
spirituelle, qui a été le moins étudié dans les temps actuels.
On a quelque peine à se figurer aujourd'hui qu'un tribunal
ecclésiastique, seul juge compétent du clergé en général,
exerçât aussi sa juridiction sur les laïcs , et cela dans une
foule de cas. Il l'exerçait d'abord par droit de prévention
avec les tribunaux séculiers ; il connaissait ensuite des tes-
taments et des contrats de mariage; il autorisait la vente des
biens des mineurs; il fesait séquestrer les fils de famille
u
— 160 -
débauchés et les gens de mauvaise vie; seul , enfin, il était
compétent pour recevoir le serment des avocats. Au
surplus, sa juridiction était loin d'être nettement définie,
et ses longs conflits avec le tribunal des Échevins ont
troublé le sommeil de maint jurisconsulte.
L'official avait pour assesseurs perpétuels deux avocats
fiscaux, qui l'aidaient de leurs conseils et tenaient sa
place au besoin. Un troisième fonctionnaire ou greffier ,
nommé sentencier, complétait le tribunal avec l'assis-
tance d'autant d'audienciers et de clercs que le service
l'exigeait.
L'avocat qui avait prêté serment devant l'official était
apte à prendre la parole devant tous les tribunaux du pays,
à l'exception toutefois du Conseil ordinaire , où il fallait
prêter un serment spécial.
Par son serment, l'avocat promettait d'être fidèle et
obéissant au Prince-Évêque , au grand vicaire et à
l'official , d'observer les statuts de la cour , de n'accepter
sciemment aucune mauvaise cause , de ne demander
aucune remise superflue et de ne rien proposer de
vexatoire pour autrui.
Il était défendu aux avocats d'acheter aucune action, ou
de faire accord avec les clients pour avoir part à la
cause, ou de la poursuivre à leurs dépens. Enfin, ils
étaient obligés de servir les pauvres gratis à la requête
de l'official.
Les documents anciens ne mettent aucune restriction
d'âge à l'admission des avocats, et leur nombre était illi-
mité. Us n'étaient point, comme de nos jours, constitués
en ordre, mais, comme on vient de le voir, l'action
disciplinaire s'exerçait sur eux par la cour elle-même,
qui tenait aussi la matricule de toutes les prestations
de serments.
— 161 —
En 4660, le sentencier Guillaume de Harenne (l) fut
chargé de compulser ses registres et de dresser une liste
des avocats par ordre d'admission. Son travail , qui
remonte à l'an 1604, fut complété, par ses clercs, sans
doute, jusqu'en 1687, date de sa mort. Cette liste, rédigée
en latin, paraît complète et a servi de base à cette
publication.
Une seconde liste d'avocats , extraite des archives de la
cour et s'étendant de 1667 à 1730, fut formée par Bernard-
Grégoire Frerart , secrétaire de l' officiai en 1730. En la
comparant à la précédente pour les vingt années com-
munes, on s'aperçoit de suite qu'elle est incomplète. Son
rédacteur a-t-il voulu se borner à inscrire les avocats
encore en vie ou les plus notoires d'entre eux , on ne
saurait le dire. Quoiqu'il en soit, nous lui empruntons,
à défaut d'autres sources, notre deuxième liste, qui s'étend
de 1687 à 1716.
Dans la publication de ces deux documents, nous avons
scrupuleusement respecté l'orthographe des noms de
famille, même quand elle nous a paru altérée. Cette
remarque s'applique surtout à l'usage de la particule.
A partir de l'année 1716, les registres aux prestations
(i) Guillaume de Harenne, né à Liège en 1616, fut nommé sen-
tencier de l'official par commission du 16 février 1657 ; trois ans plus
tard, il obtint, en outre, la charge de commissaire de la Cité, et
mourut le 23 juillet 1687.
Ses successeurs, dans les fonctions de sentencier, furent :
Guillaume Peumans , qui mourut le 15 mars 1692 .
Melchior Bailly , encore en charge en 1720.
Gérard Bailly.
André de Melchiors, nommé en 1737.
Jacques-Sébastien de Daniels , nommé le 3 mars 1758.
Gaspar-Josepb de Gilot.
N. de Rome , en 1789.
— 162 —
des serments des avocats , notaires , procureurs , sont
conservés et font partie des archives de l'État. Il nous
a donc été facile de dresser la troisième liste d'une
manière complète et d'indiquer le plus souvent l'Uni-
versité où le récipiendaire obtint son grade de licencié
ès-droit , ainsi que la date du diplôme. On constatera
que c'était Pont-à-Mousson que la plupart des jeunes
Liégeois choisissaient pour y faire leurs études.
I
Nomina et cognomina dd. advocatorum curiae spiri-
tualis Leodiensis. collecta per Guilhelmum de
Harenne sentenciarium, ex archivis curiae juxta
ordinem admissionis eorumdem, die prima mensis
aprilis 1660.
4604.
29 novembre. — Ambroise Loets.
1609.
5 mai. — Arn. Jaminet.
1610.
4 mai. — Eustache Liverloz.
Échevin de Liège , 1627-1668.
17 juillet. — Daniel Raymundi.
20 septembre. — Thomas Sauveur.
29 novembre. — Lambert Ursinus a Lapide.
Lambert van den Steen ; le surnom d' Ursinus lui venait de sa
mère Jeanne de Champs ou a Campo, qui demeurait à VOurs.
Il devint échevin de Liège en 1623 , fut conseiller privé, seigneur
de Saive et mourut en 1669.
1611.
11 avril. — Louis Ogier.
20 septembre. — Laurent Clerici.
— 164 —
1612.
15 décembre. — François Fléron.
24 décembre. — François Liverloz.
1613.
20 décembre. — Léon Lintermans.
1614.
14 août. — Lib. Boesman.
1615.
20 septembre. — Guillaume Scroets.
Né à St-Trond, 1590. Échevin de Vliermael, 1632-1648.
15 octobre. — Thomas Sclessin.
26 octobre. — Henri d'Oupée , prêtre.
1616.
14 avril. — Conrard Blisia.
Bourgmestre de Liège en 1640, 1645, 1659, 1664, 1670 et 1675
Président du Conseil ordinaire de la Cité. Conseiller aulique.
1617.
15 septembre. — Nicolas Plenevaulx.
1618.
7 février. — Adam Vorssen.
1619.
18 juillet. — Jean Vervins.
1620.
9 avril. — Jean Tornaco.
13 avril. — Lambert Woot de Trixhe.
30 avril. — Godefroid Nessel.
28 octobre. — Mathias Dans.
— 165 -
31 ootobre. — Antoine Ursinus.
Chanoine à Maestricht. Mort à Rome en 1662.
18 novembre. — Antoine Bawin.
1621.
5 mars. — Jean Marche.
25 juin. — Jean Goeswin.
25 juin. — François de Thier.
Echevin de Liège, 1637-1662.
Lambert de Tornaco.
1622.
25 octobre. — Jérôme Moers.
29 octobre. — Frans Peylicpert.
1623.
4 juillet. — Guillaume Coelmont.
1624.
16 août. — Pierre Helmomt.
10 décembre. — Louis Farri.
1625.
3 juin. — Rodolphe Grandjean.
3 octobre. — Charles Dans.
1626.
13 janvier. — Toussaint Prosset.
26 avril. — Henri d'Oupeie.
3 juin. — Henri Grady.
Echevin de Liège , 1640-1677.
17 octobre. — Léon Detheux.
26 octobre. — Nicolas Plenevaulx, junior.
1627.
16 avril. — Ferdinand Vlierden.
18 septembre. — Charles de Mean.
Le grand jurisconsulte, né en 1604, mort en 1674.
- 166 -
1628.
4 mai. — Hubert Fraiture.
20 mai. — Baudouin le Spineux.
1629.
22 janvier. — Michel de Meldert.
17 mai. — Mathias Wansoulle.
Echevin de Liège , 1631-1684.
10 décembre. — Oger Beeckman.
1630.
28 novembre. — Mathieu Soumaigne.
1031.
16 septembre. — Gérard Van Beul.
27 septembre. — Erasme Fullonis.
7 novembre. — Hubert Hodegius.
10 novembre. — Hubert Oleslagers.
29 novembre. — Nicolas Doupye.
1632.
9 janvier. — Guillaume Lymrorgh.
18 mai. — Jean Laurenty.
20 août. — Albert Blavier.
1633.
17 février. — Baudouin Benardi.
13 mai. — Guillaume Hasselt.
22 juin. — Etienne Bernimolin.
7 septembre. — Jean van Ham.
Natif de Bilsen, auteur d'un recueil des Coutumes du comté
de Looz.
1634.
14 janvier. — Pierre de Maret.
9 mars. — Théodore Orschotte.
4 avril. — Jean Golchon.
— 167 —
'28 juin. — Laurent de Maret.
12 juillet. — René Wezeren.
Né à Liège en 1612, seigneur de Roye.
1635.
5 janvier. — Gilles Ruyson.
18 janvier. — Charles-Gilles Vaes.
Échevin de Vliermael de 1638 à 1663.
5 février. — Henri Ruyson.
16 avril. — François Hinnesdal.
Echevin de Liège , 1646-1672.
31 août. — Nicolas Stiennon.
1636.
14 septembre — Etienne-François Fabri.
1637.
24 novembre. — Jean Ahlen.
1638.
5 janvier. — Louis Xhenemont.
11 février. — Guillaume Lenarts.
22 mars. — Denis Edelbampts.
Echevin de Liège , 1654-1668.
30 avril. — Robert Lantremange.
10 septembre. — Jean Verheyn.
10 octobre. — Jean Rlocquerie.
1639.
4 janvier. — Denis Wyshoeff.
17 février. — Jean-Eustache Walcourt.
23 février. — Jean Siegers.
8 avril. — Jean Lathour.
19 mai. — Pierre Testelmans.
— 168 -
1640.
14 septembre. — Jean Scheel.
4 octobre. — Charles Boesmans.
30 octobre. — Gilles-Michel Beeckman.
27 novembre. — René d'Ans.
4641.
9 mars. — Antoine Libert.
48 mai. — Nicolas Remouchamps.
48 mai. — Ambroise Detrixhe.
1er juin. — Nicolas de Chestret.
Greffier en appel des Echevins de Liège depuis 1640. Asses-
seur de l'officialité , mort en 1690.
3 juin. — Ignace Boelmans.
5 décembre. — Jean de Mean.
1642.
45 janvier. — Jean Mewen.
44 mars. — Thomas Haxhe.
47 juin. — Thomas de Rye.
48 juin. — Gérard Massen.
41 octobre. — Lambert Materni.
15 décembre. — Godefroid Walschart.
1643.
5 janvier. — Nicolas Beeckman.
23 février. — Hubert Govarts.
15 avril. — Lambert Férart.
8 mai. — Martin Lintermans.
26 juin. — Servais de Fléron.
31 décembre. — Jean Faverea.
— 169 —
1644.
16 janvier. — Frédéric Louvrix.
15 février. — Walter Liverloz.
Tréfoncier de la Cathéd. en 1653; prévôt de N. D. de Huy,
ensuite de S. Jean; officiai en 1667; décédé en 1684.
7 mai. — André Vaes.
11 juin. — Pierre de Maret , S. J.
11 juin. — Jean-François Sprimont.
19 octobre. — Léonard Lardinoy.
17 novembre. — Guillaume Van den Lynden.
18 novembre. — Jean-Eustache de Lonchin.
1645.
27 avril. — Guillaume Frerart.
5 mai. — Thomas-Charles de Sclessin.
17 mai. — Guillaume Van der Smissen.
19 juin. — Antoine-Ernest de Fleron.
7 juillet. — Gilles Souxhon.
16 septembre. — Nicolas-Pierre Plenevaulx.
25 septembre. — Claude-Henri Hacgourt.
14 octobre. — Henri Boesmans.
17 octobre. — Gilles Vaes.
18 octobre. — Philippe Billemontius.
24 octobre. — Charles-François de Noirevaulx.
8 novembre. — Arnold Jaminet , junior.
21 novembre. — Arnold Goye.
25 novembre. — François Bawin.
1646
17 mai. — Eustache-François Muninx.
1647.
11 mars. — Hubert Van den Reydt.
27 août. — André Roscius.
— 170 —
19 novembre. — Arnold Randaxhe.
30 décembre. — Jean-Gaspar Montelet.
1648.
2 janvier. — François Laurenty.
1er février. — Jules Jamar.
5 février. — Noël Tilff.
15 février. — Gilles-Arnold de Saive.
18 février. — Henri Omalius.
16 mars. — Jacques Gaproens.
Échevin de Vliermael de 1649 à 1690.
4 juin. — Ernest Plenevaulx.
20 juillet. — Robert Larricque.
12 septembre. — Pierre Préalle.
1649.
1er décembre. — Hubert Grumsel.
Conseiller ordinaire en 1649, seigneur d'Emael, Hemricourt,
Bovenistier et Liers, haut voué de Bleret , mort en 1673.
9 décembre. — Henri-Jonck Bowens.
1650.
4 janvier. — Pierre Frederici.
5 janvier. — Jean-René de Geloes.
Échevin de Vliermael , 1651 à 1683.
31 janvier. — Etienne Gordinne.
5 février. — Louis-Christophe Masillion.
26 avril. — Jean-Guillaume de Sluze.
20 mai. — Henri Lamrrecht.
22 juin. — Bernard Candidus.
26 juillet. — Nicolas Ogier.
14 septembre. — Conrard Van der Heyden a Blisia.
Né en 1623, mort en 1688, membre du Conseil Ordinaire.
27 octobre. — Jean- Jérôme Nessel.
27 octobre. — Servais de Fleron.
7 novembre. — Denis Radoux.
- 171 -
7 novembre. — Albert de Sclessin.
Tréfoncier delà Cathédrale en 1664, mort en 1678.
3 décembre. — Michel de Selys.
Né en 1624, seigneur d'Opoeteren, bourgmestre de Maestricht.
3 décembre. — François de Selys.
Né en 1626. Echevin de Liège, 1655-1681. Conseiller de S. A.
1651.
16 avril. — Edmond Renardi.
4 juillet. — Alard-Laurent van Eyll.
25 octobre. — Arnold de Thier.
Echevin de Liège , 1662-1668.
18 novembre. — Pierre Masset.
1652.
2 mars. — Eustache Liverloz.
23 mai. — Toussaint de Visé, dit Prosset.
24 mai. — Pierre Coex.
4 juin. — Jean-Érasme Masillion.
26 août. — Libert de Brassine.
10 octobre. — Mathias Conrardi.
14 octobre. — Jean-François Exel.
14 novembre. — Lambert de Halingh.
24 octobre. — Thomas-Pierre Boullienne.
Echevin de Liège , 1671-1690.
26 octobre. — Etienne-François Roscius.
30 octobre. — Gilles de Sart.
1653.
25 avril. — Louis-Gilles de Sclessin.
5 mai. — Jean-Libert Vaes.
29 mai. — Denis Strauven.
18 juin. — Gilles Tackoen.
26 juin. — Thomas de Fays.
26 juin. — Denis deMaret.
- m —
1er juillet. — Lambert Ryckman.
17 juillet. — Nicolas-François Plenevaulx.
29 juillet. — Antoine-Pierre Selys.
Mort à Nandrin en 1700.
29 juillet. — Gérarcl-Herman Hustin.
18 août. — Pierre Boesmans.
26 août. — Gilles-Lambert Fontaine.
1654.
2 février. — Nicolas Heuskinet.
3 février. — Jean-Pierre Perye.
2 mars. — Paschal Foullon.
Grand greffier des Echevins , 1664 à 1678.
23 avril. — Mathias de Grati.
Bourgmestre de Liège en 1665, 1672, 1684.
8 juin. — Lambert-Adam de Hollogne.
Greffier en appel des Echevins de Liège, 1661-1665.
8 juin. — Jean de Visé, dit Prosset.
26 juin. — Jean Lhoen.
10 juillet. — Henri Bex.
10 septembre. — Guillaume Loeffvelt.
24 septembre. — Guillaume Tornaco.
26 septembre. — Henri Maes.
2 novembre. — Herman Stas.
23 novembre. — Guillaume-Mathias Van Buel.
11 décembre. — Arnold de Harzé.
1655.
30 avril. — Guillaume Weerts.
7 mai. — Renier Bolland.
12 mai. — Arnold Soumaigne.
28 juin. — Jean Goesuin.
19 août. — Raphaël-Guillaume de Weels.
31 août. — Paschal Groetaerts.
18 septembre. — Nicolas-François Farritius.
— 173 —
18 septembre. — Antoine-Richard Groetarts.
Seigneur de Bombrouck qu'il acquit en 1659; lieutenant
de la Cour féodale de l'abbé de Saint-Trond, mort en 1695.
15 octobre. — Walter Rossius.
Seigneur de Bellaire ; échevin de Liège , 1668-1694.
18 octobre. — Jean Rex.
24 novembre. — Arnold Smets.
1656.
4 janvier. — Christophe Mercurianus.
5 janvier. — Henri Malaise.
10 janvier. — Mathias Fléron.
21 mars. — Henri Verschuil.
25 avril. — Jean Tulleners.
2 juin. — Henri du Jardin.
26 octobre. — Winand de la Haye.
45 novembre. — Léon Jacques.
1657.
29 janvier. — Lambert Sougnée.
31 janvier. — Englebert Fastré.
Écbevin de Vliermael de 1657 à 1668.
5 avril. — Renoit Wansoulle.
30 avril. — Antoine Hennewyer.
4 mai. — Laurent-Charles Laurens.
6 juin. — Pierre-Ernest de Charneux.
Echevin de Liège , 1675-1708.
13 juin. — Jean-Ernest de Haling.
1er octobre. — Jean Ruysmans.
15 octobre. — Jean-Ralthasar de Méan.
15 octobre. — Pierre de Méan.
14 novembre. — Guillaume-François Renardi.
3 décembre. — Gaspar Fléron.
Né en 1632, fils de François, avocat fiscal.
10 décembre. — François-Guillaume Van Vucht.
— 174 —
1658.
21 mars. — Gilles-Emile de Hodeige.
1er avril. — Hubert Jamar.
15 avril. — Jean-Ernest Van der Heyden a Blisia.
Echevin de Liège , 1667.
16 mai. — Pierre- Aloys de Sluse.
Né à Visé, licencié à Louvain, 6 septembre 1657, créé baron
par diplôme de 1688. Conseiller privé 1686 ; mort en 1710.
1659.
7 juillet. — Jean Inghels.
26 août. — François de la Ruelle.
27 août. — Guillaume Plenevaulx.
4 novembre. — Etienne Uuten.
14 novembre. — Hubert Gilman.
24 novembre. — Jean-Jacques de Frahan.
6 décembre. — Jean Gaen.
1660.
12 mars. — Charles Omalius.
25 mars. — Gilles de Harenne.
Né en 1634. Protonotaire apostolique , abréviateur du nonce à
Cologne et maître de Caméra; chanoine de S'-Georges, à Cologne,
de Ste-Croix, de S'-Denis et de S'-Jean, à Liège, mort en 1668.
22 septembre. — Guillaume Gerschoven.
20 septembre. — Guillaume delle Brouck.
1er octobre. — Lambert Lamet.
4 octobre. — Georges de Rye.
11 octobre. — Ignace Ramaerts.
3 novembre. — Henri Lathoure.
22 décembre. — Lambert de Villenfaigne.
1661.
9 février. — Louis Smets.
21 mars. — Michel Liverlo.
16 mai. — Lambert Buntinx.
— 175 —
18 mai. — Jean-Léon (?) Van Leeff.
17 mai. — Léonard Stoc.hem.
4 novembre. — Lambert Janssex.
1662.
5 avril. — Erard Collon.
20 mai. — Nicolas Sougné.
'20 mai. — Oger Van der Masse.
17 juin. — Jean-Nicolas Renardi.
1er août. — Gilles-François de Soy.
Echevin de Liège de 1669 à 1671.
4 octobre. — Emmanuel-Ernest de Stroiffe.
1663.
20 janvier. — Guillaume-André Vaes.
Né en 1637. Drossart du pays de Fauquemont.
3 février. — Antb.-Barth de Champs.
10 février. — Ulric d'Ouffeit.
1er mars. — Antoine-Libert d'OupiE.
26 mai. — Henri-François de Malte.
18 juin. — Antoine-Martin Jacori.
Né à Brée en 1639 , maïeur de Hrée , y décédé en 1695.
14 juillet. — Jacques le Zack.
14 juillet. — Edmond Louroux (?).
16 septembre. — Henri-Pompée Macoerts.
Bourgmestre de Liège en 1683. Décapité le 9 octobre 1684.
26 septembre. — Nicolas Cornet.
5 octobre. — Denis Colinis (?)
19 octobre. — Jules de Nuvolara.
--7 novembre. — Guillaume-Godefroid Van den Steen.
Né à Bocholt en 1641 , maïeur de Bocholt , 1673-1679.
10 novembre. — Lucas Ticken.
Échevin de Vliermael de 1664 à 1672.
12
176
1664.
5 février. — Pierre Mibais.
7 mai. — Libert Boesmans.
26 mai. — Jean-Ernest Cornélius.
7 juillet. — Erard-Denis Foullon.
Seigneur de Kermpt ; conseiller féodal ; bourgmestre de Liège
en 1694.
16 septembre. — Louis Louvrix.
Né en 1634, anobli en 1694.
10 octobre. — Charles-Laurent de Vlterden.
20 octobre. — Gérard Hardenne.
1665.
10 janvier. — Robert Van Gales.
28 janvier. — Jean Emerich.
Né à Bilsen en 1638; mayeur et échevin de Bilsen, seigneur de
Schoonbeek.
9 lévrier. — Laurent-Arnold des Brassines.
2 mai. — Jean-Pierre Nysmans.
11 juin. — Nicolas de la Capelle.
20 juin. — Walter de Vaulx.
29 octobre. — Théodore Godart.
31 octobre. — Jean-Ambroise Cox.
4 novembre. — Jean ab Hilst.
Echevin de Vliermael de 1668 à 1680.
23 décembre. — Otto Colen.
1666.
-4 mai. — Gilles de Haren.
Greffier des Echevins , 1669-1695.
1-4 juin. — Guillaume de Bhiart.
6 juillet. — Henri-Paul Gilotton.
Bourgmestre de Liège en 1684.
— 177 —
19 juillet. — Henri-Michel Rosen.
Né en 1644; échevin de Liège de 1671 à 1701 ; député perpétuel
aux Etats; seigneur de Reepen, Chinstrée, Dilsen; créé baron
en 1703; mort en 1718.
1er septembre. — François Clercx.
20 octobre. — Bertrand Mariot.
29 octobre. — François-Guillaume Borlé.
1er décembre. — Érasme Gutschoyex.
11 décembre. — Bené Van der Meeren.
20 décembre. — Lambert Lirotte.
29 décembre. — Albert Beckers.
Bourgmestre de Liège en 1674, 1685, 1699.
1667.
15 janvier. — Mathias de Wanzoul.
27 janvier. — Gérard-François de Bouille.
Greffier des Echevins , 1662-1672.
12 février. — Jean Cluts.
15 février. — Jean Hallebay.
3 mars. — Ghisbert Bailly.
3 mars. — André Bernimollin.
18 octobre. — Adrien Zaren.
22 décembre. — François Du Boys.
9 mars. — Pierre-Michel De Mariotte.
Né en 1642. — Souverain bailli d'Avroy.
2 mai. — Walter-Lambert Hynnesdal.
Echevin de Liège, 1672 à 1693.
22 juin. — Guillaume Bevers.
29 juillet. — Henri de Grady.
Né en 1643; échevin de Liège de 1677 à 1720; créé chevalier
en 1705.
2 septembre. — Léon van Spawen.
2 septembre. — Jean-Bartbélemy de Pleneyaux.
Né en 1643 , mort en 1709. Quatre fois bourgmestre.
— 178 —
3 septembre. — Antoine-Georges Fizen.
Né en 1645; seigneur d'Awant et de Fisenne; anobli en 1701 ;
mort en 1719.
1G novembre. — Etienne-Richard Bastin.
1668.
13 juillet. — Michel-François de Selys.
18 octobre. — Rémi de Hervé.
5 novembre.-1- Guillaume de Harénne, chanoine de
Saint-Pierre.
Ensuite chanoine de Saint-Paul. Né en 1648, mort en 1679.
1er décembre. — Ernest de Ramlo.
7 décembre, — Jean Bloys.
5 décembre. — Henri Van Leuw.
1669.
2 janvier. — François de Massillon.
28 janvier. — Lambert Nootstogk.
Échevin de Vliermael de 1673 à 1690.
28 janvier. — Théodore Bronckart.
1er mars. — Hubert-Martin le Page.
28 mars. — Jean Jacori.
4 mai. — Guillaume de Hadin.
4 juin. — Albert de Grady.
12 août. — Vincent de la Hamende.
18 septembre. -- Paul-Jean Preudhomme de Borre.
Conseiller et secrétaire de la Chambre des Finances; mort
en 1694.
18 septembre. — Antoine Hylair.
Bourgmestre de Liège en 1697. Conseiller privé.
12 novembre. — Jérôme Audace.
1670.
3 juin. — Chrétien Van der Heyden a Blisia.
14 juillet. — Guillaume-Hubert Vaes.
16 juillet. — Paul Voets.
— 179 —
30 septembre. — Herman Goffart.
11 octobre. — Pierre-Robert Lantremenge.
Né en 1645, conseiller de l'Empereur, directeur général des
postes impériales dans la principauté de Liège ; anobli en 1697.
14 octobre. — Antoine-François d'Ans.
20 octobre. — Ferdinand d'Ans.
20 octobre. — Jean-Baptiste Capproens.
20 octobre. — Charles-Louis Oger.
23 décembre. — François Digny.
1671.
18 mars. — Michel Dierna.
'6 avril. — André-Baudouin Farri.
2 mai. — Pierre de Bosen.
27 mai. — Martin-Henri Borman.
Né à Brée en 1643, mort prêtre en 1677.
8 juin. — Wal ter-François Van Buel.
22 juin. — Louis de Berleur.
25 septembre. — Godefroid-Joseph Goeswart.
Né en 1647, mort en 1709.
5 octobre. — Arnold Lardinoix.
27 octobre. — Jean-Léon Collinet.
28 novembre. — Jean de Severin.
29 décembre. - Etienne Ut en.
1672.
23 février. — Pierre-Louis de Vlierden.
27 février. — Jacques Claessens.
17 mars. — Jean Boerinx.
Échevin de Vliermael de 16S0 à 1722.
31 mai. — Fr. Baivotz.
11 juin. — Michel-Ernest Beeckmax.
15 juin. — Philippe-Florent Moreau.
30 septembre. — Gisbert-François Lenaerts.
Echevin de Liège, 1672-1693.
- 180 —
17 novembre. — Léopold Bonhomme.
Grand greffier des Échevins de Liège de 1678 à 1736.
1673.
4 février. — Mathieu-François Alhoye.
47 février. — Barthélémy Masset.
44 mars. «^- Henri Elbrechts.
17 juin. — François de Halingh.
46 septembre. — Philippe-Jacques Uouffet.
4 octobre. — Henri Melotte.
Né en 1652 ; seigneur d'Oplinter ; anobli en 1735.
4 décembre. — Guillaume Van Vucht.
4674.
Ier janvier. — André de Trixhe.
6 mars. — Conrard-Laurent de Gharneux.
20 mars. — Jean delle Bee.
24 mai. — Jean-Albert de Hervé.
Né à Verviers en 1654 , chanoine de Saint-Pierre , tréfoncier en
1700 ; mort en 1718.
20 juin. — Lambert Mauger.
29 septembre. — Michel Clercx.
Né en 1649, chanoine tréfoncier en 1680, prévôt de Saint-
Denis; officiai en 1684; archidiacre de Hesbaye; conseiller privé,
seigneur de Waroux; mort en 1731.
8 novembre. — Jean Wanzoul.
42 novembre. — Everard-Ambroise d'Olroux.
Procureur général en 1696.
49 décembre. — Bemacle Lovinus.
1675.
19 janvier. — Mathieu-Nicolas de Gomsé.
22 janvier. — Hubert Uten.
21 mars. — Ernest-Jérôme de Nuvolara.
12 novembre. — Jean-Edmond Dolmans.
16 décembre. — Herman (Iroutars,
Né à booz , 1651 ; mort à Liège , 1710.
- 181 -
1676.
7 mars. — Arnold de Ville.
Echevin de Liège de 1680 à 1687.
10 mars. — Henri de Creft.
13 mars. — Goclefroid-Nicolas Sigers.
5 juin. — Nicolas van der Borcht.
Jean-Hubert Tignée.
Seigneur de Sclayn, Bonneville , Faux, bourgmestre de Liège
en 1706.
Mathias Jamar de Montfort.
Né en 1654; conseiller de la Cour féodale, puis du Conseil
ordinaire en 1709; mort en 1713.
Denis-Louis de Cartier.
1677.
1er octobre. — Arnold-Jean de Cartier.
Vincent du Moulin.
Souverain greffier delà Cité en 16Si; secrétaire de l'Etat tiers
du pays de Liège; bourgmestre de Liège en 1693.
Maximili en-Henri de Beeckman.
Né en 1654; chanoine de S'-Paul, mort en 1694.
Guillaume-Bernard et Jean-Nicolas de Beeckman.
1678.
Nicolas Stiennon.
Léonard Lardinoy.
Jean-Hubert Govarts.
François Fassin.
Jean-Philippe Latour.
Lambert Larmoyer.
Jean-Pierre Fourneau.
1679.
Pierre Bex.
Né en 1653; seigneur de Freloux. échevin de Liège de 1687 à
1698; mort en 1708.
— 182 —
Philippe-Bernard de Maes.
Melchior Bonameau.
Avocat fiscal. Conseiller ordinaire en 1698. Bourgmestre de
Liège en 1697. Mort en 1721.
Gérard-Théodore Buissart.
20 août. — Gilles-Ferdinand Judon.
Baudouin Hodin.
Bourgmestre de Liège en 1705.
Nicolas Thonnart.
CTérard-Henri-Eugène Oger.
1080.
Pierre-François de Bra.
17 mai. — Noël Delleheid.
Arnold de Beeck.
Martin Schelen.
Natif de Brée. Sous-lieutenant de la Cour féodale.
Jacques-Etienne de Bloys.
1081.
Jean-Philippe delle Hessalle.
Bourgmestre de Liège en 1695; échevin de 1700 à 1721.
Georges-Alexandre de Harenne.
Doyen de Saint-Paul , mort en 1726.
Jean-François de Harenne.
Chanoine de Saint-Pierre, né en 1662.
Walther Donckier.
Denis-Gilles-Bernard de Stier.
10 septembre. — André Hauzeur.
Antoine Audace.
1082.
Théodore du S art.
André-Charles Vaes.
Echevin de Vliermael de 1690 à 1704.
1er mai. — Jean-Piombaut Sighers.
— 183 —
Gilles-Mathias Guesquier.
Maximilien-Rolant Parent.
Jean-Nicolas de Fays.
Arnold de Harenne.
Chanoine de Saint-Jean , né en 1660 , mort en 1693.
Henri-Guill. de Lahaye.
1683.
Jean-Baptiste Watons.
Nicolas de Loxhier.
Lambert de Harenne.
Né en 1664, mort en 1702.
Jacques Courtoy.
Paul Charot, de Hamoir.
Gilles-Edmond Steuduin (?).
Maximilien-Henri Foullon.
Paschal du Moulin.
Augustin H anus?
Pierre-Arnold Jamar.
Henri-Thomas de Hervé.
H. Th. de Goer de Hervé , né en 1648 à Verviers , seigneur de
Jehanster. Echevin de Liège en 1687, créé chevalier en 1690.
1684.
Ambroise Loets de Trixhe.
15 juillet. — André Bormans.
Seigneur de Corthys, Goyer et Hasselbrouck ; mort en 1729.
20 juillet. — Edmond de Fabri-Beckers.
Né en 1662 , mort en 1734. Haut voué de Mortier. Conseiller
de guerre. Député perpétuel aux Etats.
17 août. — Jean-André Tackons.
Lambert Lamet.
6 décembre. — Guill. -Patrice de Noyille.
- m -
1685.
François Masillon.
Nicolas Dellemelle.
Guill. Joseph Dardenne.
31 mars. — Laurent Robyns.
Editeur de l'ouvrage de Mantelius: Historia Comitatus Lossensis.
Michel-Nicolas Loxhier.
Bourgmestre de Liège en 1717.
Barthélémy de Bernimollin.
François Gomsé.
6 août. — Jérôme Faverea.
Né en 1658 ; receveur général de la Cité ; bourgmestre de
Liège en 170i et 1721; mort en 1732.
6 septembre. — Guil. Waltery.
24 octobre. — Ferdin. -Philippe Mignon.
Jean-François Renardi.
1686.
Jaspar-Conrard Hubart, de Flémalle.
Michel-Herman de Grotars.
Pierre-Corneille Tignée.
18 avril. — Henri-François des Brassines.
Grand bailli des Rivages.
Jean Ponsart.
Jérôme Bawin.
Né en 1653; mort à Nandrin en 1696.
20 avril. — Théodore Frissen.
21 mai. — Jacques Namur.
25 juin. — Guillaume-François de Presseux du Moulin.
François de Résimont.
19 septembre. — Jean-François de Geer (De Jaer).
Pierre van Leyen.
Philippe van Buel.
Adrien de Kerckiiove.
- 185 —
2i octobre. — Pierre Piette.
8 novembre. — Jean-Balthazar Macar.
Né â Waremme en 1657, mort en 1743; seigneur de Brouck,
receveur du Prince-Evêque au quartier de Hesbaye.
Henri-François Froimanteau.
1687.
Simon Ledrou.
11
1687.
21 mai. — Louis Dierna.
14 juin. — Ghisbert Germeau.
11 septembre. — Mathieu de Loneux.
1688.
.2 juin. — Guillaume-Mathias Louvrex.
Né en 1665, seigneur de Ramelot, bourgmestre de Liège en
1702, échevin de 1709 à 1734.
23 septembre. — Jacques Malaese.
:] décembre. — Mathieu-Henri Glaessex.
1689.
10 novembre. — Jean-Gilles Vlecken.
1690.
9 janvier. — Jacques-Lambert Nesselt.
'28 janvier. — Théodore Pitteurs.
Né en 1667. Echevin et commissaire de S'-Trond, mort en 1706.
8 mai. — Gaspar-Thomas Vinalmont.
8 mai. — Jacques Stevart.
7 août. — Guillaume Wilgot.
19 octobre. — Walter-André Hauzeur.
- 186 —
1691.
3 septembre. — Matthieu de Soumagne.
3 décembre. — Hubert de Chasteau.
1692.
28 février. — Matthieu van Leendt.
21 mai. — Gilles-François Hubens.
1693.
17 janvier. — Antoine-Warnier Lejeusne.
19 janvier. — Adrien de Gaverelle.
1694.
22 mai. — Simon Bustin.
15 juin. — Henri-François Bruls.
26 juin. — Etienne du Château.
26 novembre. — Guillaume de Harenne.
Né en 1671. Greffier des Echevins, mort en 1744.
1695.
30 mai. — Guillaume d'ÛLNE.
11 juin. — Jean-Laurent Bustin.
26 août. — Walter de Liverlo.
1696.
27 mars. — Perpète-Nicolas de Malte.
25 juin. — Jean-Guillaume Loyens.
12 décembre. — Auguste Haubens.
1697.
31 juillet. — Arnold-Nicolas Ghockier.
Né en 1674. Bourgmestre de Liège en 1718. Anobli en 1745
avec concession de la particule. Il fut l'aïeul d'Enisme-Louis,
baron Surlet de Ghockier, régent de Belgique.
12 septembre. - - Erneet Leverd.
25 septembre. — Adrien Melciiiors.
28 septembre. — Mathias-Charles Gordinne.
— 187 —
4 octobre. — ■ Valérien Migeotte.
18 novembre. — Joseph-René Pongelet.
1698.
26 mars. — Jacques-Christophe cI'Awans.
24 avril. — Etienne-Ferdinand Dejaer.
Né en 1669, mort en 1736.
6 septembre. — Jacques-Mathias Lambinon.
Conseiller privé; bourgmestre de Liège en 1719.
25 septembre. — Jean-François Lerond.
20 novembre. — Henri Bailly.
24 novembre. — Jean-Remy Ciiestret.
Né en 1672; licencié en droit en 1695; greffier en appel des
Echevins de Liège; bourgmestre de cette ville en 1720, 1745,
1747 et 1752; conseiller de la Chambre des Comptes; créé cheva-
lier en 1755 ; mort en 1765.
1(399.
28 février — Nicolas Herstalle.
7 mars. — François Messin.
20 mars. — Englebert de la Haye.
24 avril. — Gilles-Martin Hanckart.
24 avril. — Arnold Oms.
16 mai. — Jean-Pbilippe Farri.
6 juin. — Henri Bailly.
18 juillet. — Henri Sauveur.
4 août. — Eustache-Servais Ancion.
11 août. — Gilles-Lambert d'Othée.
18 septembre. — Eugène-Alexandre Lantremenge.
Né en 1677 , seigneur de Jalhay , conseiller de la Cour féodale ,
puis membre du Conseil ordinaire, par réception de 1713, mort
en 1734.
15 octobre. — Jean Donnèau d'Arcis.
19 novembre. — Ferdinand de Liverloz.
19 novembre. — Georges Moers.
20' novembre. — Michel Driessk.xs.
— 188 —
1700.
9 janvier. — Gilles-Paul Germeau.
3 juillet. — Ignace Vanrod.
16 juillet. — Jean Namur.
1701.
4 mars. — Louis-Joseph de Cartier.
'29 avril. — François Preudhomme de Borre.
20 juin. — Gérard Bailly.
8 octobre. — Henri-François Gouverneur.
1702.
22 mars. — Jean-Arnold-Pierre de Bosen.
Né à Huy en 1673.
27 mars. — Jean-François de Stembert.
6 mai. — Simon-Pierre Delvaux.
11 août. — Nicolas Bastin.
1703.
24 mai. — Jean-Paul Hennet.
21 juillet. — Arnold-Lion de Theux.
Né à Liège en 1668, créé chevalier en 1703, mort en 1724.
30 juillet. — Baudouin Garitte.
12 septembre. — Théodore-Jean Cops.
19 novembre. — Louis Herstalle.
1704.
24 janvier. — Gérard-Ignace Driessens.
30 janvier. — Mengold Basquinet.
Né à Huy en 1678, seigneur de Ramezée, mort en 1761.
30 janvier. — Antoine Basquinet.
Né à Huy en 1682, seigneur d'Heure et de Moressée, échevin
de Liège de 1721 à 1752, anobli en 1745.
12 avril. — Eustache-Jean Vander Masen.
8 mai. — François-Joseph Vandenier.
10 juin. — Jean-François Coune.
— 1S9 —
23 août. — Balthazar-André Durieux.
6 septembre. — Jean Cartier.
24 septembre. — Dieudonné Jamar de Liboy.
30 octobre. — Henri Ranson.
26 novembre. — Etienne-Arnold Hardy.
1705.
20 janvier. --Henri-Mathieu Goffart.
5 novembre. — Joseph De Cerf.
14 décembre. — Henri de Grady.
17 décembre. — Pierre-Ambroise Van den Cruys.
1706.
28 janvier. — Léopold-Léonard-Joseph Bonhomme.
Né en 1684; conseiller de la Cour féodale; échevin de Liège
de 1716 à 1737.
1er février. — Jacques-Ignace Ghislin.
17 mars. — Jean-Baptiste Pétri.
29 avril. — Laurent-Théodore Daniels.
Né à Brée en 1679; conseiller du cardinal de Schoenborn.
4 mai. — Philippe-Joseph Defraine.
22 juin. — Pierre-Joseph Dexhorré.
3 juillet. — Henri Mex.
13 septembre. — Dominique Spineto.
22 septembre. — Jean-Nicolas Clercx.
28 octobre. — Guillaume Robyns.
28 octobre. — Lambert-Frederic Dierna.
14 décembre. — Adrien-Joseph de Bounam.
Né en 1679; chanoine de S'-Jean ; mort en 1732.
1707.
4 janvier. — Jean-Henri Van Vucht.
18 janvier. — Jean-Tbomas Dodémont.
18 janvier. — Jean-François Malemprez.
17 février. — Dieudonné-Antoine Pierpont.
Né à Huy en 1681, greffier des échevins de Huy; mort en 1757.
- 190 -
1er mars. — Jean-François Delhèe.
16 mars. — Nicolas-François Bonhomme.
4 novembre. — Joseph-François Stiennon.
1708.
1er mars. — François Monsen.
8 mai. — François-Arnold-Charles de Thier.
Né en 1685; chevalier du S'-Empire, seigneur de Lantremange,
Mongauthier et Skeuvre, échevin de Liège de 1711 à 1744,
conseiller privé.
21 juin. — Jacques-Georges Schepers.
'22 juin. — Barthelemy-Joseph Bartholdy.
14 août. — Jean-Toussaint-Ferdinand Dorroux.
19 novembre. — Bodolphe Grandjean.
1709.
12 mars. — Louis- Walter Van Denier.
24 avril. — Joseph De Blier.
22 mai. — Paul de Fisen.
1er juin. — François-Louis Vandenbergiie.
18 octobre. — Jean-Barthelemy Proesme.
18 octobre. — Denis Cloes.
31 octobre. — Théodore Gontier.
1G décembre. — Mathieu-Joseph Son".
30 décembre. — Jacques Baré.
1710.
20 juin. — Arnold Vrericx.
Echevin de Vliermael de 1713 à 1751.
21 juillet. — Melchior Dozin.
2 août. — Louis de Liverlo.
10 septembre. — Oger-Hubert de Bronckart.
7 novembre. — Martin Bodson.
10 novembre. — Nicolas-Léonard de Boussart.
3 décembre. — Walthère Gouverneur.
Echevin de Liège de 1713 à 1746.
— 191 -
1711.
43 avril. — Jacques-Henri De Haen.
8 août. — François Dierna.
15 septembre. — Englebert-Nicolas Counet.
19 septembre. — Jean-René Claessens.
10 octobre. — Gabriel-Joseph David.
27 octobre. — Jean-Florent Dupont.
4 novembre. — Jean-Gérard Walcourt.
11 novembre. — Laurent Fresart.
1712.
9 janvier. — Ferdinand Sigers.
1er février. — Pierre Mauger.
16 février. — Lambert Groetars.
13 avril. — Jean-Philippe Douffeit.
20 avril. — Henri Lance.
22 avril. — Jacques-Denis Nizet.
2 septembre. — Michel- Joseph de Grady.
1713.
18 janvier. — Antoine de Glosset.
Né en 1687; trésorier général, bourgmestre de Liège en 1732
et 1739.
13 mars. — Martin de Montfort.
16 mars. — Trudon-Baudouin Swennen.
6 avril. — Jean-Antoine Wolffz.
19 avril- — Mathias Gordinne.
29 avril. — Antoine Henrard.
4 mai. — Charles-Hubert de Neufforge.
14 juin. — Jean-Albert de PvEQuile.
27 juillet. — Gérard Elias.
6 septembre. — André-Guillaume Sigers.
6 septembre. — Jean-Ferdinand Sigers.
8 novembre. — Evrard- Joseph Dewez.
15
— 192 —
13 novembre. — Jean-André Larmoyer.
Avocat fiscal de 1721 à 1733.
14 novembre. — Pierre-Lambert de Bernimolin.
22 novembre. — Jean-Joseph de Malmendy.
15 décembre. — Arnold-Léon de Theux.
Né en 1689.
1714.
5 janvier. — Jean-Étienne-Charles Stevart.
29 janvier. — Lambert Lens.
3 février. — Philippe-François Wolffz.
3 février. — Jean-Éloi Mottet.
9 mars. — Pierre-Godefroid Natalis.
11 avril. — Maur Swennen.
6 juin. — Guillaume- Walter Kempeners.
11 juillet. — Herman-Guillaume Groetars.
4 août. — Jean-Louis de Cartier.
Seigneur de Marchienne-au-Pont; conseiller et secrétaire de la
Chambre des Finances; député perpétuel aux Etats; bourg-
mestre de Liège en 1723.
31 août. — Arnold de Molle.
1er septembre. — Charles Dellemelle.
10 septembre. — Henri-François Herkenne.
19 septembre. — Laurent Mawet.
10 octobre. — Wery-François Raick.
11 octobre. — Mathieu Raick.
20 octobre. — Laurent vander Heyden.
1715.
21 mars. — Arnold Colson.
10 avril. — Antoine Moens.
27 avril. — Jean-François de Gaen.
7 mai. — Jacques-Jean Vaes.
7 mai. — François-Egon de Bocqueau.
17 mai. — Jean-François Bartholdi.
— 193 -
28 mai. — Walter-Ferdinand de Gounotte.
4 juin. — Nicolas-Joseph Closset.
4 juin. — Jean-Jacques Fassin.
Conseiller de la Chambre des Finances; seigneur à Geneffe;
greffier du Conseil ordinaire; bourgmestre de Liège en 1734.
28 juin. — Guillaume van Buel de Marchin.
3 juillet. — Jean-Louis Dierna.
9 juillet. — Jean-François de Milst.
15 juillet. — Jean-Louis Brassine.
27 juillet. — Maximilien-Henri Hillair.
3 août. — Antoine Vander Maesen.
G août. — Herman-Joseph de Colnet.
13 août. — Michel Collardin.
3 septembre. — Théodore-René Dusart.
6 septembre. — Melchior Bailly.
14 septembre. — Lambert Goreux.
20 septembre. — André-Bertrand van Wel.
24 septembre. — Jean Bailly.
25 septembre. — Georges Houbotte.
26 septembre. — Jean Bailly.
26 septembre. — Philibert Devaulx.
28 septembre. — Jean-Charles-Corneille Furneau.
2 décembre. — Hubert-Joseph de Modave.
Né en 1694; seigneur de Masogne; mort en 1756.
III
1716.
17 janvier. — Baudouin-François de Thier, de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 juillet 1715. Né en 1689; procureur-général
en 1724; conseiller de la Cour allodiale; avocat fiscal.
11 juillet. — Jean-Guillaume baron de Moreau.
Rbeims, 23 février 1707. Conseiller de la Chambre des Finances;
— m —
trésorier-général; seigneur de Neuville, Hermalle, etc.; mort
en 1747.
29 juillet. — Jean-Louis baron de Méan.
Pont-à-Mousson , 20 courant.
30 juillet. — Antoine Man*nay.
Pont-à-Mousson , 6 courant.
18 septembre. — Arnold-Bernard de Loncin, de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 courant
22 septembre. — Nicolas-André de Vaulx , de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 courant.
21 novembre. — Jean-Joseph-Maximilien Bounam, che-
valier du Sl-Empire.
Pont-à-Mousson , 10 courant.
1717.
8 janvier. — Hubert Harzeus, de Liège.
Pont-à-Mousson , 18 mars 1715.
12 janvier. — Jean-Joseph Coulot, de Liège.
Paris, 1er avril 1716.
23 février. — Jacques-Joseph Le Zac, de Verviers.
Pont-à-Mousson , 24 juillet 1704.
27 lévrier. — Jean-Balthasar Macar, de Waremme.
Louvain , 1er septembre 1712. Chanoine de Sainte-Croix.
29 mai. — Jean-Jacques-François de Fresne, de Liège.
Pont-à-Mousson, 7 courant.
31 juillet. — Jean-Nicolas de Robyns, de Liège.
Orléans, 31 août 1716.
24 septembre. — Pierre-François Mignon, de Liège.
Pont-à-Mousson, 17 courant.
1718.
4 janvier. — Théodore Demany , de Liège.
Pont-à-Mousson, 23 septembre 1717.
18 février. — Philippe de Selis, de Liège.
Rome, 7 janvier. — Echevin du bailliage d'Amercœur.
9 avril. — Charles de Prayon, de Liège.
Reims, 17 février.
— 195 —
9 avril. — Everard-Claude-Charles Blavier , de Liège.
Pont-à-Mousson, 1er courant.
9 mai. — Jean-Baptiste de Bongé, de Liège.
Pont-à-Mousson, 2 courant.
— , 1er octobre. — Jean-François de Favereau.
Pont-à-Mousson, 16 septembre. Né en 1698; conseiller de la
Cour allodiale; mort en 1726.
8 octobre. — Antoine-Nicolas du Biau, de Liège.
Pont-à-Mousson, 29 septembre.
8 octobre. — Jean- Jacques Stalmans, de Liège.
Pont-à-Mousson, 28 septembre.
11 octobre. — Georges Fourneau, de Liège.
Pont-à-Mousson, 29 septembre.
20 octobre. — Georges-Dieudonné-Ernest de Fisenne,
de Liège.
Pont-à-Mousson, 13 septembre. —Mort en 1747.
9 novembre. — Albert-Octave Thonnar, de Liège.
Pont-à-Mousson, 14 octobre.
1719.
2 janvier. — Jean-Alexandre Aloye , de Liège.
Pont-à-Mousson, 6 septembre 1718.
27 janvier. — Jean Walthery, de Limbourg.
Pont-à-Mousson, 26 novembre 1716.
22 avril. — Nicolas-François Gloson, de Liège.
Pont-à-Mousson , 4 mai 1718.
4 mai. — Servais de Deforge, de Stavelot.
Pont-à-Mousson, 24 avril.
23 mai. — Jean-Nicolas Daigneux, de Liège.
Pont-à-Mousson , 15 courant.
2 juin. — Guillaume-François Macar, de Waremme.
Louvain, 17 septembre 1718. — Avocat fiscal par commission
du 29 septembre 1723.
2 juin. — Gabriel Bayar, de Wegimont.
Pont-à-Mousson, 24 mai 1719.
2 juin. — Simon de Hodeige, de Liège.
Pont-à-Mousson, 24 mai 1719.
- 196 -
3 juin. — Denis de Jaer, de Liège.
Pont-à-Mousson, 24 mai. — Né en 1697, conseiller de la Cour
allodiale.
3 juin. — Jean-Pierre Denis, de Liège.
Pont-à-Mousson, 25 mai.
12 juin. — Gaspar-Jean Voskens, de Hasselt.
Louvain, 13 septembre. Plus connu sous le nom de Vossius,
il fut échevin de Vliermael de 1736 à 1756.
12 septembre. — Antoine-Joseph Rostain , de Dinant.
Louvain, 10 septembre 1718.
22 septembre. — Gilles-Mathieu Larmoyer, de Liège.
Pont-à-Mousson, 12 septembre.
16 octobre. — Jean-Franç. -Arnold de Fleron, de Liège.
Pont-à-Mousson, Il septembre 1715.
1720.
21 février. — Jean-François Fion , de Verviers.
Pont-à-Mousson, 12 janvier 1714. Conseiller de la Cour féo-
dale; bourgmestre de Liège en 1732 et 1740.
18 avril. — Baudouin Hodin , fils de l'ex-bourgmestre.
Rheims, 9 avril.
15 mai. —Jean-Henri-Nicolas Collard . de Liège
Pont-à-Mousson, 22 avril 1719.
4 juin. — Jean-Paul de Blavier.
Pont-à-Mousson, 7 courant.
19 juin. — Chrétien Cluts.
Pont-à-Mousson , 1er courant.
24 juillet. — Guill. Henry, de Montigny-sur-Sainbre.
Rheims, 31 mai 1719. — Avocat fiscal, 1733.
17 août. — Guillaume-François Vaets , de Hasselt.
Pont-à-Mousson, 5 courant.
18 septembre. — Pierre-François de Rorive, de Liège.
Pont-à-Mousson, 10 courant. — Greffier aux œuvres, en 1725.
23 septembre — Jean-François de Froidcoukt, de Liège.
Pont-à-Mousson, 11 courant.
5 octobre. — Dieudonné-Franç. deMarneffe, de Mefïe.
Pont-à-Mousson, 11 septembre. — Né à Meeff, 18 août 1689.
— 197 -
5 novembre. — Ferdinand-Guill. de Borlé , de Liège.
Pont-à-Mousson, 26 août.
5 novembre. — Charles-Renier Loets de Trixhe, de
Liège.
Pont-à-Mousson, 13 octobre. Conseiller privé ; conseiller de la
Chambre des Finances; bourgmestre de Liège en 1745; créé
chevalier en 1755; mort en 1759.
7 décembre. — Henri-Sébastien de Presseux du Moulin,
de Liège.
Pont-à-Mousson, 16 août.
1721.
16 mai. — Perpète-Nicolas de Visé, de Liège.
Pont-à-Mousson, 16 décembre 1720.
13 juin. — Jean-Winand-François Vvampe, de Liège.
Pont-à-Mousson, 21 mai.
10 juin. — Jean-Pierre Dorval, de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 courant.
16 juin. — Otto-Jean-Bernard de Colen , de Liège.
Pont-à-Mousson, 10 courant.
19 juillet — Jean-François Fisen , de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 courant.
31 juillet. — Guillaume-Henri de Troz , de Liège.
Rheims, 12 mars 1715.
30 août. — Nicolas-Charles Raick, de Tilleur.
Rheims, 7 courant.
2 septembre. — Jean-Théodore du Bois, de Liège.
Pont-à-Mousson , 5 août.
7 octobre. — Gilles du Vivier , de Liège.
Pont-à-Mousson, 27 septembre.
20 octobre. — Jean-Adrien de Kerchove, de Liège.
Pont-à-Mousson, 27 juin.
5 novembre. — Gérard de Charles , de Liège.
Pont-à-Mousson , 13 octobre 1720.
- 198
1722.
7 janvier. — Maximilien-Charles Dasnoy , de Neufclià-
teau en Ardenne.
Pont-à-Mousson , 29 novembre 1721.
10 janvier. — Pierre-François Marianne , de Liège.
Rheims, 30 décembre 1721.
23 janvier. — Jean-Arnold de Gohy , de Liège.
Pont-à-Mousson , 7 juin 1720.
6 février. — Jean-Henri Rasquinet , de Liège.
Pont-à-Mousson , 26 janvier. Né en 1G91. Conseiller de la
chambre des finances, anobli en 1745, mort en 1762.
25 février. — Jacques de Bormans de Hasselbrouck ,
de Liège.
Pont-à-Mousson, 13 courant. Baptisé à Goyer 24 février 1699 ;
reçu tréfoncier 8 février 1726; mort à Parme en septembre 1728.
3 mars, — Laurent de la Vaux des Brassines.
Pont-à-Mousson, 13 février. Né en 1697, échevin de Liège de
1746 à 1778. Conseille privé.
5 mars, — Servais-Henri d'Ergkenteel.
Pont-à-Mousson, 21 février. Seigneur de Ten Hove , né en
1699, mort en 1730.
18 avril. — Pierre-François Hodaige, de Liège.
Pont-à-Mousson, 14 novembre 1720.
22 mai. — Nicolas André, de Visé.
Pont-à-Mousson , 22 avril.
26 août. — Gilles Lonneux, de Soumagne.
Rheims, 7 juillet.
19 octobre. — Guill. -Dominique Driesens, de Tongres.
Pont-à-Mousson, 23 octobre 1721.
2 novembre. — Lambert Bronckart , de Liège.
Pont-à-Mousson , 26 octobre.
2 novembre. — Mathias-François Paquo, de Liège.
Pont-à-Mousson, 26 octobre.
— 199 -
1723.
5 janvier. — Jean-Guillaume Weydert, de Luxembourg.
Louvain, 5 septembre 1720.
18 janvier. — Lambert-Gérard Dierna, de Liège.
Pont-à-Mousson, 26 octobre 1722.
. 28 janvier. — Jean-Gérard-Théodore-Gilles Grandjean
de Muno, de Liège.
Pont-à-Moussson, 6 novembre 1722.
Ie1' avril. — Silvestre-Michel-François Ransonet , de
Liège.
Pont- à-Mousson , 17 mars.
23 avril. — Josepb-Clèment-Marie Grandjean de Muno,
de Liège.
Pont-à-Mousson , 6 novembre 1722.
5 juillet. — Jean-Remacle de Latour, de Liège, trésorier
général des Etats de Liège et du comté de Looz.
Pont-à-Mousson, 21 juin. — Bourgmestre de Liège en 1735
et 1742.
5 août. — Henri de Monceau, de Limbourg.
Pont-à-Mousson, 1er juin 1720.
7 septembre. — Laurent- Walther Dossin, de Liège.
Pont-à-Mousson, 2 août.
15 septembre. — Guill. -Henri de Tignée, de Liège,
seigneur de Bonneville.
Pont-à-Mousson, 1er juillet 1715.
18 septembre. — Jean-Bernard de Saive, de Blegnée.
Pont-à-Mousson, 16 octobre 1720.
18 septembre. — Jean-Baptiste-Alexis Warnotte, de
Liège.
Pont-à-Mousson , 14 courant.
22 septembre. — Guill. -Joseph Cours, de Tongres.
Pont-à-Mousson , 20 mai.
4 octobre. — Honoré-Henri Vlecken, de Hasselt.
Pont-à-Mousson, 11 septembre. — Echevin de Vliermael de
1724 à 1751.
- 200 -
16 octobre, — Jean-Joseph de Ryckman, seigneur de
Betz.
Pont-à-Mousson, 16 septembre.
16 octobre. — Henri-Hubert Germeau, de Liège.
Pont-à-Mousson , 23 septembre.
30 octobre. — Jacques Delbeuck, de Soumagne.
Rheims, 20 juillet 1722.
9 novembre. — Jacques-François Hanson , de Liège.
Pont-à-Mousson, 16 octobre.
13 novembre. — Lambert Renard, de Liège.
Pont-à-Mousson, 16 octobre.
20 novembre. — Jean-Philippe Mignon, de Liège.
Pont-à-Mousson, 21 octobre.
1724.
•4 février. — Louis-François Scronx, de Liège.
Pont-à-Mousson, 26 octobre 1722.
14 février. — Jacques del Creyr , de Liège.
Bonn, 13 octobre 1716.
31 mai. — Théodore-François-Joseph Gysselen, de Liège.
Rheims, 28 février.
3 juin. — M. Holthousen van Essen, de Liège.
Pont-à-Mousson, 25 mai.
30 juin. — Rernard de Theux, de Liège.
Pont-à-Mousson , 23 juin. Né en 1697.
3 juillet. — Martin Henoul , de Liège.
Rheims, 25 juin 1722.
3 août. — Hubert Nicolet , de Yaux-Chavanne.
Rheims, 29 mai.
1-4 août. — Mathieu-François-Joseph de Gabrielis , de
Liège.
Pont-à-Mousson, 25 juillet.
13 octobre. — Le baron de Rosen, de Liège.
Pont-à-Mousson, 22 septembre.
13 octobre. — Jacques chevalier de Theux, de Liège.
Pont-à-Mousson, 22 septembre. Né en 1702, seigneur de
Montjardin, Meylandt, haut-voué d'Ayvvaille, mort en 1773.
— 201 -
16 octobre. — Nicolas Schelen, de Liège.
Pont-à-Mousson , 7 octobre.
16 octobre. — Arnold Hardy, de Liège.
Pont-à-Mousson , 7 octobre.
18 octobre. — Albert de Grady, chevalier du S'-Empire.
Rbeims, 25 octobre 1723.
18 novembre. — Pierre Golen, de Saint-Trond.
Pont-à-Mousson, 16 août.
1725.
26 janvier. — Dieudonné-Guillaume-Joseph des Fawes,
de Liège.
Pont-à-Mousson, 29 novembre 1723.
5 février. — Arnold Coenen , de Tongres.
Pont-à-Mousson, 27 janvier.
17 février. — Pierre-Melchior de Ville, de Huy.
Louvain, 20 novembre 1723.
2 mars. — Mathieu Lahaye, de Liège.
Pont-à-Mousson, 18 septembre 1724.
2 juin. — Lambert- Joseph Jenicot, de Liège.
Pont-à-Mousson, 13 février.
11 juillet. — François-Gérard Detroz, de Liège.
Pont-à-Mousson, 3 juillet.
Même jour. — Théodore Piette , de Liège.
Pont-à-Mousson, 3 juillet. Echevin de Liège de 1737 à 1753.
21 juillet. — Pierre-Guillaume Blockhouse, de Liège.
Rheims, 27 mai 1722.
3 septembre. — Jean-Ernest Goeswin, de Liège.
Pont-à-Mousson, 25 août.
27 septembre. — Adrien-Joseph-Ignace Melchiors, de
Liège.
Pont-à-Mousson, 17 septembre. Sentencier de POfficial.
17 novembre. -- Paul-François Colen, de Saint-Trond.
Louvain, 7 août.
- 202 -
1726.
8 janvier. — Maurice Billon, de Liège.
Pont-à-Mousson , 6 octobre 1725.
8 mars. — Bertrand le Vage. de Dinant.
Rome , 18 juin 1712.
20 mars. — Etienne Beaumont , d'Amay.
Pont-à-Mousson , 19 novembre 1725.
6 mai. — Jean-Jacques Denys, de Liège.
Pont-à-Mousson, 28 février.
1er juin. — Jean-Raymond Jaupen , de Hasselt.
Louvain, 2 octobre 1724. Echevin de Vliermael, 1743 à 1757.
5 juin. — Jean-Antoine Hiegaerts, de Saint-Trond.
Pont-à-Mousson, 24 juin 1725.
4 septembre. — Adrien-François de Gavarelle, de Stein.
Pont-à-Mousson, 26 août.
11 octobre. — Antoine Ghayë , de Liège.
Pont-à-Mousson, 20 août.
il octobre. — Bertrand-Nicolas de Barme, de Liège.
Pont-à-Mousson, 31 août.
12 novembre. — Jean-François Bollis , de Saint-Trond.
Pont-à-Mousson, 6 mai.
1727.
5 février. — Oger-François Dumé, de Stavelot.
Pont-à-Mousson, 21 août 1721.
31 mars. — Henri Fromenteau, de Liège.
Pont-à-Mousson, 24 juin 1726.
23 avril. — Jean-François de Nuigt, de Fontaine-
l'Évèque.
Louvain, 3 juin 1726.
30 août. — Henri-Guillaume Bouxhon , de Liège.
Pont-à-Mousson, 2 courant. Né en 1705.
10 octobre. — Adam-François Stellingwerff , de
Hasselt.
Harderwyck, s. d.
— 203 —
20 octobre. — Henri-François-Joseph Danthinne, de
Liège.
Louvain, 25 août. Né en 1705.
22 novembre. — Gilles-Mathieu de Chéquier, de Liège.
Pont-à-Mousson, 23 août.
1728.
12 mars. — Norbert Bernard, de Vireux.
Rheiras, 7 décembre 1726.
18 juin. — Mathias-Henri Damry, de Liège.
Pont-à-Mousson , 5 juin. Né en 1705.
29 juillet. — Jean-François Delize.
Pont-à-Mousson, 24 mai.
26 août. — Lambert-Henri Pergens, de Maeseyck.
Louvain, 4 juin.
28 septembre. — Jean-Henri de Fafchamps , de Liège.
Pont-à-Mousson , 23 courant. Né en 1705.
11 octobre. — Jean-Joseph Delpaire, de Liège.
Pont-à-Mousson, 27 août.
12 octobre. — Jean-Noël Winand, de Liège.
Pont-à-Mousson, 23 septembre.
30 octobre. — François Clercx, de Liège.
Pont-à-Mousson, 18 courant. Baptisé 23 février 1705. Conseiller
du Conseil ordinaire 1er mai 1751, mort à Liège 4 mars 1757.
30 octobre. — Gaspard-Lambert Clercx, de Liège.
Pont-à-Mousson, 1S courant. Baptisé 6 janvier 1703, tréfoncier
de la Cathédrale, 1734; grand-prévôt 1765; mort à Waroux 18 oc-
tobre 1772.
30 octobre. — Jean-Joseph-Salomon de Warnotte, de
Liège.
Pont-à-Mousson, 18 courant. Né en 1701.
30 octobre. — Nicolas Canto, de Liège.
Pont-à-Mousson, 1S courant.
20 novembre. — Henri-Guillaume de Clermont , de
Liège.
Pont-à-Mousson, 13 novembre. Né en 1705.
- 204 —
11 décembre. — Henri-André Lescrinier, de Visé.
Louvain , 2 septembre 1727.
22 décembre. — François Smets , de Limbourg.
Louvain, 25 septembre 1720.
1729.
5 janvier. — Louis-François-Xavier de Ghequier.
Pont-à-Mousson, 19 novembre 1728. Né en 1704.
11 janvier. — Jean-Barthelemy Colinet.
Orléans, 5 août 1728. Né à Liège en 1706.
8 mars. — Jean-Georges-Joseph Cramme, de Liège.
Rheims, 23 juin.
3 juin. — Pierre-François Thorier.
Pont-à-Mousson, 26 avril.
15 juillet. — Lambert-Joseph Creiiay, de Liège.
Rheims, 27 avril.
26 août. — Philippe-Joseph du Bois, de Luxembourg.
Pont-à-Mousson , 20 août 1726.
19 septembre. — Jean-Léonard-Joseph de Requilé , de
Liège.
Pont-à-Mousson, 16 septembre.
27 octobre. — Denis Nizet, d'Olne.
Louvain, 27 septembre.
19 novembre. — Jean-Baptiste-Ignace de Ghequier.
Pont-à-Mousson, 18 septembre.
9 décembre. — Pierre-Léon Hamme, d'Andenne.
Louvain, 20 août 1720.
12 décembre. — Jean-Baptiste d'Omalius, de Liège.
Pont-à-Mousson, 13 août. — Né en 1706; seigneur de Croix,
Halloy , Clermont ; mort en 1784.
1730.
24 janvier. — Henri Hoyoux, de Liège.
Mayence, 22 septembre 172S. — Bourgmestre de Liège en
1761 ; membre du Conseil ordinaire en 1763; mort en 17S0.
— 205 -
27 juin. — Louis-Gabriel-Joseph baron de Crassier , de
Liège.
Pont-à-Mousson, 10 courant. Président du Conseil ordinaire.
10 juillet. — Martin-Michel Haillot, de Liège.
Pont-à-Mouoson, 10 juin.
— 4 août. — Trudon-Balthazar Pitteurs , de Saint-Trond.
Pont-à-Mousson, 5 octobre 1729. — Seigneur de Liefkensrode;
bourgmestre et commissaire de S'-Trond ; mort en 1788.
13 août. — Lambert Maugeer, de Liège.
Pont-à-Mousson, 10 juin.
25 août. — Jean-Hennan de Buissart.
Pont-à-Mousson, 12 courant.
30 octobre. — Gabriel-Nicolas-Anthoine de Farcy, de
Liège.
Pont-à-Mousson, 23 courant.
8 novembre. — Ferdinand-Paul de la Tour, de Liège
Pont-à-Mousson, 23 octobre.
1731.
22 juin. — Jean-Arnold de la Thour, de Liège.
Pont-à-Mousson, 5 courant.
24 juillet. — Guillaume-Bernard Luesemans, de Saint-
Trond.
Pont-à-Mousson, 30 octobre 1730. Echevin de Vliermael de
1738 à 1768. Président de cette cour depuis 1763.
27 juillet. — Gilles-François Wercx, de Liège.
Pont-à-Mousson, 16 courant.
29 août. — Pierre-François-Alexandre de Braz, de Huy.
Pont-à-Mousson, 16 courant.
8 octobre. — Jacques-Nicolas-Joseph Coune.
Pont-à-Mousson, 1er courant. Baptisé à Liège le 8 février
1709, écbevin de Liège en 1745, mort en 1762.
8 octobre. — Georges de Heswick, de Liège.
Pont-à-Mousson.
8 octobre. — Gaspar-François Denoël , de Liège.
Louvain, 20 septembre.
— 206 —
8 novembre. — Jean-Michel-Martin Finet , de Liège.
Pont-à-Mousson, 10 octobre.
43 novembre. — Servais-Joseph Polis , de Liège.
Pont-à-Mousson, 27 août.
18 décembre. — Remi-Maximilien Dambremont , de
Barvaux.
Pont-à-Mousson, 24 juillet.
1732.
1er mars. — Gilles-Etienne de Ghesquier , de Liège.
Pont-à-Mousson, 1721. Tréfoncier en 1733. Officiai en 1735.
Conseiller ordinaire en 1744, mort en 1753.
17 avril. — Jean-Melchior Blavier , de Liège.
Pont-à-Mousson, 5 courant. Nommé avocat fiscal, prêta serment
le 21 juin 1746.
29 avril. — François-Gaspar-Joseph Jamar, deFlorennes.
Rheims, 6 juillet 1729.
2 juillet. — Henri-Joseph Bodart , de Huy.
Pont-à-Mousson, s. d. Né en 1706, commissaire et bourg-
mestre de Huy.
28 août. — Jean-Hubert de la Hamaide, de Liège.
Pont-à-Mousson, 8 août.
30 septembre. — Jean-Mathias Cloes, de Liège.
Pont-à-Mousson, 24 septembre. Avocat fiscal, mort en 1765.
31 octobre. — Pierre-François Jehu , de Thuin.
1733.
16 mars. — Henri de Grady , chevalier, de Liège.
Rheims.
23 mars. — Gilles Berto, de Liège.
Pont-à-Mousson, 22 août 1729. Procureur général en 1738.
27 août. — Henri-Joseph van der Maesen, de Maestricht.
Louvain, 19 juin 1731.
15 septembre. — Jean-Gisbert Trimpeneers, deSl-Trond.
Pont-à-Mousson, 28 août.
— 207 —
10 septembre. — Pierre-Eustache Jamart de Montfort,
de Liège.
Pont-à-Mousson, 10 courant. Né en 1710, chanoine de Ste-Croix
en 1737. Doyen du chapitre, vivant encore en 1785.
7 octobre. — Etienne-Louis Detroz , de Liège.
Pont-à-Mousson, 28 septembre. Né en 1704.
20 novembre. — Hubert de Drissens, de Maeseyck.
Pont-à-Mousson, 25 juin 1727.
9 décembre. — Joseph d'Heur, de Liège.
Pont-à-Mousson, 3 courant. Né en 1709; échevin de Liège de
1736 à 1773.
1734.
2 mars. — Jean-Joseph Massart de Geineker.
Reims, 13 mars 1730.
2 août. — Jean-Dieudonné- Léonard de Moreal, de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 juin.
8 octobre. — Pierre-Ferdinand Caenen , de Reckheim.
Pont-à-Mousson, 26 août.
48 octobre. — Pierre-François- Jos. de Fraisne, de Liège.
Pont-à-Mousson, 11 courant. Né en 1713.
18 octobre. — Dieudonné-JérômeDECLERMONT, de Liège.
Pont-à-Mousson, 11 courant. Né en 1710.
30 octobre. — Pierre-Antoine Jacquet, de Biesme
Louvain , 23 avril 1725.
12 novembre. — Jean-François Lemoine, de Constance.
Pont-à-Mousson, 24 mai 1719.
4 décembre. — Jean-Nicolas de Presseux, de Theux.
Pont-à-Mousson , 25 août 1729.
1735.
3 février. — Jean-Baptiste Puissant, de Chàtelet.
Pont-à-Mousson, 27 décembre 1734.
15 lévrier. — Guillaume-Arnold Saren, de Tongres.
Louvain, 4 août 1734. Né en 1709, seigneur d'Othée, Ascii,
Niel, Lancklaer, échevin de Liège de 1754 à 1794, conseiller de la
Chambre des finances. Créé chevalier en 1745, mort à Otbée
en 1797.
14
— 208 -
11 février. — Etienne-Joseph de Bastin, de Liège.
Pont-à-Mousson , 3 juin.
1er avril. — Denis-François Dumoulin.
Pont-à-Mousson, 11 octobre 1734.
21 avril. — Nicolas-Mathieu de Herstal , de Liège.
Pont-à-Mousson, 31 juillet 1734.
22 avril. — Henri-François de Bounam , de Liège.
Louvain, 7 juillet 1734. Né en 1711 , mort au château de Rick-
holt en 1778.
21 mai. — Pierre-Jean Preudhomme de Borre, de Liège.
Pont-à-Mousson, 12 courant.
23 mai. — Jean-Louis Lezaack, d'Ensival.
Pont-à-Mousson, 12 courant.
27 mai. — Walter-Denis Doupeie, de Liège.
Rheims, 25 avril.
29 mai. — Jean-Henri Petit, de Villers-le-Gamhon.
Pont-à-Mousson, 6 octobre 1731.
14 juin. — Jean-Joseph Gaye, d'Olloy.
Pont-à-Mousson, 25 avril 1733.
9 juillet. — Jean-Louis de Chestket, de Liège.
Pont-à-Mousson, 2 mai 1727. Né en 1699, chevalier du S*-Em-
pire; secrétaire du Conseil privé, bourgmestre de Liège en 1751,
mort en 1768.
27 juillet. — François-Joseph de Bemy, de Liège.
Louvain, 16 août 1734.
10 septembre. — Jacques Frankinet, de Liège.
Louvain, 3 courant.
1er octobre. — Jean-François de Bartholdy , de Liège.
Louvain , 13 juillet.
1er octobre. — Noël-Charles de Bartholdy, de Liège.
Louvain, 13 juillet.
8 octobre. — Barthélémy-Gérard Vincquedes, de Liège.
Pont-à-Mousson, 13 septembre. Né en 1714.
1736.
10 février. — Michel-Jacques-Joseph Langelin.
Pont-à-Mousson, 7 mars 1732. Né en 170S.
— 209 —
6 mars. — Grégoire-Mathias Massart, de Liège.
Louvain, 7 février. Né en 1712.
23 mars. — Perpète Heriiand.
Rheims, 15 juillet 1734.
13 juin. — François-Joseph Son, de Liège.
Rheims, 18 juin 1735.
13 juin. — Gabriel-Joseph Son, de Ciney.
Rheims , 18 juin 1735.
18 août. — Guillaume de Sluse, de Liège.
Pont-à-Mousson , 27 juillet. Né en 1710, bourgmestre de Liège
en 1756.
10 octobre. — Henri Herckens , de Petersheim.
Louvain, 21 mai.
20 octobre. — Guislain Wirgkay , de Dinant.
Pont-à-Mousson , 12 octobre 1735.
31 octobre. — Jean-Gérard-François Drianne, de Liège.
Pont-à-Mousson, 31 juillet.
23 novembre. — Pierre Le Maire , de Liège.
Pont-à-Mousson, 15 courant.
29 novembre. — François Bastin, de Liège.
Pont-à-Mousson , 15 courant.
11 décembre. — Théodore Jacquet, de Foy.
Pont-à-Mousson, 28 juillet 1733.
19 décembre. — Pierre-Remi de Ghestret , de Liège.
Pont-à-Mousson, 15 courant. Chevalier du S'-Empire. Né en
1709 ; greffier en appel des Echevins ; mort en 1757.
22 décembre. — Jean Maillart , de Liège.
Pont-à-Mousson, 17 mai 1735.
1737.
12 mai. — Albert de Grady de Neufcourt, de Liège.
Pont-à-Mousson, 21 septembre 1736.
25 mai. — François-Michel- Joseph Blavier, de Liège.
Pont-à-Mousson, 25 mai 1736.
9 juillet. — Gérard-Joseph du Mortier, de Liège.
Pont-à-Mousson, 17 mai.
— 210 -
4 septembre. - Jean-Herman de Trappe, de Liège.
Rheims , 17 juillet 1737.
7 septembre. — Goswin-Casimir-Joseph d'Ancion , de
Liège.
Pont-à-Mousson, 26 août.
1738.
9 janvier. — Jean Mairin , de Liège.
Pont-à-Mousson , 23 août 1732.
18 janvier. — Jean-Pierre-François Warnotte, de Liège.
Rheims, 18 juillet 1737. Né en 1715, seigneur de Froidcourt,
bourgmestre de Liège en 1754.
23 janvier. — Baudouin-Charles-Nicolas Jennet, de
Liège.
Pont-à-Mousson, 14 octobre.
1er juin. — Jacques-Balthazar Dejaer , de Liège.
Pont-à-Mousson, s. d.
23 juin. — Jean-Pierre-Gérard Bourdon , de Liège.
Pont-à-Mousson, 7 juin.
24 juillet. — Jean-François Sparmont , de Huy.
Orléans, 1er avril.
6 août. — Jérôme-Etienne de Barme , de Liège.
Pont-à-Mousson , 7 juin.
13 août. — Albert Vrancken, de Brée.
Pont-à-Mousson , 24 juillet 1721.
23 octobre. — Louis-Joseph de Cartier, de Liège.
Rheims , 18 juillet 1738.
25 octobre. — Jean-Philippe de Lathour , de Liège.
Pont-à-Mousson, 18 courantt
25 octobre. — Hubert de Grumsel , de Liège.
Pont-à-Mousson, 18 courant. Né en 1717, échevin de Liège de
1752 à 1786, seigneur d'Emael, Hemricourt, Bovegnistier.
25 octobre. — Thomas Lepage , de Liège.
Pont-à-Mousson, 18 courant.
26 novembre. — Gilles Dargent, de Dînant.
Rheims, 5 septembre.
- 211 -
21 décembre. — Gilles- Joseph de Paix, de Sl-Trond.
Pont-à-Mousson , 1er septembre.
1739.
16 mars. — Edmond-François-Dieudonné de Hubens,
de Liège.
Pont-à-Mousson , 18 octobre. Magnat de Hongrie, Député per-
pétuel aux Etats, Commissaire déciseur de Neeroeteren, Bourg-
mestre de Liège en 1759.
25 avril. — Charles Martel, de Liège.
Pont-à-Mousson, 15 courant.
8 juillet. — Jean-Pierre de Lantremenge, de Liège.
Pont-à-Mousson, 30 juin. Seigneur de Goé et de Hougarde;
directeur des postes impériales dans le pays de Liège.
11 septembre. — Georges-Ernest-François de Frésart,
de Liège.
Pont-à-Mousson , 31 août.
12 octobre. — Jean-Baptiste-Joseph de Fraisne , de
Liège.
Pont-à-Mousson, 3 courant.
7 novembre. — Guillaume-Frédéric de Borman , de
Brée.
Rheims, 21 juillet 1718. Né en 1695, mort en 1756; il avait été
maïeur de Hamont, lieutenant drossard du bailliage de Pelt et
Grevenbrouck ; commissaire de guerre du pays de Liège.
17 décembre. — Albert-Joseph Brogniez, de Thuin.
PJieims, 17 novembre 1738.
1740.
11 janvier. — Jean-Théodore Pitteurs , de Sl-Trond.
Pont-à-Mousson, 29 octobre ....
19 janvier. — Charles- Antoine-Gaspar-François de
Bossius d'Humain, de Liège.
Pont-à-Mousson, 30 juin 1736. Né en 1714, bourgmestre de
Liège en 1757.
— 212 -
22 février. — Léopold-Joseph-Ignace de Bonhomme, de
Liège.
Rheims, 16 novembre 1736. Né en 1712. Gréé baron en 1789,
mort en 1797.
27 avril. — Arnold-Chrétien de Bellefroid , de Tongres.
Pont-à-Mousson , 31 août 1739.
21 mai. — François-René Princen, de Liège.
Pont-à-Mousson , 31 août.
27 mai. — Henri-François Lebon , de Liège.
Pont-à-Mousson, 23 novembre.
18 juin. — Honoré Beaudegnies, de Marchienne-au-
Pont.
Pont-à-Mousson, 25 mai 1739.
6 juillet. — Henri-François de Gouverneur, de Liège.
Pont-à-Mousson , 29 juin.
4 août. — Jean-Baptiste Van de Waard , de Beek.
Pont-à-Mousson , 14 avril.
1er septembre. — Maximilien-Henri de Coune , con-
seiller de la Cour féodale et greffier de la Souveraine
justice de Fléron.
Pont-à-Mousson, 29 juin. Né en 1719; il fut échevin da Liège
de 1743 à 1756 et devint ensuite cbanoine tréfoncier de la
Cathédrale.
2 septemhre. — Pierre de Grumsel , de Liège.
Pont-à-Mousson , 27 août. Conseiller de la Cité, mort en 1793.
2 septembre. — Joseph-Guillaume Mottet, de Liège.
Pont-à-Mousson , 27 août.
19 septembre. — Mathieu Grailet , de Liège.
Rheims , 8 août 1740.
12 octobre. — Joseph-Adrien de Gaverelle, de Liège.
Pont-à-Mousson , 3 octobre.
10 octobre. — Henri-Joseph Kamps , de Liège.
Pont-à-Mousson, 3 octobre.
14 octobre. — Joseph-François-Antoine de Rossius,
de Liège.
Pont-à-Mousson , 3 octobre.
— 213 —
30 octobre. — Jean-Nicolas Cuitte , de Liège.
Pont-à-Mousson , 3 octobre.
5 décembre. — Mathieu de Bleret , de Liège.
Pont-à-Mousson , 25 octobre.
1741.
16 janvier. — Sébastien Daniels , de Liège.
Rheims, 25 avril 1740. Né en 1717, conseiller perpétuel,
bourgmestre de Liège en 1761, sentencier de l'officiante, membre
du Conseil ordinaire en 1771, mort en 1785.
2 juin. — Jean-Guillaume- Joseph de Bicken, de Liège.
Pont-à-Mousson , 10 mai.
27 septembre. — Jean-Guillaume Choquier.
Pont-à-Mousson, 15 septembre. Né a Liège en 1718 ; il s'intitula
plus tard de Surlet de Chokier, chevalier du S* -Empire et acquit,
en 1758, la seigneurie de Gingelom. Il fut le père du Régent.
28 septembre. — Walter-Henri-Joseph Beanin.
Pont-à-Mousson, 15 septembre. Mort le 25 juillet 1780.
30 octobre. — Thomas-Guiil. -Joseph baron de Crassier.
Pont-à-Mousson, 21 octobre. Né en 1717.
1742
4 février. — Henri-Gaspar Dupont, de Liège.
Pont-à-Mousson, 2 décembre 1741.
8 mars. — André-Joseph Boucqueniaux , de Liège.
'Louvain, 10 mars 1741. — Nommé avocat fiscal, 12 mars 1768.
15 juin. — Jean-François-Joseph-Pierre de Fassin.
Rheims , 23 mai 1742.
15 juin.— Lambert-Joseph- Ambroise de Fassin, de Liège.
Reims, 23 mai 1742.
8 octobre. — Louis Maugeer, de Liège.
Pont-à-Mousson, 27 avril.
7 décembre. — - Alexis Demarteau, de Liège.
Pont-à-Mousson, 8 novembre. Né en 1717. Conseiller privé; con-
seiller, puis président du Conseil ordinaire, mort à Liège en 1813.
- 214 -
1743.
5 mars. — Mathieu de Glimes, de Nalline.
23 juillet. — Jean-Guillaume Lebon , de Liège.
9 décembre. — Jean-François Herckenne, de Liège.
Reims, 31 octobre 1742.
9 décembre. — Perpète Lion.
Reims, 29 septembre 1721.
1744.
17 juin. — Erasme Dethier, de Liège.
30 juillet. — Jean-Baptiste Bonjean-Dehayme.
Rheims, s. d. Seigneur de Bornai, Fraiture, etc. ; député per-
pétuel aux Etats ; greffier de l'Etat-Tiers , bourgmestre de Liège
en 1762, 1767, 1778 et 1786.
1er août. — Philippe-Pholien Henoul.
Né à Liège en 1718, mort à Ougrée en 1779.
1er septembre. — Mathieu Maillart, de Liège.
Pont-à-Mousson.
10 octobre. — Mr Delmotte, de Liège.
12 octobre. — Jean-Charles de Grady-Cronendael.
Né en 1718; chevalier du S'-Empire, seigneur de Croenendael ,
Genck et Suetendael ; député aux Etats ; conseiller de la Cour
allodiale, mort en 1761.
26 novembre. — Livin-Servais Van H amont.
Pont-à-Mousson , s. d.
1745.
29 janvier. — L. Hergo.
15 février. — N. Nizet.
5 mai. — J. H. F. de Cartier de Marcienne.
16 juillet. — Jacques-Nicolas de Waremme.
Pont-à-Mousson. Né à Huy en 1720. Echevin de Liège de 1753
à 1792 ; seigneur de Résimont.
22 septembre. — Nicolas-François Crehay.
Rheims.
— 215 -
22 septembre. — Gérard-Gaspar Crehay.
Rheims.
27 octobre. — Materne-Guillaume Van der Meer.
Rheims.
23 novembre. — Lambert Mottart, de Bergilers.
29 novembre. — Barthélémy-Urbain Dewar.
3 décembre. — Barthélémy-Gérard de Hanosset.
,, 7 décembre. — F. X. J. Dupont.
Florent-Xavier-Joseph du Pont, seigneur de Wève, anobli
en 1776.
16 décembre. — Jean-François Lerond.
1746.
14 février. — François-Servais Elias, de Liège.
Rheims.
20 mai. — Guillaume Borghs, de Kermpt.
Echevin de la haute justice de Vliermael en 1752; président
de ce collège en 1768, mort le 15 septembre 17S0.
23 mai. — Mathias Brouwers.
Rheims.
2 juin. — Vincent Chavaux, de Liège.
16 novembre. — Sébastien-Pierre Van de Cruys.
29 novembre. — Pierre-Louis de Cartier de Marcienne.
1747.
23 janvier. — François-Gilles Groutars, de Bilsen.
21 juillet, — Herman-Lambert de Groutars, secrétaire
de l'État noble.
Né en 1726; Conseiller intime du cardinal Jean-Théodore de
Bavière, Conseiller de la Cour féodale, bourgmestre de Liège en
1765. Créé chevalier en 1765, mort en 1776.
28 août. — Melchior-Jean-Everard Dozin, de Liège.
19 septembre. — Damien d'Angion, de Liège.
31 octobre. — François-Pierre Van Herck.
11 décembre. — Franc. -Balthazar-Jean Van derHouve.
— 216 -
1748.
9 février. — Jean-Denis de Fresne.
16 mars. — Jean-Gilles-Nicolas Hubotte.
28 mai. — Antoine-Médard Basquin (sic) , de Vireux.
26 septembre. — Gérard-François Tilman, de Visé.
26 novembre. — Lambert-Philippe de Germeau.
1749.
17 février. — Louis de Hodeige.
15 avril. — Jean-Guillaume Ruisson, de Liège.
12 mai. — Jean-François Goreux.
14 mai. — Jean-François de Bronckart.
21 juin. — Jean-Antoine Le Noir.
25 juin. — Gaspar van Laer.
21 juillet. — Gilles-Albert de Léonard.
Bourgmestre de Liège en 1778.
22 juillet. — Gilles Gerfontaine.
24 septembre. — Jean-Melchior de la Tour, de Liège.
24 septembre. — Laurent de la Tour.
24 septembre. — Jacques Hubart, de S'-Trond.
17 octobre. — Martin-Nicolas Delwaide.
5 novembre. — Jean-Pierre Martini.
31 décembre. — Jean-Joseph Massot.
1750.
22 janvier. — Pascase-Hubert Moulan.
19 février. — Jacques Kenor.
Né en 1728. Echevin de Liège depuis 1766; mort en 1808.
15 mai. — Jean-Nicolas de Chestret.
Né en 1728, licencié à Pont-à-Mousson le 9 mai 1750, secrétaire
du Conseil privé, greffier en appel des Echevins, etc.; créé baron
en 1794; mort à Liège en 1810.
16 juin. — Martin-Joseph Detrooz.
23 novembre. — Jean Plevoets.
- 217 —
1751.
15 janvier. — Alexandre Quairez , de Chimay.
25 janvier. — Philippe de Bellefroid , de Tongres:
3 avril. — Henri-Arnold Jaminet.
9 août. — Jean-Théodore Gonthier.
13 août. — Jean-Guillaume de Clercx.
Né en 1728, seigneur d'Aigremont , des Awirs et de Waroux,
haut avoué de Hesbaye et de la cité de Liège, conseiller de la
Chambre des finances, bourgmestre de Liège en 1770, mort
en 1779.
15 novembre. — Maur Schoenaerdts, de Sl-Trond.
Échevin de Vliermael de 1754 à 1780.
16 novembre. — Jean-Philippe Simonon.
17 novembre. — Albert de Harenne.
Né en 1728; créé chevalier en 1769, mort en 1771.
26 novembre. — Léonard-François de Harzé.
9 décembre. — François L. J. Gillet , de Liège.
1752.
19 janvier. — Jean-Anthoine-Joseph de Weseren de
Schabrouck, de Saint-Trond.
Né en 1725; conseiller privé; mort à Schabrouck en 1783.
3 février. — Mr Coomaxs , de Brée.
Laurent-François-Hubert Coomans , né en 1726 ; lieutenant
drossard du baillage de Pelt et Grevenbrouck ; mort à Liège
en 1791.
6 avril. — Michel Bertrand , de Liège.
20 avril. — Simon-Servais L'honeux, de Liège.
Créé baron en 1773.
22 avril. — Pierre Terwagne , d'Oufïet.
Né en 1730, juge au tribunal civil de Liège , mort en 1797.
29 mai. — Jean- Joseph Verborgh.
31 mai. — Philippe-Dominique-Joseph de Spineto.
3 juin, — Georges-François Closset.
— 218 —
6juin. — Ant.-Daraien-Adrien-Xavier-Ignace de Closset.
Né en 1722, député perpétuel aux Etats, trésorier général;
bourgmestre de Liège en 1757.
11 août. — Mathieu-Louis Raick.
Né en 1731; conseiller de la Cour féodale, haut voué d'Awans
et de Loncin; échevin de Liège de 1761 à 1796, mort à Liège
en 1810.
12 octobre. — Arnold-Hadelin de Thier.
7 novembre. — Pierre-Robert de Cartier.
2 novembre. — Laurent-Joseph Dossin.
Né en 1730 ; échevin de Liège en 1757, mort en 1798.
7 décembre. — Damien-Mathias-Antoine de Closset.
Né en 1730. Créé chevalier en 1774, mort en 1799.
18 décembre. — Hubert-François de Govaerts.
18 décembre. — Jean-Frédéric de Govaerts.
1753.
22 janvier. — Antoine -François -Benoît Defooz de
Corrion.
Né en 1730; échevin de Liège de 1730 à 1794, mort à Aineffe
en 1810.
10 avril. — Nicolas-François Mivion.
13 avril. — Guillaume-André-Lambert de Favechamps.
Né à Liège, 7 janvier 1732.
9 mai. — Clarissimus dominus Beghein reproduxit no-
tulam praestiti juramenti sub dalo 16° aprilis.
Jacques de Beghein, reçu échevin de Liège en 1757, mort à
Anthisnes en 1804.
10 mai. — Nicolas-Toussaint de Thier.
Né en 1730, chevalier du S^Empire , seigneur de Skeuvre, con-
seiller de la Chambre des finances et de la Cour allodiale ,
bourgmestre de Liège en 1775, mort en 1804.
14 mai. — Lambert DEJAER.
29 mai. — Marcel-Gérard-Nicolas Vanhove.
19 juillet. — Jean-Joseph Ponthier, de Liège.
— 219 -
15 novembre. — Jean-Nicolas Levoz.
Né à Liège en 1727.
22 novembre. — Henri-Charles Nizet.
4754.
2 avril. — Servais Clercx.
25 mai. — Jean-Lambert Van Hese, de Linckhout.
Echevin de la haute justice de Vliermael en 1757, dernier
président de ce collège, de 1780 à 1796.
24 octobre. — François-Vincent, chevalier de Wampe.
Né en 1732, mort en 1785.
3 décembre. — Jean-Lambert Scohier.
1755.
23 janvier. — Lambert Tillon.
14 février. — Jean-Nicolas Magnée.
11 mars. — Guillaume-Arnold Kempeneers, de Tongres.
11 avril. — Jean- François-Joseph de Fion.
19 mai. — Jean-Mathieu Cluyskens.
1er septembre. — Adrien-Victor-Joseph de Melchiors ,
fils du sentencier.
Né à Liège le 25 août 1733.
13 novembre. — Gaspar-Jean Vossius.
Echevin de Vliermael de 1756 à 1786.
28 novembre. — Chrétien- Jean Van Muysen, de Tongres.
1756.
10 janvier. — Augustin Barre, de Couvin.
28 mai. — François-Joseph Pestiau, de Philippeville.
31 juillet. — Jacques-Mathieu de Visez.
Seigneur de Tihange, né en 1736.
1er septembre. — Adam Stellingwerff, fds de Jacques.
Echevin de Liège en 1774, mort à Hasselt en 1817.
28 septembre. — Hubert-Joseph de Frésart.
Né le 17 août 1733.
23 octobre. — Servais Waroux, de Liège.
Né en 1733.
— 220 —
2 novembre. — Jean-Jacques de la Tour.
8 novembre. — Léon Laminne.
18 novembre. — Adam Stellingwerff.
2 décembre. — Jacques-Guillaume de Maugeer , de
Hamont.
1757.
8 juillet. — Pierre-Antoine Nicolaï, de Heusden.
23 juillet. — F. J. Neuville , de Liège.
12 août. — Jean-Jacques-François Nizet, de Verviers.
31 août. — Jean-Mathieu Schoonbroodt.
4 octobre. — Théodore-Joseph Mairin.
Né à Liège en 1735.
— 13 octobre. — Philippe-François-Louis Ghaye.
Né le 1er mai 1734.
15 octobre. — Jean-Charles Meester.
1758.
18 février. — Fastré-Guill. -Joseph Cours , de Tongres.
27 mars. — Léonard-Bernard de Hayme , seigneur de
Haut-Falize.
Conseiller privé, bourgmestre de Liège en 1766.
17 avril. — de Sohet.
27 mai. — Jean-Walther de Wampe.
5 juin. — Claude-François-Joseph de Moréal.
Né le 16 septembre 1736.
5 juin. — Charles-Denis de Berto.
7 juin. — Joseph Henoul.
20 juin. — Joseph de Briamont.
11 juillet. — Trudon van den Bergk.
26 juillet. — Nicolas-Gérard Siegers.
30 octobre. — Arnold-Etienne Quirini.
Né à Liège le 23 juillet 1736.
6 novembre. — Guillaume Bome.
Dernier sentencier de l'official, mort àHollognele 12 juin 1794.
— 221 -
6 novembre. — Jean Bonniver.
17 novembre. — Nicolas de Robyns.
23 novembre. — N. Rocourt.
1759.
25 avril. — Lambert Barthels.
Né en 1733; maïeur de Gortessem et de Wintershoven; com-
missaire déciseur à Neeroeteren; seigneur d'Oostham, Beverloo
et Quaed-Mechelen , mort à Cortessem en 1812.
30 juin. — Hubert- Joseph Absil.
Né à Liège le 16 mars 1734.
6 juillet. — Bené de Vivegnis.
9 juillet. — Emmanuel- Joseph Marchot.
14 juillet. — Lambert Planchar.
27 juillet. — Antoine-Hubert Warnant.
Né en 1737; membre du Conseil ordinaire en 1790; avocat
fiscal en 1791; conseiller privé en 1792; l'un des derniers bourg-
mestres de Liège en 1793.
28 juillet. — Henri-Mathias Chefneux.
1er septembre. — Noble Joseph-Léonard-Ignace-Thomas-
Martin-Bemi de Bonhome.
19 octobre. — Barthélémy-Olivier de Saive.
7 novembre. — Antoine-Joseph-Vincent Termonia.
Né à Liège, 9 mai 1737.
9 novembre. — Henri Achten.
23 novembre. — Gilles-Michel-Joseph Vlecken.
1760.
22 mai. — Léonard de Hodeige.
23 juin. — Jean-Gilles-Joseph Goesin.
28 juin. — Georges de Mélotte.
Né en 1739, seigneur d'Envoz, Couthuin, Marsinne et Sur-
lemez, conseiller de la Chambre des finances et de la Cour allo-
diale, bourgmestre de Liège en 1775, 1781 et 1787, mort en 1794.
28 juin. — Joseph Dejaer.
— 222 —
12 août. — Arnold-Godefroid de Doncel.
Né en 1738 , bourgmestre de Liège en 1790.
12 août. — Jean-Nicolas Melgion.
12 août. — Henri-Joseph Pacquot.
12 août. — Nicolas-Arnold Delpaire.
12 août. — Servais-Joseph Piette.
Né à Liège le 17 décembre 1738.
23 octobre. — Olivier-Jean-Jacques de Saive.
Né le 18 décembre 1739.
25 octobre. — Jean-Louis Deltour.
29 décembre. — Simon-Lambert Ransgelot.
1761.
6 avril. — Pierre-Mathieu Debeche.
Né en 1735 , membre du Conseil ordinaire en 1783 , mort à
Liège en 1806.
13 juin. — Jean-Frédéric de Schrynmackers.
22 juin. — ■ Godefroid-Antoine-Englebert Burdo.
Né le 1er mai 1741.
15 septembre. — Thomas-Mathias Louvrex.
Né en 1725, bourgmestre de Liège en 1780 , mort en 1794.
1762.
1er février. — Guillaume Jackmaer.
17 mars. — Mathias-Louis Vaets, de Hasselt.
26 mars. — Jean-André Becaers.
29 avril. — Jean-Henri Ulens, de Sl-Trond.
29 avril. — Tilman-Georges-Félix Derwa, de Sl-Trond.
21 mai. — Pierre-François Jehu.
23 juillet. — Louis-Laurent Trousset , de Jenneville.
Né en 1738, reçu échevin de Liège en 1778; conseiller delà
Gliambre des finances ; plus tard conseiller de la Cour supérieure
de justice de la province de Liège , mort au château d'Amas en
1827.
9 novembre. — Pierre-Charles-Joseph de Warnotte.
Né en 1742, seigneur de Froidcourt, conseiller de la Cour
allodiale.
— 223 —
2 décembre. — Ambroise Gerardy.
'20 décembre. — N. Hausoy.
23 décembre. — Pierre-Joseph Battaille.
31 décembre. — Louis-Joseph Juppille.
1763.
10 février. — Nicolas Dargent.
11 août. — Nicolas Hauzeur.
26 août. — Jean-Louis-Joseph Cloes.
Né le 24 août 1743.
30 août. — Joseph-Gaspard Hoyoux.
3 septembre. — Guillaume-Michel Van Hers.
24 octobre. — Sacré Bastin , de Huy.
1764.
15 mars. — Guillaume-Godefroid van Bloer.
29 mai. — Guillaume-François Storheaux.
23 juin. — Jean-Lambert Colignon.
23 août. — Jean-Théodore Bome.
Né à Grâce en 1734, seigneur de Heythuysen, membre du
Conseil ordinaire en 1777 ; mort en 1821.
23 août. — Jean-Henri-Nicolas Bourdon.
Né le 23 décembre 1743.
31 août. — Guillaume-Henri Lareye.
20 novembre. — Jean-Joseph Goster, de Dinant.
29 novembre. — Gérard-François Cuypers, de Tongres.
1765.
6 février. — Charles-Henri Longrée.
Né en 1737, reçu échevin de Liège en 1773; conseiller privé et
secrétaire du cabinet du Prince-Evêque; mort à Hoyoux en 1818.
24 mai. — Pierre-Léonard-Joseph Delrée.
14 août. — Jean-Nicolas-Hubert de Bastin.
1766.
14 juillet. — Barthélémy Danthine.
— 224 -
17G7.
10 janvier. -- Charles-Albert Brogniez.
1768.
16 septembre. — Antoine-Libert Rouhenne.
Né le 18 mai 1744.
27 septembre. — Nicolas-Joseph Hansotte.
14 octobre. — François-Joseph-Charles d'Othée.
Né le 22 juin 1746, chevalier du S'-Empire, baron de Haneffe ,
bourgmestre de Liège en 1782, reçu échevin en 1793, mort en
émigration à Paderborn en 1800.
16 novembre. — Jérôme-Adrien Lyon.
19 novembre. — Louis Préalle.
22 novembre. — Henri-Balthazar de Borman.
Né à Lummen en 1744, mort à Hasselt en 1803.
1769.
7 mars. — Henri-Godefroid Roelants.
18 mars. — Pierre-Joseph Mons.
20 mai. — Barthélemy-Servais- Joseph Renard.
9 juin. — Noble Charles- Antoine de Bossius d'Humain.
23 juin. — Pierre-Guillaume-Joseph de Saren.
Chevalier du S'-Empire , baron d'Othée ; conseiller de la
Chambre des finances, né à Liège en 1745, y décédé en 1803.
8 juillet. — François-Joseph Xhenemont.
4 août. — Henri-François-Guillaume Plumier.
Né le 28 avril 1747.
30 septembre. — Gilles-Erasme Colson de Châtelain.
1770.
29 janvier. — Pierre-Joseph Drunet.
7 février. — Noble et gén. Lambert-Amand-Joseph van
den Steen , baron de Jehay.
Né en 1747; échevin de Liège de 1772 à 1794; plus tard membre
de l'Ordre équestre et des États de la province de Liège; mort à
Jehay en 1824.
— 225 —
15 février. — Denis-Joseph Dargent.
30 avril. — Jean-Jacques Georis.
3 juillet. — Jacques-Joseph Stappers.
7 novembre. — Michel van Muysen.
1771.
20 février. — Jean-Jacques-Louis Sartorius , de Visé.
30 mars. — Antoine-Joseph Hawotte, de Cerexhe.
2-4 avril. — Charles-Bernard Brogniez.
Chevalier du S'-Empire. Né à Thuin en 1747.
26 avril. — Jean-André Conincx, de Hasselt.
15 mai. — Bévérend Jacques-Joseph de Fays.
4 juillet. — Michel-Henri-Joseph de Saren.
Chevalier du S'-Empire, seigneur d'Asch, Niel, Lancklaer;
né à Liège en 1746, mort à Tongres en 1826.
11 juillet. — André Waonry.
12 juillet. — Jean-Baptiste-Louis-François de Bemy.
Né le 24 août 1748.
19 septembre. — Victorien- Joseph-Dorothée Banscelot,
de Florennes.
22 septembre. — François-Joseph de Bollis.
7 octobre. — Pierre-Georges Dupont, de Liège.
29 novembre. — Henri-Joseph Bastin, de Huy.
— 9 décembre. — Jean-Waldor de Modave, de Massogne.
Né en 1750. Il se fit prêtre en 1808, fut curé de Conjoux et
mourut à Masogne en 1835.
1772.
8 avril. — Barthélemi Laurent, de Huy.
18 mai. — Jacques-Joseph-Emmanuel Gelders, de
Maeseyck.
25 juillet. — Lainbert-Dieudonné-Michel de Saren,
chevalier du Saint-Empire.
Baptisé à Liège le 29 sept. 1748; mort à Alkenle 11 janvier 1815.
- 226 —
25 juillet. — Gilles-Jacques-Edmond-Joseph de Hubens,
libre baron du Saint-Empire.
Magnat de Hongrie , mort en 1785.
8 octobre. — Guillaume-Antoine Motmans, de Looz.
11 novembre. — François-Henri-Maximilien Balleine.
1773.
18 février. — Adam-Michel Clerx.
14 septembre. — Jean-Charles-Bernard d'OMALius.
Né en 1744; plus tard, juge de paix du canton de Fléron;
mort à Liège en 1810.
8 octobre. — Théodore Lixson.
25 novembre. — Révérend Nicolas Dambois, chanoine
de Saint-Denys.
9 décembre. — Thomas-Dieudonné Baufin.
1774.
21 janvier. — Louis-Eustache Van der Maesen.
25 janvier. — Guillaume Bouhaye.
27 avril. — Mathias-Georges Hollanders, d'Alken.
2 mai. — Léonard-François Moreau, de Liège.
25 mai. — Noble Lambert-Trudo-Antoine Pitteurs de
LlEFKENSRODE.
Mort à Rosoux le 8 juillet 1828. Après 1815, membre de la
Première Chambre des Etats généraux; créé baron en 1821.
1er juin. — Arnold-Nicolas Gilman.
Né à Liège le 28 mars 1753.
21 juin. — Walter-Etienne Beanin.
Né à Liège le 20 mai 1754. Présid. de la Cour de justice crim.
3 juillet. — Philippe Leglercx, de Liège.
9 août. — Jacques-Nicolas Hardy , de Huy.
9 décembre. — François-Joseph de Borlez, de Liège.
1775.
10 janvier. — Lambert Desellier, de Saint-Trond.
23 janvier. — Quirin Dadseux , prêtre.
— 227 —
22 mars. — Pierre-Abraham Lesoinne, de Melen.
5 août. — Joseph-Antoine Libert , de Florennes.
17 août. — Charles-Michel Daubremont, de Liège.
Né le 28 septembre 1754.
23 août. — René-Dominique Peters, de Tongres.
5 octobre. — Jean Barthels , seigneur de Werm et de
Vrolo.
Né à Vliermael 1er mars 1735', mort à Schalkhoven le 20 mai
1791.
4 décembre. — Gérard de Le au , de Spa.
14 décembre. — Jean-Joseph de Rensonet , de Liège.
1776.
26 mars. Charles-François-Joseph Warzée, de Have-
lange.
Né à Liège en 1750 ; député aux Etats ; mort en 1813.
11 avril. — Pierre-Etienne de Busnel , juge royal et
prévôt de Philippeville.
17 avril. — Conrard de Harlez , de Liège.
Né en 1755; chevalier du S'-Empire; trésorier général et con-
seiller du Piïnce-Evêque ; mort en 1807.
19 avril. — Mr de Gromsel , de Liège.
17 mai. — Mathias Dethier.
5 juillet. — Antoine-Servais-Joseph Melotte, de Liège.
20 juillet. — Jean-Nicolas Radoux, de Visé.
23 novembre. — Pierre-Joseph Farsy, de Liège.
3 décembre. — Charles-G. de Groutars, de Liège.
Né en 1755; greffier de l'État-Noble, mort en 1815.
1777.
16 janvier. — Pierre Opdendries, de Tongres.
23 janvier. — Abraham-Josué-Jean-Louis de Braconier,
de Liège.
1er janvier. — Gaspar-Joseph Gilot . de Haneiïe.
Né ennhl;prinmsde Louvain en 1769; secrétaire du prince
de Hoensbroeckjsentencier de TOfficialité; conseiller du Conseil
ordinaire de 1785 à 1794.
— 228 —
5 juin. — Jean Janssens , de Hasselt.
27 novembre. — Toussaint-Henri Fafchamps, de Saive.
29 novembre. — Jean-Joseph Dargent , de Dinant.
12 décembre. — Lambert-Henri-Joseph Danthinne, de
Liège.
Né le 27 mai 1753.
13 décembre. — Toussaint Dandrimont, de Theux.
Premier président de la Cour d'appel de Liège.
1778.
10 janvier. — Jean-Théodore-Balthasar Pitteurs , de
St-Trond.
27 janvier. — Jean-Lambert-Joseph de Fortems de
Lhoneux, de Liège.
17 février. — Joseph-Léonard Dereche , de Liège.
3 mars. — Jacques-Erard-Joseph baron de Foullon de
Camrray.
Né à Visé. Membre de l'Ordre équestre. Mort à Liège le
30 janvier 1819.
27 avril. — Jean-Libert-Simon de Froidmont.
4 juillet. — Gaspar-Jacques Claes, de Hasselt.
13 juillet. — Guillaume-Pierre Vos , deSl-Trond.
17 août. — Jean-Guill. -Arnold Surlet de Ciiockier.
Né à Liège en 1754, seigneur de Gingelom, où il mourut en
1823. Il était le frère du Régent.
17 août. — Remacle-Joseph de Laminne, de Liège.
Né en 1756; créé chevalier en 1783; mort en 1798.
9 septembre. — Henri Zels , d'Oostham.
23 septembre. — Jacques-Joseph-François Frésart, de
Liège.
Né le 9 juin 1758. Conseiller à la Cour d'appel de Liège , mort
le 15 novembre 1841.
14 novembre. — Jean-François Vanlanden, de Wamont.
21 décembre. — Pierre-Joseph-Emmanuel Evrard, de
Reppe.
— 229 —
1779.
12 janvier. — Louis-Benoît Moers, de St-Trond.
21 janvier. — Lambert-Joseph-François-Denis Bour-
guignon, de Liège.
Né le 14 octobre 1753.
31 janvier. — Jean-Michel-Norbert Kips, de Herck.
3 février. — J.-J. Dubois , d'Ecaussinnes.
3 mai. — Alexandre-Joseph Langlé, de Fontaine-Val-
mont.
10 juillet. — Pierre-Jacques Vroonen, de Gelinden.
21 juillet. — Antoine-Joseph Raikem, de Liège.
Né le 9 juin 1757. Plus tard avoué près la Cour d'appel.
30 août. — Pierre-Joseph Henkart, de Liège.
Né le 13 février 1761, il devint en 1788 chanoine du chapitre
de S'-Martin. Ayant ensuite embrassé la cause révolutionnaire,
il se fit journaliste , se maria et fut pensionné par la République.
Il fut le premier organisateur du dépôt des Archives de l'Etat , à
Liège. Successivement président de l'administration centrale
provisoire, juge et vice-président du tribunal civil, puis du tri-
bunal criminel de Liège , il mourut procureur du Roi en cette
ville le 9 septembre 1815.
10 novembre. — Jean-Joseph Piret, de Silenrieux.
17 novembre. — Henoul, de Liège.
1780.
8 janvier. — Léopold-Charles-Adam Clerx, de Die-
penbeek.
27 janvier. — Jean Lowet, d'Attenhoven.
3 février.— Jean-Louis-Augustin Yernaux, de Florennes.
12 février. — Gaspard-François Vossius, de Hasselt.
Échevin de Vliermael de 1786 à 1794, il fut plus tard président
du tribunal civil de Hassselt.
24 août. — Lambert Goffoy, de Liège.
2 décembre. — Pierre-Denis de Batta de Nomerenge.
21 décembre. — Laurent-François Dethier , de Theux.
- 230 —
1781.
5janvier. — Robert-Théodore de Bellefroid, de Liège.
Né le 27 juillet 1759, mort le 4 janvier 1839.
17 janvier. — Nicolas-Joseph Detroz, de Sart.
21 février. — Léonard-Pascal Bouille , de Liège.
28 février. — Jean-François-André Petit jean, de Liège.
Né le 30 mai 1756.
4 avril. — Joseph-Michel-Maximilien de Groutars , de
Liège.
Né le 13 octobre 1759, mort le 8 mai 1793.
16 mai. — Henri Detrixhe.
27 juillet. — Charles-François-Maurice Desmaret ,
de Liège.
12 novembre. — Antoine Grisar, de Liège.
1782.
17 janvier. — Laurent-Godefroid Lonhienne.
17 janvier. — Lambert-Guillaume Fabry.
22 janvier. — Jacques-Joseph Franquinet , de Liège.
4 février. — Jean-François Lixson.
7 février. — Jean-Théodore Dewar, de Huy.
7 mars. — Lambert-Guillaume Barthels, de Bilsen.
11 mai. — Chrétien Schrammen, de Maestricht.
26 juillet. — Arnold-Jacques Corthouts, de Hasselt.
3 août. — Louis-François-Godefroid de Harzé, de Liège.
Né le 23 juin 1764.
7 août. — Gangulphe-Joseph de Faleur, de Chênée.
12 octobre. — Lambert-Joseph de Waleff, de Liège.
13 novembre. — François Laixheau, curé de Vottem.
1783.
7 janvier. — Gérard-Laurent Stoffels, de Maeseyck.
6 février. — Paul d'Or, de Chainée.
6 février. — Lambert Jacobs, de Hasselt.
- 231 —
12 jnin. — Henri-Bonaventure-Trudon de Pitteurs, de
Saint-Trond.
Avocat fiscal, conseiller privé du prince-évêque et, après 1815,
conseiller à la Cour supérieure de justice de Liège; mort à
S'-Trond en 1853, à l'âge de 92 ans.
24 juin. — Nicolas-Joseph Lambinon, de Liège.
Né le 7 mars 1760.
26 juillet. — François-Noël Defrance, de Liège.
Né le 15 novembre 1756, il fut en 1777 primus de l'Université
de Louvain. Plus tard , il devint conseiller à la Cour supérieure
de justice et président du Comité d'agriculture. Mort à Liège le
8 avril 1823.
25 juillet. — Henri-Engelbert Gartenstat, de Tongres.
5 août. — Jean-Joseph Brasseur, de Thuin.
13 août. — Léonard-Joseph Duchesne, de Liège.
27 août. — Joseph Hollanders , de Peer.
11 décembre. — Gérard-Hadelin Nagant, de Liège.
Né le 14 février 1759.
10 décembre. — Michel-Mathias de Clercx, de Liège.
Né en 1763 , seigneur de Waroux , conseiller de Chambre des
finances, membre de l'Ordre équestre de la province de Liège ;
mort à Waroux en 1823.
1784.
5 janvier. — Jacques-Louis-Théodore Bellefroid ,
prêtre, de Liège.
Né en 1756, chanoine de S^Pierre; ensuite supérieur du Sé-
minaire de Floreffe; mort à Liège en 1841.
5 janvier. — Jean-Richard- Wilibald Belfroid , de Liège.
Né en 1761 , frère du précédent.
10 janvier. — Ignace-Joseph Brocal, de Liège.
15 janvier. — Emmanuel-Antoine-Joseph Ansiaux , de
Liège.
Né en 1761, membre du Conseil ordinaire de 1791 à 1794; con-
seiller de la Chambre des finances. Il émigra en 1794 et devint
conseiller intime de la princesse de Wurtemberg.
— 232 —
19 février. — Ferdinand-Joseph Renier, d'Oignies.
8 mars. — Godefroid de Hauster.
26 avril. — Jean-François Borghs, de Hasselt.
43 mai. — François Anceau, de Hierges.
29 mai. — Jean-Hubert. Joniaux, de Linsmeau.
9 août. — Georges-Barthélemi-Arnold Cambresier , de
Liège.
Né le 28 avril 1758.
10 août. — François Gobaux, de Roly.
10 novembre. — Robert-Paschal Hermans, de Herck.
20 décembre. — Paul-Jacques Beckers, de Beringen.
1785.
29 janvier. — Michel Martens, de Hasselt.
12 février. — René-Gilles Moors, de Sl-Trond.
6 mai. — Louis- Joseph de Doncel.
2 juin. — Jérôme-François-Henri de Kenor, de Liège.
Né le 7 août 1762.
4 juin. — Barthélemi- Gérard -Guillaume -Théodore
Favechamps, de Liège.
Né le 31 janvier 1763.
23 juin. — Godefroid-Henri-Joseph Tilman, de Liège.
1er août. — François-Joseph-Damien Simonin, deMarche-
en-Famenne.
16 septembre. — Charles-Simon-Frédéric de Lin-
termans, de Liège.
Né à Liège le 28 août 1761 , mort à Gomzé-Audoumont le
3 novembre 1823.
14 novembre. — Pierre-Evrard-Joseph Jenicot , de
Liège.
Né le 20 septembre 1762.
20 novembre. — Laurent-Joseph-Damien-Antoine de
Closset, de Liège.
Né le 22 octobre 1764; mort à Namur en 1835.
— 233 —
1er décembre. — Pierre-Michel-Joseph de la Brassine,
de Herderen.
'16 décembre. — Pierre-Antoine Stappers de Hespen,
de S'-Trond.
4786.
6 janvier. — Louis-François Hauzeur , de Liège.
Né le 2 août 1763.
9 février. — Vincent-François-Louis de Thier, de Liège.
Né en 1753; seigneur de Grimonster, Montgauthier , etc.;
mort en 1820.
23 février. — Ferdinand-Théodore Froidrise, de Liège.
10 mars. — Henri-Gilles Hechtermans, de Bilsen.
26 mars. — Nicolas-Joseph Balisaux, de Montigny-le-
Tigneux.
16 mai. — Charles-Antoine-Joseph Brogniez, de Thuin.
1787.
7 février. — Antoine-Ainbroise Andries, de Tessenderloo.
15 février. — Jean-Hubert de Corswarem, d'Alken.
15 mars. — Hubert-Maximilien Doupagne, de Liège.
15 février. — Laurent-Christophe-Joseph van der
Maesen , de Liège.
Né le 23 février 1762.
15 février. — François-Joseph-Nicolas Duvivier , de
Liège.
Né en 1762, mort le 16 août 1829.
30 juin. — Bené-Servais Thoelen, de Hasselt.
24 juillet. — Jean-Joseph-Emmanuel Hermant , de
Couvin.
3 septembre. — Henri-Gérard Desprez , de Liège.
29 novembre. — Jean-François Géradon, de Liège.
Né en 175S. Membre des États généraux ; mort à Liège le
15 janvier 1832.
- 234 -
1788.
30 janvier. — Guillaume-Joseph-Célestin Bleret, de
Navangle.
6 mars. — Henri-Louis Roly, de Farciennes.
23 avril. — Charles-François Demade , de Thuin.
31 mai. — Révérend Jean-Joseph Labhaye.
49 juillet. — Lambert-Louis-Joseph Scohier, de Liège.
Né le 25 avril 1765.
21 juillet. — Jean-Théodore Louvrex , de Liège.
Né le 19 décembre 1757 , conseiller privé ; mort en 1805.
28 août. — Jean-Hubert Vincent , de Liège.
Primas de l'Université de Louvain en 1783, avocat près la
Cour d'appel et président de la Commission administrative des
Hospices civils de Liège de 1835 à 1838, date de sa mort.
15 septembre. — Jean-Guillaume-Nicolas Libon, de Liège.
6 novembre — Hubert-Jean-Arnold Moxhon, de Liège.
19 novembre. — Charles-Albert-Joseph de Cartier de
For vie, de Liège.
Député de l'ordre équestre aux États provinciaux de Namur;
mort au château de Porcheresse le 2 juillet 1836.
22 novembre. — Louis-Amand Simons, de Saint-Trond.
1789.
21 avril. — Jean-Théodore-Joseph Mairin, de Liège.
Né le 5 novembre 1763.
27 avril. — Pierre-Léon Vanham, de Saint-Trond.
2 mai. — Jean-Dieudonné-Chrétien Fallise, de Liège.
Né le 5 octobre 1766.
2 juillet. — Antoine-Joseph Dambroise.
27 juillet. — Jean-Baptiste-Joseph de Haren , de Liège.
Chevalier du S'-Empire, né le 13 mars 1764, bourgmestre de
Raeren; mort en 1838.
17 août. — Charles-Louis-Ferdinand-Alexandre Verbois,
de Gozée.
— 235 —
1G août. — Alexandre-Sébastien de Spirlet , de Liège.
Né le 26 mai 1769; membre de l'Ordre équestre de la province
de Liège.
5 novembre. — Henri-Barthélemi-Joseph Vandecruys,
de Hasselt.
1er décembre. — Jean -François-Joseph Lazarus , de
Liège.
Né le 15 février 1768.
1er décembre. — Philippe-Joseph-François Licot, de
Nismes.
1790.
1er mai. — Théodore Petit, de Liège.
Né en 1760, député au tribunal des Vingt-Deux; mort en 1839.
22 juin. — Jacques-François (de) Bottin, d'Awans.
29 novembre. — Pierre-Lambert- Victoire Renson, de
Liège.
Né le 10 avril 1760.
1791.
28 janvier. — Jacques-François Despreetz.
Avoué près la Cour d'appel de Liège.
25 février. — Henri-Joseph Piette, de Liège.
8 avril. — Jean-Lambert-Antoine de Behr, de Liège.
8 octobre. — Winand-Frédéric-Gisbert Stappers de
Meensele, de S'-Trond.
Né en 1766. Échevin de Liège de 1792 à 1794; mort à Hasselt
en 1836.
25 novembre. — Servais-Pbilippe-Josepb Hurert, de
Thuin.
28 décembre. — Jean-François Lesoine , de Liège.
Né le 29 août 1770. Président de la Commission centrale du
département de l'Ourte ; de 1S20 à 1831, député de l'ordre des
villes aux États provinciaux de Liège; mort le 24 novembre 1S52.
( Voy. U. Capitaine , Nécrologe liégeois, 1852 , p. 55.)
— 236 —
1792.
16 janvier. — Charles-Nicolas-Alexandre Nalinne , de
Châtelet.
2 juillet. — Denis-Joseph Dejaer, de Liège.
Né le 5 mai 1772.
1793.
10 mai. — Arnold-Gilles Cartenstadt, de Tongres.
1er juillet. — Arnold-Hubert-Joseph Warnant , de Liège.
Né le 4 mars 1768.
1794.
5 février. — Henri-Joseph Sclain , de Liège.
Né le 5 mars 1765.
G. DE B.
ta
s
S-
h
^
2
X
LE
CHEVAL ÉTRUSQUE
DE CLAVIER (LIÈGE)
(VOIR LA PLANCHE EN REGARD)
L'objet à étudier est ainsi décrit en une note jointe :
« Cheval en bronze, trouvé en réparant la chaussée
romaine à Clavier en Condroz. Don de M. le comte
de Mercy-Argenteau, en septembre 1888. »
Cet objet se présente opportunément pour donner
appui à la thèse qui prévaut aujourd'hui : civilisation ,
histoire, usage des métaux, idées absolument corrélatives;
les peuples barbares n'ont pas transmis les métaux aux
nations civilisées, mais les ont reçus d'eux. Le champ, si
vaste d'ailleurs , des études dites préliistoriqucs a donc
pour limites extrêmes l'usage du métal avec lequel
commence l'histoire
Il s'agit ici d'un objet étrusque, comme cela sera
1G
- 238 -
démontré plus loin , c'est-à-dire d'un objet provenant
d'Italie et appartenant à une civilisation antérieure aux
Romains ; il est en tous cas antérieur à l'arrivée des
Romains dans notre pays.
Déjà , indépendamment de quelques « Kelts » trouvés en
plusieurs endroits, d'un anneau de serment (mont Falhize ,
à Huy), d'un rasoir (Sinsin), de deux glaives de bronze
(Gédinne et Court-S'-Étienne), d'un collier d'or (Frasnes-
lez-Buissenal), on avait découvert des objets étrusques en
Belgique , à Eygenbilsen , en 1871 , et c'est à l'occasion de
ces derniers que l'attribution aux Étrusques a été faite
pour la première fois ( 1 ) .
Mais aussitôt , que de protestations !
Il y avait alors deux courants dans la science , ayant
tous deux de nombreux partisans : Les « préhistoriques »
qui, faisant résolument table rase de l'histoire, avaient
décidé d'écarter tous les documents écrits , et de chercher
uniquement la solution du problème des origines de
l'humanité, dans les grottes, les cités lacustres, les
antiques sépultures , en ne se fiant plus qu'à leurs obser-
vations. Les classiques endurcis , qui , vivant exclusive-
ment dans les civilisations historiques, celles des Grecs,
des Romains, des Étrusques, jugées d'après les objets
d'élite alors seuls recueillis, élaguaient comme des
légendes peu dignes de foi , une série de renseignements
que les historiens ont consignés, sur les relations mutuelles
des anciens peuples civilisés et barbares , sur les antiques
routes qu'ils ont parcourues, par terre et par mer, etc., etc.
La vérité ne devait pas tarder à se manifester entre ces
deux extrêmes.
Il fallait un peu moins consulter les quatre côtés de
(l) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol., XI, pp. 239 et 435;
XII , p. 212; XIII , p. 383; XVII, p. 5 ; XXIII , p. 88; XXIV, p. 203.
— 239 —
l'horizon pour y retrouver les origines de l'emploi des
métaux , et un peu plus vérifier dans l'histoire si quelques
textes, mal à propos dédaignés, ne pouvaient pas donner
la clef de certaines questions , provoquées par les décou-
vertes nouvelles.
Un Congrès international d'archéologie préhistorique
devait se réunir à Bruxelles , en 1872 : les « préhisto-
riques » et les « classiques » — on l'avait annoncé avec
fracas — devaient ne faire qu'une bouchée de l'attribution
étrusque des objets d'Eygenbilsen , trop imbue d'histoire
pour les premiers, trop novatrice pour les autres.
Malheureusement , pour ceux-ci comme pour ceux-là ,
l'un des plus savants étruscologues d'Italie, le comte
Conestabile , assistait au Congrès , et il déclara formelle-
ment : « Les objets provenant de la trouvaille d'Eygen-
bilsen ont un cachet qui rappelle tout à fait l'Étrurie et
l'Italie ; ces objets ne sont pas imités; ils ont une authenti-
cité qu'on ne peut méconnaître... »
Il ajoutait : « L'œnochoé d'Eygenbilsen (1) est tout à fait
étrusque. Sa forme, ses rangs de perles, les feuilles de
lierre qui environnent le col , les ornementations de l'anse
ont un cachet étrusque très-prononcé. La ciste (2) est
tout à fait pareille aux cistes qu'on trouve dans les tom-
beaux de l'Étrurie septentrionale. Il n'y a pas d'objection
possible contre l'étruscisme de ces objets (3).->
Le comte Conestabile était appuyé sans réserve par le
savant professeur de Neufchàtel, Desor, qui indiquait
(0 Un vase en bronze, à bec élancé en forme de proue, à anse
avec palmette à la base.
(2) Un seau cylindrique, en bronze, avec dépressions ou côtes
horizontales.
(s) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol, XI , pp. 258, 437 , 445 ;
XII, pp. 214, 233; XXIII, p. 96.
- 240 -
l'Étrurie comme le centre de l'industrie du bronze , dont
les produits sont éparpillés dans toute l'Europe ; il laissait
à l'avenir le soin de compléter la démonstration (l) :
Conticuere omnes. . . .
Non pas tous cependant ; il y eut un seul contradicteur,
mais non pas au Congrès même.
Celui-ci imagina un système nouveau : exagérer la thèse
pour en avoir plus facilement raison. Il attribua à l'auteur
de la description d'Eygenbilsen ces paroles textuelles :
« Les Étrusques ont habité Eygenbilsen,... ils y ont ré-
sidé,... ils y ont séjourné, dès la plus haute antiquité (2). »
L'auteur critiqué avait dit, au contraire (3): « L'isolement
de la sépulture d'Eygenbilsen, comme le peu d'espoir d'y
faire des bénéfices, ne permet pas de croire là à l'existence
ni d'une colonie, ni d'une station d'arrêt pour les
caravanes. »
Aussi se contenta-t-il d'imprimer : Récompense honnête
à celui qui trouvera l'ombre d'une pareille assertion dans
mes écrits...
Mais voici l'occasion de la sortie : le contradicteur
avait entendu quelque chose de- semblable; seulement,
c'était lui-même qui avait parlé.
L'idée qui hantait son esprit, c'était lui qui l'avait
exprimée; seulement il avait oublié son œuvre.
Inutile d'ajouter qu'il était et qu'il est resté seul de son
avis.
« Mais tous les bronzes, avait-il dit (4), surtout ceux
d'un travail médiocre, que nous trouvons dans toutes les
contrées de l'Europe, y ont-ils été importés de l'Étrurie
(1 ) Bull, des Comm. roi/, d'art et d'archéoh, XI , pp. 140, 43G.
(2) Ibi(l,XX\ll,v. 89.
(3) ïbid, XI, page 323.
(4) De Meester de Ravestein, Musée de Bavestein, I, page 328.
- 241 —
ou de l'étranger ...? Il est possible que, quand on aura
possédé un modèle, on aura essayé de l'imiter, en y faisant
de légers changements, et peut-être aura-t-on été aidé
dans ces opérations par des trafiquants étrangers ou
étrusques qui auront j^'^8 RÉSIDENCE dans différentes
contrées de l'Europe. »
Eh bien ! non ! il n'y a pas lieu d'accepter cela ; les
objets étrusques que l'on trouve par toute l'Europe n'ont
pas été façonnés par des Étrusques habitant Eygenbilsen,
ou la France, ou le Mecklenbourg, ou la Hongrie; ces
objets proviennent directement d'Étrurie, d'où ils étaient
exportés au nord des Alpes par des colporteurs.
La démonstration sera la même pour le cheval de
Clavier que pour les objets d'Eygenbilsen : celui-là comme
ceux-ci ont leurs analogues en Étrurie... et à Hallstatt.
Mais arrêtons-nous ici un instant pour indiquer les
différentes théories mises en avant pour expliquer la
diffusion des bronzes d'un même caractère clans l'Europe
non encore civilisée.
D'abord, la prédominance était accordée à l'origine
indigène des bronzes en question : ils étaient nordiques en
Scandinavie, gaéliques ou kymriques en Angleterre,
iriques en Irlande, gaulois en France, wendiques au nord
de l'Allemagne...
Gela flattait l'amour-propre national. Voyez un peu :
l'industrie de nos pères ( 1) !..
Mais bientôt on généralisa ; à cause de l'identité de
tous les objets découverts, cela devint une industrie
propre à une race qui s'était répandue au loin ; les Celtes
(0 Nous avons eu le chant du cygne de cette théorie au Congrès
de Bruxelles de 1872, où Worsaae et Franks, après les déclarations
de Gonestabile, ont fait des réserves, pour ainsi dire de forme, à
l'égard du Danemark et de l'Angleterre.
- 242 -
(quoiqu'on ne soit pas bien d'accord sur les pays habités
par les peuples auxquels s'applîque cette dénomination)
avaient été signalés par les savants de chaque pays en
Allemagne, en France, en Angleterre... De là la thèse
celtique qui contentait tout le monde : c'est peut-être
même l'origine du nom « Kelts » appliqué aux instru-
ments qu'on appelle haches de bronze et qu'on rencontre
partout.
Puis, qui ne mit-on pas en scène : les Hyperboréens, les
Chalybes, les populations du Caucase, les Zingaris pri-
mitifs, qui arrivaient à propos pour remplacer les naviga-
teurs phéniciens de Nilsson, nn peu démodés...
Voilà qu'un jour, c'était en 1887 (l), on découvre à
Bologne un dépôt de 14,000 objets de bronze.
Il y avait là 2,077 Kelts semblables à tous ceux qu'on
trouve au nord des Alpes. .
Il y avait là encore des épées à antennes, des pointes de
flèches, des faucilles, des rasoirs...
On y voyait, en outre, une série d'objets brisés et de
culots imparfaitement tondus, indiquant qu'il s'agissait
non-seulement d'un magasin, mais encore d'une fonderie.
Tout était expliqué : les bords du Pô, l'Éridan où naissait
l'ambre , d'après les traditions mythologiques, étaient le
grand marché de cette matière considérée alors comme
infiniment précieuse ; les Étrusques , que les Boïens
n'avaient pas encore chassés des contrées circompadanes,
fabriquaient là les objets de bronze et rapportaient là
l'ambre cherché, par leurs marchands, aux bords de
la Baltique.
On rassembla les découvertes d'objets de bronze anté-
(i) Bull, des Comm. roy. d'art, et d'archêol., XVII, pages 15 et 105;
XXIII, page 201.
- 243 —
romains : rien que dans les contrées rhénanes, on arriva au
chiffre étonnant de 4,000 trouvailles (l)...
Voilà qui étranglait net certaine thèse, déjà fort à
l'étroit, d'un vieux professeur de Gand, routinier par
excellence; obligé, bien malgré lui, de reconnaître le
caractère étrusque des objets d'Eygenbilsen , il avait
imaginé un expédient : ces objets provenaient de la collec-
tion d'un Romain, amateur d'antiquités. Or, dans les 4,000
découvertes réunies par von Trôltsch, tout est absolument
anté-romain et sans mélange : il aurait donc fallu que les
4,000 collectionneurs romains se fussent entendus pour ne
pas laisser traîner un seul objet ayant été à leur usage, à
côté de ceux que, dans le but sans doute de dérouter les
savants de l'avenir et leur faire prendre le change, ils
avaient abandonnés au nord clés Alpes...
Plus moyen même de soutenir que les objets étrusques
des fouilles provenaient d'un butin de guerre rapporté
par des indigènes à la suite de leurs excursions (2).
Explication bonne tout au plus pour quelques cas parti-
culiers...
Il n'y avait plus place qu'à un dernier système. Hallstatt,
si bien décrite parle baron von Sacken (3), a fourni une
quantité innombrable d'objets analogues à ceux de l'Étrurie :
on y a découvert entre autres la ciste à cordons hori-
zontaux d'Eygenbilsen.
On y a trouvé également des épées en bronze, analogues
à celles d'Étrurie, des vases en bronze avec caractères
étrusques (4), etc., etc.
(t) Von Trôltsch, Fund-Statistik der vorromischen Metallzeit im
Rheingebiete. Stuttgart, 1884.
(2) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol , XIII, p. 401.
(3) Das Grabfeld von Hallstatt, Wien (186S).
(*) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol, XI, p. 296, XVII; p. 106.
— 244 —
On y a découvert aussi des animaux, même des chevaux
de bronze , du genre de l'objet de Clavier....
Est-ce que Hallstatt n'aurait pas été une étape des
Étrusques avant d'arriver en Italie ; ne serait-ce pas de
Hallstatt que proviendraient les bronzes de l'Italie?
Denys d'Halicarnasse parle en effet de certaine émigra-
tion d'un peuple venant des Alpes, les Rhasena, qui
auraient pénétré en Étrurie...
Mais aujourd'hui on se borne à accepter le passage de
l'historien cité, comme pouvant se rapporter à un appoint
quelconque ajouté par des émigrants du Nord, au noyau
du peuple étrusque , noyau dont les auteurs anciens , Héro-
dote (l) et bien d'autres (2) constatent l'origine lydienne :
l'art , la langue , les arts, etc., dénotent que les Étrusques
étaient arrivés de l'Asie mineure jusqu'en Italie , dont ils
furent, sinon les premiers occupants, au moins parmi les
premiers (3).
Tite-Live et Justin disent, au contraire, que les habitants
de la Rétie sont des Étrusques qui se sont étendus au Nord.
Pour le premier (4) , l'origine étrusque des Rétiens est
prouvée par leur langage , qui est celui de la mère-patrie ,
seulement empreint de plus de rudesse. Pour le second (5),
(i) Bull, des Comm. ro •. d'art et cfarchéol., XI, p. 281.
(2) Cités par Perrens, Histoire de Florence, I , p. 16 et s.
(3) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol., XIII, p. 429; XVII,
pp. 54 et 94.
(i) « Ii (Tyrrheni) . . . coloniis missis, quae trans Padum omnia
loca , excepto Venetorum angulo, qui sinum circumcolunt maris,
usque ad Alpes tenuere. Alpinis quoque ex gentibus haud dubie
origo est, maxime Raetis : quos loca ipsa eflerarunt, ne quid ex
antiquo, praeter sonum linguse, nec eum incorruptum, retinerent. »
V,33.
(5) « Tusci duce Raeto avitis sedibus amissis, occupavere et ex
nomine ducis gentes Raetorum condiderunt. » XX , 5.
— 245 -
il se serait même agi d'une expédition commandée par un
chef étrusque nommé Raetus.
Tacite, d'autre part, nous fait connaître que, sous l'em-
pereur Tibère, Sardes, en Lydie, avait envoyé une
députation à Rome pour faire valoir les titres de cette ville
à la construction d'un temple en l'honneur de l'empereur.
Sardes produisit un décret des Étrusques, qui attestait leur
consanguinité : Tyrrhenus et Lydus, fils du roi Atys,
s'étant partagé leurs sujets devenus trop nombreux ,
Lydus resta dans sa patrie , Tyrrhenus alla former un
nouvel établissement; et les deux chefs, celui-ci en Italie ,
l'autre dans l'Asie, donnèrent leur nom au pays qu'ils
occupèrent (1).
Il s'agit là des émigrations qui s'effectuèrent par l'Ar-
chipel et la Méditerranée, d'île en île, de côte en côte, et
il est inutile de supposer que les habitants de l'Asie
mineure , si voisins de l'Italie par mer , seraient allés faire
de longues étapes à travers le continent pour entrer en
Italie par* les Alpes.
Notons que la nationalité ries prétendus Rhasena est ou
bien lydienne , et elle est un élément superflu pour les
auteurs qui, comme Perrens, admettent en Étrurie le
confluent de deux courants venant de la Lydie, l'un par
eau, l'autre par terre; ou bien elle est tout ce que l'on
veut , celtique si on le désire , et elle n'explique en aucune
façon le caractère asiatique de l'art des Étrusques.
Qu'était-ce du reste que Hallstatt ? Cette localité située
dans le Salzkammergut (2), aux environs du moderne
Salzhcmrg , était habitée par des extracteurs de sel, dans
les mines si remarquables encore exploitées de nos jours ;
(1) Tacit., Ann., IV, 55.
( 2) Saz veut dire sel, saline.
- 246 —
rien n'indique là une autre industrie que celle des salines,
suffisante pour occuper ses habitants.
Les hardis mineurs de Hallstatt , comme le fait très-bien
observer, M. Flouest (i), devaient s'approvisionner en
Étrurie pour les objets qu'ils ne fabriquaient pas.
L'histoire nous apprend que l'Étrurie, d'autre part, était
connue par sa métallurgie ; il suffit de recourir, à cet
égard, au témoignage de Tite-Live (2) : Quand Scipion
avait annoncé que sa flotte ne coûterait rien à l'État, on
l'autorisa à recevoir ce que les alliés lui donneraient. Les
peuples d'Étrurie promirent d'aider le consul, chacun selon
ses moyens ; Arretium offrit trois mille boucliers, autant
de casques, de javelots de deux sortes, des lances, for-
mant, par quantités égales, au total de 50,000; des haches,
des pioches, des faux... (tria millia scutorum, galeas
totidem, pila, gaesa, bastas longas, millium quinquaginta
summam pari cujusque generis numéro expleturos ,
secures , rutra , falces... )
Et tout cela fut fourni en quarante-cinq jours !
Pas de doute sur le métal employé : c'était le bronze ;
Tite-Live , au passage cité, parle de Populonia, autre ville
d'Étrurie, qui s'était engagée, de son côté, à fournir tout
le fer nécessaire.
Une réflexion que ce passage important suggère est la
suivante :
Quand on signale la ressemblance du célèbre bouclier
de Halland, en Suède, avec les boucliers d'Italie (5); qu'en
outre, le comte Gozzadini met en évidence l'identité de
certaines épées de France, de Prusse, de Suède, etc.,
( i ) Bull, des Comm. roy* d'art et d'archêol. , XVII , p 53.
(2) XXVIII, 45, §§ 14 à 16.
(3) Bull, des Comm. roy. d'art et d'archêol., XIII, p. 405.
— 247 —
avec celles de la même Italie (1) , est-il possible de ne pas
se ranger à l'avis de ce dernier auteur, qui conclut à l'exis-
tence d'un centre commun de fabrication de ces armes et
conséquemment à une diffusion , à un rayonnement par
suite de commerce ?
Et quand la question est ainsi posée , ne faut-il pas
chercher le centre commun dans cette Étrurie qui pouvait
fournir , en moins de deux mois , 3,000 boucliers ,
3,000 casques , 50,000 javelots et lances ?
Après ce témoignage et devant une constatation de
pareille puissance de l'Étrurie clans la manufacture des objets
en bronze, remontant certainement à bien des siècles en
arrière, il est inutile de supposer une fabrique d'armes
dans la Haute-Autriche, alors surtout qu'on connaît la
spécialité de l'industrie de Hallstatt : l'exploitation des
mines de sel ; à quoi bon s'ingénier à trouver là un second
centre d'industrie armurière ?
Supposé même qu'il y ait eu des ateliers pour le bronze
à Hallstatt, ils ne peuvent avoir été que très secondaires,
et pareille industrie , étant semblable à celle de la métro-
pole, ne jouerait plus qu'un rôle accessoire dans la fabri-
cation et l'exportation des armes trouvées au nord des
Alpes.
Ce n'est pas l'Étrurie qui est une colonie de Hallstatt ;
c'est Hallstatt qui est une colonie de l'Étrurie.
Tite-Live nous montre (2) les anciens Étrusques ayant
étendu leur puissance au loin par terre et par mer, et leur
influence jusque dans toute la contrée simée entre les
Apennins et les Alpes, à la seule exception du coin de
l'Adriatique où depuis fut bâtie Venise.
(i) Gozzadini, De quelques mors de cheval italiques et deVépêede
Ronzano en bronze. Bologne (1875), p. 30.
(s) V,33.
- 248 -
Les Étrusques, une fois arrivés là, n'avaient pas tardé
à apercevoir les ressources que présentaient les salines de
Hallstatt, un peu au nord des Alpes ; ils y auront envoyé
des mineurs, et le sel, comme le bronze, dut être employé
par eux comme objet d'échange pour le grand commerce
de l'ambre. Hallstatt sera devenu une des stations de ce
commerce.
A Hallstatt , pas un objet ne décèle un caractère
archaïque autorisant l'opinion que la civilisation de cette
station sérail antérieure à la civilisation étrusque; au
contraire, quand l'Étrurie est conquise parles Romains
au III0 siècle avant l'ère chrétienne , quand l'industrie de
la métropole est anéantie, celle de la colonie disparaît avec
elle: les fouilles de Hallstatt s'arrêtent, pour ainsi dire,
clans leurs produits, au même IIIe siècle.
Le dernier mot sur la question a été dit par Alf.
Maury (i) et ce mot a d'autant plus d'autorité qu'il émane
d'un savant qui , naguère , était l'un des plus chauds
partisans de l'attribution des bronzes en question à l'art
gaulois, même en Italie :
« A Hallstatt, dit-il, au milieu d'un riche amas d'armes,
de bijoux, d'ustensiles et de vases divers , rappelant par
beaucoup d'échantillons les découvertes du Bellunois, on
a recueilli des colliers et des bracelets à pendeloques, des
fibules, tous en bronze, dont le travail et le style présentent
une incontestable similitude avec les objets trouvés tant à
Este que dans les cantons de la Vénétie.
« La présence sur une aussi vaste région de sépultures
congénères de celles de YAgro Estense et d'un mobilier
funéraire du même type et de composition analogue, prouve
(i) Journal des Savants, 1882, p. 391 et s., 397, etc. ; il parle de
diverses contrées comprises dans le territoire occupé primitivement
par les Étrusques.
— 249 —
que la population qui enterrait ainsi ses morts n'était pas
confinée dans le pays des Euganéens. Elle s'est répandue
beaucoup plus loin, surtout dans la direction du nord et
du nord-est. Son commerce et son influence avaient porté
fort au-delà des limites de son territoire originel les pro-
duits de son industrie et l'usage des rites funéraires qui
lui étaient propres.
«L'influence de l'art tyrrhénien (= étrusque) sur
l'industrie des barbares du Nord doit s'être exercée princi-
palement par la Rétie. Les objets qui y étaient fabriqués (1)
d'après des modèles venus d'Italie, furent portés tant
dans la Gaule orientale que dans la Vindélicie et dans
le Norique, connue l'attestent les sépulture* de Hallstatt. »
Hallstatt et l'Étrurie ont eu des rapports , ainsi que le
prouvent les antiquités de même facture trouvées dans
l'une et dans l'autre : C'est donc la deuxième, vaste con-
trée, qui a alimenté l'autre, simple station.
Hallstatt n'est qu'une des brandies de l'éventail que
l'Étrurie, avec son commerce du bronze, ouvrit sur toute
l'Europe
il
Eygenbilsen est sur une autre branebe de cet éventail.
La question est aujourd'bui jugée. Le Dictionnaire ar-
chéologique de la Gaule, au mot Eygenbilsen , a en effet
publié la déclaration suivante : « La commission (2) partage
l'opinion que les objets d'Eygenbilsen ont été confec-
{1 ) Cette assertion est accessoire; on ne s'y arrêtera donc pas.
(2) De la carte archéologique des Gaules, composée de Mil. Anat.
de Barthélémy , Alf. Maury , général Creuly , Alex. Bertrand , de
SaULCY , DE LONGPÉRIER , etc.
— 250 —
tionnés sous une influence étrusque très prononcée et
appartiennent à une époque sensiblement antérieure à la
conquête romaine. »
Il a été parlé d'éventail ; on ne peut adopter une meil-
leure comparaison :
Qu'on marque sur la carte de l'Europe toutes les trou-
vailles de seaux cylindriques, de bronze, à nervures hori-
zontales (l).
Depuis que l'attention a été attirée sur ces seaux, d'une
vingtaine qu'on en connaissait en 4872 , le nombre est
monté aujourd'hui à plus de quatre-vingts et s'accroît
tous les jours (2). On remarquera que les endroits ainsi
marqués sont compris dans une demi-circonférence à
peu près, depuis la Bourgogne, la Belgique , le Hanovre,
la Pologne, la Hongrie, enfin l'Italie méridionale.
Cette demi-circonférence a pour base la ligne des côtes
de l'Italie, outre lesquelles il n'y a pas à étendre les re-
cherches... à moins qu'on ne scrute, par delà la Médi-
terranée, la côte septentrionale d'Afrique, où il n'est pas
impossible que le commerce maritime ait porté des pro-
duits étrusques : les Étrusques , d'après les bas-reliefs de
Karnac , ont bien fait la guerre à l'Egypte (s)...
Il ne s'agit plus que de prendre au milieu de ce dia-
mètre le point central du rayonnement, et c'est l'Étrurie
circompadane que désigne tout naturellement cette opé-
ration des plus faciles à effectuer : le nombre des cistes à
(0 Bull, des Comm. royales d'art et d'archêoh , XVII, p. 32; XXIII,
p. 106 ; XXIV, p. 208.
(2) En voir de nouvelles trouvées à Kluczewo et à Kalisch
(Posener archœologische Mittheilungen , 1887, p. 19); plusieurs en
Hongrie (Hampel, Alterth'dmer der Broncezeit, Budapest, 1887, pi. 101,
105, 106), etc.
(3) Revue archéologique, 1867, pp. 34 et 80.
— 251 —
cordons qu'on a découvertes en Italie , la plupart autour
de Bologne, était de 8 en 1872, de 54 en 1878, et depuis
qu'on ne néglige plus ce genre d'antiquités , auparavant
considérées comme insignifiantes, le nombre en augmente
tous les jours.
Il ne s'agit plus alors que de tirer du centre, placé aux
rives du Pô , des lignes vers les lieux des trouvailles , et
l'éventail se dessine.
On peut se contenter de choisir pour point de compa-
raison le seau à nervures horizontales que Von Trôltsch,
dans son inventaire des 4,000 lieux rhénans à découvertes
étrusques , place comme vignette sur le titre de son livre,
tant cet objet est typique; mais pareil travail peut se faire
pour d'autres objets , par exemple pour la buire à bec en
forme de proue d'Eygenbilsen et l'éventail se garnira de
branches nouvelles.
Le même éventail peut se dessiner déjà pour les décou-
vertes de statuettes d'animaux à pattes raides, comme on
le verra ci-après: Belgique, Mecklenbourg, Hongrie; on
peut présager , sans témérité, que des découvertes ulté-
rieures le compléteront.
Mais, aurait-on pu objecter il y a quelques années : on
n'a pas encore signalé de produits de la céramique
étrusque au nord des Alpes. La lacune provenait seule-
ment du manque d'attention : dès que la question a été
posée , des vases étrusques en terre cuite sont pour ainsi
dire sortis du sol au nord des Alpes, et notamment on a
trouvé des vases peints , en compagnie de vases de
bronze caractéristiques de l'art étrusque (l).
(0 Bull, des Comm. royales d'art et d'archéol. , XVII , p. 88.
- 252 -
III
Arrivons aux statuettes de bronze. C'est Pline (l) qui
parle :
Signa tuscanica per terras dispersa, quae in Etruria
factitata non est dubium. (Ces statues à la manière
étrusque que l'on rencontre dispersées dans le monde,
nul doute , elles ont été fabriquées en Etrurie.)
Le passage est remarquable : il constate d'abord le nom
de ces statues : ce sont des signa tuscanica, des statues
qu'on appelait étrusques; il était parfaitement inutile de
dire que les produits de l'Étrurie proviennent de ce pays;
ce que Pline a pour but de démontrer, à moins de supposer
chez lui une tautologie à la La Palisse, c'est de justifier la
dénomination usuelle, populaire : on les appelle étrusques,
ces statues de genre étrusque ; eh bien, oui ! elles ont été
réellement fabriquées en Etrurie.
De plus, c'est au livre de son Histoire naturelle, où il
traite de la métallurgie du cuivre (airain et bronze), que
Pline s'occupe des statues étrusques.
Il vient, d'ailleurs, de parler des statues en bronze de
Cérès, etc., et il cite des exemples nombreux où l'art du
bronze est consacré même aux images des simples mortels :
« Transiit et ab diis ad homïnum statuas atque imagines
multis modis. »
Pline, au passage invoqué, cite Métrodore de Scepsis,
d'après lequel il y avait dans une seule ville d'Étrurie,
Yolsinies, ni plus ni moins de deux mille statues.
Si Pline traite de statues, Horace (1) nous parle, non
plus de signa, mais de sigilla, de statuettes; les tyrrKena
(i) Pline, Hist. nat., XXXIV, 16.
- 253 -
sigilla, statuettes étrusques, avaient leur place, de son
temps, parmi les objets de luxe et peut-être de collection :
des perles, des marbres, des ivoires, des statuettes
étrusques, des tableaux...
Aussi que de statuettes étrusques répandues par toute
l'Europe !
Ge sont, outre les * spectres étrusques » du Danemark (2),
les deux statuettes de la collection du premier comte de
Renesse, qu'on avait vendues à cet amateur, comme
statuettes de style barbare, trouvées aux bords du Rhin,
mais que des dessins heureusement conservés ont permis
de reconnaître comme incontestablement étrusques (3);
ce sont les statuettes de tout genre qu'on retrouve, soit
séparées , soit attachées aux vases, sur les cistes , partout
où il y avait moyen de placer une représentation originale.
On comprend qu'un peuple pratiquant l'industrie du
bronze d'une manière si recherchée, ait donné libre
carrière à son imagination , et que, descendant des dieux
aux hommes, comme le dit Pline, il soit descendu encore
plus bas, des hommes aux animaux.
Ge qui distingue la plastique étrusque, ce n'est ni
l'élégance , ni le caractère artistique , c'est un cachet de
raideur hiératique, inimitable, toujours reconnaissable ;
l'exécution , parfois très soignée , est parfois aussi traitée
d'une manière absolument dédaigneuse des formes; c'est
un art à son enfance , peu soucieux des proportions et du
naturel des attitudes-.
En Étrurie même , on travaillait pour tous les goûts :
dans une industrie aussi développée , il y avait nécessaire-
(0 Èpist., II, 2 v. 180.
(s) Bull, des comm. roy. d'art et d'archéol., XVII, p, 71.
(3) Ibid, p. 62.
(3) Ibid, p. 74.
17
— 254 —
ment des degrés divers de perfection , depuis la statue des
dieux et des grands hommes, sans doute traitée avec soin,
jusqu'à la statuette populaire , jetée dans un moule gros-
sier , le tout assurément d'après le prix qu'on pouvait en
obtenir.
Un exemple remarquable de l'emploi simultané des
deux modes est l'ornementation d'un vase qu'on dit pro-
venir des fouilles d'Olympie , et où l'on voit un Thésée et
un Minotaure , archaïques sans doute , mais au moins re-
présentés avec des membres possédant les formes et les
articulations naturelles, plus un cheval à jambes raides,
comme celui de Clavier (1) auquel il ressemble beaucoup.
Pour complaire aux goûts des barbares , parmi lesquels
ils allaient répandre les produits de leur pays natal , les
colporteurs étrusques se chargeaient bien certainement
de préférence des fabricats les moins chers.
Il s'agit seulement de démontrer qu'on trouve de ces
derniers , même en Étrurie :
Le comte Conestabile (2) représente une vache à pattes
raides , et il en signale lui-même la parfaite ressemblance
avec des bronzes de Hallstatt, d'où, comme il a été dit
ci-dessus , l'objet n'a pu arriver en Étrurie.
Des mors de cheval trouvés aux environs de Bologne ,
signalés par le comte Gozzadini (3), portent des repré-
sentations de chevaux et d'autres animaux à pattes raides,
et il en cite un grand nombre de semblables provenant
de l'Étrurie proprement dite (Caere, Preneste, etc.)
On trouve , en Étrurie , une quantité d'animaux en
(1) Annali delV Instituto di corrispondenza archeologica , 1885,
tav. d'agg. B.
(2) Sovra due dischi in hronzo antico-itcdlci del museo de Perugia ,
Turin, 1874, pi. IX.fig. 1. p. 33.
(3) De quelques mors , etc., pp. 11 et 17, pi. I.
- 255 —
bronze, même de la facture la plus médiocre ; le musée
d'antiquités de Bruxelles en possède toute une série dont
plusieurs ayant pour indice caractéristique d'origine
étrusque les jambes tout d'une pièce , sans indication
d'articulations , comme à la statuette de Clavier (1).
C'étaient là sans doute des ex-voto , d'après la coutume
que conservèrent les Romains , comme on peut le voir en
la découverte de Neuvy-en-Sullias, aux environs d'Orléans,
si abondante en animaux de tous genres , également en
bronze (2).
De pareils objets ne sont pas soignés, tout comme nos
ex-voto modernes sont le plus souvent de l'orfèvrerie es-
tampée ; on comprend que les Étrusques, qui employaient
chez eux-mêmes des objets d'art aussi infime, aient choisi
ce genre pour l'exportation parmi les peuples barbares ,
dont le goût n'était pas plus exigeant. Peut-être ces
peuples recherchaient-ils même, par une sorte de véné-
ration traditionnelle , les formes archaïques de ce genre
d'offrandes.
Allons à Hallstatt, puisque, d'après ce qui a été dit
ci-dessus , Hallstatt était une colonie étrusque ; cher-
chons-y d'abord des points de comparaison.
Plusieurs objets décrits par le baron von Sacken (s),
dans sa description des fouilles de Hallstatt, sont du même
genre : il en existe même de minuscules, ajoutés à des
instruments (fibules, vases, haches) ; parmi ces animaux,
(1) Musée de Ravestein, II, p. 38 (Nos 1214, 1328, 1329, 1353, 1355,
1492, 1639 , du petit catalogue).
(2) Mémoires -Je la Société archéologique de T Orléanais , IX ( 18G6),
Atlas, pi. II et XI.
(3) Das Grabfcld von Hallstatt. Vienne, 1888, pi. VIII, fig. 2, 3 et 4;
pi. XI, fig. 1 à 6; pi. XV, n°a 4 à 7 ; pi. XVIII, n°9 31 à 33; pi. XXIII,
fig. 6 et pages 121-122. (Bibl. mus. de Bruxelles.)
- 256 -
on distingue des chevaux ayant beaucoup d'analogie avec
celui de Clavier.
Le musée de Nurenberg possède un petit cerf à jambes
raides, tout à fait dans le genre du cheval de Clavier, et
le catalogue (l) indique que cet objet provient de Hallstatt.
Dans le Mecklenbourg , ce sont de petites vaches du
même genre et, d'après les dessins qu'on en donne (2),
quoique le texte n'en parle pas, il semble au moins à
certains des exemplaires que la partie inférieure est
concave, comme à Clavier ; Tune de ces vaches a la queue
retournée sur elle-même de manière à former un anneau :
encore comme à Clavier, mais pour la bride.
A Rubin, en Autriche, on a découvert une sorte de
girafe à pattes raides, et l'auteur de la description est
frappé de la ressemblance de cette statuette avec celles de
Hallstatt (s); on y retrouve, en guise d'ornement, le point
entouré d'un cercle (parfois de deux cercles concentriques),
sur lequel Nilsson a appelé l'attention, comme un signe
caractéristique de ce qu'il appelait l'âge du bronze (4).
En Hongrie (5), on a trouvé une série d'animaux sem-
blables, parmi lesquels des chevaux dont deux encore
montés d'un cavalier, ce qui pourrait avoir été le cas pour
le cheval de Clavier, percé d'un trou au dos.
(1) Katalog der in Germanischen Muséum befindlichen rorgeschicht-
liche, p. 146, n°6108, avec un dessin. (Bibl. du Musée de Liège.)
(2) Jahrbilcher und Jakresbericht des Vereins fur Meckleriburgische
GeschicJite und Alterthumskunde , par Lisch et Beyer. XXXVIII,
p. 57. (Ibid.)
(s) Mittheilungen der anthropologischen Gesellschaft in Wien,Ba.ndX,
n098 et 9 (1880), pages 271-272. {Ibid).
(*) Cet ornement se retrouve à Eygenbilsen, Bull, des comnt. roy.
d'art et d'archéol., XI, p. 275, et sur le cheval étrusque du Musée de
Bruxelles, Musée de Ravestein, n° 1492.
(s) Hampel, Alterthîimer der Broncezeit in Ungam. Budapest, 1887.
pi. LX, fig. 5; pi. LXVIII, pi. LXIX, n°" 5a et 5b (Bibl. mus. Bruxelles.)
— 257 —
Mais l'objet le plus remarquable que l'on puisse citer
dans ce genre est le petit char de bronze trouvé à Klein
Glein (Judenberg) en Styrie, lequel est chargé de person-
nages de facture archaïque mêlés à différents animaux
à jambes d'une venue (l).
On a comparé les personnages de ce char avec différents
objets découverts en Italie. Ce sont (2) :
1° Un petit char chargé de personnages et d'animaux
d'une façon encore plus primitive que ceux du char de
Klein Glein : un bœuf, un chien, un mouton, un cerf, un
volatile aquatique, le tout, même les hommes, avec des
jambes cylindriques, sans indication d'articulations, trouvé
à Lucera ;
2° Un groupe de bronze du Musée britannique, trouvé
dans une tombe de Campanie, et portant des personnages,
deux bœufs et des volatiles de même genre (qui abondent
du reste dans l'ornementation italienne primitive ) ;
3° Le couvercle d'une ciste (3) provenant de la Basilicate
et déposé au Musée de Berlin ; on y voit des Minotaures ,
des bœufs, toujours à jambes raides, d'une pièce;
4° Un disque du Musée Borgia, ayant la plus grande
affinité avec les précédents ;
5° Un petit cheval du Musée britannique, provenant
d'Italie : il porte un volatile sur la tête et au-dessus de la
queue.
Il y a là de quoi satisfaire les classiques les plus
exigeants : ce n'est plus des bords du Pô, c'est même de
(0 Mittheilungen deshlstorischen Vereins filr Steiermark, III (1853),
pi. XI. (Musée de Liège.)
(2) Archeologia, XXXVI, pages 276, 350 et 358, pi. XIV, XXVI et
XXVII.
(3) Au couvercle d'une des cistes du Musée de Ravestein à
Bruxelles, n° 1639.
— 258 -
l'Étrurie centrale et de l'Italie méridionale que proviennent
les derniers animaux cités.
« On ne peut, dit le contradicteur attardé cité ci-
dessus (l), nier l'habileté des Étrusques quant à la fonte et
au travail des métaux, et particulièrement du bronze, fait
attesté par beaucoup de témoignages antiques. Les
bronzes étrusques avaient une grande réputation et étaient
recherchés en Grèce. Les Étrusques paraissent avoir
soutenu la concurrence, quant au bronze , avec les Phé-
niciens ou avec d'autres peuples orientaux. »
Si cela est vrai , nous possédons l'explication de la
présence à Olympie , en Élide , d'une quantité de repré-
sentations d'animaux qui doivent ressembler au cheval
d'après lequel on les cite (2), et par conséquent, être
aussi à jambes raides.
Ou bien, si cela n'est pas applicable aux objets d'Olympie,
nous sommes en présence d'un nouvel atelier, placé à
Olympie même , d'où auraient été exportés les animaux
de bronze à jambes toutes d'une venue, sans indication
de l'articulation des genoux : un deuxième centre civilisé
pour envoyer des bronzes aux barbares !
Gela est possible; mais, en vérité, c'est trop de richesse,
et le cheval de Clavier est arrivé chez nous plutùt de
Bologne que d'Olympie : le chemin est moins long assu-
rément.
IV
L'origine étrusque (ou grecque, puisqu'il faut ouvrir
cette parenthèse, à propos clu cheval d'Olympie), pourra
être facilement contrôlée pour notre objet.
( i ) Musée de Bavestein, I, p. 326.
( 2 ) Voir Annali ( cité ci-dessus ) , 1885 , p. 178.
— 259 -
Les Romains ont introduit dans leur bronze le zinc
(cadmiaj et le plomb ; si l'on opère l'analyse du métal du
cheval de Clavier, on n'y découvrira pas ces métaux en
quantité intentionnelle et appréciable.
Mais l'on y trouvera le cuivre et l'étain, dosés dans les
proportions d'environ 86 à 13 % : c'est celle qui a été
trouvée pour les bronzes d'Eygenbilsen et d'autres ana-
logues (î).
Il serait curieux de faire cette vérification : si l'analyse
chimique vient confirmer le résultat ici annoncé a priori,
on ne conservera certes plus de doute sur l'attribution
anté-roinaine du cheval de Clavier.
D'autre points pourront encore être étudiés, notamment
le dessin d'ornement qui se trouve à la tête du cheval, etc.
Mais il a paru utile de publier, en attendant une étude
plus complète , les éléments de comparaison décrits
ci-dessus.
S.
(0 Bull des comm. roy. d'art et d'archéol., XI, p. 302 et 303; comp.
XVII, p. 102.
LES
PRIVILÈGES DES FRANCHIMONTOIS
-#—
Tout ce qui a trait au marquisat de Franchimont pré-
sente pour moi un intérêt réel. Aussi ai-je lu, avec le plus
grand plaisir, dans le Bulletin de l'Institut archéologique
liégeois (1), l'article publié par M. l'abbé J. Levaux , sous
l'intitulé : c< Les Privilèges des anciens habitants du mar-
quisat de Franchimont dans la ville de Liège »,
M. Levaux ne prendra pas, sans doute, en mauvaise part
si, pour combler une lacune, j'ajoute quelques pages à son
travail. Le document principal de la publication dont il
s'agit est, sans contredit, la reconnaissance, par le Conseil
privé, du droit de bourgeoisie dans la ville de Liège accordé
aux Franchimontois. Ce document est daté du 29° jour de
novembre 1586. Comme l'auteur le dit en note ,. page 72,
un second document, également relatif aux privilèges des
(0 T. XXI, p. 51.
18
— 26u2 —
Franchimontois, suit, dans une des copies reposant aux
archives communales de Theux, la sentence du Conseil
privé confirmant les privilèges des habitants du marquisat
de Franchimont. Le Conseil privé, par ce second docu-
ment, reconnaît à ces habitants le droit d'acheter à Liège
les grains nécessaires à leur consommation et de les trans-
porter dans leur pays.
A mon sens, les deux pièces forment un seul dossier, un
ensemble et , par conséquent , elles n'auraient pas dû être
séparées. M. Levaux en a jugé différemment. Enfant de
Verviers , il s'est attaché à narrer la partie de ce dossier la
plus essentielle pour sa ville natale. Son but a, paraît-il,
été d'instruire ses concitoyens des droits et des privilèges
dont ils jouissaient dans la capitale de la principauté de
Liège pour la vente des produits de l'industrie drapière ,
unique industrie du ban de Verviers. Cependant, si les
Verviétois avaient intérêt de vendre leurs draps à Liège
dans les mêmes conditions que les bourgeois de la Cité ,
c'est-à-dire avec l'exemption des impôts , les manufactu-
riers et les marchands de fer battu de Theux avaient le
même intérêt d'introduire et de vendre en toute franchise
de droit leurs marchandises dans la ville de Liège. Aussi
le magistrat de Theux entrait-il toujours dans les coali-
sions formées pour revendiquer le maintien intégral des
privilèges concédés, de longue date, aux habitants du mar-
quisat lorsqu'on se permettait de contester leurs droits ou
d'enfreindre les anciens accords.
On aura remarqué : 1° que la confirmation des privilèges
des Franchimontois, datée de 1779, fut amenée par suite
d'un procès intenté à un marchand de Verviers, le nommé
Crama et qu'il s'agissail principalement de draps ; 2° que
l'accord de 1586 intervint à la suite de réclamations de
marchands de Theux, de qui les gabclous de la ville
avaient induement exigé paiement du tonlieu.
- 263 -
Theux expédiait au loin ses outils et ses ustensiles de
ménages, désignés sous le nom de batterie de fer de cui-
sine ; il en fournissait également la ville de Liège. Les
maîtres de forge et les marchands de fer devaient veiller
à ce qu'il ne fût apporté aucune entrave au libre exercice
de leur commerce. Ils se mettaient à la tête des réclamants
lorsque leur négoce était menacé ; ils se joignaient aux
commerçants des autres bans lorsque des mesures fiscales
atteignaient celui de leurs voisins.
La question des privilèges accordés aux Franchimontois
avait donc une étendue beaucoup plus grande que le cadre
dans lequel les auteurs verviétois veuillent la circonscrire
en la restreignant à la seule industrie drapière.
Les pièces livrées au Bulletin de l'Institut archéologique
liégeois, par M. l'abbé Levaux, ont été puisées dans des
archives communales et dans des archives privées. Il a
mis largement à contribution celles de l'Hôtel-de-Ville de
Theux. Malheureusement sa visite à Theux a été de trop
courte durée , il n'a pu y prendre connaissance de tous les
recès magistraux relatifs à son sujet. C'est, sans doute,
pour ce motif que M. Levaux semble, dans la note de la
page 76, se rallier à l'opinion émise par M. Nautet, que la
transaction de 1779 abolissait pour toujours le privilège
des Franchimontois. Si, poussant ses investigations plus
avant, l'auteur avait lu le procès- verbal de l'assemblée
magistrale du 18 février 1779, dans laquelle le député des
notables, J. P. de Limbourg, a rendu compte au magistrat
de Theux des négociations poursuivies par les délégués
des trois bans (î), d'une part, et les autorités liégeoises,
d'autre part ; l'auteur, dis-je, aurait reconnu que la tran-
saction de 1779 accordait des avantages aux Franchimon-
tois. Sans doute, l'intégrité de leurs privilèges recevait une
( i ) Verviers , Theux et Spa.
— 264 — *
atteinte ; l'arrangement les subordonnait à l'acquittement
d'une certaine somme, relativement modique, eu égard à
la somme due et payée par ceux qui ne jouissaient pas du
droit de bourgeoisie. Pour rétablir une vérité historique
méconnue, je transcrirai ici le recès visant le rapport de
J. P. de Limbourg.
« Dans l'assemblée ordinaire du Magistrat tenue à la
maison de ville aujourd'hui 48e de février 1779, presens
Bourgmestre Limbourg, conseillers Boniver , Miner et
Marly ; député des notables, Fraipont; le député des notables
J. P. de Limbourg nous a rendu compte de l'arrangement
qu'il a fait le 12e de ce mois conjointement avec les députés
de Vervier et de Spa, à une comparution avec le syndic de
la ville de Liège , en présence de Monsieur le baron van
der Heyden de Blisia , chancelier de Son Altesse , ensuite
de la médiation et d'une apostille émanée d'autorité de
Sadite Altesse, sur une supplique présentée à elle-même
en personne, pour la supplier de daigner faire finir le procès
agité au sujet des droits de la Bourgeoisie de Liège par le
dit syndic contre le nommé Crama, pour lequel la ville de
Vervier avoit intervenu et faire reconnoître nos droits et
les exemptions y annexées, telles qu'il en compete aux
Bourgeois mêmes domiciliés dans la Cité ; ledit arran-
gement fait ensuite de notre députation par notre recez du
19e de janvier dernier, consiste à reconnoître notre droit de
la dite Bourgeoisie avec tous droits et exemptions y atta-
chées, avec cette limitation cependant que comme ce titre
est attaché à la naissance dans le marquisat , les Franchi-
montois qui sont domiciliés ou qui iront se domicilier dans
la ville de Liège pour y posséder des charges ou y faire
commerce , devront payer pour droit de reconnoissance et
de registration cinquante fl. Brabant pour tous droits après
avoir présenté à Son Altesse dans son Conseil privé une
supplique accompagnée d'une déclaration des Magistrats
- 265 -
respectifs des communautés du Marquisat signée aussi de
l'officier pour assurance de ladite naissance et des qualités
requises , laquelle supplique sera suivie d'une apostille
pour ordonner ladite reconnoissance et registration au
moyen de ladite somme de cinquante francs au lieu que
les droits d'admission à la Bourgeoisie de Liège portent
pour les étrangers cent et quarante francs. Étant convenu
par le même arrangement que les Bourgeois de Liège qui
sont domiciliés ou qui viendront se domicilier à l'avenir
dans le Marquisat ne payeront réciproquement que la
moitié des droits ordinaires de Bourgeoisie des commu-
nautés respectives; auquel arrangement comparut M. le
chevalier de Léonard de Streel, Bourgmestre régent de
Liège, qui promit verbalement de le faire ratifier par écrit
du magistrat de Liège; de même que M. Je Chancelier
promit de faire confirmer le tout par Son Altesse. De tout
quoi nous recessons que les copies seront regislrées tant à
notre greffe dans le registre aux Recez, qu'à celui de
Justice; et comme il convient de faire des reconnoissances
à différentes personnes qui ont rendu service pour en
venir à cet arrangement, et qu'il y en aura-aussi en cas de
réussite pour différentes personnes dont nous attendons
de bons offices pour la prochaine assemblée des États, au
mois de mars prochain, au sujet- de quelques exemptions
de barrière et d'une somme qu'on nous a fait espérer par
le changement d'emplacement de la maison de la marguil-
lerie, et pour d'autres objets, nous avons recessé de con-
voquer les trois corps de la communauté pour dimanche
prochain à deux heures et demie pour délibérer à ce sujet
et sur le premier Recez du 1er de novembre dernier. Nous
avons ordonné à notre greffier de registrer le présent
Recez. »
« Dans l'assemblée des trois corps de la communauté
tenue à la Maison de ville aujourd'hui 21e de février 1779
ensuite de la convocation en faite par André Lejeune notre
— 266 -
huissier, qui l'a relaté, p resens du Magistrat bourgmestre
R. J. de Limbourg, conseillers Boniver, Servais, Miner,
Marly, Fraipont, Haymal et Magis; députés des notables
J. P. de Limbourg, J. L. Fraipont, Faber, Jason, L. Cor-
nesse et Détaille; électeurs Nivette, J. G. Cornesse, Piron
et Marc. En délibérant sur le Recez du 18e de ce mois, nous
avons laissé à la décision du Magistrat la somme à employer
en reconnoissance pour et en cas et à proportion de la
réussite des objets y repris et c'est à condition que le tout
sera réglé au moins six par membres presens du Magistrat.
« Avons ordonné à notre greffier de registrer le présent
Recez ».
Les frais généraux mentionnés dans les deux recez qui
précédent s'élevèrent à la somme de 1716 fl Brabant 19 s (i)
dont
Verviers paya fl Bb. 686.12
Theux » 514.19
et Spa » 514.19
En outre de cette somme, les frais de voyages et île
vacations des délégués incombaient aux communautés.
Voici , pour ce qui concerne Theux , un extrait du compte
magistral , rendu le 5 avril 1780 par le bourgmestre
Robert-Joseph de Limbourg de sa gestion en 1779 (2).
• « Le 18 février 1779 j'ai payé à mon collègue le Bourg-
mestre Lieutenant pour cinq jours de vacations à Liège
en suite d'un recés du 19 janvier . . fr. 17-10-0
« Le 18 dito payé au député des no-
tables , J. P. de Limbourg, pour sept
jours de vacations ensuite dudit recés
(O Je possède la note détaillée des dépenses ; j'indique la somme
globale pour éviter de citer les noms des personnes qui reçurent des
gratifications pour avoir prêté leurs bons offices aux magistrats de
Verviers, de Theux et de Spa.
(î) Ce compte fait, partie des archives communales de Theux.
— 267 —
au sujet des difficultés pour nos droits
attachés à la Bourgeoisie de Liège . . » 24-10-0
«Le 23 mai 1779 payé à Mr le Bourg-
mestre Lieutenant et au député des no-
tables Limbourg à chaque une journée
de vacation à Spa avec les Seigneurs
des États » 7-0-0
« Le 20 dito (7bre 1779) j'ai remboursé
à mon frère l'ainé six cens septante
sept fl. Bb. pour la quole part de notre
communauté dans la reconnoissance
et exposés de ladite communauté et
des bans de Vervier et de Spa pour
la reconnoissance de notre Bourgeoisie
de Liège le tout ensuite d'un recés des
trois corps du 21 février et du magistrat
du ['■'■ juin de cette année suivant la dé-
claration ici reproduite de moi et de
«
mon collègue Lieutenant et de mon
frèro député des notables en conformité
des dits recés et par quittance de ce
dernier » G77-0-0 » (1)
L'accord était à peine revêtu de toutes les approbations,
que les gabelous liégeois suscitèrent de nouvelles tracas-
series aux Franchimontois, leur réclamant des droits de
tonlieu et de massenge. Trois citoyens de Verviers , vic-
times des préposés à la perception des droits , adressèrent
la protestation ci-après aux administrateurs de leur ville.
La suscription extérieure de cette protestation, dont je
possède une copie , porte :
» Supplique très humble à Messieurs les Bourgmestres
et Conseillers de la ville de Vervier par leurs Bourgeois. »
(l) La somme de fl Bb. 514.19, quote-part de Theux dans les frais
généraux, est comprise dans celle de fl Bb 677.
— 268 —
La requête est ainsi conçue :
<c Messieurs les Bourgmestres et Conseillers de la ville
de Vervier.
« Les sousignés vos Bourgeois n'ont pu aprendre l'ar-
rangement fait au sujet des exactions qu'on pratiquoit à
leurs charges avec le droit de masenge et autres droits
leur compétents , sans en faire , comme ils font encore
à vos Seigneuries leurs très humbles remerciments.
« Cependant après cet act d'arrangement, qui auroit
du d'abord avoir son activiié , c'est à regret qu'ils doivent
recourir à vos Seigneuries, pour leur faire plainte, que
les gabelleurs ou receveurs du droit de la masenge à
Liège continuent à faire paier ce droit, sçavoir aux deux
premiers sousignés sur des chevaux qu'ils ont reçu
la semaine dernière un écus sur chaque , et au troisième
sur des toilles qu'il a reçu plusieurs fois venant du Brabant
malgré qu'ils fussent munis d'attestation nécessaire de
vos Seigneuries et les porteur et conducteurs.de consti-
tution pour affirmer que les choses étoient pour leur
compte et n'avoient entendement avec étrangers pour leur
remettre, les dits gabelleurs exigeoient le droit de masenge
en disant que, si on avoit quelque droit, on n'avoit qu'à
le chercher, de sorte que pour éviter d'être arrêté et le
retard dans la réception des marchandises et chevaux , ils
ont du paier le droit.
« Ce pourquoi les dits sousignés se retirent vers vos Sei-
gneuries pour les supplier d'apporter contre ces exactions
les moiens nécessaires pour jouir de leurs droits et pri-
vilèges.
« Quoi faisant , etc.
« Biolley d'Augsbourg; Pr Renatte Godar ; A.L.J. Grilon.»
J'ignore quelle suite fut donnée à cette supplique. Ce-
pendant il est à présumer que le magistrat de Verviers la
soumit au Conseil privé de S. A. et qu'elle reçut un accueil
- 269 -
favorable. Elle était trop équitable et trop fondée pour en
être autrement.
Les entraves apportées au libre commerce entre Liège
et Franchimont pendant le XVIIIe siècle portent à croire
que , dans la métropole , on avait oublié les services
éminents rendus anciennement à la Cité par les habitants
du petit pays , ou bien qu'on s'y repentait de leur avoir,
par un mouvement de généreuse gratitude , accordé le
droit de bourgeoisie. Les difficultés qui s'élevaient à pro-
pos de ce droit étaient non-seulement vexatoires, mais
encore onéreuses pour le marquisat. Je viens de dire ce
que l'accord de 1779 avait coûté aux trois bans. Les recès
suivants montrent ce que le différend de 1737 coûta aux
Franchimontois et combien peu les prétentions des Lié-
geois étaient fondées.
« Dans l'assemblée spécial tenue par nous les bourgue-
maitres et magistrat de Theux sur notre halle le vinte juin
mil sept cens trente neuf nous étant représenté par notre
ancien bourgmestre Wolff qu'ensuite du reces du vinte deux
avril dernier il auroit été convenu entre luy , les députez
de Vervier , Sart, Jalhay et le magistrat de Spa de fournir
deux cens Louis d'or pour les frais , exposez et vacations
fait et à faire au subjet de la masenge, hors laquelle somme
notre Communauté doit porter cinquante six conformément
au reces arrivez entre les députez des dits cinque bans le
dix neuf septembre dernier hors quel il convient déduire
quatre cens septante six fl Brabant sept pattars et demy
pour les exposez et vacations faites jusqu'à la date de cette
par notre communauté lesquels déduits de notre ditte
quoete il nous en reste à fournir la somme de toirs cens
quattrevint et trois tl Bb. quattre pattars et demy lesquels
nous avons ordonné à notre Bourgmestre Malherbe de
fournir toutes les fois qu'il en serat requis lesquels luy
seront allouez dans ses comptes a rendre. Ordonnant a
notre greffier la présente registrer et soubsigner. »
- 270 -
« Dans l'assemblée tenue sur notre halle par les bourgue-
maitres et magistrat de Theux le vinte un aoust mil sept
cens trente neuf commettons et constituons le sieur Joseph
Duct ancien bourguemaître et conseiller de la ville de Ver-
vier pour lever les argents qui ont été consignes et par
après payes induement par nos mannans au comptoir de
la masenges luy donnant pouvoir dans donner quittance
au nom de notre ditte communauté, ordonnant à notre
greffier la présente registrer et soubsigner. »
Peu de temps après, le 18 mai 1740, le bourgmestre
de Limbourg exposa au magistrat de Theux qu'on avait
refusé aux mannans de la communauté l'autorisation de
sortir de la ville de Liège le grain nécessaire à leur con-
sommation et qu'à cause de la grande rareté du blé , il y
avait impossibilité d'en tirer de l'étranger. Le magistrat
députa à Liège ce bourgmestre pour solliciter l'autorisa-
tion d'emmener librement le blé nécessaire aux habitants
de la communauté , le chargeant de faire tous ses efforts
afin d'obtenir cette autorisation. Le 18 juin suivant, le
magistrat, n'ayant reçu aucune résolution favorable, lui
ordonna de se rendre de nouveau à Liège pour voir s'il
pourra convenir pour acheter du grain. Les deux recès
étaient motivés sur les droits de la communauté décou-
lant des anciens privilèges.
Il peut paraître étrange que, en 1779, les bans de Jalhay
et de Sart n'interviennent pas dans les démarches faites
pour solliciter le maintien des privilèges IVanchimontois,
tandis que, quarante ans plus tôt , ils s'étaient ligués avec
les autres bans pour revendiquer le redressement de leurs
griefs el la reconnaissance de leur droil de bourgeoisie
dans la ville de Liège. En 1770, l'abstention de Jalhay el
de Sart, localités essentiellement agricoles , était , on doit
le supposer, motivée sur ce qu'alors il s'agissait simple-
ment du tonlieu , de l'industrie, et qu'antérieurement il
— 271 —
s'agissait de la massenge, voire même du privilège
d'acheter du grain à Liège pour le transporter chez eux.
Tous les bans étaient intéressés à la confirmation et au
maintien intact de ce droit.
Cela me ramène à l'objet principal de cet article.
J'ai dit plus haut que M. l'abbé Levaux avait eu en vue
la seule industrie verviétoise. Pourtant la faculté accordée
aux Franchimontois d'acheter leurs grains dans la cité de
Liège et de les transporter dans leur pays était une faveur
dont la population de Verviers ressentait les bienfaits au-
tant que celle des autres localités franchimontoises. Dans
les années de disette , c'était un avantage précieux d'avoir
des facilités de se procurer le pain. Le blé arrivait sur les
marchés des grandes cités ; il ne venait pas dans les petits
centres de population, éloignés des lieux de production.
Les habitants de ces petits centres étaient obligés de s'en-
quérir auprès des gros cultivateurs ou des marchands étran-
gers à leur pays. Les Franchimontois , dans ces années de
disette, recouraient tantôt aux marchands étrangers, tantôt
aux marchands liégeois pour se procurer la denrée de
toute première nécessité. Or il était interdit d'emmener
le blé au-delà de la banlieue de Liège ; les Franchimontois
n'étaient pas astreints à la prohibition ; ils pouvaient acheter
du grain à Liège pour le conduire chez eux : c'était un
droit , un privilège inhérent à leur qualité de bourgeois de
Liège.
La question des grains était de la plus haute importance
à cette époque. La sollicitude des administrateurs pour
leurs concitoyens portait quelquefois le magistrat de Theux
à s'approvisionner de blé à l'étranger pour le revendre à
ses administrés (1). Il convenait donc de posséder des
(l) Le magistrat de Theux de 1709 avait créé une dette de 25,000
fl.B.pour acheter du grain en Hollande, afin de le revendre aux habi-
- 272 —
greniers publics destinés à recevoir les provisions de grains.
C'est pourquoi les trois corps de la Communauté, dans leur
assemblée du 18 octobre 4778, autorisèrent le magistrat à
donner des proportions assez vastes pour y ménager des
pièces propres à servir de magasin à grain , à la nouvelle
maison qu'on allait construire pour loger le marguillier (l),
l'ancien bâtiment étant devenu inhabitable à cause de son
état de vétusté. Cette sollicitude ne devait pas faire perdre
de vue aux magistrats un droit aussi précieux que celui de
s'approvisionner de blé dans Liège. C'est pourquoi lorsque
ce droit leur était dénié ou contesté , les Franchimontois
portaient leurs doléances au prince et aux magistrats de
Liège.
Les archives communales de Theux possèdent au moins
trois expéditions de l'acte de 1586 , reconnaissant les privi-
lèges des Franchimontois (2). Il y a, en premier lieu, les
tants de la communauté. Celle-ci subit de ce chef une perte de
18,000 fl. b. et le magistrat de 1715 refusa de reconnaître la dette
créée en 1709. D'où procès à Liège , porté ensuite à Weztlaer. Par leur
recès du 18 mai 1727, les bourgmestres, commissaires, électeurs et
notables reconnurent la dette pour mettre fin au procès pendant à
Weztlaer entre la communauté et des prêteurs de la somme employée
a l'achat du grain en Hollande.
( i ) Dans une requête du magistrat de Theux , adressée au Prince
sous la date du 19 octobre 1786, se trouve ce passage : « Une partie
du grenier est destinée à un magasin de grains pour le cas de disette,
et ces cas ne sont pas impossibles: on sait quel soulagement reçut le
peuple par nos soins d'acheter du grain de l'étranger l'an 1771, ce qui
rendit la disette moindre ici que dans nos environs. »
(2) Dans un registre du dépôt des archives de l'Etat, à Liège, inti-
tulé : Grand Greffe des Echevins de Liège; manuscrits touchant
Franchimont, n° 248 A, il y a: 1553, 1er août. Privilèges des Franchi-
montois; 1560, 15 décembre. Privilèges des Franchimontois, p. 234,
1586, 28 novembre. En conseil de la cité de Liège, tenu en la salle
basse touchant les privilèges des Franchimontois, page 237. Voir les
deux premiers documents dans l'appendice ci-après.
- 273 -
deux copies signalées par M. Levaux. Une troisième copie
se trouve dans un registre aux ordonnances, comptes, etc.,
du magistrat pendant la première moitié du XVIIe siècle.
J'en possède moi-même une copie écrite par le greffier
de Theux , probablement en 1778 ou 1779.
La copie authentiquée par J. de Limbourg est suivie de
« Privilège que ceux du pays de Franchimont ont la citez
de Liège pour y acheter et aller quérir grains icy intimez
en l'an 1626 douxieme juin (1). »
Les deux pièces se suivent également dans la copie que
je possède. Le second document, dans le recueil de la pre-
mière moitié du XXVIIe siècle , précède le document relatif
au commerce ; quelques feuillets les séparent. Le texte de
cette dernière copie me parait plus exact que celui de la
pièce authentiquée par J. de Limbourg.
Il en diffère notamment par son orthographe plus con-
forme à celle du XVIe siècle. Je lui accorde donc la préfé-
rence ; du reste cette préférence se légitime par le texte
de la suscription : « Previlege que ceulx du pays de Fran-
chimont ont en la cité de Liège pour y achapter et aller
quérir grains : icy interiné en l'an 1626 : 12e juing (2). »
« Nous les vice doyen et chapitre ensemble les députez de
notre très redoubté Sr et prince et les Estatz de son pays de
Liège. A tous ceulx qui ces présentes veront et oront.
Salut scavoir faisons que ayeantz regard et considération
aux biens mérites et services aggreables que les subjectz
et surceans de pays et marquisat de Franchimont par ci de-
vant ont fait a la cité et pays susdit et que ci après espérons
( 1 ) C'est celle signalée par M. l'abbé Levaux dans ce Bulletin ,
p. 72. Une des expéditions, écrite, à ce que je crois, en 1626, est signée
H. Leclerc, tandis que les trois autres portent la signature J. F. Leclerc.
(2) Cette date indique le jour de la transcription de ce document
dans le registre des archives du greffe de police de Theux.
— 274 —
qu'ilz feront et principàllement à l'obligation du service
qu'ilz ont a ladite cité de soy trouver en icelle armez et
enbastonnez pour Payder guardcr et deffendre contre les
enemis et malveuilhantz, Avons approuvé et confirmé leurs
previleges franchieses et libertez de pouvoir en ladite cité
lever leurs grains, et librement les emmenner hors d'icelle
cité pour leur provision et tous autres leurs previleges fran-
chieses et exemptions , dont anchienement ilz ont usé ou
dévoient uzer , comandant et ordonnant a tous bailhiefïz ,
mayeurs, recepveurs , sergeantz et autres officiers a
nostre dit Lledoubté S1' et Prince et nos subjectz sur paine
d'incourir la très grieffve indignation de notre dit S1' et
d'estre corrigé arbitrairement ; qu'ilz laissent souffrent et
faisent jouyr les dis subjectz et surceans dudit pays de
franchimontdesdis, et autres leurs previleges franchieses et
libertez. Car notre plaisir est tel.
« En temoignaige de quoy avons ceste fait signer et sou-
bescript par le nottaire dudit chapittre et y fait appendre
le scel d'iceluy chapittre en l'an de notre Seigneur mil
chincque centz quarante deux , le troisième jour d'aoust
ainsy signé au comandement de Messieurs les vice doyen
chapitre et députez dessusdits Vhalgarry et plus bas estoit
icelle copie signée Lambert Doupey notarius per copiam.
« Messieurs du vénérable chapitre de Liège pour certaines
causes et raisons eux ad ce mouvantes déclarent que le con-
tenu du previlege derier escript et az subjectz de Franchi-
mont puis naguaires accordé , ne se doit entendre d'autres
grains , sinon de ce que lesdis subjectz et surceantz
mennent et faisent menner hors la cité et banlieu pour
leurs provisions domesticques sans y pouvoir vendre, per-
mower ou distribuer a autruy sur paine de payer le deubt
et redebvabilité comme estrangers.
« Donné ce siexième d'octobre an mil cinque centz qua-
rante deux.
- 275 -
«Ainsy subsigne au coman dénient de messieurs des-
susclis Vhalgarry notaire et au dessoub estoit icelle copie
ainsy signée Lamb. Doupey notaire pro copiam. »
-^-0«>G»^-
APPENDICES
Je possède en copie deux documents qui se rapportent
aux privilèges des Franchimontois dans la ville de Liège.
Ne pouvant les faire entrer dans mon travail , je les donne
ici en annexe. Ces copies ont, selon toute vraisemblance,
été écrites en -1778 ou 1779 et extraites des registres du
grand greffe des Échevins de Liège.
« PRIVILÈGES DES FRANCHIMONTOIS.
« Les Burghemestres Jurez et Conseil de la Cité de Liège
come de la parte des surceants des pays et marquisat de
Franchimont nous soit cejourd'huy daete soubescritte este
remonstreit comment ils auroient entendu que le receveur
des aydes au pays de Liège accordées en subvention de
ceux de huy leur pretendoient constraindre a payement de
certaines tailles et exactions qui ne tourneroit tant seule-
ment a l'infraction de leurs anchiens privilèges et libertez
mais aussy a la diminution des supports et aydes qui sont
envers nous et ladite cité comme membre d'icelle tenus
nous faire oncqz de toute antiquité fait et nous présente-
ment faire et continuer, scavoir faisons que après avoir par
— 276 -
nous entendus ladite remonstrance ensemble autres par eux
mesmes en Conseil de la dite cité piecha cydevant faites,
avec ce que par nous prédécesseurs en avoir estez
appoincter aile entretenance de la hautainete que de tout
temps passeit, la dite cité at heu sur ceux dudit Franchi-
mont comme membre d'icelle et manutention de leur
prememorez privilèges et par nous esteit conclud et arrestô
que demourants empres les dites ordonnances l'on soy
debverat de parte ladite cité opposer et par tout moyen
raisonable maintenir les dits de Franchimont indemnes des
dites tailles et prétendues exactions sans le laisser disjoindre
arrier de la souvent dite cité et par voye de droit ou que
trouverons estre expédient de deffendre et en la querelle
assister come dit est si que membre d'icelle dite cité faict
en dit Conseil ce jour S'-Pierre premier d'aoust quinze
cents et cinquante-trois ainsy soubescrit et signé Stassart
par copie collationé à l'original sauve et en enthiere sellée
du scel des dits Srs et signée du secrétaire de la cité
n. de la cour, puis soubsigne M. Dechamps par copie ex-
traicte hors de l'originele escrit susdite copie y concor-
dante : étoit signé Lambert Rochart, notair par copie ainsy
signée in fidem.
« Etoit signe ita est F. B. La Ruelle notair per Copiam.
« Au dos estoit escrit Copia facta les assistences que les
Bourghmestres jurez de la Cité de Liège ont faict au pays
de Franchimont. »
PRIVILEGES DES FRANCHIMONTOIS.
Les Bourghemestres Jurez et Conseil de la cité de Liège
ayants entendus et incorporez la remonstrance par l'illus-
trissime grâce de très puissant prince et seigneur monsei-
gneur de Liège au faict de la poursuite que font ceux de
Huy,auffin de^joindre lamarquisatede Franchimont arrière
de ladite cité qui sont membre ensemble pour les annexer
aux dits de Huy et les rendre avec eux contributaires ce qui
- 277 -
ne fut jamais veu ny paruy aufiin a sa dite grâce
Reverendissime faire responce pertinent avons diligement
advisez et recuillez partie de nous papiers faisants a
faict en question et par especial la tenure de la paix
de Fexhe qui par son premier article dit que touttes
franchises et anciens usaiges des villes et plat pays
dudit Liège doibvent désormais estre entièrement entre-
tenues sans aucunement estre embrisez et chacun soit in-
duit par loix , or c'est choese certaine prince illustrissime
que les dits de Franchimont sont de sy longtemps qu'il n'est
mémoire au contraire subjects au service de la cité en
touttes nécessitez occurantes mesme a la joyeuse entrée de
votre dite Illustrissime grâce et de vos prédécesseurs feux
princes de pays, tenus soy trouver a garder avec l'estendart
de la cité l'entrée de vostre Eglise Cathédrale dédit Liège
avec autres plusieurs services accoustumez, au moyen des-
quels ils sont estez tenus et reputez libres et exempts de
touttes tailles et exactions de pays, et de leurs dits privilèges
ne sont jamais cy devant estez perturbez ou molestez, ains
sont iceux par plusieurs fois estez confirmez et approuvez
parquoy nous lesdits Bourghemestres Jurez et Conseil avec
lesdits de Franchimont par ensemble incorporez de vostre
dite Illustrissime grâce très humbles serviteurs, la supplient
ne permettre iceux estre desurcis, ains traitez par loix et par
justice laquelle ils présentent a touts opposants, car iceux
' dits suppliants après avoir considérez l'advis faict ou opinion
par les Bourghemestres dez lors donnée en l'an quarante
neuff, polseit que l'un d'iceux acts porte daete de l'an
cinquante neuff en quoy la vérité est viciée , ne treuvent
telle opinion ou advis aucunement estre préjudiciable, ains
simple advis desdits Bourghemestres qui n'ont puissance en
tel cas porter domaiges ou faire choese préjudiciable a la cité
tant pour les raisons précontenues comme d'autres qu'ils
veront plus outre déduire en temps et en lieu estants traitez
par loix a laquelle de recheff vos très humbles serviteurs
supplient par votre dite Grâce illustrissime estre renvoiez,
faict audit Conseil le cinquième de décembre quinze cent
19
— 278 —
soixante. Au dos estoit escrit : Touchant les remonstrances
de ceux de Huy(i). »
On trouve en copie, dans un registre de l'hôtel de ville
de Theux, un référendum relatif aux démêlés desHutois et
des Franchimontois et, par contre, se rapportant aux deux
documents qui précèdent. La pièce touche à l'histoire de
Franchimont , ainsi qu'à celle d'une autre dépendance de la
principauté de Liège : Huy et le comté de Moha.
Voici cette pièce qui montre combien on cherchait à
molester les Franchimontois :
« Remonstrance avecque appostille tirée de l'originelle
signée de la propre main Gualtieu Doupey, notaire du
chapittre catédralle.
« Vennerables et Nobles Seigneurs Messieurs de la Cathe-
dralle Egliese de Liège.
« Remonstrent en toute révérence les surceants du mar-
quisat de Franchimont , comment de toute antiquité ilz
sont assubjectis quant la nécessité presse d'ayder garder
les degrez et marché de Liège avecqz les bourgeois de
ceste cité comme ils firent en l'an '1568 lorsque le prince
d'Orange assiégea la dite cité; comme aussy ont estez
toujours allyez avecqz ladite cité pour ayder payer les sub-
sides impériaux, Et comme les Huitois et Railherie de Mout-
hault prétendent assubjectir lesdits franchimontois a con-
tribuer avecqz eux a toutes subsides et crenees et autres
contributions occurrentes, et que pour monstrer leur droit
cleffensoir et qu'ilz sont assubjectiis de contribuer avecqz
ladite cité. Iceulx dis remonstrants suplient vouloir députer
aucun de vostre collège pour aller a vos archives et illecqz
cercher quelqz reces passé le troisième jour d'aoustl542 et
(0 Les archives communales de Theux possèdent une copie d'un
autre document concernant les privilèges des Franchimontois; la
îT-connaissance, en 1571, par Gérard de Groesbeck, des privilèges du
village d'Andrimont, au ban de Verviers. M. J. S. Renier a édité ce
document dans son Histoire (VAndrimont, p. 372, sous le titre de:
Attestation de bourgeoisie liégeoise en faveur d'Andrimont.
— 279 -
autres precedentz affin s'en pouvoir servir comme ils trou-
veront par conseil, ce ferez œuvre méritoire et obligerez
les snpliants à prier le Souverain pour vos bonnes félicitez.
« Messieurs du Révérend Chapitre de Liège, Ayeans
entendu le contenu de la présente Remonstrance ont
député Révérends Seigneurs Jean Pennas escholastre et
Charles Oley vice doyen leurs confrers pour aller aux
archives et illqecz cercher les documentz demandez et
avenant qu'il y en ayet accordent aux supliants copie
d'iceux.
« Fait et passé au chapitre susdit le vingte siexeme de
novembre mil siex centz huict estoit l'originelle signée.
« Par ordonnance de mesdis Srs Gualtieu Doupey, notaire
1609. »
II
L'industrie sidérurgique , qui florissait à Theux depuis
une haute antiquité ( i ) est aujourd'hui complètement dis-
parue; elle est tombée dans le domaine de l'archéologie.
En attendant qu'on écrive son histoire, un court aperçu de
ce qu'elle était ne paraîtra pas déplacé ici.
Au siècle dernier, il y avait dans le marquisat de Fran-
chimont deux hauts-fourneaux, situés l'un sur la Hoégne, à
Juslenville, au ban de Theux ; le second, au Marteau, ban
de Spa; sur le ruisseau de Winanplanche (2), à 140 mètres
en amont du point de jonction de ce ruisseau avec le Wayai.
Ces fourneaux s'alimentaient de minerais extraits princi-
palement dans la communauté de Theux et à Beaufays ,
près de Liège.
( 1 ) On sait que les Romains y fondaient le fer dès le commence-
ment de l'ère chrétienne.
(2) Ce ruisseau délimitait le ban de Theux et le ban de Spa. Il
sépare aujourd'hui les communes de la Reid et de Spa.
— 280 -
Le charbon de bois, seul combustible employé, leur était
fourni par les forêts de l'Ardenne.
Le fourneau de Juslenville , propriété d'Edmond Fyon ,
était exploité par le propriétaire, conjointement avec deux
associés, Charles Jeunechamps et Toussaint Jason. Le 1er
mai 1765, J. P. et J. B. de Limbourg entrèrent en jouissance
de ce fourneau , ensuite d'un bail consenti en leur faveur
par le propriétaire et ses co-intéressés. Les frères de
Limbourg l'activèrent jusqu'en 1789, année pendant laquelle
ils mirent à feu le fourneau du Marteau, dont ils avaient
acquis les ruines au mois de janvier 1765. Ce fut alors que
Fyon édifia sur l'emplacement de son fourneau la jolie villa
chantée par Leloup, dans : Juslenville. Souvenir poétique (î).
On coulait au haut-fourneau des gueuses , destinées à
l'affinage (2), et toutes les pièces de fonte nécessaires au
ménage et à l'industrie locale. C'était de la fonderie theutoise
que sortaient les plaques de foyers et de potagers, ainsi que
les poêles carrés, dits poêles à taques , dont des spécimens
sont déposés au Musée d'archéologie de Liège.
Les plaques de foyers portent ordinairement à leur centre
les armoiries d'un Etat, Autriche, Espagne, etc. ; quelque-
fois un sujet, tel que le Lustucru (3).
Les poêles carrés, très en usage dans le pays de Franchi-
mont et dans quelques localités avoisinantes, étaient formés
de cinq plaques dont les trois de face étaient ornées d'un
sujet en bas-relief, comme, par exemple, l'Homme Sauvage,
l'Industrie, le Mauvais Riche, la Fortune, la Renommée,
Diane, S'-Remacle. On désignait le poêle par le sujet qui
était représenté sur ses faces.
(1) Bovy, Promenades historiques dans le Pays de Liège, t. II, p. 56.
(2) J. P. de Limbourg, Amusements deSpa, 2e édition, t. II, p. 290.
On y coulait des gueuses pesant plus de 2,000 livres.
(n) Il représente un forgeron aux formes athlétiques martelant des
têtes de femmes sur son enclume. On lit en dessous :
Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne,
Il n'en fera pas une honne.
— 281 —
Ces poêles étaient d'une, de trois ou de cinq pièces, selon
qu'ils étaient coulés en un , en trois ou en cinq jets ( i ). On
moulait également des poêles ronds nommés poêles à la
mode et des poêles à l'anglaise, espèces de foyers composés
de neuf pièces qu'on assemblait dans la cheminée.
La poterie de fer, chaudières, marmites, pots , etc. ren-
trait dans les produits de la fonderie franchimontoise.
Des figures plates et des vases propres à l'ornementation
des cours et des jardins sortirent aussi de la fonderie de
fer de Theux. On y coula (1776) également de petits canons
de même que leurs boulets de deux, de trois et de quatre
livres. Ces canons étaient principalement destinés aux
ports de France.
Il y avait à proximité du haut-fourneau une affinerie de
fer pour la transformation des gueuses en barres.
Ces barres passaient, pour la plupart, dans les forges
battant le fer, martinets et platineries (2), assises sur le
Wayai ou sur la Hoégne. L'affinerie ne suffisait pas à l'ali-
mentation de toutes ses forges. Il fallait recourir aux
usines de l'extérieur, notamment aux forges de Dieupart
et de Férot, pour suppléer au manquant de la production
locale.
(0 On les vendit longtemps à raison de deux sous la livre; plus
tard , ils le furent à la pièce. La Diane, d'une pièce, valait 36 fl;
Saint-Remacle, 32 fl; la Renommée, 28 fl ; l'Industrie et la For-
tune, 26 fl ; l'Homme-Sauvage, 17 fl. Une Renommée de trois
pièces se payait 26 fl et celle de cinq pièces 21 fl. Les autres
marques à proportion.
On payait au fondeur, pour couler un poêle d'une pièce, 3 fl; un
de trois pièces , 2 fl et un de cinq pièces, 25 sous.
(aï Il y avait à Theux et aux environs au moins quatorze forges
mues par l'eau. Chacune de ces forges appartenait exceptionnelle-
ment au même propriétaire ; les partages et les ventes les avaient
divisées de sorte qu'il y avait des personnes qui jouissaient du droit
d'y travailler une ou plusieurs semaines par mois. On rencontre, dans
1rs anciens actes, des transports d'un jour de forge. Il en résultait que
le nombre des maîtres de forges était plus grand que celui des usines.
— 282 —
Dans les martinets ou maka on étendait les barres et on
les convertissait en fers marchands. On y transformait
aussi des barres de fer provenant principalement du
Luxembourg , en queues de poêles à frire et d'ustensiles
divers.
Les platineries fournissaient la tôle et les platines dont
étaient fabriqués les outils et les ustensiles de ménage dans
de nombreuses forges à bras rayonnant autour des plati-
neries. Les ouvriers façonnaient dans ces forges à bras des
bêches , des pelles ou escoupes , des lèchefrites , des cou-
vercles à pots , des poêles à frire , des casseroles , des écu-
moires, des cuillers, etc. L'ensemble de ces objets était
connu sous le nom de batterie de fer de cuisine.
Toutes ces forges occupaient un grand nombre d'ouvriers;
des femmes même y étaient employées à la confection des
menus objets.
La batterie de fer de cuisine était expédiée à destination,
emballée dans de grands paniers appelés hanses. Le poids
net des banses était de 1,500 à 2,000 livres; rarement il
atteignait 2,500 ou descendait à 1,000 livres ( i ).
On a vu (2) que, de l'autorité des maîtres et jurés de la cité
de Liège, Jean Malherbe avait, en 1586, fait saisir une banse
de poêles appartenant à Jean Lamoureux , de Theux. Liège
s'approvisionnait donc à Theux de la batterie de fer de cui-
sine, qui s'exportait aussi dans différents pays étrangers (s).
Son débouché principal était la France, où les banses étaient
envoyées par axe, s'il s'agissait de l'intérieur du royaume,
par mer, si une localité du littoral était le lieu de réception.
Dans le premier cas , elles prenaient la route de Sedan ;
dans le second, elles étaient préalablement dirigées sur
( i ) Le poids du panier contenant 1500 livres de marchandises
était d'environ 90 livres et celui de la paille d'emballage de 85 livres.
(2) Bulletin de V Institut archéologique liéyeoi*, t. XXI, p. 63.
{3) On en fournissait notamment à la Hollande el même à l'Amé-
rique.
— 283 —
Rotterdam ou sur Amsterdam, où elles étaient embarquées
pour leur destination. »
Les droits d'entrée en France étaient minimes (4). Un édit
royal du 18 mai 1705 frappa les fers battus d'un droit de dix
pour cent, évalué à 3 livres par quintal et, soit par malen-
tendu , comme on le supposait à Theux , soit pour toute
autre cause, les anciens droits continuèrent à être perçus ,
de sorte que la quincaillerie fut imposée au sixième de sa
valeur. Enfin, le marché intérieur .de la France fut fermé
aux fers liégeois auxquels il ne resta que les places situées
sur les côtes du pays.
Les mesures fiscales et prohibitives prises par la France
étaient aussi funestes à l'industrie sidérurgique de Liège
qu'à celle de Theux. Liège lui livrait des fléaux de balance
et des clous, rangés dans la catégorie des fers battus.
Les usiniers supportèrent, non sans murmurer, les aggra-
vations de taxes et les entraves mises à leur négoce.
Quelques manufacturiers de Theux , pour éviter le
paiement de droits exorbitants , s'établirent avec leurs
ouvriers à Sedan , où la batterie de fer de cuisine pouvait
arriver, à l'état d'ébauche , de Theux et de Luxembourg ,
terre de S. M. L, exempte des nouveaux droits. Là , on
l'achevait en lui donnant quelques coups de marteau.
La guerre entre la France et l'Angleterre fut une cause
d'inextricables embarras pour les manufacturiers franchi-
montois. La navigation ne jouissait plus d'une entière
liberté. Pourtant les marchandises voguant sous pavillon
hollandais ne couraient aucun risque de capture si elles
n'étaient pas en destination d'un port français. De plus, les
neutres (et les Liégeois l'étaient) , pouvaient, en qualité
de neutres, faire naviguer leurs fabricats sans être
inquiétés. On usa à Theux de la faculté laissée aux neutres
et l'on éluda les risques de la guerre : les marchands
( i ) On payait pour marque de 1er 1 livre 3 sous 9 deniers ; pour
acquit du Torcy, 2 livres, par cent livres 5 sous, et par livre de l'acquit
un sou, soit au total 3 livres 10 sous 9 deniers.
— 284 -
s'adressaient à eux-mêmes leur propre marchandise dans
un port étranger. Malgré toutes les précautions, les Danses
étaient, pendant le voyage, exposées à subir des retards
et des avaries, à être capturées par des navires anglais.
Lorsque l'Angleterre eut déclaré la guerre à la Hollande
(décembre 1780), il fallut renoncer à expédier par les
ports hollandais et recourir aux ports d'Ostende et de
Dunkerque.
Ostende était moins bien outillée que Rotterdam et
qu'Amsterdam ; les vaisseaux y étaient plus rares. Les
banses y séjournaient pendant des mois exposées aux
intempéries du temps , la marchandise arrivait en France
en retard et avariée. Il en résultait non seulement des diffi-
cultés innombrables entre les manufacturiers et leurs
clients, mais encore des pertes pécuniaires considérables
que les premiers avaient à subir. Ils les supportaient pa-
tiemment; ils nourrissaient l'espoir que l'avenir leur ré-
servait des temps meilleurs, car c'était par une mesure
dirigée contre l'Angleterre, que la France avait fermé sa
frontière à la quincaillerie et Ton pouvait croire que , la
paix faite, la mesure de prohibition, n'ayant plus sa raison
d'être, serait levée et la liberté serait rendue au commerce.
En 4783, après la conclusion de la paix , la navigation
retrouva la liberté; les banses reprirent la route des ports
hollandais. On se flattait à Theux que le traité de commerce
franco-anglais ouvrirait de nouveau le marché français aux
manufacturiers liégeois , que les droits seraient ramenés
aux taux antérieurs à 1705. C'était une illusion ; les droits
furent maintenus au chiffre fixé avant la guerre. Ce fut le
motif d'une adresse au prince de la part des manufacturiers
de Theux. Le magistrat de Theux , dans son assemblée du
21 octobre 1783, députa à Liège le bourgmestre Limbourg
avec mission de présenter à S. A. la requête des manufac-
turiers et de prier sa dite altesse d'agir diplomatiquement
auprès du gouvernement français, a!in que le roi consentit
à l'abaissement des droits imposés sur les fers ouvrés.
Les manufacturiers, n'obtenant pas la satisfaction qu'ils
— 285 -
attendaient de leur requête au prince-évêque , tentèrent
une démarche auprès des fermiers-généraux de France. Ils
résolurent de leur adresser la remontrance qui suit , re-
montrance que le magistrat fit sienne dans son assemblée
du 5 janvier 1784.
« Messieurs les fermiers généraux ,
» Les entraves mises au débit de la batterie de fer de cui-
sine de notre manufacture par l'augmentation considérable
des droits à l'entrée de la France, sont le sujet d'une repré-
sentation que nous prendrons la liberté de vous faire, Mes-
sieurs, avec d'autant plus de confiance dans vos intentions
favorables que notre perte rejaillit par contre-coup sur les
fermes du Roi ; de sorte qu'il s'agit d'un intérêt commun à
la France et à notre endroit , Theux , petit bourg du pays
de Liège.
» Autrefois , on ne payoit que 23 sous et 9 deniers ou
environ à titre de marque de fer sur chaque 100 pesant de
toile et de tous autres articles de batterie de fer.
» Par édit du 18e de mai 1765, S. M. a imposé sur ces
marchandises et autres en fer battu un droit de 10 pour
100 évalué à 3 livres pour chaque quintal.
» On a aussi imposé en différens temps 4 et 2 sous par livre.
» Et comme, malgré l'imposition d'un droit, les autres ont
subsisté (peut-être par erreur), il se trouve qu'au lieu de
10 pour 100 ou de 3 livres de droit , en conformité de l'édit
de 1765 , tous ces droits cumulés tels qu'on les fait payer ,
portent depuis une vingtaine d'années 5 livres 10 sous ua
denier et demi par quintal , ce qui fait plus d'un 6e de la
valeur delà marchandise rendue à l'entrée du Royaume.
» Si l'on croyait que la somme résultante des droits d'en-
trée augmentait au profit des fermes à proportion de
l'augmentation des droits, on pourroit se convaincre du
contraire par un simple coup d'œil sur leur produit actuel
comparé à ce qu'ils valoient il y a 15 ou 20 ans et au-delà.
» La raison en est toute simple : les fabriques de Sedan ne
- 286 —
payent que les anciens droits , savoir la marque de fer et
12 sous pour les casernes ; en tout, 36 sous par 100 pesant,
ce qui fait environ 3 livres 15 sous moins que nous.
» Cependant, cette exemption de ceux de Sedan ne tend
qu'au préjudice des fermes du Roi , car outre ce qu'ils tirent
de ces articles de Theux même en partie tout fabriqués et
en partie non achevés, et sur quoi ils ne payent pas les nou-
veaux droits, il est à remarquer que la plus grande partie
des fers qu'ils travaillent, et des fers battus même, leur
viennent du pays de Luxembourg ; et surtout que les
3 quarts au moins des forges de platinerie et des martinets
où on travaille leur batterie de fer, sont situés dans la
même province; en sorte qu'il n'y a pas un 10e de la
matière et du travail qui soit du sol ou des habitans de la
France, mais principalement des terres de S. M. l'Em-
pereur.
» Cependant cette rehausse des droits pour nous seuls est
cause que nous n'envoions presque plus de nos marchan-
dises sur les villes intérieures du Royaume, ce qui est
nuisible aux sujets du Roi en ce qu'ils sont obligés de passer
par les seuls negocians de Sedan a plus haut prix que si
nous ne payions pas les mêmes droits.
» Cela étant, Theux, qui n'envoie plus qu'à ceux de Sedan,
exempts des nouveaux droits, enverroit dans les villes
intérieures du Royaume '2 ou 300,000 corne du passé ; ce qui
vaudroit, sur le pied de 3 livres suivant redit de 1765, 6 à
9 mille livres de droits annuels , qui sont perdus pour les
fermes du Roi, tellement qu'il seroit évidemment utile à S. M.
et à ses sujets que les droits ne portassent que 3 livres
par 100, en conformité dudit édit ou qu'ils fussent remis
comme ils étoient avant cet édit.
» C'est de quoi se flattent les manufacturiers de ce bourg
d'autant qu'en cela l'intérêt de la France s'accorde avec le
notre. »
Les manufacturiers theutois ne furent pas plus heureux
dans leurs démarches en France qu'à Liège. La France
devenait chaque jour plus sévère pour les Liégeois; elle ne
- 287 -
voulait plus recevoir chez elle leur batterie de fer en con-
currence avec celle des Anglais. Le magistrat de Theux
intervint de nouveau en 1786; il renouvela ses instances
auprès du prince, le suppliant d'apporter des modifications
au traité de commerce existant entre la principauté et le
gouvernement du roi. Rien n'y fit: la prohibition fut main-
tenue en faveur des Anglais, dont les articles revenaient aux
Français plus chers que les articles similaires d'origine fran-
chimontoise.
Les fers battus de provenance liégeoise étaient, en
1787, taxés à 25 pour cent de leur valeur et , pour être
admis aux frontières du royaume , ils devaient être accom-
pagnés d'un certificat d'origine légalisé par le ministre du
roi à Liège ( i ).
En 1790, la batterie de fer fut prohibée en France : l'im-
portation de la tôle et des platines , propres à être transfor-
mées en outils et en ustensiles de ménage, fut seule tolérée.
La manufacture theutoise périclitait depuis vingt-cinq ans;
elle ne put surmonter la crise amenée par le coup qui lui
était porté ; des forges chômèrent pendant la majeure partie
de l'année, d'autres tombèrent en ruines.
La révolution qui venait d'éclater ne fut pas plus favorable
à l'industrie sidérurgique de Theux que le lui avaient été
les décrets royaux. Le 5 mars 1801 , le maire de Spa , dans
un rapport au sous-préfet L. Bassenge, écrivait (2) : « Il y a
actuellement à Theux cinq forges de platineries en état. Il
y avait ci devant davantage de ces platineries. » « Une de
ces cinq platineries chaume faute de commerce. » « Les deux
martinets n'ont pas assez d'ouvrage par faute de commerce. »
» Un troisième chaume, tombe en ruine. »
Le même rapport constate que des forges étaient en
(\) Les négociants de Sedan , quoique sujets du roi, ne purent
obtenir la liberté de recevoir de Theux ni d'envoyer au cœur de la
France. Theux continua à envoyer eu Lorraine.
(î) Archives communales de Spa.
ruines dès avant la révolution et que d'autres forges avaient
été détruites par des malveillants depuis la révolution.
Le maire de la commune de Theux , dans ses rapports de
la situation de la mairie au sous-préfet du 2e arrondisse-
ment ( i) , écrit, 1° sous la date du 10 novembre 1803 : « La
manufacture de poêles à frire qui se faisait dans la commune
est totalement tombée depuis la mésintelligence survenue
entre le gouvernement anglais et la république française. »
Et 2° sous celle du 10 janvier 1805 : « La manufacture de
poêles à frire qu'on fait dans cette commune est totale-
ment tombée depuis la déclaration de guerre entre le gou-
vernement anglais et la république française. »
Lorsque Thomassin rédigeait son Mémoire statistique
du département de VOurte , le fourneau du Marteau était
en activité {2), ainsi que l'aflinerie de fer, un martinet (3) et
trois platineries (4). Le haut-fourneau cessa d'être misa
feu au mois de février 1818 ; l'affinerie de fer continua
jusqu'au 26 février 1825. Le martinet et les platineries dis-
parurent insensiblement à des temps plus ou moins éloi-
gnés l'un de l'autre , de sorte que , de toutes les forges du
Franchimont , encore si nombreuses au XVIII' siècle , il
n'en reste plus une seule depuis l'année 1866 , année pen-
dant laquelle le dernier coup de marteau a été frappé dans
la dernière platinerie de Theux.
Les forges ont été remplacées par des moulins à farine ,
par des fdatures de laine et par des fouleries de draps , qui
elles-mêmes tendent à se transporter hors de la commune
de Theux pour faire place à des lavoirs , des épaillages et
des carbonisages de laine.
Ph. de Limbourg.
(i) Archives communales de Theux. Correspondance.
(2) P. 434. Propriétaire : Limbourg.
(3) P. 442. Propriétaire : Bertrand.
(■1) P. 446. Deux platineries à la Bouxherie. Propriétaire: Lim-
bourg. Une platinerie à Juslen ville. Propriétaire: Depresseux.
LES LIARDS DE FRANCHIHOST
En relisant « Une promenade à Beaufkys, » par M. Arsène
de Noue (1 ), je m'arrêtaià cepassage : r< Ce que nous avons
contesté à Theux, nous le retrouvons à Louveigné ; ee
village a eu son atelier monétaire. Battre monnaie, en fixer
b'aloi , lui donner cours , était clans le principe le droit
exclusif de l'empereur. Ce privilège lut accordé aux grands
vassaux de l'Empire comme signe caractéristique de la
souveraineté et de la plénitude de la puissance civile.
Toutefois, les villes, les abbés, les vassaux jouissant du
droit régalien, ne purent jamais battre que de La menue
monnaie (monetac fortis), et non de la monnaie d'or,
réservée à l'Empire. Autour de nous, Trêves, Liège,
Aix-la-Chapelle, Metz et les abbayes de Saint-Maximin de
Trêves (1000), de Prume (886), d'Epternach (977),
(0 Bulletin de l'Institut archeol. liég.T.XW, p. 421. A la
page 430 du même Bulletin, M. de Noue dit: « Nous prions
M. Schuermans d'aller à la recherche de la monnaie de Theux ;
ce serait une belle découverte numismatique.»
20
— 290 —
jouissaient de ce droit. La puissante abbaye de Stavelot possé-
dait aussi ce droit régalien, et cependant nous n'en aper-
cevons la première trace que clans le diplôme cle 1152 de
l'empereur Frédéric, où il est parlé cle percussuram
quoque monetœ, diplôme affreusement interpolé, et qui
n'existe aux archives de Dusseldorf, au milieu de tous
les autres diplômes, que dans un état de destruction
complète. Nous avons du reste, en 1567, une commis-
sion de battre monnaie à Horion, à laquelle les Liégeois
s'opposèrent. Quant à la monnaie frappée à Louveigné, son
existence est incontestable ; on en possède des exem-
plaires, et Ferdinand de Bavière, dans son éclit du 22 juin
1650, donné en son conseil, à Stavelot, « a trouvé
» expédient cle mettre derechef à billon tous liards de
» Reichem , Gronsfeldt, même ceux forgés à Louveigné ,
» sans tête et autres qui ne sont au coin de Liège ». <c Nos
manuscrits nous renseignent que ce fut en 1643 que
des liards furent frappés à Louveigné ».
Mon attention se fixa particulièrement sur le millé-
sime 1643. Je me rappelais avoir, il y a une quinzaine
d'années, vu dans les archives communales de Theux,
et avoir copié une pièce détachée touchant des liards à
frapper à Theux ou à Franchimont. Je relus ma pièce et je
lui trouvai certaine concordance avec ce que M. de Noue
dit de l'atelier monétaire de Louveigné. Le document de
l'hôtel-de-ville. de Theux intéresse le marquisat de Fran-
chimont et la principauté de Stavelot. Il est peu ou point
connu, et, à ce titre, il me paraît mériter les honneurs de
l'impression. Le voici :
« 1643. Requeste touchant les monoies cle métal.
« A noble et généreux Seigr Ferdinand Baron de Lynden
et cle Froidcourt viscomte de la haute et basse Dormal ,
gentilhomme de la Chambre de Son Alteze Sme son Gou-
verneur du marquisat de Franchimont, etc.
— 291 —
« Remonstrent avecq toutes submissions et respects, les
subjects cludit Marquisat de Franchimont, que comme il
se fait journellement plaintes entre eux qu'ils sont en
grandes nécessitez de Lyards pour l'usaige et exercice du
commerce les ung avecq les autres , n'estant suffisamment
de ce serveu pour leur ayse et cômodité journalière
encore bien qu'ils s'en forgeroit dans la cité de Liège pour
ce qu'aucuns marchants les envoient en autres pays et
par ainsy ne s'en tire en ceste marquisate tant que pour
suffir à la cômodité du populace par la conduite et
exercice de là marchandise et autrement. Ils suplient
V. S. estre servie d'employer son crédit envers sadite
Alteze Sme leur Prince luy remonstrant le prends, et
obtenir d'icelle sy possible est la permission de faire battre
une bonne quantité de lyards sur le coings dudit
Marquisat, ou à la mesme façon que ceux qui se font à
Liège et par le mesme wardin et tailleurs de coings en
payeant les regaux deu et accoustumez. En quoy faisant, etc.
« Au nom des supliants, Jean de Limbourg. »
« Doble de la requeste A Monseigneur le baron Dolincof,
touchant la monoye 1643 en avril.
« Monseigneur,
« Remonstrent en toute submission Guillaume Ticquet et
Pacquea Brixbe que pour l'accomodité du trafique et
commerce tant en votre Principauté de Staveloz que
Marquisat de Franchimont et autres Pays .circonvoisins il y
aurait disette de liards et que nonobstant la quantité qui se
forge présentement pour l'usaige de Vre principauté de
Staveloz pour nestiv icelle suffisante pour l'accomodement
d'icelle laquelle pour estre de laide mise estant imprimée
avec certaines presses instruments qui ne sont bien dirigez
en ces quarteirs ou l'employ n'a esté bien pratiqué jusqu'au
292 —
présent. Us supplient V. Sritî Illustrissime leur octroyer la
fabrication d'une quantité de vingt mils ff laquelle ils feront
battre par les ouvriers serimentez de ta monoye employant
à cest elîect le Wardain serimenté et tailleur de coings
pour esviter toute supercherie suplienl pariant V. S. Illus-
trissime d'estre servie leur taire caste faveur soûl) obliga-
tion qu'ils feront suivre à Y. S. Illustrissime les régaux
accoustumez.
« Quoy faisant, etc.
« Mons1',
« Comme nous avons journalièrernent plainte des surceans
de la marqte de Franchimont que ils sont en grand nécessité
de liars pour faire leur commerce les uns avec les autres,
et que ceux qui sont forgez dans la cité de Liège ne sont
suffisant pour en pouvoir tirer en eest marquis pour
soulager la communauté ors comme Vre Se est nre Gouver-
neur et que entièrement scavons que ne désire autre
chose que de nous soulager en noz nécessitez , nous nous
prions nous favorisser d'employer vre crédil envers S. A.
nre redouté prince qu'il vous donne la permission de faire
battre quantité de liars pour nre marquis de mesme coings ,
façons de ceux qui se forgent à Liège et en payant le
mesme regaux, mesme wardin et tailleur de coings ».
Il n'existe , à ma connaissance, aucune preuve que le
prince accéda aux sollicitations des. Franchimontois.
Cependant il est certain qu'une monnaie spéciale à Franchi-
mont et à Horne fut frappée à Liège sous le règne de
Ferdinand de Bavière. M. Schoonbroodt, conservateur des
archives de l'Etat, à Liège, a édité, dans le Bulletin de
l'Institut archéologique Liégeois (]) : « Essai sur le droit
de battre monnoie qu'avaient les prunes de Liège et qui
(1) Tome XIII, p. 73.
- 293 -
était exercé par le Chapitre de la cathédrale pendant la
vacance du siège épiscopal. »
J'extrais de cet essai, dû à Jacques de Heusy, bourg-
mestre de Liège en 1760, le paragraphe ci-après :
«Ferdinand de Bavière a aussi fait battre des liards
comme marquis de Franchimont et comte de Horne, ayant
d'un côté les armes de Bavière et la légende : FERDI-
NAND VS ELEG : COL : PRIN : LEOD ; et au revers le
perron surmonté de la couronne qui termine les armes
de Liège, l'écusson de Franchimont à droite et celui de
Horne à gauche et celui de l'Empire sur le Perron avec la
légende : MARCH : FRANCHIMONT : COMES HORN : , ce
qui démontre qu'il a été battu des monnoies aux coins de
toutes les provinces du pays de Liège. »
Vilkrs, de son côté, écrivait (l) : «Enfin, le c22 juin 1650,
Ferdinand fit en ce pays son dernier acte de juridiction
par un mandement qu'il porta, touchant les monnoies de
cuivre. Il y mit au billon les liards de Reickem et Gronsfeld,
ceux forgés à Louvegnez sans tête et autres qui n'étoient
point frappés au coin de Liège ; voire néanmoins que ceux-
là dévoient avoir cours à l'évaluation de six pour un
pattar » (2).
En rapprochant le document des archives de Theux des
faits rapportés parles trois historiens cités, il existe, on
doit l'avouer , des présomptions sur la résolution prise par
( 1 ) Histoire chronologique des abbés-princes de Stavelot et de
Mahncdij, éditée par M. J. Alexandre, tome I, p. 361. M. de
Noue, à la page 409 de ses « Etudes historiques sur V ancien pays
de Stavelot et Malmedy <> , cite, à propos des monnaies de
Louveigné, le manuscrit de Yillers et un autre de David. Ce
dernier est, je crois, encore inédit.
(2) Le patar valait quatre liards. L'édit de 1650 réduisit donc
d'un tiers la valeur des liards frappés dans ces localités.
- 294 -
Ferdinand de Bavière. Ferdinand réunissait en lui les
dignités princières d'évêque de Liège et d'abbé de
Stavelot. Il approuva, il est vraisemblable, les requêtes des
habitants du marquisat, leur donnant la satisfaction qu'il
avait accordée à ses sujets du Comté de Logne. Quel motif
aurail eu le prince de refuser aux: premiers ce qu'il avait
concédé aux seconds ?
C'est en 1643 que Son Altesse est priée d'octroyer l'auto-
risation de forger des liards dans la principauté de Stavelot
et clans le marquisat de Franchimont.
C'est en 1643 que Louveigné , comté de Logne, possède
un atelier monétaire. Si la requête de Stavelot a été
accueillie favorablement, si Louveigné a été choisi pour
lieu où la monnaie abbatiale serait frappée , Franchimont
peut avoir joui momentanément du droit de battre ta
monnaie nécessaire aux habitants du marquisat. Il ressort
des pétitions des archives communales de Theux, que
l'hôtel des monnaies de Liège était insuffisant pour pourvoir
les Franchimoiitois de la quantité de liards nécessaire à
leurs besoins journaliers. Il fallait y suppléer par une frappe
extraordinaire de menues pièces clans une autre localité
que Liège, et ce ne pouvait être qu'à Franchimont ou à
Theux, capitale du marquisat. Si des coins n'existaient pas
encore à Franchimont, on pouvait y transporter ceux de
Liège, dont parle de Heusy.
Theux ou Franchimont, dira-t-on, n'est pas au nombre
des endroils cités dans l'édit du 22 juin 1650. Une telle
objection n'est pas admissible ; elle tombe en présence du
texte do Villers ; les monnaies visées dans ce mandement
n'étàienl poinl frappées au coin de Liège ; de plus, les
monnaies à l'usage de Stavelol étaient défectueuses d'après
les documents dos archives de Theux. Los monnaies do
franchimont, au contraire, frappées au coin de Liège, coin
spécial au marquisal , remplissaient les conditions exigées
— 295 —
et se confondaient avec les liards sortis de l'hôtel de la
capitale. Le mandement de 4650 ne leur était pas applicable.
D'autre part, si les liards frappés dans le marquisat
n'avaient pas été battus au coin de Liège, contrairement au
vœu émis dans la requête de 1643, l'édit du 22 juin 1650
les atteignait, puisqu'il est ajouté à la nomenclature des
lieux ayant joui d'un atelier monétaire et autres qui n'étoient
point frappés au coin de Liège.
A Dieu ne plaise que je veuille prétendre d'une manière
absolue qu'un atelier monétaire a existé à Franchimont ou
à Theux. Mes connaissances numisinatiques sont trop res-
treintes pour avoir une telle prétention. Mon intention a
simplement été de faire connaître trois lettres non dépour-
vues d'intérêt pour une partie de la province de Liège.
La question reste donc entière.
Un jeune numismate , membre de l'Institut archéolo-
gique liégeois , qui a des attaches dans le marquisat de
Franchimont, voudra, peut-être , étudier sa collection de
monnaies et découvrira-t-il sur l'une d'entre elles un signe
distinctif et caractéristique propre à établir que des liards
ont été frappés dans notre vieux caste!.
Theux, le 28 août 1889. Ph. de Limbourg.
HJLL. DE LINST. ARCH L! ÉGEO I S. T. XX l
PL. XI
É siii) -il
Photo.Ch.Claesen à Liéèe
< / ' 7 7 7/
LA VIOLETTE
HISTOIRE DE LA MAISON DE LA CITÉ
A LIÈGE
Viola in foro.
(Obituaide de S'-Lambert. )
Ce ne serait pas pissez faire que de rechercher ce que fut
la Violette , l'ancienne Maison de la Cité , à Liège , ni de
rappeler à la mémoire divers édifices, généralement oubliés,
qui se sont succédé sous ce nom ; nous pourrons môme ,
grâce à de nouveaux documents , remettre en lumière la
Maison civique telle qu'elle se montra sous sa principale
forme architecturale : mais, il conviendra aussi d'étudier les
institutions communales qu'elle abrita, et cet examen ne
se peut faire utilement qu'en prenant pour cadre l'histoire
de la ville de Liège.
Telle est, en réalité, la tâche à remplir, difficile et péril-
leuse, si l'on considère la longueur du temps qui s'est
écoulé depuis les premiers efforts du mouvement communal,
et si rempli de faits constants ou contradictoires, que la
vie entière d'un écrivain ne suffirait pas pour les relater.
21
- 298 -
Cependant , dût cet essai sur l'histoire communale
liégeoise, étudiée en elle-même, n'arriver encore qu'à des
résultats incomplets, il vaut la peine de contribuer pour une
pari à la découverte ou à l'affirmation de la vérité historique,
dans un ordre de faits importants et coordonnés suivant la
méthode des antiquités politiques. Sans doute , on nous
tiendra compte d'être entré dans une voie où d'autres
iront plus loin, si l'on songe que de plus petites villes du
pays, moins préoccupées des pompes extérieures de la
principauté, possèdent déjà, avant nous, l'histoire interne
de leur bourgeoisie.
Il nous faut, comme elles et avec elles, conserver la
tradition commune des anciennes franchises, qui sont
l'honneur de nos annales, et dont les premiers exemples
vinrent généralement de la Cité liégeoise; il convient d'au-
tant plus d'étudier leur histoire, que des diverses formes
politiques, nos institutions communales ont seules été assez
puissantes pour survivre au passé.
I. Développement de la Commune liégeoise; origines et histoire
des magistratures populaires. La Halle et la première Maison
de la Cité dite à la Violette; — 1394.
II. La Violette, Maison de la Cité, deuxième édifice; organisation
intérieure et fonctions des magistrats., principalement
suivant Jean de Stavelot et les documents de Bartollet; auto-
nomie communale. La destruction de la ville par le duc de
Bourgogne et ses suites; 1394-1497.
III. La Violette, troisième Maison de la Cité ; § 1 origines du Recueil
héraldique; description de la Violette, suivant un manuscrit
d'Abry; dessin de la Violette; § 2 historique d'après les
registres aux recès et les chroniques ; voisinage du monu-
ment et topographie des chambres de métiers ; événements
communaux, et bombardement de Boufflers; 1497-1691.
IV. L'Hôtel de ville, 1714. La Révolution, 1789-1794.
V. Le perron , origines de l'emblème ; histoire du perron monu-
ment liégeois; restitution archéologique suivant le manus-
crit de Warfusée.
Développement de la Commune liégeoise; origines et
histoire des magistratures populaires ; la Halle et la
première Maison de la Cité, dite à la Violette ; — 1394.
L'histoire de la Maison communale liégeoise trouve
naturellement son point de départ dans l'existence préa-
lable, à une date reculée, d'une population libre, reven-
diquant ses droits politiques, puis assurant, par des
magistrats, sa propre administration. En attendant de
voir ces besoins successivement s'affirmer, jetons un
coup d'œil sur nos origines mêmes.
«La Ville de Liège, dit Wohlwill (Die Antange der
landstândischen Verfassung im Bistbùm Luttich, p. 72),
n'est nulle part indiquée comme étant la propriété de
l'église dans la désignation des biens de celle-ci. L'église de
Liège ne paraît avoir possédé qu'une partie seulement du
territoire urbain. Dans le Privilège de Henri V (Chapeav.,
II, 54), à l'égard du Chapitre de la Cathédrale, il est formel-
lement établi quels droits de la Forensis potestas , c'est-à-
dire du mayeur et des échevins de la ville, sont admis ou
interdits à l'intérieur de la Terra mansionaria. Cette
dernière, dont le fonds était bien d'église, est ainsi séparée
du reste de la Cité, qui était absolument placé sous la
Forensis potestas, soumis, à savoir, au pouvoir civil. »
Il ne rentre point dans notre sujet d'examiner les insti-
tutions princièreset épiscopales. Phénomène qui n'est point
- 302 —
rare au moyen-âge, une importante fondation religieuse
s'était établie politiquement chez nous, suivant le type,
agrandi par la translation d'un évêçhé, du monastère gou-
verné par un abbé élu et seigneur terrien. Favorisés par les
princes francs, riches de leurs propres apports augmentés
par de grandes donations faites à saint Lambert, patron
du pays toujours vivant, finalement par leurs acquêts, les
princes-évêques avaient fixé sur notre territoire libre et ne
dépendant que de la couronne , dans le viens leudicus , le
siège de leur puissance; et ici comme ailleurs, forts de
leurs droits personnels, ils se souvinrent facilement des
pouvoirs politiques que leur avait déjà conférés en général
le code de Justinien , pour organiser un état que recon-
nurent les empereurs germaniques.
Après les premiers âges des apôtres et des cénobites, le
temps de la politique énergique et entreprenante était déjà
arrivé avec Nolger, le véritable fondateur de la principauté,
reconnu par Otton. Un partage du patrimoine de saint
Lambert s'opéra entre l'évêque, le chapitre et une noblesse
féodale, et cette première organisation de la vie natio-
nale fut complétée ultérieurement par l'accession des
citains.
Quelque grands qu'aient été les progrès politiques
accomplis plus tard par la bourgeoisie, Liège, qui n'avait
point été un municipe romain, n'était pas, vu la présence
d'un prince souverain, appelée à devenir une de ces villes
libres comme il en exista en Allemagne ou en Italie; néan-
moins elle parvint à l'autonomie communale.
Antérieurement à Notger , saint Hubert, comme le dit
Anselme, avait attribué aux habitants la jouissance du
droit civil connut' aussi l'usage des poids cl mesures. Il
est remarquable que cette reconnaissance des droits
civils coïncide avec l'établissement à Liège des anciens
évèques romains de Tongres , abandonnant leur second
— 303 -
siège, Maestricht, en territoire germain, où d'ailleurs la
puissance d'un comte n'aurait pu que leur porter ombrage.
Si peu explicite que soit la brève affirmation d'Anselme,
l'attribution ou la reconnaissance d'une juridiction civile
apparaît comme une des conditions premières de la
fondation épiscopale dans la vallée de la Meuse romane.
La condition exacte de ces premiers oppidani doit être
étudiée dans tout le groupe ethnographique qui nous
avoisine, et ce qu'on en peut connaître dépend en grande
partie d'inductions tirées des documents hagiographiques.
C'est là le point le plus éloigné des origines de nos futurs
citains, et ce n'est guère qu'à partir des aspirations du
XIe siècle que se marque la direction de cette classe d'habi-
tants. On leur doit à ceux-là qu'il soit parlé de très bonne
heure , dans nos villes de Liège et de Huy, de droits et
privilèges : soit que ceux-ci datassent de plus loin, soit
qu'ils aient été reconnus sur un territoire dont le prince
souverain n'avait pas la continue possession.
De ces anciens propriétaires du sol , qui avaient natu-
rellement le droit de se régir, sortirent les chefs des
lignages ou gentilités, diversement appelés en latin au
XIII0 siècle, cives, nobiles, divites, insignes, etc. ; ou, dans
les chroniques, nommés bourgeois, grands, nobles, citains ;
on trouve les cives leadienses mentionnés dans nos premiers
documents, comme les majores civitatis le sont dès le
onzième siècle. Sans parler de ceux qui passèrent dans les
rangs de la noblesse établie , ceux-là devinrent les chefs des
familles politiques, les grands citains; tandis que se formait
en-dessous d'eux le corps compact des petites gens , les
communs, de diverse origine, anciens serfs, manouvriers,
aubains ou afforains qui , en vertu d'un établissement
devenant toujours plus ancien, recoururent à la ligue,
le puissant moyen de l'époque, et firent valoir aussi des
droits grandissant avec leur fortune.
— 304 —
Les renseignements les plus anciens nous montrent
l'administration intérieure urbaine dans tout notre pays de
Liège, dès le commencement , aux mains d'un mayeur ou
major et d'échevins , les scabini.
Remplissant des offices seigneuriaux et restant à la
nomination du prince, ils sont choisis parmi les grands
citains. Ils constituent les premiers magistrats civils.
De la même façon qu'il y eut l'avoué ou représentant
laïque de l'évêque pour les affaires d'ordre général , le
mayeur ou maire est particulièrement placé à la tête du
gouvernement intérieur de Liège. Il est, dès l'origine, le
maître de la Cité , assermenté devant le Chapitre et nommé
pour un terme illimité par le prince, qui ne pouvait tra-
fiquer de cet office à conférer. Investi lui-même de certaine
juridiction civile , notamment quant aux choses vénales ,
il s'appuie sur les échevins, dont il fait appliquer les
sentences ; le mayeur devient une sorte de lieutenant
exécuteur , très redoutable et ayant sa prison ; tout au
moins comme dénomination locale , le nom de prison des
maires s'est transmis , sur place , jusqu'à nous.
Ainsi, représentant le prince-évêque dans la Cité comme
d'autres le faisaient dans les bonnes villes, le mayeur vendait
les récoltes domaniales, percevait les taxes sur les mar-
chés, prélevait le tiers des amendes comminées par la
cour échevinale. Plus tard, confondant à dessein les droi-
tures fiscales des fora avec le lieu même, il s'arrogea la
disposition volontaire des marchés ou des foires. A l'ori-
gine, il veillait là au respect de l'ordre public, au nom
du prince. Quant à la police de la Cité, expéditive en cas
de flagrant délit, elle était faite par les varlets du mayeur,
et nous savons , par des détails rétrospectifs, que ceux-là
devaient être bourgeois de la Cité, de bonne réputation; leurs
noms, suivant la Lettre de Sl-Jacques (4433), devaient, au
préalable , être adressés aux maîtres de la Cité. Ces agents
- 305 -
ou varlets ne pouvaient , même de nuit , arrêter un tran-
quille citain ou étranger. Ils ne pouvaient conduire et tenir
en prison jusqu'au jour, qu'aucune personne suspectueuse ,
causant trouble et dommage.
Les échevins sont des juges suivant la Loy , constituant
le tribunal privilégié de la population bourgeoise, tout en
composant cependant une cour seigneuriale aussi, puisque
c'est le prince qui en nomme les membres. En Flandre ,
au contraire, on voit bientôt la bourgeoisie intervenir dans
leur nomination. Dès lors, la différence même, dans
l'origine du mandat, transforme l'institution. Tandis que
les échevins flamands deviennent principalement des
magistrats communaux, les échevins liégeois gardent leur
caractère originel , qui les isole davantage de la popula-
tion. Ils sont avec elle d'abord parce que celle-ci est avec
eux , le premier effort d'une démocratie naissante étant
toujours de s'assurer d'une justice distribuée suivant un
droit au moins connu ; mais au jour où celle-là veut
davantage, elle se sépare des échevins et répudie une
administration trop souvent dirigée contre ses nouveaux
besoins.
L'autonomie urbaine , ainsi que le dit M. II. Pirenne ,
dans un tout récent ouvrage sur la Constitution de Dinant
(p. 21), n'a pas trouvé son expression dans les échevins,
mais dans les jurés.
L'insuffisance de l'ancien droit administratif, le manque
de garanties nécessaires, le contrôle des finances publiques,
l'extension du domaine propre à la Cité, la surveillance de
franchises toujours plus grandes ne pouvaient manquer de
leur donner des subrogés.
C'est néanmoins aux échevins qu'il faut faire remonter
les premiers actes publics de la Cité. Avant les jiirati , ils
composent avec le mayeur le conseil de celle-ci. Tout le
tribunal échevinal? On peut ne pas le croire, si celui-là avait
— 306 -
la garde du droit commun, il est vraisemblable qu'à une
partie des échevins seulement était dévolu, conjointement
avec le mayeur qui les présidait, l'exercice des fonctions
administratives.
Administrateurs et juges, les échevins régissent la Cité,
connaissant de toutes les affaires: « C'est à savoir (document
de 1250) ke toutes amendes, tout mesfait, toutes enfrein-
tures, toutes entrepresures , tout ban, toutes deffenses,
toutes commandizes et tout estatut sont l'ait à Liège par
le mayeur et les Eskevins et toutes amendes de quoi ke che
soit, toutes escances, toutes peines, tout fourfait et toutes
droitures levées. »
Issus des lignages, ils constituaient de toute façon une
caste privilégiée. « A cel temps (1200) les Eskevins
estoient Sangnours de Liège, o dit Jean d'Outremeuse ( Y.
p. 207); Hemricourt nous montre l'écbevin Louis de Surlet
plus puissant que le prince-évêque Hugues de Pierreponl:
« Sire Lowy Surlet (Miroir, p. 211) fut tous maistre délie
citeit miez que li Evesque Ilouwe de Pirpont. »
De bonne heure, la juridiction des échevins pris comme
juges, subit la loi d'une localisation très compliquée; on les
retrouve partout dans le groupe liégeois. Généralement
une cour échevinale se composait de sept membres; à
Liège « cité mère et chef des bonnes vides » comme
l'appelle Hemricourt, il y avait, quatorze échevins. Leurs
fonctions « perpétuées aile vie de ceux qui les tiennent »
restaient le plus souvent dans une même caste, et ce mono-
pole de fait contribua à former une sorte d'aristocratie de
robe, bientôt trop séparée de la population urbaine dont
elle sortait: de là des tendances politiques particulières, des
occasions de corruption el *\r>, incriminations continuelles.
Accusés de partialité dans les longues luttes soutenues par
les Petits contre les Grands, hommes issus des lignages,
conservateurs obstinés j les échevins si1 virent même per-
- 307 —
srm nullement menacés dans l'exercice de leurs fonctions
de juges. La Cité offrait en 1347, cent vingt mille écus d'or
au prince à la condition de prendre annuellement des
échevins parmi les membres du conseil de la Cité. La
commune, par le mandat annuel et électif, serait revenue
naturellement et sans le savoir aux procédés des anciennes
républiques, maîtresse du droit et en réglant toujours
l'exercice.
Mais il n'en alla point ainsi.
Bien que dans une Lettre le prince (1386) se soit déclaré
« Sires Soverains et Singuliers Correcteur des Esquevins » ,
ceux-ci restèrent inamovibles et infaillibles, juges d'appel
des autres cours, sans appel eux-mêmes dans le pays,
« Chieff délie Loy ». Comme d'autres, la paix d'Angleur,
organisa à nouveau la coutume générale du pays, en suite
de la victoire des Petits. Celle-ci, après le massacre de Saint-
Martin (1312), expulsa les grands lignages de la juridiction
qu'ils avaient seuls exercée. L'écbevinagefut encore réformé
(1385), après une enquête tenue du chef de vénalité contre
les 1-4 échevins, tous reconnus coupables, sauf un seul
qui ne siégeait jamais.
Dans la partie de la chronique de Zantfliet relative à
cette grave affaire, le lecteur retrouve, aisément,
nombre de traits de mœurs. On y voit, par exemple,
comment un mécontent use de tous les moyens , ordinaires
déjà, pour former l'opinion populaire.
Irrité contre ses juges les échevins, qui l'avaient
dépossédé d'un héritage, un certain Gilles de Laveu ,
manant de four Casteal , dit Hemricourt — « s'en va par
le marché, les tavernes, les carrefours, les places publiques,
les villes, les bourgades, partout où il pouvait aller,
diffamant tous les échevins comme vendant la justice,
faussaires, les pires des larrons ».
Le peuple s'était assemblé au palais suivant la coutume,
— 308 —
pour régler des affaires auprès du prince; le tribun impro-
visé, sûr après entente préalable d'être soutenu, se mit
au milieu du cercle des citains et prononça un réquisitoire
virulent, dont le chroniqueur latin refait aisément une de
ces diatribes passionnées, prononcées au forum romain
au temps des luttes soutenues par la plèbe contre le
patriciat. La mise en accusation fut décidée et une com-
mission générale fit l'enquête. Notons sinon à propos de
cette condamnation , du moins s'il s'agit des échevins
en général, qu'il faut faire la part de l'exagération, et
croire que dans la défaveur qui les poursuivit, l'exercice
même de la justice, ou le maintien de la légalité, dange-
reux surtout alors, reste un motif qui ne doit pas être
passé sous silence.
A la suite de l'enquête , sur l'avis conforme de l'em-
pereur, le prince choisit de nouveaux échevins, s'adres-
sant même à de simples citains intègres et instruits.
Ceux-ci remplacèrent donc avec les grands, et non sans
ditficultés d'abord, l'ancien sénat judiciaire par un nouveau
corps. Il se composa finalement de jurisconsultes de car-
rière, conservateurs de l'ancien droit, familiers du palais
qui, pour se hausser, se séparèrent du populaire, et d'autre
part, furent soigneusement tenus à l'écart du mouvement
communal. La cour resta seigneuriale.
Telle est, en résumé, l'histoire initiale de l'échevinage
liégeois, représentation primitive de la bourgeoisie, laquelle
finalement l'abandonne, tandis qu'il revient à la noblesse,
au clergé et au prince.
Reprenons encore la question des origines.
A une date reculée même, les anciens habitants du
territoire urbain, que nous avons tenu à mentionner tout
d'abord , avaient prospéré , et ils restaient sous l'empire
d'une première organisation politique dont ils étaient exclus.
Les chefs de famille, marchands, exerçant une profession,
- 309 -
propriétaires, s'étaient multipliés. Ils se groupèrent en vue
de la protection de leurs intérêts, source de droits nouveaux.
La Meuse , comme le Rhin, servait de voie naturelle
au négoce; Dînant, Huy, Liège étaient des marchés, et les
bourgeois-marchands semblent s'être , des premiers ,
entendus et ligués ; les métiers durent former très ancienne-
ment aussi de ces corporations d'artisans connues déjà à
Rome et dans le vieux monde romain. Certains métiers
devinrent même d'autant plus puissants par le nombre
qu'ils avaient été moins en honneur auprès des riches.
L'œuvre de l'association obtint tout succès, en ce temps
où l'individualité isolée ne comptait pas.
Il se forma, on le sait, des alliances jurées. Quant à
Liège spécialement, il vaut la peine , nous semble-t-il , de
voir comment, dans les diplômes de Henri VII, roi des
Romains, des années 1229-30-31 , la stylistique latine de la
chancellerie princière cherche à nommer cette chose
nouvelle, qui s'était simplement appelée la commune ou
communalteit de Liège.
C'est la « conjuratio quam inter se cives fecisse dinos-
cuntur ad omnia jura ipsorum conservanda ». Ailleurs
les termes assemblés de « communiones , confederationes,
colligationes seu conjurationes» , désignent encore la
commune « quoeunque nomine censeatuvî> ; et cette
communion des citains ou leur conjuration représente
leurs libertates, jura et paces. Un autre texte décrit et
apprécie ainsi l'organisation et la portée du mouvement
communal : « quidquid a burgensibus seu oppidanis ali-
quibus in praejudicium Ecclesiae et cpiscopi Lcodiensis
juramentis seu colligationibus, extitit ordinatum vel cons-
titutione quadani attemplatum. »
Généralement, dans les communautés, des membres dési-
gnés, assermentés, furent commis pour surveiller toutes
les affaires locales et d'ordre intérieur. Il fallait à la bour-
geoisie de nouveaux moyens d'administration pour arriver
— 310 —
au gouvernement d'elle-même ; elle les obtint en vertu
du besoin qu'on avait d'elle; son importance économique
lui valut une position sociale sans cesse améliorée et des
droits politiques toujours plus complets; elle devait un jour
arriver à la prépondérance.
Le début du mouvement de la commune liégeoise est
donc signalé par l'apparition des jurés. Les jurati prêtaient
serment de fidélité à la chose commune ; comme après
l'obtention d'une convention plus avantageuse, ils en juraient
l'observation au nom de leurs mandants. Le serment inves-
tissait le mandataire d'une double fonction. Il devenait
homme public, et, vis-à-vis du pouvoir, comme contractant,
il pouvait être un surveillant redoutable. Le même serment
unisssait les jurés, qui formèrent un corps nombreux,
investi même de pouvoirs au criminel quand il s'agissait
de l'observation des franchises ; ils étaient alors d'actifs
inquisiteurs; de la même façon, toutes les affaires d'orga-
nisation intérieure, entre bourgeois, leur étaient déférées.
La bourgeoisie sut, ici comme ailleurs, mettre à profit
des circonstances favorables, comme le meurtre d'Albert de
Louvain (1192), et la lutte de deux prétendants ; l'occasion
chez nous du sedes vacans était toujours prête , souvent
attendue. L'élection d'Albert de Cuyck (1193-1200) marque
dans notre histoire une date d'une importance capitale.
Gomme d'autres princes , il se montra favorable aux bour-
geois. Les princes, d'ailleurs, soutinrent en général, tantôt
les intérêts de la noblesse , tantôt ceux du peuple , préoc-
cupés avant tout de l'exercice de leurs droits seigneuriaux.
La charte d'Albert de Cuyck fait passer dans le droit politique
du pays les avantages réclamés par la bourgeoisie, dont la
situation juridique à cette époque est ainsi nettement déter-
minée. Thierry d'Alsace joue en Flandre le même rôle
protecteur, et un mouvement général produit des effets
identiques : les jurés apparaissent, en signe de l'autonomie
partiellement acquise ou à compléter. Les jurati sont men-
— 311 _
tionnés en 1127 dans la heure de S'-Omer, à Utrecht en
1251; à Dinant, pour la première fois au pays de Liège,
en 1196. Ainsi qu'à Liège, il y eut des jurés à Metz, à Verdun,'
à Noyon, et il est utile de remarquer avec M. Pirenne
(op. cit. , 35), que Noyon, Verdun, Utrecht sont aussi des
villes épiscopales. Si l'échevinage garde à Liège son carac-
tère seigneurial, les jurés, mentionnés en 1231, se main-
tinrent en revanche comme dans le nord de la France
tandis qu'Outre-Rhin, où l'église impériale garda plus de
puissance, ils ne purent se soutenir. La lutte communale,
presque révolutionnaire, qui commença en 1229, vit en
1254-55 nos villes soulevées contre Henri de Gueldre ; mal-
gré l'intervention de l'empereur d'Allemagne et des princes
de l'empire, cette lutte, finalement, tourna à l'avantage des
communes de noire pays, liguées aussi et conduites par
leurs jurés et des chefs ou maîtres de la bourgeoisie. Bien
avant la fin du XIIL siècle, le prince reconnaît les magis-
tratures communales; les jurés sont officiellement et léga-
lement constitués par la charte de commune donnée à
S'-Trond en 1288. Les aspirations du XL siècle étaient, à
la fin du XIII", devenues clés faits accomplis.
Les jurés sont-ils plus anciens que les maîtres de la
Cité? S'il est difficile de répondre à cette question par
des laits et des dates précises, prises dans notre ancienne
histoire liégeoise, on peut dire d'abord que les jurés ont
constitué vraisemblablement la première magistrature
populaire qui ait répondu aux nouveaux sentiments d'in-
dépendance; premièrement à cause des dates plus reculées
auxquelles dans les pays rhénans, nord-français et belges,
on constate l'existence des corps de jurés; à cause aussi
du caractère collectif ordinaire aux premiers mandats
donnés par des ligues bourgeoises; enfin il parait naturel
que des chefs comme les maîtres de la Cité aient été
nommés seulement après la première organisation de cette
milice choisie que composaient les jurés.
— 312 —
Mention est faite fréquemment de ceux-ci dans le courant
du XIIe siècle; on compte dans les villes des pays sus-
mentionnés, treize, trente, trente-deux et diversement
jusqu'à quatre-vingts jurés magistrats, comme à Cambrai;
partout ils sont nombreux. Leur existence, nous l'avons dit,
est mentionnée à Dinant avant que nous puissions le faire à
Liège. Dans cette dernière ville, on les cite en 1231,
à propos d'une convention intervenue le 12 décembre au
sujet des Degrés, entre le Chapitre de Saint-Lambert,
le mayeur et les échevins; la connaissance incomplète
qu'on a des documents, fait que l'histoire des jurés se
confond avec celle des maîtres. Si les faits étaient mieux
connus, il y aurait évidemment à discerner des différences
de dates : la logique de l'histoire a confondu comme
auteurs chez nous des mêmes effets, jurés et maîtres.
Pour terminer nos observations sur ce point mal
établi dans nos annales, disons qu'en général le nom
de juré a dès l'origine une très grande extension. Les
jurés de communes, jurati communie, désignent même
fréquemment en France les bourgeois ou voisins, les
habitants des voisinages, les vinâves liégeois, qui ont
joué un grand rôle dans l'organisation de la bourgeoisie.
L'expression juré de commune vient du serment de com-
mune, juramentum communie, prêté publiquement par
ceux qui s'affiliaient à la communauté. Le juré magistrat
en prêtait un second de fidélité aux intérêts de la Cité, qui
l'affranchissait de tous autres serments, quia juraverat
initia.
Les premiers magistrats populaires gardent ce nom
d'assermentés ou jurés. Dans des villes régies par les
établissements de Rouen (V. Giry, Bïbl. de l'Ecole des hautes
études, II), les échevins, les conseillers, ceux des conseillers
qui remplissent les deux charges de maire et de sous-
maire , sont compris sous ce même nom de jurés.
— 313 —
A Liège, les deux maîtres sont de fait deux des jurés, et,
dans leur ensemble, ceux-ci sont les conseillers naturels et
permanents des maîtres reconnus. Ils constituent le conseil
primitif de la Cité, dont ils sont magistrats, en commun et à
part.
Il est de l'essence même delà commune d'avoir, suivant
ses franchises , une juridiction spéciale. Les jurés liégeois
ont avec les maîtres des droits politiques et une juridiction
contentieuse. Les jurés des vinâvés, témoins légaux,
enquêteurs, étaient les juges qu'invoquaient leurs pairs,
les bourgeois, après leurs querelles : « Li jureis en chascun
Vinavle doient et puelent enqueirre et jugier des meffais
qui advenront en tous Vinavle ou defours la Citeit à plus
près de leur Vinavle. » ( Statuts , 1328).
Ce juge bourgeois assermenté existe simultanément avec
le juré spécialement conseiller, avec les consiliarii ou con-
sultorcs; aux termes de la lettre dite de S'-Jacques ( 1343) ,
quarante-six jurés et quatre-vingts conseillers adminis-
traient la Cité avec les deux maîtres.
Finalement, comme dans le Nord-Français, le nom de
juré disparaît, celui de conseiller reste, et le nom de juré
est gardé chez nous par certains fonctionnaires adminis-
tratifs chargés de services spéciaux et rattachés par la
bourgeoisie à la Cour échevinale.
C'est surtout au mouvement communal de 1230 qu'il
convient de rattacher l'existence des maîtres de la Cité.
Une indication de Bartollet (Epitoma CCXLIX) la reporte
beaucoup plus haut , puisque , résumant une lettre de
la Cité à propos du moulin de Longdoz , ce document
établit, est-il dit, qu'il y eut des bourgmestres de Liège ,
Leodii burgimagistri , dès l'an 1069. Malgré l'autorité de
Bartollet et en l'absence du texte de la pièce même , le
renseignement est peu sûr ; il y eut d'ailleurs , en général ,
des magistri civium de diverses catégories.
22
— 314 —
On trouve les maîtres jurés mentionnés en 1231 (V.
Schoonbroodt, Archiv. L., n° 82, et Bullet. Inst. arch.,
t. II, annexe): « Magistratus vero popidi , videlicct /Egi-
dius et Alexander cives Leodienses... pro se et pro toto
communi Leodiensi juraverunt , etc. »
» Les magistrats du peuple, Alexandre et Gilles, citains
de Liège , jurèrent pour eux et pour toute la commune
liégeoise, etc. » Dans une pièce de décembre 1231, on trouve
énumérés seulement li maire , les esquevins, les jureis — et
toute la commone (Jean d'Outremeuse, III, 68); mais,
immédiatement, en 1242, les maîtres aussi sont cités:
(c ly maire et les esquevins , et les maistres et jureis et
tout le commonalteit del citeit de Liège (Jean d'Outre-
meuse, III, 69). »
Ces maîtres, qui arrivèrent cà occuper la magistrature
suprême de la Cité, paraissent n'avoir eu d'abord qu'une
existence -intermittente ; ils sont irrégulièrement men-
tionnés; certains sont à la fois écbevins et maîtres.
Les premières armes magistrales que donne le Recueil
héraldique des bourgmestres de la cité de Liège sont celles
de Louis Surlet , écbevin ; la deuxième mention relate les
noms de Pierre de Skendremal , maître de la Cité de
Liège en 1242 , et de son collègue Jacques de Sl-Martin ;
ils sont cités d'après une charte relative au départ des
Frères mineurs quittant Beaurepart pour s'établir près du
Marché. D'autres maîtres, parmi les suivants, sont égale-
ment échevins. Les uns comme les autres sortent d'ailleurs
de la bourgeoisie , au milieu de laquelle les échevins
occupaient encore une position prédominante. Mais les
fonctions de ceux-ci, distributeurs de la justice urbaine
et administrateurs des citains , leur sont enlevées par les
maîtres, leurs subrogés et, à l'origine, leurs adjoints. Les
maîtres le font en vertu des premières franchises, puis
viennent de nouveaux statuts.
— 316 —
G^st poser une question curieuse et importante que de
chercher à savoir comment les fonctions de maîtres-jurés
de la Cité se sont détachées de celles des échevins ? Nous
n'avons pas d'annaliste qui nous fasse assister à la naissance
comme aux premiers développements du mouvement
communal; au défaut du détail, il nous faut aujourd'hui
tenir pour satisfaits, si nous savons par quelle tactique,
de paix ou de guerre, l'échevinage et la bourgeoisie se sont
combattus ou entendus.
Jean de Warnant, prêtre hèsbignon, qui écrivait vers
137 i sa chronique, rattache, suivant la mode de son
temps, les luttes dirigées par les communiers contre le
Chapitre et le clergé, à un senl fait concret : une bagarre,
où le valet d'un chanoine de Ste-Groix trouva l'occasion
de percer un laïque d'un coup de stylet, arme défendue par
la loi. S'exclamant sur la haine et l'orgueil, c'est de
cette querelle, dit le chroniqueur, que provinrent tant
de maux. Le texte même de ce Johannes Presbyter mérite
d'être cité : « Après le retour des chanoines (ils
avaient suivi l'élu, Henri de Gueldre, dans son exode),
les échevins (ils avaient rétabliles droits laïques aux dépens
du clergé) craignirent que l'élu, vu leur conduite, ne fît
abattre leur maison. C'était alors la coutume de jeter par
terre la demeure des malfaiteurs Aussi , pour mieux
résister aux chanoines , firent-ils cause commune avec le
populaire , et ils choisirent, de leur côté, en qualité de
maître du peuple, certaine idole de la cité, Henri de
Dinant, comme on l'appelait. Ils voulaient pousser la
foule à conserver la liberté de la ville. Ils forcèrent Henri
à jurer qu'il la maintiendrait fermement et défendrait le
peuple contre l'élu et tous autres. En outre, ils organi-
sèrent, dans la cité, les Vinâves, placés chacun sous les
ordres d'un chef, afin qu'ainsi , en cas de besoin , le popu-
laire fût plus vite rassemblé et conduit en guerre. Les
— 316 —
échevins le faisaient ainsi pour abattre le clergé , mais
cela retomba sur leur tête : « retortum est in caput eorum. »
Cette simple et dernière phrase du fragment cité par
Chapeauville annotant Hocsem (p. 282 ), paraît résumer
l'évolution liégeoise.
Des intérêts communs, maintenir les droits des laïques et
desserrer ou rompre des liens féodaux et ecclésiastiques ,
unissent les patriciens et le peuple ; et les échevins favo-
risent les premières entreprises d'organisation populaire ,
la commune, dont ils ne soupçonnaient pas l'importance
future. Ils coopèi^ent à l'établissement des maîtres de la
Cité, des burgimagistri , leur premier mandat paraissant
utile dans le présent, point menaçant dans l'avenir.
Mais bientôt leur administration, conjointe d'abord, se
sépare. Les échevins désabusés, se résignant ensuite( 1313)
à partager le gouvernement avec les métiers , sont exclus
finalement de l'administration de la Cité.
La question fut solennellement posée le 9 janvier 1312,
dans la salle de la Violette, où étaient assemblés les Grands
et les Petits : Les échevins de la Cité ou autres ont-ils à
connaître contre les maîtres et les jurés de toutes paroles
ou faits passés ou futurs, particuliers ou communs ,
commis au nom de la communauté pour les besoins du
peuple et de la Cité? — Ils n'ont pas à en juger, lut-il
répondu en autant de termes que la question en compor-
tait; et ainsi, tandis que l'échevinage perdait tout contrôle
sur l'administration publique, les maîtres et les jurés
devinrent les chefs reconnus de la Cité.
Adolphe de la Marck a beau se plaindre que les maîtres
s'arrogent le droit de décerner la bourgeoisie , font des
ordonnances de leur propre mouvement et punissent les
contrevenants : le prince souverain est débordé.
Élus par le peuple ou par leurs pairs les jurés, les maîtres
n'ont plus laissé à l'échevinage, placé jadis à la tête du gou-
— 317 —
vernement urbain, que la juridiction de la Loy. Forts des
franchises, ils surveilleront même les échevins quant à
l'observation de celles-là , décrétant contre eux le bannis-
sement, en cas de déni de justice.
Il fallait à la direction utile de la bourgeoisie une action
plus personnelle et décidée que celle des jurés, dont le
grand nombre diminuait la force. Qui présiderait les
conseils? qui tes assemblées? A qui attribuer le mandat
d'une mission importante, le commandement de milices?
La tâche devait revenir aux maîtres, annuels chez nous
comme dans les démocraties, au nombre de deux, peut-être
parce que, des quatorze membres qui composaient la
cour échevinale , deux auraient été jadis chargés, avec le
grand-mayeur , de l'administration intérieure de la ville?
Cette même magistrature de la maîtrise, sans parler des
villes du pays de Liège, se retrouve là où se fonde et
se développe la Commune, à Wesel, à Maestricht, Louvain,
Aix-la-Chapelle , Cologne et autres cités ; on appelle les
titulaires de ces charges importantes, maîtres simplement,
ou maîtres des échevins, sénateurs de la cité, prévôts,
maires, préfets, rewards , avoués; en dépit des empereurs
(V. A.' Wauters, Lib. corn., p. 608), ils sont maintenus
forcément par les communier*; les maîtres occupent par-
tiellement le cours du XIIIe siècle de leur puissance
naissante; et chez nous, dès 1288, ils sont régulièrement
reconnus en même temps que les jurés.
Ce ne fut pas seulement Liège qui obtint et garda ces
maîtres assermentés . jurant de maintenir intactes les
franchises de la ville et prenant à l'intérieur comme du côté
extérieur les mesures propres à protéger et à conserver
la liberté acquise, prêts aussi à l'étendre encore. Le
second mouvement communal de 1254, auquel s'associe le
nom de Henri de Binant, avait été irrésistible. Partout, dans
le groupe des villes liégeoises, on avait chassé les hommes
— 318 —
revêtus d.e la dignité échevinale, du moment qu'ils se refu-
saient à jurer fidélité aux privilèges de la Cité. Le droit des
bourgeois à former une communité ou commune s'était fait
reconnaître, et partout ils avaient la ban-cloche et le sceau
de la communaulté. Et voici comment on entendait à Liège
la protection garantie à chaque commune du pays ; la décla-
ration a la valeur d'un exemple de ces anciennes fédérations
jurées: « Nous ly maistres , eschevins , jureis et toute la
communaulté de la citeit de Liège — en tous cas qui tou-
cheront les franchises le pays, les droitures et le proffit de
notre citeit et de nous , soit à statut ou par tout autre
manière — nous serons tous ensemble et chacun de nous
pour luy aidant, et tout à ung, encontre tous ceux qui
encontre les franchises yront ou voiront alleir. » (Lou-
vrex, II, 8). C'était l'organisation de la ligue des bonnes
villes, des communes liégeoises.
La bourgeoisie arrivait à son but : l'établissement et la
reconnaissance de l'état-tiers , à côté de la noblesse et du
clergé , comme troisième pouvoir.
Elle s'appuyait d'ailleurs sur la progression constante
d'une suite de constitutions consenties par le prince et
dont le nom parle assez haut : les paix , traités conclus pour
obtenir la tranquillité publique, et dontles clauses constituent
le droit politique liégeois. Ce droit reste constamment en évo-
lution, et à cause du développement historique qui le modifie
toujours, successivement au profit du patriciat urbain,
des Grands , des Petits, de la démocratie extrême , il paraît
impossible de présenter comme en un synchronisme le
résumé des institutions tant liégeoises que de la Cité parti-
culièrement. Il est cependant telles paix publiques qu'on
ne peut s'empêcher de mentionner, à cause de leur impor-
tance politique. Celle de Fexhe, de 1316, déclarait que les
Liégeois ne pouvaient être « meneis et traitiés que par loy
et jugement d'eschevins ou d'homes solonc ce que à
— 319 -
chascun et au kas afferra , et nient autrement ; que si loy
et costume du pays sont trop larges ou trop estroites, ce
doibt estre attempré (modéré) par le sens du pays. » Le
sens du pays, c'était la consultation du prince et des trois
états, le clergé, la noblesse, la bourgeoisie. Faire observer
que tout représentant se considérait, non comme le manda-
taire exclusif de son ordre, mais comme le membre con-
sulté d'une assemblée ayant en vue l'utilité générale du pays,
c'est aussi dire que l'université liégeoise, grâce au mouve-
ment communal, nous offre au XIVe siècle le spectacle d'un
des plus anciens gouvernements parlementaires de l'Europe.
C'est encore du règne — caractéristique dans l'histoire de
la bourgeoisie — d'Adolphe de la Marck, obligé de conclure
sept ou huit paix, que date l'établissement du Tribunal des
XXII, réuni à certain jour pour connaître de toute violation
de loi ou déni de justice de la part des gens du prince; il
comptait quatre membres du Chapitre de Saint-Lambert,
quatre chevaliers el quatorze bourgeois. Pareille institution
fait le mieux juger des progrès accomplis au bout de la
longue lutte constitutionnelle qui signale le XIIIe et le
XIVe siècle. Avec le tribunal dit des XXII se marque l'achè-
vement des institutions politiques liégeoises.
S'agit-il de la Cité même , elle vit en 13-43 abolir à son
profit le délit politique , sauf en certains cas où le consen-
tement des maîtres n'avait pas été donné ; encore, enquête
ou poursuite ne pouvait avoir lieu sans le consentement de
la Franchise, commission composée des deux maîtres et de
douze jurés dont six Grands et six Petits. Bientôt, les bonnes
villes du pays se pourvurent de ce jury communal, en
garantie de leurs droits et liberté d'action.
Ajoutons que la Commission précitée tirait son nom île
celui que portait l'ancien territoire des Citains , privilégié,
appelé la Franchise à cause des libertés dont ils y jouis-
saient. Quant au temps, la charte d'Albert de Çuyck ,
— 3^0 —
ratifiée en 1208 par Albert, roi des Romains, ne fait,
comme le dit un de nos plus savants juristes ( V. Raikem,
Discours de rentrée de 18(32), « que confirmer un état
de choses préexistant » ; le droit existait avec la coutume.
Relativement aux limites de la Franchise, les échevins et
et les jurés en gardaient la tradition. Au sujet de l'espace,
si le territoire de la Franchise fut exigu , disons qu'à
l'ancien vinàve du Marché s'ajoutèrent successivement cinq
antres vinâves ou voisinages étendant toujours la Fran-
chise, et dont on peut ainsi relever les bornes : le chtici
ou clou, pilotis planté au Pont d'Avroy , la hauteur de
Ste-Walburge , la liche ou frontière de Goronmeuse , le
« clavier de pont d'Amécourt ».
Avec quelques différences de droits, la banlieue, dis-
tincte d'abord de la Franchise, finit bientôt par faire corps
avec elle ; les leucales ou leucaux, gens vivant à une lieue
du Perron, partagèrent naturellement les destinées des
citains, leurs alliés par les intérêts et par le sang. Ainsi se
compléta l'expression officielle : la Cité , franchise et ban-
lieue de Liège.
On sait quelle matière offrent aux études de l'historien
jurisconsulte les documents politiques et administratifs de
la principauté : le commentaire comporte plus d'étendue
encore, et nous avons à rester dans le champ plus étroit de
l'exercice des pouvoirs communaux. Rornons-nous à
rappeler que si la Cité, autonome dans les limites de ses
franchises, sut se donner à elle-même une administration
complète, dans les paix, ces actes constituants émanés du
prince souverain, se retrouve aussi l'action indirecte du
peuple et de ses magistrats. Même des restrictions à la
puissance populaire n'ont fait qu'augmenter les moyens et
le nombre de ceux qui la dirigeaient. Ainsi , quant à la
représentation communale, organisée par certaine paix dite
loi de murmure ou de sédition , ce fut malgré elle qu'en
- 321 -
1330 des restrictions furent apportées au rassemblement de
la commune tout entière, réduit à de certains cas et que
délégation fut donnée à des Conseilhours de la représenter.
Les maîtres avaient eu dès l'origine des conseillers naturels
dans la personne des jurés. La paix de Geneffe laissait
subsister les jurés comme jadis ; d'autre part, elle réduisit
à quatre les cas où l'on pourrait assembler la commune
entière : oust (levée), obligies, talhe, escot; autrement,
quatre-vingts conseillers à élire par les maîtres et les
jurés avaient à représenter la commune pour délibérer
avec eux (Lib. cart., 859). Peu après, en 1331, pendant
une période de luttes qui durèrent quarante-cinq ans,
la paix de Vottem adjoignit aux maîtres de la Cité un
petit conseil de quarante et un grand conseil de quatre-
vingts membres. Vingt membres sortaient annuellement du
petit conseil , et douze électeurs choisis par le conseil
lui-même, pourvoyaient, à leur remplacement. Le petit
conseil, ainsi reformé, avait alors à élire deux maîtres et
quatre-vingts membres du grand conseil ; la moitié des élus
devait toujours appartenir aux Petits , l'autre moitié aux
Grands.
Dans la Cité, les six rues d'Ile, S'-Servais, de Sl-Jeanstrée
(vis-à-vis Sl-Jean-Baptiste) et la rue des Prés, servaient au
séjour ordinaire des Grands, chacune ayant blason et cri
d'armes. Les nobles , finalement, se trouvaient remparés
dans le Vinâve de la Chaussée des Prés. Hemricourt ajoute
à ce propos ce détail significatif: « Dans le reste de la cité,
il n'y avait nul chevalier. »
On comprend quelles préoccupations soulevaient annuel-
lement dans la Cité des élections à faire dans les conditions
susmentionnées, et quel écho elles trouvaient au siège
même des magistrats communaux. C'est alors surtout
qu'on voyait, sortant de leur Chambre, s'agiter autour d'une
Maison de Cité, sur la place publique du Marché, les corps
— 322 —
de Métiers formés vers 1297 , confréries établies par
la communauté des intérêts professionnels, politiques et
militaires, cause et effet tout à la fois du mouvement com-
munal.
Jusqu'en 1394, les bourgmestres furent mixtes; après
cette date, la magistrature devint plébéienne. Sans doute,
on rencontre dans ses rangs un grand nombre de patri-
ciens, mais ils ne sont élus qu'à la condition de s'être fait
inscrire dans une corporation; et, comme le fait remarquer
de Gerlache, s'ils se trouvent les patrons du peuple , ils
sont aussi ses créatures.
Ainsi s'affirme dans la Cité le triomphe de la bourgeoisie
enrichie par le travail , sur la noblesse décimée et ruinée
par les guerres, par celle-là surtout qui éclata entre Awans
et Waroux et termina son cours tragique par un mariage,
de la même façon qu'elle avait débuté par un enlèvement.
La lutte est ensuite dirigée contre le prince; et, jusqu'à
l'intervention fatale des ducs de Bourgogne , la puissance
de la bourgeoisie ne fait que grandir.
Si , laissant le développement général des institutions ,
nous cherchons à localiser les faits , à rétablir ou indiquer
seulement d'une manière précise les lieux politiques de
l'ancienne Cité liégeoise, la tâche devient difficile, vu l'éloi-
gnement où nous sommes maintenant de nos propres
origines, à cause aussi de l'interruption des traditions
causée par le désastre de 1468.
La Maison de la Cité, disions-nous pour désigner le local
où se réunissaient les magistrats populaires: où fut-il, quel
était-il dès le début ? Dût-on recourir sur la question
originelle, à certaines conjectures, on serait aujourd'hui
d'autant plus curieux de savoir, qu'on se croirait tout
d'abord dans un cas d'ignorance forcée.
Il semble naturel de penser que la fondation religieuse
de S;iinl-Lainbert, en suite même de sa richesse, a eu les
- 323 -
premiers locaux publics ou communs. A côté de l'église
étaient les cloîtres, les encloîtres ou èclôses , vaste espace
de terrains et de constructions entourant Saint-Lambert.
C'est là sans doute que se sont débattues les premières
questions intéressant à la fois la population d'une part, et
le prince avec le Chapitre, qui, s'ils avaient de grandes
ressources, avaient aussi des besoins égaux.
Des conventions ont dû établir certaines façons de vivre,
d'administrer , qui visaient à constituer des règles de
conduite et des principes de droit. Le règlement des taxes
occupe dans l'histoire communale une place importante et,
comme le droit, regardait le mayeur et les échevins. Le
Chapitre leur fournit, à eux et à leurs justiciables le premier
local. C'est à celui-ci, probablement la maison des échevins,
que s'applique ce texte de la chronique de Gembloux
(fol. 38), très-intéressant, encore que l'indication ne soit pas
absolument précise :
« Est autem locus in claustro Sancti Lamberti Leodiensis,
in quo cives consueverant àb antiquo in unwm convenire ad
tractandum de re commuai. Hic ergo mm quodam die
convenissent scabini, magistri, vinitores civitatis, ui per eos
taxatio fieret, etc. » — « Il y a un lieu dans les encloîtres
de Saint-Lambert où les citains avaient pris l'habitude dès
l'ancien temps de se réunir pour traiter des intérêts com-
muns. Là donc certain jour s'assemblèrent les échevins, les
maîtres et les viniers ou vendeurs de vin de la Cité, au
sujet de l'établissement d'une taxe »
Les échevins sont nommés avant les maîtres, c'est à
cause de leur local ; c'est aussi en suite de l'importance de
leur personne et de leurs fonctions en matière de législation
et de lois fiscales. La première bourgeoisie avait été
heureuse de pouvoir recourir à la protection du droit,
administré par des concitoyens lettrés , et la maison des
échevins , placée entre les degrés de Saint-Lambert et le
— 32A —
Marché, servit de siège au pouvoir judiciaire seigneurial, et
de lieu de recours aux citains. Mais ceux-ci trouvèrent que
trop souvent le droit était appliqué à leurs dépens, et,
nous l'avons dit, ils ne manquèrent pas d'articuler contre
leurs juges des griefs durables , dont le moins terrible
n'était pas celui de vénalité. (V. Northof Chronicon Comi-
lum de Marka, préf. Tross 12 et 14.) Ils cherchèrent
leur protection ailleurs, et le tribunal, dont eux-mêmes,
du moins les Grands, avaient fourni les juges , leur devint
odieux. La simple mention des maîtres, dans le texte pré-
cédent, indique assez que bientôt, quelque part dans la
Cité, ils seront maîtres chez eux.
Consultons , pour examiner leur dire , les écrivains
nationaux.
Réveillant d'anciens souvenirs locaux, dans son Liège
pittoresque, M. Polain a essayé, en 1843, de retracer
l'histoire de l'édifice populaire par excellence auquel on
pense tout de suite à Liège comme en Brabant ou en
Flandre, s'il s'agit de la bourgeoisie : celle de la Violette,
de notre plus ancienne Maison de Ville liégeoise, dont
les destinées se lient intimement à toutes les péripéties
de nos annales.
Après avoir indiqué, dans la manière de l'époque,
l'importance du rôle politique de l'édifice communal,
« Il est à supposer, dit l'auteur, que notre premier
monument de ce genre date du XIe siècle, époque à
laquelle les bourgeois de Liège commencèrent à obtenir
d'importantes franchises. L'emplacement de cet édifice
n'a pas varié chez nous , et c'est devant lui que se sont
déroulés les plus grands drames de notre histoire. »
Et l'écrivain liégeois de nous -montrer notre Maison
de Ville située en face du marché, au-dessus de la Légia,
et séparée du Palais épiscopal par une église, celle de
Saint-Lambert.
- 325 —
Ce ne sont là que des données d'un caractère général ;
grâce à la connaissance des textes, on a pu de nos jours
préciser davantage.
Usant des procédés de la critique , tant au point de
vue de l'histoire que de la topographie , M. S. Bormans,
qui a relevé nombre de documents de diverse valeur,
fait observer, dans son curieux livre sur la Paroisse Saint-
André , p. 414, que le peuple n'eut de magistrats, que
vers le milieu du XIIIe siècle, bien que ses premières
franchises soient antérieures. « Mais, ajoute l'auteur, on
peut supposer, avec vraisemblance, que même avant la
création des maîtres, des hommes influents, considérés
comme les chefs du peuple, avaient l'habitude de se
réunir dans une maison portant pour enseigne une Vio-
lette, ayant peut-être une fenêtre ronde, une .rosace, et
transformée ensuite peu à peu en maison communale. »
Le raisonnement est juste sur la question des locaux; et
ce moment où existent les magistratures communales est
décisif. Ajoutons que des documents, plus récemment
dépouillés, permettent de reculer l'avènement de celles-ci
de vingt années dans le passé ; et leurs origines , plus loin-
taines , nous conduisant jusque à peu près vers l'an 1200.
Il y a en outre certaines conclusions ;'t 'tirer tant du voi-
sinage de la Violette , de la Halle , que de deux textes
de chroniqueurs.
Relativement à l'emplacement, qui n'a jamais changé,
de la Maison de la Violette , nous connaissons cet ordre
de voisinage : devant le marché , le petit édifice dit à la
Violette, qui devant la Maison de la Cité; la Halle des
tanneurs, bien autrement considérable ; enfin, la manghenie
ou boucherie.
Le lieu était fréquenté par les bouchers et les tanneurs ,
leurs confrères; des échoppes ou staux, s'établissaient
tout autour de leur Halle, et l'on n'ignore pas que les
— 326 —
gens de cette profession, les bouchers surtout, se sont
distingués dans le cours de toute notre histoire par leur
esprit de corps et une indépendance des plus turbulentes.
Il est assez naturel cle penser que c'est dans la Halle
des tanneurs, local qui s'y prêtait sans doute le mieux,
que se sont noués d'abord pour continuer ensuite, les
divers projets d'organisation de nos premières corpora-
tions. Plus tard, les réunions devenues régulières se seront
tenues dans la maison voisine , celle de la Violette, devenue
la Curia civium, la maison civique , pour répondre à des
besoins communs, définitivement reconnus.
Il a dû en être ainsi ; et partout, dans la vie publique,
l'établissement des locaux est devancé par les faits qui
rendent ceux-ci utiles ou nécessaires.
Nous rencontrons d'ailleurs, chez nos premiers his-
toriens , ces textes dont nous avons à tenir compte , car
ils visent les commencements de nos annales politiques.
Gilles de Liège, dit le moine d'Orval (II, p. 209),
raconte comment, avant d'être vaincu à Steppes en 1213,
le duc de Brabant avait réussi à s'emparer de Liège par
surprise :
« Le jour suivant, dit-il en latin, le duc de Brabant n'hésita
pas , bien que ce fût dimanche , à enfoncer la Halle et à
en tirer pour l'emporter, tout ce qu'il y avait trouvé... «
D'autre part, Placentius ( Catalogus Antistitum Leo-
diensium) relate ainsi le pillage de 1212 :
f< La maison civique , qu'on appelait la Halle, où les
insignes des maîtres , les décrets et les privilèges étaient
conservés, fut incendiée de sa propre main, et réduite
en cendres. »
Que l'annaliste ait ou • non attribué à cette époque
reculée des habitudes subséquentes, il n'en parait pas
moins établi que la Halle a joué tout d'abord un rôle plus
important que celui d'un simple local de métier. Elle a
devancé la Violette. Mais la Halle devait rester la pro-
- 327 —
priété des tanneurs , destinée à l'usage exclusif du métier.
Du moment où les réunions des chefs des métiers, des
maîtres, des premiers magistrats populaires, devinrent
régulières , la petite maison « joindante, » probablement
enseignée à la Fleur de Violette , leur servit de siège , non
plus occasionnellement, mais régulièrement.
La Violette , remplace donc la Halle ; puis , nous le
verrons, elle la fait reculer; finalement, elle la supprime.
Il en arrive sur le marché de Liège comme au Forum
Romanum. Précisément les bouchers évacuent aussi la
place pour se retirer de leurs tabernae, dans le macelliim
établi loin des basiliques. On retrouvera les nôtres en leur
Mangonie de la Vesque-Court.
Quant à la Violette, l'état de propriété de celle-ci dut de
bonne heure être compliqué pour toutes sortes de conven-
tions auxquelles elle servit de gage. Probablement le dé-
pouillement des chartes, plus avancé, fournira de nou-
veaux éléments de connaissance sur ce point. En attendant,
dans la copie manuscrite du cartulaire de S'-Lambert faite
par Hinnisdael, (dépôt de l'Université) nous relevons
de notre côté, cette pièce, n° 461, dont il n'est
pas parlé dans l'inventaire des chartes dressé par
G. Schoonbroodt. Nous la traduisons: «Assignation de 50
sols sur la maison de la Violette. Après des dissen-
timents survenus entre le Chapitre , d'une part , et les
Maîtres, Échevins , Jurés, etc., d'autre part, une con-
vention est intervenue au moyen de 300 marcs en deniers
liégeois , à payer par les Maîtres , les Échevins, etc. , au
Chapitre , sur laquelle somme le Chapitre a assigné à
A. De Blankenhem Prévôt, pour le bien de la paix 50 sols
sur la maison de la Violette. La discorde était née à l'oc-
casion de la Sauyenière et d'autres affaires. L'an 1294,
le samedi après la Toussaint. » Faisons observer que le
Prévôt de S'-Lambert avait la Sablonnière ou Sauvenièrç
— 328 —
dans sa juridiction; et, quant, à l'hypothèque prise sur la
maison, elle implique précisément la reconnaissance du
siège social de la commune et sa valeur en général dans
les transactions.
L'obituaire de Saint-Lambert porte la mention, sans date,
d'un don de 30 marcs par un chanoine , prévôt de Saint-
Denis, pour lequel le Chapitre avait à toucher 40 sous sur
la Violette.
Un texte latin du registre de la dite église, cité aussi par
M. Bormans (Par. Sl-André . p. 414), nous dit à l'an 1348:
« La maison de la Violette, sise près du Marché, Viola in
foro, doit à l'église annuellement 12 marcs et les maîtres de
la cité l'occupent avec les Quatre dits de la Violette , pour
le cens susdit. »
Sur le Marché, ce centre de l'ancienne ville, où tout
aboutissait, venaient se grouper, dans toute condition, les
monuments les plus divers par leur destination , il s'élevait
une autre construction, de pierres , jadis propriété du Cha-
pitre. C'était la maison échevinale dite le Destroit des
Echevins, qui y avaient établi le siège de leur office,
moyennant une redevance.
Le Détroit était situé au pied des degrés de St-Lambert,
donnant sur le Marché , proche cle la Violette , et presque
vis-à-vis. La maison des echevins était autant à l'usage
de leur collège qu'à celui de leur tribunal. Ils s'y rassem-
blaient en cérémonie , y avaient une petite chapelle où
tous les jours ils entendaient la messe, et une salle dite
de Saint-Michel, où ne se pouvait faire autre œuvre de
justice que de juger et d'enregistrer des actes de notaire.
Le Patron de la temporalité, publié par M. Polain
(Hist. de Liège, II, p. 433), s'explique ainsi sur le Détroit:
« Item, affiert az esquevins de Liège en général comme
leur bon hôritaige ly maison où ilz jugent, assavoir : celle
de pierre commenchant après des degrez de la grande
— 329 —
égliese de Liège et allant en arrière vers le parvis,
excepté le cellier et salveit (sauf) le droiture délie égliese
et parmy sept marcs de cens qu'ilz en rendent à privost
de la ditte égliese , et che qu'ilz en rechoivent defours
(dehors) tourne en leur singulier profit. Et debveis scavoir
que totte la ditte maison gist es borne délie encloistre et
n'y puelt-on faire nulles œvres de Justiche ne rien
mettre en warde; mains ly maison de planche à devant
sur le marchiet , giest sur le warissay... »
Donc, ne pouvant avoir d'action effective sur les citains,
si ce n'est, comme on disait, «rsor leur propre xhamme»,'
à savoir d'un local établi sur le Waryssai (Wérixhay,
Wérisket) ou terrain communal, les échevins avaient
obtenu de leur saingnor, du prince, l'érection d'un
édicule de planches devant la maison de pierres sise
sur le territoire du Chapitre. Leur office public, mesures
d'exécution et proclamation de mise en garde de loi, se
trouvait là sur le territoire urbain.
Le sens du mot Détroit dès lors nous paraît clair. Le
terme destrictus a donné à la langue française dcstreiz,
destroit, détroit et district. Il signifie emplacement, terri-
toire, étendue de juridiction. Après ce sens premier de
Juridiction scabinale liégeoise , le Détroit a désigné simple-
ment le Prétoire des échevins.
Il convient, avant d'aller plus loin, d'achever la citation
de Hemricourt, qui nous renseigne sur la loge de bois
du Détroit. Elle est sise sur le Warissay, mais les
matériaux appartiennent « à Saingnor , et le doib tenir
h ses frais, c'est à entendre des émolements délie jus-
tiche , où ly Voweit prend et maintient ly Prévost ; et
dyent ly saingnors de Capitle que si nécessiteit leur
astoit, à cause de leur fabricque, de ravoir por l'amende-
ment délie Engliese la ditte maison, qu'iiz le poroyent
reprendre et faire leur volonteit. »
23
— 330 —
Là, comme partout, les froissements suivaient le point
de contact.
L'histoire du Détroit des échevins est liée à celle de la
maison des maîtres ; mais les deux édifices , comme
leur rôle, sont placés à l'opposite l'un de l'autre. D'une part,
l'ancien droit et la Loy , les vieilles traditions d'une
première administration urbaine déjà surannée , conservées
par une aristocratie de robe , gardant son mandat seigneu-
rial ; de l'autre, des besoins nouveaux, une administration
populaire toujours renaissante, s'assurant pour l'avenir
une puissance plus grande, même prête à frapper de mort
qui touchait aux franchises obtenues.
Marquons donc ici les points principaux de notre ancienne
topographie politique : le territoire claustral, la double
maison des échevins , la halle des tanneurs, puis l'édifice
séparé et indépendant de la Violette, telles sont en résumé
les étapes que nous avons à désigner sur cette voie de
progrès continu suivie par notre bourgeoisie avant
d'asseoir définitivement son siège et d'y augmenter sa
puissance.
II
La Violette, deuxième édifice ; organisation intérieure
et fonctions des magistrats , principalement suivant
la chronique de Jean de Stavelot et les documents
de Bartollet; autonomie communale; la destruction
de la ville par le duc de Bourgogne et ses suites.
1394-1497.
Ce fut précisément la plus petite de nos Maisons de Ville
qui présida aux destinées de la commune pendant la
période importante de l'affranchissement de la bourgeoisie.
Elle vit l'effort le plus puissant comme le plus utile à la
consolidation des pouvoirs communaux : elle reste d'autre
part, la plus inconnue comme édifice. Mais l'emplacement
est fixé , et si déjà, remplissant son premier rôle , la pre-
mière Maison de la Cité a vécu , ses traditions restent.
Vers l'an 1394, la Violette tombant de vétusté, on la
réédifia.
C'est cette nouvelle construction et l'ancienne à la fois,
que vise le texte manuscrit du Répertoire de quelques
antiquités recueillies par Maître Jean Ryckman en 1590 :
« Elle avait été en estre deis l'an 1404, et plus avant comme
je croy». Précisant davantage, comme d'autres historiens
liégeois, Foullon (Hist. pop. Leod. II, p. 42) raconte qu' «il
fut accordé par une décision de la cité du 28 mai 1394,
— 332 -
des exemptions d'impôt , de corvées et du guet, et la
jouissance des droits de bourgeoisie pendant treize ans,
à des Lombards ou prêteurs sur gages , disons banquiers, à
la condition qu'ils compteraient une somme nécessaire à la
construction de la Maison de Ville : « pro xdificio novx
domus civicx dette Violette».
Ce fut toujours dans l'ancien temps, une opération
imprévue et difficile, que de faire un fonds pour l'édifica-
tion d'un monument civil. De plus , il faut admettre que la
bourgeoisie entendait que la Maison de la Cité fût cons-
truite dans de meilleures conditions que l'ancien local
fortuit. Néanmoins on voit combien restait pénible encore
le maintien de cet établissement communal, où ne s'exer-
çaient d'abord que certains pouvoirs administratifs ; mais,
ceux-ci vont toujours grandissant , au point de contre-
balancer tous les autres, même de les déborder.
Cela se vit surtout au temps de la faction populaire des
Haydroits, révoltés contre Jean de Bavière (1390), finale-
ment ennemis déclarés de la Loi, d'où vint, dit-on, le nom
injurieux d'osores juris. Cette loi paraît avoir été celle
du prince , dominée par le principe mal traduit d'Ulpien :
« quod principi placuit legis babet vigorem. »
De plus, la nouvelle Maison communale était à peine
assise, que déjà la ruine s'annonçait, la ruine même de la
commune enveloppée dans un désastre complet.
Du moment où le Chapitre eût porté ambitieusement son
choix sur Jean, prince de Bavière, allié aux ducs de
Bourgogne comme aux principales maisons souveraines de
l'Europe , la direction de la principauté se mêle à la
grande politique de l'époque et cette rencontre, comme
elle le fut toujours, ne pouvait manquer de lui être fatale.
Elu à 17 ans, le prince maladroitement conseillé, fut
chassé, et de Maestricht, où il avait établi la cour de
l'official , tout en fermant celle des échevins de Liège , il
- 333 -
appela à son aide le duc de Bourgogne. Henri de Perwez
fut à Liège nommé Mambourg, et Thierry, son jeune fils,
prince désigné. En ces temps troublés, il y avait tout aussi
bien deux empereurs et deux papes, et chaque parti
liégeois trouva à qui recourir , tandis que dans la Cité
régnaient la vengeance et la persécution. La bataille d'Othée
(22 sept. 1408) mit fin à cette situation. Elle fut gagnée
par le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut, sur les
Liégeois, qui perdirent sur le terrain une quinzaine de
mille hommes. Le prince-évêque reçut, en guise de
trophée, la tête de son rival, et il n'y eut de cruautés
que les princes ne commirent. La sentence qu'ils rendirent
contre la Cité (24 oct. 1408) supprima tous ses droits: plus
de maîtres, ni de corps de métiers ; la justice au prince,
et passage libre aux ducs avec gens d'armes et autres ;
220,000 écus d'or à payer.
On brûla sur le marché les étendards des métiers ;
les chartes et lettres de la Cité furent transportées à Mons ,
où l'on fit disparaître notamment l'ancien acte par lequel
Richilde inféodait le Hainaut à la principauté liégeoise.
Cependant, le Chapitre représentant au Prince que ses
alliés consommaient la ruine même du pays, un rétablisse-
ment partiel s'ensuivit. Si le Chapitre , qui le désirait
avant tout, obtint à nouveau des privilèges , la Cité rentra
en possession d'un certain nombre de ses chartes, et en
1418, Jean de Bavière, cherchant à faire profit des biens de
sa nièce Jacqueline de Bavière, résigna l'évêché. Son
successeur Walenrode régna dix mois , tout juste assez
de temps pour rendre à la Cité ses anciennes franchises.
Il nous fallait résumer au moins le règne de ce prince de
Bavière — que Monstrelet appelle Jean-sans-pitié — pour
rester au courant des faits d'une importance générale,
et marquer les conséquences qu'ils entraînent au point de
vue de l'histoire de la commune. Si malheureux qu'ait été
— 334 —
le règne de Jean, il n'est encore que le prologue de celui
de Louis de Bourbon. Au vainqueur d'Othée, à Philippe dit
le bon duc, succédera Charles le Hardi : la Bourgogne
victorieuse , tiendra à garder sur Liège une influence que
déjà lui dispute la France , car les intrigues de Charles VII
précèdent celles de Louis XL Dès le début du XVe siècle,
après la période d'expansion, la commune liégeoise,
comme les autres, a rencontré les princes, puissants et
coalisés, abusant du droit draconien de la guerre. Il n'a
manqué à leur entrée dans Liège , après la victoire
d'Othée , que le meurtre et l'incendie organisé : cela
viendra au lendemain de la journée de Brusthem.
On ne peut cependant qu'admirer la force de ces institu-
tions communales, si nécessaires qu'elles renaissent avec la
génération nouvelle : quelque grand que soit le désastre,
il est suivi d'une restauration, et le peuple de la Cité
ressaisit ses droits.
Précisément, c'est au début même des succès sanglants
de l'époque princière, que l'on peut le mieux étudier
l'organisation communale, laquelle se résume complète vers
la fin du XIVe siècle. Betraçons celle de Liège, non d'une
façon abstraite, mais directement , en suivant d'abord le
texte même d'un chroniqueur contemporain, Jean de
Stavelot. Comme il raconte dès l'an 1400 les événements
auxquels il assiste , et ceux-ci se passant généralement a
l'intérieur de la Cité , nous avons, suivant la loi naturelle
du Myreur des histors, un tableau ad vivum de nos
anciennes institutions. Il ne faut qu'un peu d'attention au
lecteur pour en apprécier les traits ici rassemblés.
Alors que tout entier, comme Froissard ou Hemricourt,
aux grandeurs mondaines, Jean d'Outremeuse le père de
l'histoire liégeoise, ne parle que l'une ou l'autre fois à
peine de la Violette; celle-ci est, tout compte fait, nomi-
nalement citée trente-cinq fois par Jean de Stavelot ,
— 335 —
continuateur du premier, « vestu et tondu moine » en notre
abbaye de Saint-Laurent.
Pareille mention ne pouvait manquer d'être fréquente
dans une chronique qui , suivant son sujet et prenant
l'histoire au point où nous venons de la laisser, rencontre,
après le règlement des affaires papales, toutes sortes
d'événements liégeois intéressant le centre de la Cité.
Relevons, pour commencer ce chapitre d'antiquités
liégeoises ou wallonnes , les passages où l'importance et
l'utilité de la Violette sont signalées.
On tenait en celle-ci comptabilité et registre de la
bourgeoisie, appelée bourgeoisie de la Violette : « Chascon
qui acquérir voirai la borgerie de ladit citeit, assavoir del
Violet , acquérir le porat d'hors en avant , solonc la tenure
délie paix diérainment faite à Tongre , parmi X florins de
Riens ( Rhin ) , paiant aux I1II rentiers deldit citeit, et non
plus avant (Lettre des VIII, touchant les statuts, scellée
en la grande salle de la cité , 1403).
Les chefs des Haydroits que l'on peut saisir sont empri-
sonnés à la Violette (p. 120 de la dite Chronique de J. de
Stav. , publiée par Rorgnet) « canoynes , clercs, preistres
et laiics gens qui estaient del partie del Hédrie... , furent
ameneis en prison elle Violete ; et cheaz qui porent esca-
pair, chu fut bon por eaux. »
Dans le Noveal régiment de Liège, par Heinsberg (Ibid,,
p. 208) : « ...Ordinons que les quattres délie Violette
ne soy nielleront d'ors en avant de rechivoir les rentez,
emolumens, profis ou altres queilconques redevabiliteiz ou
droitures délie citeit ; mais y seirat deputeis par le citeit
une personne idone ( capable ) à Rentier , qui les leverat et
rechurat et aussi paierait chu qu'ilh besognerat à payer
tant pour les frais des maistres, jureis, conseille , clercs et
variés qui seiront a tenir journeez ou parlement, comme
pair aultres necessiteis... » Plus loin, ces pouvoirs de
— 336 -
Tunique Rentier ou Receveur de la cité sont limités au
temps de paix; autrement, il faut l'avis de la Cité, et le
traitement annuel de cette charge est fixé à 20 florins
du Rhin.
La première moitié du XVe siècle (1427-1433), sous
Heinsberg, est signalée dans notre histoire par les
troubles suscités par les d'Athin. C'était ceux-ci, toute
une famille de démagogues ambitieux et populaires, si
adroits qu'aujourd'hui encore, à quatre siècles de dis-
tance, leur mémoire s'est conservée dans un dicton
wallon : en savoir aussi long que Wathieu d'Athin. Celui-ci
était l'aîné ; il avait accaparé toutes les charges et les
profits de la chose publique , et il était assez puissant pour
faire mettre au ban des métiers le Chapitre de Sl-Lambert,
condamnée la disette. Ce moyen, connu du populaire , de
réduire à merci des adversaires, fut de même pratiqué à
l'égard des échevins. A la fin, les exigences tyranniques de
Wathieu révoltèrent le peuple lui-même, et il fut exilé.
Mais il laissait en ville son frère Guillaume, ancien bourg-
mestre, et celui-ci souleva la cité, faisant fuir l'évèque,
qui traita avec Wathieu. Effet de la haine des Grands,
la bourgeoisie refusa' de réintégrer Wathieu dans ses
droits. Mais il avait ses partisans, gens de la campagne
surtout. Une vaste conspiration fut ourdie, qui eût eu pour
effet de donner Liège tout entière au chef de la faction , si
des bourgeois attardés la nuit du 5 janvier 1433 , veille des
Rois, entendant du bruit, n'eussent constaté que le Pont-
d'Ile , le Marché, étaient occupés par des gens armés :
ceux-ci étaient déjà à la Violette avec leur chef... On sonna
la cloche; les métiers accoururent, et, après une lutte
sanglante, mirent en fuite les d'Athin et leurs gens...
Il serait long de suivre pas à pas Jean de Stavelot,
prévenu contre toute faction populaire et racontant en son
langage d'Ardennais lettré les faits qui précèdent, car
- 337 —
ceux-ci occupent une très-grande part de sa chronique.
Il doit nous suffire , après le résumé qui précède , de
rappeler sommairement les circonstances intéressant
spécialement l'histoire communale.
Au jour de la Visitation de N.-D., de l'an 1432, éclate
une sédition causée par l'abrogation violente du règlement
de Heinsberg sur l'élection magistrale. Guillaume d'Atbin
vit contester son élection faite par craie et à sieulte , c'est-à-
dire comme jadis, par XXXII électeurs, nommés chacun
directement par un des métiers votant dans sa Chambre
en séance (sieulte), où les votes étaient inscrits à la craie
en-dessous du nom de chaque candidat.
Le moine de S'-Laurent nous montre (p. 285 et suiv.)
la bande des d'Albin descendant la Sauvenière, l'évêque
se sauvant à S'-Larnbert par les degrés du Marché, non
sans dire aux deux bourgmestres : « Maistres , pensez à
vos ; car je ne say que ches gens vuelent faire ; ilh acurent
enssi com gens qui sont fours de leurs sens. » En effet,
les fenêtres de la Violette sont brisées à coups « de glaives
et de bastons». Les maîtres, qui étaient ((montés sur la
Violette » , des fenêtres , essayent de parlementer , et
Guillaume d'Athin en fait autant des «greit» ou escaliers de
Saint-Lambert. Tous les pennonceaux des métiers sont sur
le Marché ; quelques-uns de ceux-ci portaient leur
grande bannière, et il y en avait jusqu'à la rue des
Mineurs. On lit venir à la Violette le Coffre de Sl-Jacques,
où étaient les franchises ; et comme il était «grand et
pessanto il y fut transporté sur des tinâs, jougs qui
servent à porter les seaux d'eau ou la bière... On consulta
sans doute la lettre des anciennes chartes, et cette journée
se passa sans malheur. « Lendemain del Notre-Dame, mon-
tant les Maistres en charge sur la Violette , avoient avec
eux et leur Conselh grands arguments por les parties».
Le jour suivant, le Conseil de la Cité se rassemble encore
« com ilh est accoustumeit»,
— 338 -
Cependant les troubles continuent, et après le guet, on
voit chaque métier revenir par le Marché, faire sa montre,
ou défilé, devant la Violette. Plus d'une fois on « met le
grant Conselh de la Citeit ensemble; » Guillaume d'Athin
vient à la Violette : « et là s'assèit Wilhelm d'Atin deleis
li chabas (escabeaux, scamna, xhammes); là on tient les
plais des Maistres à la tauble ; et là oit-ilh pluseurs parloirs,
car ilh y oit grans gens. »
Peu à peu , vers le soir , les partisans de d'Athin le
rejoignent, remplissent le local de la Violette, s'éta-
blissent sur les degrés de Sl-Lambert dominant le Marché;
ils élèvent devant eux des barricades de bancs et de paniers,
et ils barrent par des chaînes l'entrée des rues voisines.
D'autres avaient occupé les ponts d'Avroy et de l'Ile et les
hauteurs vers Ste-Walburge. — « Maître, vinrent dire la
nuit quelques bourgeois à d'Athin , que fait-on là dehors ?
Car nous y entendons bolorquier (se remparer, du mot
bolwerk ) et nous voyons tant de gens s'assembler ! « —
S'il y a des gens assemblés ici, répond-il, les autres en ont
aussi assemblé. » Les bonnes gens, partisans de la paix,
disent encore : « Maître, que voulez-vous faire? Nous ne
savons à quoi tout cela peut servir; il nous semble que ce
soit pour détruire la Cité, et mettre le peuple à bas. » Et
il répondit que par le maillet qu'il tenait en sa main, il ne
voudrait point qu'il arrivât mal à la ville. Cependant ses
partisans portaient des armes sur les Degrés. D'autre part ,
le métier des Houilleurs, grands partisans de d'Athin pro-
priétaire de fosses, se disposaient à sortir de leur Chambre,
qui était « as grandes ballanches déleis le fàchon (faucon),
« pour aider ceux des Degrés ; et les mangons étaient en
Manghenie en rangs serrés sous leur pennonceau ; mais ,
tandis que les Drapiers hésitaient à l'annonce du tumulte,
les Fèvres de la Vesque-Court, firent descendre dans la
rue leur grande bannière, et en deux détachements, l'un
- 339 -
par la ruelle de la Clé, l'autre par la grande rue du Pont,
arrivent sur le Marché ; les autres métiers, qui étaient
« .en Marchiet sour leur Chambre » les virent venir , et
« cascon avalât les degrés (escalier) là où ilz estoient ; et
mirent leur penynecheais delès la banire des Fèvres »
qui étaient venus rejoindre, de Féronstrée, lesCarliers,
Merciers et Scieurs ; tandis que tous ces gens se massent
en face de la "Violette et des degrés de- Sl-Lambert , les
bonnes gens du Vinàve d'Outre-Meuse gardaient contre
d'Athin ce pont des Arches dont si souvent on barrait
l'accès contre eux-mêmes. Les Meuniers étaient au complet
avec la grande bannière ; il n'y avait des autres que des
pelotons, des pennonceaux des Tanneurs, Pesseurs
( Pêcheurs ) , Cureurs ( de toile) et des Carliers ou Charrons.
La foule d'Outre-Meuse les suivit par Neuvice, et sur le
Marché coururent en avant quatre compagnons « mult
bien armeis et qui avoient quatre grands espaffus (armes
défendues par les statuts ) en leurs mains et en cenglant
tout le marchiet en criant haultement : « Où chont ches
trahitres d'Atin ? » Ce fut devant eux qu'eut lieu la
première débandade , et, après une lutte générale, où périt
un des d'Athin, les partisans de ceux-ci s'enfuirent
« leurs voies. »
Tandis que les Seigneurs de Saint-Lambert chantaient
matines, on annonça partout que « les Fèvres étoient
maistres, avoient gangniet les grez et ootenut la plache
ou Marché. » Ceux-là en effet, aidés d'autres gens des
métiers, étaient finalement occupés à déconfire les Houil-
leurs en leur Chambre, tuant les uns, jetant les autres
« par les fenestres des planchiers tou viefs chaïus cre-
veteis ». Et le cri des Fèvres était : « Où sont-ilh les
trahitres qui nos vuelent r'oisteir nos frankies? « Quant
à d'Athin, il avait pu gagner Montegnée, et, ajoute le
chroniqueur, parlant de lui et des siens : « oncques depuis
— 340 —
ne revinrent. « Le parti des Petits n'était pourtant écrasé
que momentanément.
Ce fut à la suite de ces affaires que fut créée cette Com-
pagnie dite des X hommes ou délie Halle, chargée de la
garde de la Violette et des maîtres en charge delà Cité, sur
l'organisation de laquelle nous reviendrons.
La sédition des d'Athin finit heureusement par une fête
célébrée en commun tant par les gens du prince que par
les bonnes gens de la grande bourgeoisie. On illumina à la
Violette avec des fallots.
Une lettre, relatant les faits et scellée du grand sceau de
la Cité et de ceux des 32 métiers, fut ordonnée « par manire
d'alloianche et la liist-ons tous les ains devant le peuple en
marchiet le jour des Trois sains Roys, por avoir sovenanche
del victoir que le peuple del citeit eut contre cheaux
d'Atin cheli nuit. Et en font les mestiers en la citeit grant
fieste et joie, en démontrant grant amour h uns à l'autre, et
soy donnent pluseurs fois des beaux dons et presens en
sovenanche del dit journée. Et fait-ons cheli jour trois grans
feux sor le marchiet , et y art-ons maintes torches et fallos
sur le Violet et sus le Destroit car les sangnours et esque-
vins de Liège en font grant fieste avec les Mestiers et les
altres bons borgeois; et les bons Mestiers de la Citeit en
mynent sour leurs Chambres en Marchiet grant fieste cheli
jour et la nuit,ensiwant annuelement, détrompes, de nakars
et de menestreis, et y font plusieurs embattements et font là
leur Roys et y cantent Noyel noyel et plusieurs altres
chansons en grant solas » .
Tels sont le résumé et la fin d'un long épisode relaté par
Jean de Stavelot, riche de détails sur nos antiquités com-
munales ; ils nous représentent d'une part la topographie du
centre de la Cité Liégeoise avant sa destruction par le
Téméraire, semblable à celle que nous connaissons aujour-
d'hui; et, d'un autre côté, ils nous font reconnaître, dans
- 341 —
cette ancienne Maison de la Violette, le prototype de l'édifice
qui lui succéda et que nous pourrons décrire avec plus
de détails malgré sa disparition.
Pour achever d'obtenir les renseignements que nous
cherchons , suivons encore dans les diverses parties de sa
chronique notre moine de Saint-Laurent, embesogné,«sans
le faire exprès, à écrire pour nous l'histoire de la commune,
encore qu'il ne l'aime point tant ; à preuve qu'au sujet de
louanges publiques adressées à l'un de ces deux varlets
portant la livrée du perron qui servaient d'agents aux
maîtres, il ajoute malicieusement : « Ghe n'avient nin sovent
à cheaux qui servent la commone, partant que en la com-
mune sont tant de maistres que ons ne les puet bien servir ».
Néanmoins, si le moine chroniqueur trouve moins avan-
tageux de servir tout le monde qu'un seul maître, il
connaît bien , en dépit de ses préjugés , la commune
liégeoise et son récit nous est aujourd'hui d'autant plus
précieux qu'il n'a été publié qu'après l'étude des antiquités
liégeoises faite par nos historiens ou nos jurisconsultes. En
ramenant ce récit même à l'ordre systématique, nous allons
tour à tour rencontrer, faisant leur office, les échevins, les
maîtres, les jurés de diverses catégories, les fonctionnaires
ordinaires de la Violette, la garde bourgeoise, sans que
soient oubliés les sceaux, la cloche communale, la prison
des citains, la place publique, bref, tout ce qui composait le
personnel et l'appareil de la communauté liégeoise avant sa
rencontre avec le Bourguignon. Sans doute il n'est question
que d'une seule période de l'histoire qui commence vers
l'an 1400; mais celle-là est d'une importance caractéris-
tique, et l'image bien datée apparaît ressemblante et sûre.
S'agit-il des Echevins, il convient cependant d'ajouter
aux renseignements tirés de ces Chroniques, quelques autres
indications.
On ne peut tout d'abord s'empêcher de regretter la perte
— 342 —
des archives de la cour scabinale, égarées finalement, à ce
qu'on peut croire, dans la Flandre française. Avec les
comptes communaux , ce répertoire constituerait une
double série de documents d'une haute valeur pour l'histoire
morale et archéologique de la Cité.
D'autre part, on possède certains commentaires sur
la coutume de Liège , émanant d'anciens échevins , où
dans la discussion de points de droit se retrouvent des
principes d'organisation générale.
Nous n'ignorons pas non plus l'existence d'un manus-
crit de notre Abry traitant des échevins et naturellement
rendu précieux par son sujet même; s'il est pauvre en
observations politiques , il est riche sous le rapport de
la nomenclature personnelle, des généalogies et de l'art
héraldique.
Le manuscrit d'Abry est ainsi intitulé : Le haut et
souverain consistoire des seigneurs échevins de Liège
assemblé sur le Dcstroit au Marché dans la salle Saint-
Michel, convoqué des tombeaux et archives , recueil curieux
de leurs blasons et qualités, qu'ils ont portés de leur
vivant, de leurs alliances, promotions , familles et obit.
Ce titre, comme ceux de l'époque, présenté à Yaymante
postérité, équivaut à une table des matières; quant à la
distribution de celles-ci , il convient de dire que la liste
commence à Jean de Féronstrée , échevin de Liège l'an
1224, et plus de cent cinquante blasons coloriés sont suivis
chacun d'une très-courte notice personnelle ; finalement
celle-là se poursuit sans dessins jusqu'en 1793, et cet
achèvement est dû à Simon Abry, successeur de son père.
Ce travail de généalogiste n'a pu nous être utile :
cependant nous pouvons lui emprunter une note d'ordre
politique :
« Les 14 échevins suivants, est-il dit, ont signé la
Lettre de ne pas contrevenir aux Franchises et paix faites
— 343 —
Fan 1299, la nuitte délie Saint-Servaix, comme ils se
voyent par icelle en cet ordre :
M. Henry Polard, {14e blason),
Louys Surlet ,
Thierry de Saint-Servaix ,
Jacques de Lardier ,
Jacques Chabot,'
Jean de Saint-Martin ,
Gérard de Gypleit ,
Jacques de Goires ,
Jean de Lardier ,
Jean Surlet,
Henry de Saint-Servaix ,
Lambert délie fontaine ,
Gilles délie Canges ;
et fut fait en pleine obédience sur Saint-Michel. »
On remarquera l'appellation locale , d'église , de maison
enseignée ou de métier , qui suit le simple prénom de ces
patriciens et seigneurs bourgeois. Quant à Jacques de la
maison du Coires, du cor ou coin, Abry rappelle plus
loin — et l'on nous permettra de citer ce détail de mœurs
populaires, que le dit échevin était aussi dit «le gros nez»,
surnom que lui avaient appliqué sans doute les plaideurs
wallons et les voisins du Marché.
L'excellente préface au Paweilhars , ce recueil de
décisions judiciaires rendues par les échevins (dans les
Coutumes du pays de Liège, publiées en 1870, par
Raikem et Polain , I ) , offre avec le Patron de la Tem-
poralité , de Hemricourt , une source abondante de
connaissances.
Bornons-nous à cette partie du sujet qui touche le plus
près à l'organisation communale. Le résumé partiel du
titre XLIII du 1. I, des Instituts de droit, de Sohet, peut
suffire à notre tâche. Le titre est ainsi indiqué ;
— 344 —
Les Mayeur et Echevins de Liège. On y retrouve d'anciennes
traditions :
1-5. Etablissement de ce .tribunal , — attribué à saint
Hubert.
6. « Les Echevins de Liège , chargés anciennement de la
police , députoient tous les ans deux de leur corps pour
faire les fonctions de bourguemaitres , d'où ils ont retenu
une clef magistrale, pour faire ouvrir les maisons des
bourgeois aux livrements de possession , et le droit de
taxer le pain et la viande en carême, le droit de faire les
effractions du muid et d'établir les rewards (jurés,
arpenteurs). Ils gardent les prototypes des poids et
mesures. (17-18).
7-18. La juridiction des Echevins de Liège était autrefois
souveraine en civil comme en criminel; leur juridiction en
première et seconde instances es causes civiles per-
sonnelles ; en action réelle et quand? en matières criminelle,
de séquestration.
19. Il y a toujours ordinairement deux Echevins avec le
grand Mayeur qui sont du conseil privé.
20. Ils assistent, aux anniversaires fondés par Erard de-
là Marck, et suivent le Prince dans les processions
publiques.
21-23. Ils ont la préséance sur Messieurs du Conseil
ordinaire.
24. Les echevins de Liège sont nommés par le Prince et
doivent être gens de bien, capables, non artisans, de
mariage légitime, recouvrables et qualifiés selon les paix de
Fexhe et des Vingt-Deux, et comme il est requis par les lois
de l'empire pour juger au criminel.
25. Ne peuvent être Echevins de Liège ensemble, père,
fils, frères, oncles et neveux, et ce nonobstant toutes dis-
penses ou contraire.
26. Ils doivent jurer au Chapitre le Serment accoutumé.
(Il s'est perpétué jusqu'en 1794).
— 345 —
27. Etant reçus, ils doivent avoir rang et séance selon
l'ordre de leur réception, s'ils ne sont nobles de race, qui
précèdent « les ignobles » .
28-31. Après leur réception, ils ne peuvent plus se rendre
pensionnaires d'aucun Seigneur Prélat ni autre ; ils sont
tenus à réside)- au lieu de leur office; tous les deux ans, ils
ont coutume de choisir deux de leur Collège, sous les sceaux
des quels ils l'ont expédier les actes qui se passent au nom
de Liège : ce sont les Maîtres des Echevins.
32. Les Mayeur et Echevins de Liège doivent tenir leurs
plaids ordinaires, les lundi, mercredi et vendredi; au jeudi
les remises ;« esquels plaids sont tenus de paroitre en
nombre suffisant et pour le moins de 9 heures jusau'à
midi ».
33. Du rang et de la «modestie » que doivent avon les
Avocats et les Prélocuteurs dans la Chambre d'audience
( Maison du Détroit ).
Suivant Jean de Stavelot, " Injure ou vilenie dite aux
echevins de Liège siégeant en justice, ou à leurs secrétaires,
se payait par une amende de 2 voyages à Roquemadour,
près Cahors, suit en tout 20 florins d'or (p. il).
Les echevins ne pouvaient remettre les parues qu'à trois
quinzaines sans plus, ou les devaient indemniser pour toute
autre citation et porte de temps; ifs n'avaient nulle part aux
amendes prononcées (p. 43).
On ne pouvait en appeler de leur tribunal ; le prince-
évêque seul était leur prince souverain. Ils étaient bien
les « Chief délie loy de paiis (p. 49) ».
Quand ils étaient reçus devant le Chapitre, ils juraient
sur les Saints, touchant de la main les évangiles, que
jamais et en aucune façon ils ne recevraient rien des
parties (p. 66).
Uncitain, tant qu'il veut ester en justice devant le mayeur
et les echevins, ne peut être attrait en plus grande justice
- 346 —
(p. 153, lettre de Philippe I, roi des Romains); ils étaient
constitués juges naturels des bourgeois.
Les échevins, ces gardiens de la loi (p. 270), étaient, nous
l'avons dit, au nombre de 14. Dans l'ordre de notre cité,
d'un caractère à la fois très-composite et très-tranché, les
incompatibilités étaient marquées. Nous savons qu'après la
rupture déclarée de la démocratie avec la première bour-
geoisie riche unie à l'aristocratie, les échevins ne font plus
partie du Conseil de la Cité, dès 432-4; par la paix de
Wihogne, en 1326, ils en sont exclus d'une manière
déclarée. De même qu'un prêtre ne pouvait être inscrit dans
un métier, il était interdit à un membre du Conseil de la
Cité de faire partie du Conseil de l-'évêque ; ce dernier
(Règlement de Heinsberg) ne pouvait admettre en son
Conseil que deux des échevins et le mayeur. Ne fussent-ils
que deux, encore ceux-là y entraient-ils; des relations
permanentes restaient ainsi établies entre le Palais et le
Détroit. A la suite d'un jugement rendu contre lui, le
chanoine Jean de Stembert, écolâtre de Sl-Lambert, profère
contre le mayeur et les échevins des propos injurieux : le
Chapitre se réserve de le punir d'une forte amende, deux
fois la taxe du voyage de Rome (p. 578, an. 1446).
Quant au Détroit , le local des échevins , ajoutons que si
on y déposait les actes des notaires, on y rédigeait les
pièces , jugements et tous actes échevinaux, en langue
latine surtout, tradition gardée par un corps de Scribes
important; les maîtres de la Cité et le conseil y viennnil
présenter leur requête en fixation de droit (p. 504), et
l'évêque Jean de Heinsberg y « Jure la loy » (p. 1601 ).
Les citains avaient pour juge la Loi, appliquée par la
cour échevinale ; bientôt, ils mirent au-dessus.de la Loi,
le Droit, et comme troisième principe se présente le Statut :
« Très judices in civitate: Jus, Lex , Statutum. » Des lettres
de la cité (Barlollet, Epitoma), le déclarent ainsi. *
- 347 —
Quant à la Loi, c'était la loi du pays, territoriale, gardée
par les échevins liégeois , auprès desquels se conseillaient
les autres cours scabinales : plus de 3,000 cours de hauteur,
suivant Hemricourt, étaient doctrinées par eux. En dehors
des droits politiques acquis ou qu'on était occupé à con-
quérir, « il n'y a dans la Cité de Liège qu'une loi en vigueur,
la Caroline, c'est-à-dire de Charlemagne, et le Prince n'en
peut établir une autre sans le consentement du peuple. »
(Bartollet, Epitoma XXXVIII, document échevinal de 1325.)
Si nous observons l'action des Maîtres, commençons par
dire que ceux-ci avaient étendu leur juridiction au détri-
ment des autres tribunaux. La paix de Tongres , de 1403,
leur enleva l'examen des cas touchant « les héritages ,
testaments , convenance de mariage , biens de sainte
Eglise, et exécutions. » Ils ne devaient plus connaître que
des cas relatifs aux statuts, franchises et libertés de la
Cité, aux affaires commerciales, dettes et conventions.
Encore , pendant le laps de temps où cette loi restrictive
sortit ses effets, tout bourgeois pouvait-il même, en ces
derniers cas , recourir au tribunal de l'official , du mayeur
et des échevins (p. 21).
Les maîtres prêtaient ce serment (p. 207) : « quiconques
seirat esleus Maistre d'ores en avant de la citeit , deverat
avant son institution, aile présenche des anchiens maistres et
conselhe qui eistre y vorront, jureir solempnellemenl sour
Saint, que pour avoir la ditte offiche, il n'a donneit ne
promis , ne donrat ne promettrat à queilconqurs personne,
ne par luy ne par altruit en secreit ne en apeirt , IIII
deniers de mannoye de Liège ou le valoir (équivalent),
et que son offiche ferat bien et loyalement sans fraude ne
mâlengien et quilh feroit tout diligenche de faire le profit
et utiliteit deldit citeit des adventures et émoluments et
rapporteir entirement sens fraude ens mains de Rentier,
sens riens concelleir ou convertir en son profit, »
— 348 -
Les maîtres obtinrent une indemnité pour leurs frais de
chevauchées , déplacements et autres , occasionnés par
leur charge : « pour subvenir aux fauz ou charges qu'ils
ont, reçoivent C. florins du Rhin, chascun LXXII frans aux
Lombard (banquiers publics) et le remanant aux chéus,
rentes , profits et émoluments del Citeit. »
En 1429, on voit les deux maîtres, Alexandre de Seraing
et Gauthier de Fléron « enherbés, » c'est-à-dire empoi-
sonnés, alités, et obligés de se faire remplacer. Le lieu-
tenant qu'ils nomment chacun eux-mêmes , remplit leur
charge jusqu'au bout de l'année (p. 2-42). D'autre part,
les bourgeois se sentant trop « opresseis del Loy » ,
c'est-à-dire serrés de trop près par l'échevinage, deman-
dèrent à ce dernier de fixer équitablement par écrit les
points de droit douteux et contestés. Les échevins font
la sourde oreille , les Fèvres se liguent ; les maîtres et le
peuple donnent au tribunal tout le temps qu'il désire ,
celui des vacances d,e Noël, huit jours avant, huit jours
après. Malgré la fermeture des métiers, résolue contre
eux, les échevins traînent encore le temps en longueur;
et, à la requête des bourgeois qui avaient eu soin de
garder copie de leur papier , ils opposent « tant d'aliter
et de contraire, que par le défaut de recors à rendre »,
les échevins furent déclarés aubains, « et vuidèrent la
citeit » c'étoit la peine du déni de justice.
Les jurés et maistres de la Cité n'étaient pas justiciables
de la cour échevinale. Ni celle-ci ni autres n'avait à
connaître ni à juger de fait ni de dit, des maistres de la
Cité ni du Conseil agissant ou parlant pour la Cité et au
nom de la Cité. Copie nous est donnée, à la page 264
de la Chronique, d'un instrument de 1312, conservé
soigneusement par les citains , pour être au besoin
exhibé, où ce principe était énoncé et, établi par de nom-
breux exemples : ceux-ci montraient comme quoi il
— 349 —
avait été procédé, même par la violence, au nom des
franchises, à des exécutions publiques, maisons d'officiers
ou prisons forcées, même la tour de l'official, sans que
l'échevinage eût recours contre les pouvoirs communaux.
La pièce était signée et scellée par Jean délie Ville « puble
notaire et' notaire de nostre citeit» ; et d'abondance, est-
il dit, « nous y avons appendu le plus grand seaul de notre
citeit, en tesmoignagnes de vériteit»'.
La Cité avait plusieurs sceaux marqués au Perron,
de dimensions diverses suivant l'importance des pièces,
et Ton voit qu'on faisail prévaloir, en certains cas touchant
aux franchises , le sceau communal , non-seulement sur
l'échevinage, niais aussi contre l'Anneau du Palais et les
tribunaux du Prince.
Les maistres, qui disposaient de la garde veillant sur
la Violette , avaient une bannière (p. 303) ; des Lombards
leur servaient de banquiers (p. 496). Relevons aussi
l'emploi régulier de certaine expression de la langue
politique communale. Qui dit vieux maître ou maître
d'antan, entend le bourgmestre sorti de charge, et il con-
servait, sinon des droits , en tous cas certaine influence.
Ils assistaient notamment à la prestation de serment des
maîtres nouveaux. Le maître por le temps est celui qui est
en charge.
L'action des maîtres est de nature très-diverse, aussi
complexe que l'organisation politique du pays. On les
voit agir auprès du prince, et de même celui-ci s'adresse
à eux pour obtenir leur intervention. Le prince-évêque
leur demande par exemple de ne pas soutenir ceux de
Maestricht (pp. 452, 454), ou les Lossains ( p. 483) ;
d'autre pari, les maîtres prient le Prince de ne pas entre-
prendre le voyage de Palestine, et ils réclamèrent plus tard
du clergé l'exécution, en ce qui le concerne, du Règle-
ment de Heinsberg. Le clergé s'adresse à eux pour agir
sur les métiers (p. 527). Les maîtres interviennent même
— 350 —
dans la direction de la politique extérieure de la Cité :
ils délibèrent avec le Chapitre sur l'alliance proposée par
le roi de France, Charles VII (p. 552). Ils en avaient
appelé à l'empereur des prétentions du marquis de Brande-
bourg (p. 503) ; après la conspiration des d'Athin ,
un des maîtres, accompagné de deux clerc* de la Clic,
est envoyé directement à l'empereur d'Allemagne pour
traiter de la confiscation des biens des bannis. Il revient
»
avec une Lettre impériale , dont la seconde expédition
est adressée au tribunal des échevins. Plus tard , en
maintes circonstances , des chargés d'affaires de puissances
étrangères s'adressent aux maîtres.
Du long règne de Heinsberg, sous lequel se passèrent
nombre de faits et actes relatés par Jean de Stavelot,
il nous faut garder la mémoire du règlement de l'élection
magistrale de 1424. La charge de maître de la Cité —
Bouille relève aussi le fait — avait acquis dès le milieu du
XIII0 siècle, une telle importance , que les principaux
citoyens, tant nobles que bourgeois, se la disputaient;
de là des querelles continuelles, effet de la brigue des
candidats : « Breuvages, dons , promesses , prières et
menaces, disait le prince, corrompaient les élections
dans les chambres des métiers». La Cité « grandement
ornée de privilèges, franchises et libertés», en usait
fort, aux termes mêmes du nouveau «régiment», et celui-ci
remplaça l'élection populaire par un système d'élection
à trois degrés. Vingt-deux commissaires, dont seize
étaient désignés par les paroisses et six seulement par
le prince, choisissaient trente-deux électeurs de bonne
vie et. mœurs, et ceux-ci nommaient les maîtres. Ce
règlement, supprimé par le Téméraire,' décrié par la
démocratie, dura somme toute jusqu'en 1003.
Nous rencontrons encore, avant l'époque bourguignonne,
les anciens jurati. Ils exerçaient à côté de l'échevinage,
— 351 —
des pouvoirs qu'ils tenaient du peuple ; c'était une juri-
diction de paix, intra muros, et on voyait en eux les
organes de l'autonomie intérieure de la commune. Partout
où étaient en jeu les intérêts particuliers des bourgeois,
ils intervenaient. Devons-nous les regarder, ainsi que
nous le pensons , comme représentant un ordre de choses
antérieur à leur date , trois pièces des archives de la
Cité résumées par Bartollet, les jurés (1422) se livraient
à des enquêtes dans la Cité ; des enquêtes se faisaient
au nom des franchises et ils jugeaient alors au crimi-
nel ; ils connaissaient des injures, entendaient les plaintes
dans la Cité franchise et banlieue de Liège ; finalement,
ces placitationes ou plaids tenus partout devant les jurés,
sont transférés dans la Maison civique , c'est-à-dire à
la Violette, siège commun des magistrats communaux.
Unis aux maîtres , les membres du Conseil se séparent
avec eux de la Cour scabinale ; ils tenaient jadis leurs
séances solennelles clans la grande salle St-Michel, à l'étage
même de la Maison du Détroit. Là, dit un document
de l'an 1312 « li Maître, li jureit et le consel de nostre
' citeit soy souloient assembleir et être pour les besongnes
de nous et de nostre citeit. » Ce fut pour eux tous que
fut édifiée la Violette. Les jurés, le Conseil, inspirent les
maîtres en toute circonstance ; partout ils sont derrière
eux, les rendant forts de l'opinion commune. 11 n'est pas
possible de distinguer maîtres, jurés et conseillers effec-
tifs ; ils jouent le même rôle dans les chroniques comme
dans l'histoire, et il les faut classer tous ensemble sous
la même rubrique, les uns remplissant un mandat nomi-
nal, les autres un rôle anonyme aujourd'hui, mais aussi
important. Dans la perpétuelle évolution de l'histoire
intérieure liégeoise , le nombre des jurés , le mode de leur
élection a changé, et ils ont été choisis parmi des hommes
de toute condition. Du temps de Jacques de Hemncourt,
— 352 —
il y avait, suivant lui, deux cents membres au Conseil.
C'était là sans doute l'ensemble de ceux qui, à tout litre,
composaient le Grand Conseil et le Petit Conseil de la Cité ,
établis par la Paix de Vottem (1331). Hemiïcourt, qui fut
bourgmestre de Liège en 1390, est loin de louer l'état
de choses créé par l'administration populaire. Dans sou
Patron del Temporaliteit , il lui attribue tout le désordre
du temps : car c'est ainsi qu'il envisage la victoire, au
XIVe siècle, de l'élément communal démocratique sur
la ploutocratie ou patriciat urbain. L'auteur du Miroir des
Nobles de Hesbaye ne pouvait penser autrement. La mul-
titude, dit-il, engendre confusion, et il eût voulu qu'on
réduisît de beaucoup le nombre des membres du Conseil,
ne comprenant pas que le souvenir des assemblées plé-
niéres vécût encore, ni que chacun fût si jaloux d'exercer
les droits de la bourgeoisie. Partisan des privilèges, il n'ai-
mait pas le petit peuple, les petit* métiers, n'admettant
que les forts et lionorables, les gens de lignage. Le coup
d'étal de Maxiinilien de Bavière devait un jour remplir ses
vœux.
N'oublions pas certains jurés spéciaux, gardant ce
nom d'assermentés en suite de fonctions particulières et
permanentes. Ce sont des fonctionnaires communaux mis
en rapport avec la Cour scabinale.
Dans les statuts de la Cité, établis en la Loy nouvelle
de 1403, par l'élu Jehans de Bealwier, (Jean de Stav., pp.
41 et 51), il est parlé du service public des Ju>;:s des eaux
et des Jurés du cordeau. Les premiers avaient la sur-
veillance des cours d'eau, si nombreux ; ceux-là visitaient
les usines et les moulins, veillant au curage du lit à faire
par chacun, connue à l'usage régulier de la force motrice.
Il leur revenait aussi de planter les « clawî » ou pilotis
indicateurs d'une limite de juridiction; l'on s'adressait à
eux dans des questions d'hérédité [tour faire l'estimation
— 353 —
des moulins, et ils avaient à en donner lettres aux parties.
Les Jurés du cordeau jouaient ce même rôle d'experts et
d'arbitres dans les questions d'héritage, qu'il s'agît, soit
de maisons , soit de terres, de parcelles de terrain ou bien
encore de mitoyenneté et d'alignement. On appelait « le
voire-jureit por le débat apasenteir, sans prendre congier
al justice»; mais si l'une des parties refusait d'accepter
l'avis, il fallait recourir à la justice du lieu, à savoir à
Liège au tribunal des échevins. Chacun pouvait là amener
avec soi, mais sans plus, cinq personnes et, tant seulement
un parlier ou parolier, disons un avocat. Or, c'était pour
éviter ce tribunal que la bourgeoisie avait institué des
arbitres, choisis parmi des pairs, ne relevant que de leur
serment , et , comme toutes les institutions populaires ,
celle-ci se rattache à l'organisation des services de la Vio-
lette. Dans la division du travail administratif de l'époque ,
les Voire-jurés, appelés par les intéressés, jugeant sur
place de visu, représentaient les travaux publics. Le chro-
niqueur ne parle, pas encore du Maître Maçon de la Cité,
prédécesseur de nos architectes. Les Jurés de la Cité
avaient cl ers et varlet , les Jurés des Vinâves notamment.
Sous une forme rajeunie , pour ne point retarder le
lecteur, voici comment Jean de Stavelot expose, à propos
des événements de l'an 1433, l'organisation de la garde
bourgeoise dite les X délie Halle :
On forma d'abord un corps de quatre-vingts hommes
qui, de jour comme de nuit, pouvaient porter des armes;
ils devaient assister les maîtres de la Cité et garder le
peuple et la ville de tout péril. Cette compagnie fut abolie
la même année et remplacée par une autre , composée de
X hommes pris dans chacun des XXXII métiers (320 h. ).
Ils juraient de garder les maîtres et la Cité si quelque
danger les menaçait; que, si les échevins tardaient à rendre
la justice , ils les obligeraient à remplir leur office suivant
— 354 —
la loi, comme aussi les XVI des Vinàves; ils feraient res-
pecter les avantages communs et la Constitution. Ils furent
appelés les X de la Halle, parce que, en cas de besoin, ils
se l'assemblaient dans la Halle des Tanneurs, voisine de la
Violette, où les maîtres se tenaient d'ordinaire. Les X de
la Halle durèrent longtemps, et, si l'un d'eux mourait, il
était remplacé par un autre féable ayant t'ait le même
serment.
Ils portaient continuellement , au côté , des dagues ou
longs couteaux ( X viros qui siens vel longos cultellos ad
latera continuo déférant — Amplis. Collect. V. 492.
Ghronic. Leod.) et devaient répondre, à toute heure, à la
convocation des bourgmestres. Un texte tiré de la CÂvitatis
Delegatio, p. 94 , explique que la Maison civique, dite aussi
Basilica , étant sise juste au milieu même de la ville, il
importe à la sûreté générale que celle-là soit bien gardée :
aussi a-t-on institué les Dix-Hommes qui, exempts du guet
et des autres prestations militaires, recevant même annuel-
lement une solde de quatre florins , étaient convoqués, en
cas de tumulte subit, à la Violette, où se réunissait le
Conseil de la Cité. Ils étaient constitués les gardiens de la
Maison, et pour y veiller la nuit, qui in Basilicae atrio
vigilarent.
Cbargés de faire respecter la légalité, et cela tout
d'abord par les grands contre les petits métiers, ils étaient
choisis de bonne condition, qui fuerint malae conditionis,
per Collegia removeantur (Bartollet).
Parmi les indications qui ressortent du texte de Jean de
Stavelot, il faut remarquer le rôle joué encore une fois par
la Halle des Tanneurs; c'est celle-ci , la maison-mère, plus
grande, qui garde toujours la Violette détachée d'elle en
vue de l'indépendance commune îles métiers. De plus,
affecter ;'i la protection des maîtres, puis ;'i celle de la
Cité e1 de sa banlieue, nue force militaire régulièrement
— 355 —
organisée, c'était attribuer au Magistrat populaire une
partie du pouvoir souverain.
Nous avons dit i#n mot du sceau de la Cité , signe de ses
franchises. Il convient aussi de parler de la Cloclie du Ban .
Citons quelques textes; ils en feront l'histoire.
L'usage de la ban-cloche compte parmi les attributs du
pouvoir souverain ; on en voit la garde remise par le Cha-
pitre au Mambour ou tuteur du pays :
« Peu de temps après la mort de Walenrode, en 1429,
« Adonc, dit Jean de Stavelot ( p. 1G8) , fut encore recheu
à Mambor por le Capitle de Liège dameseal Evrar del
Marche , por estre protecteur del englieze et défenseur de
pais , en délivrant à lui le baincloke et autres sollempniteiz
accoustumeit. »
La Ban-cloche, mise en branle par ordre de l'évêque,
sert d'appel ordinaire pour les citations au tribunal du
prince.
« Après (en 1441 , p. 484), le XIIIe jour de novembre,
Monsangneur fist huchier al aneal de palais de ches de
Hasque ; et portant (partant) que la bancloke estoit
défendue et failhée (brisée), sonat-ons Lambert por ledit
appeal. »
Deux ans après (p. 514), Henri del Cachie , mayeur de
Liège — Henri de la Chaussée , ce bon justicier qui fit si
bien «parer» de voleurs et de moudreurs les trois nouveaux
piliers du gibet de Saint-Gilles rétabli par le prince — lit
faire une nouvelle ban-cloche « por et nom et, aux dépense
Monsangnour l'evesque de Liège » ; la précédente avait
duré 115 ans; celle-ci , du poids de 6,500 livres et d'une
valeur de l^OO florins du Rhin, fut appelée Horrida,
à savoir la Terrible.
Cette cloche (p. 549) sonne l'appel lors de la séance
du tribunal de Paix tenue par le prince-évêque à Notre-
Dame-aux-Fonts , où lurent « forjugiés et anamathémati-
siés » trois des échevins et gouverneurs de Rureuionde.
- 356 —
Ainsi l'ancienne ban-cloche vient du prince, et lui ou le
Màmbour en sa place en ont la garde. Mais elle est donnée
à la Cité et, bien que suspendue dans une des tours de la
cathédrale Sl-Lambert qui sert de beffroi , elle est à usage
civil. A côté des cloches annonçant les pompes des céré-,
monies religieuses , il y a aussi une voix connue pour tenir
la bourgeoisie attentive à l'exercice solennel de la justice.
Telle est bien la première partie de l'histoire de la cloche
commune , instrument jugé trop dangereux pour être
confié aux mains des chefs populaires, en lace même du
palais du prince. Mais les destinées de cette ban-cloche
qui, d'après son nom, pouvait taire lever le peuple lié-
geois, suivent le cours des progrès de la bourgeoisie;
bientôt , la vraie cloche communale changera de place et
d'emploi comme de maître. Nous la retrouverons à la
Violette : c'est alors la cloche d'alarme , la eampana
armorum.
Du moment que la Violette existe, les anciennes réu-
nions populaires dans la cour du Palais des princes se
transportent devant cette maison de la Cité. Et ce n'est
pas seulement dans une échauffourée subite que le Marche
sert de lieu de rassemblement aux citains : il est la place
du peuple, sa place d'armes naturelle.
Un passage latin de la Chronique de Jean de Stavelof
(p. XII) nous montre en 1486 le peuple accourant tout
entier en armes sur le marché de Liège, un matin de
certain dimanche , et bannières en tête; c'était pour retirer
le mandat conféré à Guy de Kanne , mambour; et comme
celui-ci s'était présenté devant la foule sur les Degrés, il
y eut contre lui grande clameur; on le précipita sur la voie
publique, où il fut occis, et de là tiré par les pieds à tra-
vers le marché, jusque chez les Frères mineurs , qui l' in
humèrent.
Dans la poursuite des Haydroits , en 1403, le résultai
— 357 —
de l'enquête des XVI fut lu à haute voix devant le prince
et le peuple de la Cité à cette fin assemblé dans la cour du
Palais. Là « li universitait ciel Citeit, sens alleir les
maistres à conseille » réclama nominalement ceux qu'elle
voulait voir coudamner. Il y eut alors « grant hahai » ,
assez sans doute pour que l'élu engageât les métiers à
aller se rassembler avec leurs armes sur le marché. Ainsi
fut fait, et le bannissement des Haydroits y fut proclamé.
« Crueux justiche » porte en marge le texte de la
Chronique. Les Haydroits fugitifs, qui s'étaient emparés de
la ville de Herke , furent pris , et les derniers vivants , au
nombre de 18, furent amenés à Liège. Un de leurs chefs,
Johans cle Spauze, fut écartelé tout vif sur le marché.
Tous les autres, dont quatre portaient un "des quartiers de
la victime, furent conduits au lieu d'exécution de Sainte-
Walburge , là sans doute où s'éleva jusqu'à une époque
relativement récente cette morgue des suppliciés connue
sous le sobriquet populaire de Cimetière à l'oseille , près
des remparts.
Le marché, cette place à l'avant-plan de la Violette,
du Détroit et des Degrés de S'-Lambert , qui servait à la
vente des denrées (p. '226), où plusieurs « bons Mestiers
estoient en leurs Chambres « (p. 302), et où se faisait la
revue du guet (p. 292), était, comme on le voit, le lieu
aussi où la justice criminelle suivait sou dernier cours.
Des Dinantais, condamnés à l'Anneau du palais pour avoir
brûlé les lettres des pensions qu'avaient leurs bourgeois
sur leur ville, furent « en Marchiet à Liège décolleis. »
(p. 195). Une des plus terribles exécutions qui s'y firent
est celle de Laurent le Batteur, partisan dos d'Albin.
Après l'enquête, il fut livré au mayeur Istause Chabot,
seigneur cle Mosaie , qui demeurait Chaussée-des-Prés , au
pied du Pou' -des -Arches. Et voici la traduction des faits
relatés dans notre chronique : « Pour faire un exemple , le
- 358 -
vnayeur fit mettre un banc devant le Détroit et les Degrés
du marché, 'et amener le dit Laurent devant lui. Laurent
savait fort bien parler, et là, devant la Justice, à savoir
les mayeur et échevins de Liège, comme aussi en présence
de tout le peuple assemblé, il reconnut la vérité de tout ce
qu'auparavant il avait avoué. En suite de quoi, on lui
trancha la tête. Le corps fut alors étendu sur le banc,
et Maître Copkin, qui était bouclier à Maestricht, fit quatre
quartiers, que l'on alla exposer avec la tête aux portes
et au plus près de la ville. Le dit Copkin les traînait en un
panier tiré par une- corde là où il les voulait avoir, et
derrière lui suivaient des enfants qui voulaient voir. Le
tronc du supplicié, après la distribution des membres,
fut mis dans le. panier, qui resta devant les Degrés...
C'était un spectacle cruel et hideux à contempler. »
Si, passant sur les détails sanglants des exécutions
publiques, nous gardons la mémoire des autres traits divers
qui composent aux XIVe et XVe siècles la physionomie du
marché — ce cadre naturel de la Violette — nous éprou-
verons un intérêt renouvelé, à voir plus loin ces mêmes
Ira ils agrandis, à une époque où la topographie du centre
de la Cité , maison par maison, nous sera plus connue.
La Violette servit de lieu de détention. Quelques Hes-
bignons, nous dit Jean de Stavelot (pages 306, 308
et 354), venus innocemment sur le marché, lors de
l'affaire des d'Athin, furent épargnés, mais enfermés en
la prison des bourgeois à la Violette. Lorent « le bateure » ,
ce partisan des d'Athin , dont nous venons de parler,
trouvé dans un cellier des Écoliers, fut tout d'abord
amené couvert d'eau à la prison de la Violette ; Jacques le
bastart, déclaré aubain ou banni «pour vilain cas» et
venu à Liège avec un sauf-conduit du prince, fut ce
nonobstant, mis en la ferme de la Violette et décollé en
vertu des franchises.
— 359 -
Aux pages 601, 603, 605 et 606, texte latin, on voit une
femme étrangère et arrêtée au dehors, soustraite par la
violence à la juridiction épiscopale, et amenée en la prison
de la Violette ; une sentence punit les coupables, gouver-
neurs de métiers, et cette femme est ramenée à Bruck,
où elle subit la peine capitale, par la noyade en un étang.
D'autre part, un membre du métier des orfèvres, arrêté
de même au dehors , lors d'une conspiration à Maestricht,
fut délivré par des compagnons et conduit à la Violette ;
comme le Palais revendiquait le captif, celui-ci fut mis en
liberté et conduit en sûreté Outre-Meuse ; il fut exigé
que ceux de son métier qui avaient limé les fers fussent
livrés ou mis à la Violette, et ceux-ci au nombre de 22
demeurèrent là cent et quatre jours. Un arbitrage et une
amende terminèrent l'affaire ; le sellier Rigaux, qui n'avait
pas voulu entrer à la Violette, paya 200 florins du Rhin.
La même année (1449), au jour de Sl-Jacques, un grand
tumulte s'éleva sur le marché, à l'occasion de l'élection
des chefs des métiers ; la compagnie des X de la Halle
s'arma et mit à la Violette les prisonniers qu'elle fit.
Il y avait eu mort d'homme, mais comme on ne put
découvrir l'auteur du meurtre, vu le nombre des émeu-
tiers coupabres d'avoir lancé des pierres et tiré des
couteaux, la peine d'une amende commune fut prononcée.
Le rôle de la ferme de la Violette apparaît clairement :
prison des bourgeois, encourue pour divers chefs, dis-
tincte de la prison des autres juridictions, de la cour
ecclésiastique , de l'olficial avec sa tour redoutée , de
celle du mayeur gardien de la ferme du tribunal des
écbevins. Les vagabonds ou étrangers étaient générale-
ment emprisonnés dans les réduits d'une des portes de la
ville, à Sainte-Marguerite, au Pont-d'Avroy, à Sl-Léonard :
ils él aient de là plus vite et facilement expulsés. Dans
la Cité , où des pouvoirs mal définis étaient une cause
- 360 -
constante d'erreurs et de troubles , même le droit à la
prison était disputé. Ajoutons pour bien comprendre les
exemples précédents relatifs à la Violette, que l'empri-
sonnement n'était pas, suivant l'ancien droit pénal, la
peine elle-même, mais un moyen de l'assurer ; la peine
était de très-diverse nature , amende , voyage taxé ,
bannissement comminé , etc., etc. Le nombre des pri-
sonniers cités dans le dernier cas, 22 à la fois, prouve
l'existence à la Violette même, d'une ou plusieurs ebambres
communes pour les prisonniers, comme les fers limés
établissent celle de l'appareil ordinaire aux prisons du
temps. Ajoutons, pour finir, que la prison bourgeoise
de la Violette servit aussi parfois d'asile à l'aliénation
mentale.
On trouve dans un M. S. cette curieuse relation :
« Le 27 d'octobre 16'40 mourut en prison dans une cache
en la maison de ville , un nommé Henry Mosdent, lequel
estoit fol. Néanmoins, homme fort et robuste, après avoir
demeuré en la dite cage vingt-deux ans , sur lequel temps,
la chevelure lui estoit crue de dix-neuf poignées de
longueur, tellement qu'elle lui servait de couverture et
d'habit, et avoit les ongles des pieds et des mains comme
cornes. »
D'un autre passage (.1. de S., p. 399), il appert qu'en suite
d'une famine et de mesures prises pour approvisionner la
Cité de blés de la Hesbaye et comté de Looz , tout fermier
ferait connaître les rentes de blé, pour être, celles-ci, enre-
gistrées à la Violette , où il était tenu note des céréales
amenées en ville.
A propos de la place de Bouillon qu'il s'agissait de
détendre, le Prince-Évèque, revenu de Cologne, requiert
l'aide de la Cité, et pour ce, fait porter son pennonceau
à la Violette.
Les affaires de Trêves (p. -4G5) traînant en longueur,
- 361 —
non sans grandes dépenses, le prince-évêque comparaît
personnellement en séance à la Violette, priant « qu'on le
volsit servir sor l'archevesqueit de Trive , ensiwant la
conclusion de palais quant on butât fours les baniers,
et soilement y ne requeroit que XXX hommes de cascun
mestier. »
Ainsi donc, en résumé, siège de l'état-civil liégeois,
de la comptabilité du rentier , de la garde dite des X
hommes, du Conseil de la Cité , des plaids à la table des
maîtres, des jurés , des fonctionnaires communaux et de
leurs clercs , prison des bourgeois, bureau d'enregistre-
ment de l'annone en des temps calamiteux , tel était le
rôle de cette Maison de la Cité sise au Marché , où la
bourgeoisie, représentée surtout par ses deux maîtres ,
avait élu domicile pour passer tous actes publics.
Mais , s'il suffit déjà pour la Violette , nous n'avons pas
encore accompagné nos communiers jusqu'au point
d'achèvement de leurs institutions.
L'organisation intérieure que nous montrent en action les
récits de notre chroniqueur, se trouve pour nous heureu-
sement complétée par quelques-uns de ces 547 documents
de la Cité analysés brièvement par Bartollet, en son Epi-
toma latin, et dont il nous semble qu'on n'a pas assez
apprécié la valeur et l'utilité. Notre ancien jurisconsulte
paraît avoir eu en mains les archives de la Ville telles à
peu près que les pouvait contenir le Coffre de Saint-Jacques,
ainsi dit de l'abbaye, où nos pères, instruits par les guerres
qui les avaient, dépouillés de leurs titres, avaient déposé
ceux-ci comme en un asile inviolable en ce temps-là.
Le dominium. le domaine propre de la Cité est notam-
ment bien établi.
La paix des Clercs (1287) en réglant la part de la con-
tribution du clergé aux charges communes, avait établi
une commission dite de la Fermeteit , composée de douze
25
— 362 —
membres , et aux six Fermetiers bourgeois élus par les
bourgeois , six chanoines furent adjoints par la raison que
les clercs aussi bien que les laïques, auraient à payer l'accise
sur la bière. « Pour les frais ke cil de le Ville de Liège ont
fais en Murs en Ponts et en Chauchies (chaussées) il âront et
lèveront lassise des cervoises jukes à dis et wit ans venans
prochainement et poront prendre wit deniers Liégeois al
eime et nient plus dedans le Citeit. » L'élection se faisait
annuellement le jour Saint-Houbert.
La Lettre de la paix de Flône déclare en 1330 que les
murs, les fossés et les ponts de la Cité, sont du domaine
du peuple et sont remis à sa garde et à son administration.
C'est ce que disait déjà une Lettre des échevins de 1325 :
« Nous wardons si comme^ Echevins , et par Loy , que li
pons, li murs et fosseis délie dite Citeit et li aysement
d'eux sont à la dite Citeit entièrement et en puellent li
Maistres, li Jureis, et li Conselh délie dite Citeit faire leur
profit comme délie dite Citeit. » Après la guerre faite à
Liège par l'évêque Jean de Bavière et Jean de Bourgogne,
une Lettre de l'empereur Sigismond « remet la Cité en
possession de toutes ses libertés, biens, bannières,
sceaux, monnaies, édifices, tours, fossés, ponts, portes
et tous droits possédés avant la guerre de Bourgogne et
Bavière. »
La Maison des pauvres, Domus pauperum ou Hôpital
de Cornillon , dont les citains étaient seigneurs , faisait
partie du domaine communal et les comptes de ses quatre
Maîtres étaient examinés à la Violette. Les délégués des
métiers , à ce commis , recevaient un manteau pour leurs
peines. Ajoutons que pour être admis à l'Hospice de Cor-
nillon, propriété des citains, il fallait être bourgeois, né de
père et mère bourgeois. D'autre part, quatre fois l'an des
distributions en nature étaient faites aux communs
pauvres, à l'Hospice Sl-Michel dont la fondation est peu
— S63 -
connue, et que dirigeaient deux Maîtres. Quant à l'ordre
judiciaire, « s'il arrivait qu'un bourgeois ne pût se faire
entendre en Justice ni défendre son droit, » les citains de
Liège, dit la Lettre sur l'Avocature de la Cité du 8 janvier
14-62, doivent, en cas de déni de justice ou de défaut du
tribunal, être défendus par l'Avocat de la Cité. Celui-ci
est reçu par les échevins à la prestation du serment que
doivent jurer les Avocats de la Ville.
Les contrats et les délits en foires et marchés (litt. de
nundinis 1350) relèvent de la justice et des maîtres de la
Cité; le tribunal et ceux-ci nommaient de chaque côté trois
commissaires.
Rappelons, à l'occasion de cette double surveillance,
qu'en général le gouvernement démocratique doit son
succès sur le patriciat bourgeois, tant au besoin d'un
contrôle efficace des finances publiques qu'aux aspirations
politiques des métiers.
Nombre d'Hôtels- de-Ville du Hainaut ont porté le nom
de Maison de la paix; c'est par allusion à cette justice de
paix exercée par les ancêtres de nos bourgmestres actuels.
Les plaids qui se tenaient à la Violette « à la table des
maîtres » comme dit Jean de Stavelot, son' visés par la
Lettre du Prévôt (de S'-Lambert) du 1er juillet 13-49 : « Les
magistrats liégeois bannissent de la Cité , ils partagent
avec le Prévôt le produit des amendes infligées à la suite de
rixes entre femmes ; ils connaissent des injures; de même
de la diffamation d'une femme de bonne vie et mœurs. »
Si , laissant maintenant le détail des faits et la nomen-
clature des anciens fonctionnaires communaux dont les
efforts se concentraient à la Maison civique, nous revenons
à la politique générale, il ne nous faut pas oublier de
relever dans VEpitoma de Barlollet , le traité de paix et de
liberté commerciale conclu par nos bourgeois et ceux d'Aix-
la-Cbapelle, ni cette Lettre de l'évêque Jean de Flandre,
— 364 —
du comte de Namur et du comte Gui de Flandre, de
l'an 1310, déclarant que « la Cité de Liège et les deux
comtes , en tous cas de contestation et de conflit , soumet-
tront le litige à la décision de quatre arbitres qui établiront
les conditions de la paix commune. »
Dans plusieurs de ses Lettres , la Cité se déclare la tête
de la patrie, Civitas caput patriae , et en effet elle l'était.
Capitale du pays , inspiratrice de la ligue des bonnes villes,
la Cité de Liège gardait le rang que lui assignaient naturel-
lement son importance matérielle et son énergie politique.
Outre le désir, souvent exprimé par ses bourgeois, de
rester « neutraux s> entre les grandes puissances voisines,
des traités spéciaux, passés avec les autres pays belges, lui
assuraient encore une position sûre autant que brillante.
«De même que la Flandre, dit M. A. Wauters (op. cit.
274, I), fut longtemps regardée comme un des plus riches
états laïques, de même le pays de Liège prit place au
premier rang des états ecclésiastiques. Pendant plusieurs
siècles, ces deux créations du moyen-âge grandirent à
proximité l'une de l'autre , se développant pour ainsi dire
parallèlement , et , après une époque de décadence mo-
mentanée, retrouvèrent une vie nouvelle. »
Sans doute , et l'on peut ainsi caractériser deux natio-
nalités différentes , actives et opulentes , vivant l'une sous
la suzeraineté d'un comte, l'autre d'un prince-évêque. Mais,
tout en rendant justice à des princes généreux ou éclairés,
et tout en respectant une organisation générale histo-
riquement établie, il convient de dire aussi que la commune
liégeoise n'est pas plus ecclésiastique que la commune
flamande n'est comtale. Elle existe par elle-même, pour
elle-même, et ce qui unit les deux pays, en dépit de la diffé-
rence de la race, de la langue et de la forme extérieure du
gouvernement , ce sont des aspirations politiques pareilles,
qui toutes se résument en ces mots : autonomie communale.
— 365 —
La commune liégeoise était à elle-même son propre
auteur. Elle avait fondé sa puissance sur la multiplication,
tant de sa population que de ses ressources, et dans une
société basée tout entière sur le privilège, elle avait su
établir e1 défendre ses droits vis-à-vis des immunités
seigneuriales et ecclésiastiques.
Il faut lire dans Froissard le discours tenu aux Gantois
affamés par les maîtres de Liège qui leur envoient des
vivres pour les soutenir dans la lutte entreprise contre
le comte. Aucune pièce ne montre mieux la puissance
du mouvement communal liégeois, assez grande pour se
manifester en dehors même des murs de la Cité, pour
donner une extension imprévue, mais naturelle , à l'union
des bonnes villes liégeoises.
« Si, dirent en ce temps-là (1380), ceux de Liège à ceux
de Gand , si cil pays de Liège vous fut aussi prochain
comme Haut-Brabant et Hainaut , vous fussiez autrement
confortés de nous que vous n'êtes , car nous savons bien
que tout ce que vous faites , c'est sur votre bon droit et
pour garder vos franchises ; et nonobstant tout ce, si vous
aiderons nous et conforterons ce que nous pourrons et
voulons que présentement vous le soyez.
» Vous êtes marchands et marchandises doivent et puent
par raison aller en tout pays. Cueillez et levez en ce pays
jusques à la somme de cinq cents ou de six cents chars
chargés de blés et de farines ; nous vous le accordons ;
mais que les bonnes gens dont les pourvéances venront,
soient satisfaits.
» On laissera bien nos marchandises passer parmi
Brabant : le pays ne nous veut mal, et aussi ne faisons
nous à lui. Et quoique Bruxelles vous soit close, si savons
nous bien que c'est plus par contrainte que de volonté,
car de_ vos ennuis les Bruxellois ont grande compassion:
mais le duc de Brabant et la duchesse, par prière de leur
— 366 —
cousin le comte de Flandre, s'inclinent plus à lui qu'à vous ;
et c'est raison, car toujours sont les seigneurs l'un pour
l'autre. »
Voilà bien paroles de communiers, et cette affirmation
d'une solidarité naturelle constitue le premier en date des
discours belges à notre connaissance.
Le mal devait venir plus tard du Brabant, qui fut toujours
terre princière. S'il est plus parlé dans notre histoire belge
du renom des communiers flamands que des communiers
liégeois , c'est grâce au prestige de celle victoire de
Courtrai qui enthousiasma les villes : le duc de Bourgogne,
au contraire , successeur des anciens ducs de Brabant déjà
vainqueurs à Othée, put infliger à Liège une désastreuse
défaite, qui terrifia les communes.
Reprenons ici, suivant la chronologie, le cours d'une
histoire qui ne devient que trop dramatique.
Soit de gré, soit de force, et sous la pression de Philippe
de Bourgogne, le prince-évêque Heinsberg, sous le règne
duquel se passent les derniers événements relatés par Jean
de Stavelot, résigna son évêché en faveur du neveu du duc.
Quels que soient les reproches qu'on ait à adresser à
Heinsberg , au moins eut-il la sagesse de ne jamais rendre
l'étranger arbitre des dissentiments survenant, à propos de
l'administration de la Cité. Celle-ci perdit le bénéfice de cette
bonne gouverne du moment où le nouvel élu Louis de
Bourbon fit son entrée dans le palais de Liège. Il eut
bientôt donné toute preuve d'incapacité à l'intérieur; il
fut chassé par une bourgeoisie ameutée, heureuse de voir
inoccupé le palais épiscopal , car elle était dès lors seule
souveraine. A ce moment , la Cité , dont l'intérêt capital
était, comme toujours., de garder la neutralité, fut mêlée
aux trop grandes querelles de Louis XI de France et de
Charles de Bourgogne. Dès longtemps , nos historiens
liégeois ont marqué ces étapes douloureuses de notre
— 367 —
histoire : la bataille de Montenaeken et la Cité humiliée ; le
sac de Dinant, la défaite de Brusthem , puis, désastre sans
précédent, la destruction même de Liège.
Huit jours après la journée de Brusthem, perdue par les
Liégeois inférieurs en nombre , mal retranchés , et qui
laissèrent 6,000 au moins des leurs sur le terrain, Charles-
le-Hardi fit, le 17 octobre 1467, son entrée dans la Cité par
une brèche de 20 toises à la porte Ste-Marguerite. Un traité
enleva savamment à la Cité ses franchises et toute
indépendance : les 46 articles nous montrent assez tout ce
que notre bourgeoisie avait conquis par l'énumération de
tout ce qu'elle perdait. Ils nous font voir d'autre part
comment les princes entendaient, après bataille gagnée,
l'organisation du pouvoir souverain. Plus de métiers
corporatifs ni de privilèges de bourgeoisie, plus de magis-
trats populaires ; plus de droit d'alliance ni de murs de
défense, la ville devait être ouverte « de tous costez comme
ung village ou ville champestre», la juridiction souveraine
au prince-évèque, service dû au duc de Bourgogne ; contri-
bution de guerre énorme, l'exil et la confiscation des biens
des vaincus.... Tout ce qu'avaient su obtenir peu à peu
les magistrats siégeant à la Violette était perdu : l'épée du
vainqueur remplaçait le droit commun. Et tout en ruinant
la Cité, on l'insultait. Certain trouvère (V. les Documents
pour servir à l'histoire de Louis de Bourbon, par De Ram,
p. 302 , au vers 393), égaya le camp des bourguignons aux
dépens des malheureux bourgeois dépouillés :
« Perdu havez Chartes et Lettres,
Vos Jurez et vos Vingt-Deux,
Les Douze aussi, les quatre Mettres,
Des quels vous faisiez un Dieu d'eux.
Ensy n'avez plus nul de cheux
De la Violette qui furent.
On vous a fait estatus neus
Adiin que plus longuement durent,
- 368 -
Il était défendu aux Liégeois « de forger artillerie ou
munitions de guerre sous peine d'une amende de
200,000 florins du Rhin. » Le lieutenant-général du duc
de Bourgogne , Guy de Humbercour , prit possession de la
Maison de Ville; ce fut la Violette qui servit de dépôt aux
armes dont les bourgeois durent se dessaisir.
L'article 3 des conditions imposées aux gens du pays de
Franchimont fait cette énumération : « Ils apporteront dès
maintenant au sieur de Humbercour et à Messire Thierry
de Mousset, sénéchal de Limbourg, tous leurs bâtons à
poudre, arbalètes, crennequins, bâtons à main et armures
de toute espèce, sans pouvoir jamais en avoir d'autres
qu'avec sa permission ».
C'est ce que le poème Bourguignon (La correction des
Liégeois) exprime encore ainsi, cyniquement :
« Après vos artilleries toutes
Dont vous baviez fait vos vacarmes ,
Harnois, picques et Sacqueboutes
Haubeigeons , haches et guizarmes ,
Rien n'y valleut, ne pleurs ne larmes,
Tout vous faut perdre et confisquier,
Et ne vous laissat-on autres armes
Que vos mains pour vos nez mouchier.»
Le duc occupa le palais de l'évêque, et celui-ci, Louis
de Bourbon , qui assistait indolemment aux funérailles
de son pays, comme dit de Gerlache , se logea dans la
maison de Mérode , Place Verte. Humbercour, qui devait
présider à l'exécution rigoureuse d'un traité qui mettait
à sa merci la personne et les biens des vaincus, se retran-
chait au quartier de l'Ile, dans la maison de Cloës
d'Amagne ; et, nonobstant son courage ordinaire, en tyran
précautionneux pour sa personne, «il communiquait du
jardin par un pont à l'église des Dominicains où il allait
entendre la messe» (Recueil héraldique, p. 177). Ilumber-
— 369 -
cour, au cœur même de la Cité, que sa domination
violente et rusée allait pousser à bout, usa une seconde
fois du même moyen : il fit jeter un pont de bois, allant
obliquement de la Maison où s'exerçait la juridiction sca-
binale du Détroit des échevins à la Violette , laquelle
était à peu près vis-à-vis, sur la gauche. Ainsi, il pouvait
s'entendre avec ces conseillers de l'évêque qui rempla-
çaient les magistrats régulièrement élus, en même temps
qu'il établissait là le siège de son pouvoir personnel.
Il s'y érigeait en justicier. Le fait, avec ses conséquences,
est raconté dans le texte latin de la chronique liégeoise
d'Adrianus de Veteri Bosco (Amplis . collect. IV, p. 1328 ) :
« A cette époque on établissait un pont de bois entre la
maison des échevins de Liège et la Violette qui était
la maison des maîtres et des conseillers ; mais à ce
moment y [siégeait le conseil du prince pour juger ; ainsi
on passait de l'une à l'autre. »
Qu'on veuille bien se représenter l'état des lieux.
Humbercour logeant dans la maison forte de Cloes
d'Amagne, un banni sans doute, habitait la quatrième
demeure du Pont-d'Ile à droite, en venant de Notre-Dame
à la Chaîne ou Place aux Chevaux, ( Cloes — Masset —
Gouverneur — Latour — Schaltin). Du Pont d'Ile, au
lieu de suivre la rue pour entrer, en tournant à droite,
dans l'église des Dominicains, afin d'y entendre la messe,
il descendait dans les jardins de l'île dite de la Venne,
et traversait, par un pont de bois jeté pour lui, le cours
d'eau qui le séparait de l'enclos du couvent.
D'autre part, de sa maison de l'Ile, il n'avait que l'autre
bras de la rivière de Meuse à passer pour se trouver
bientôt (Place Verte) devant les maisons du Chapitre ;
traversant St-Lambert, il se trouvait au Détroit : le second
pont de bois lui faisait mettre, et de haut, le pied sur la
Violette,
— 370 —
Tels étaient les deux itinéraires , assez caractéristiques,
que suivait Humbercour traversant, à sa manière, le cœur
de la Cité.
Quant au pont de bois jeté sur la petite place du Marché,
ce n'était qu'un retour à certain ancien état de choses.
Entouré des gens de l'évêque , le Bourguignon ne dut pas
manquer de conseillers qui lui rappelèrent le passé. Après
la bataille d'Othée , en 1408 , on avait réuni par ce même
moyen la Maison de Ville et le Détroit. Le pont ne fut
abattu que quand mourut Jean-sans-Pitié. La chronique
latine de Corneille Zantfliet [Amplis, collect. , V, p. 410),
à l'année 1418, nous dit qu'au temps de Jean de Walenrode,
le peuple liégeois put récupérer les franchises et privilèges
perdus à la bataille d'Othée; on broda trente-deux bannières,
nombre égal à celui des métiers ; suivant la coutume
ancienne , le peuple fut convoqué au palais et non plus en
Mèrechoule (au Marché). « Certain pont de bois par lequel
on passait d'habitude de la Maison des échevins à la
Violette, siège des maîtres et du conseil de la Cité , fut mis
à bas et brisé. »
Était-ce là la disposition ordinaire des lieux dans l'ancien
temps ? Cette voie spéciale était-elle le lien originel qui
réunissait forcément à la maison scabinale la Violette,
qui ne pouvait encore s'en débarrasser ? La Loy ne per-
mettait-elle pas à des magistrats administrateurs de
gouverner, si ce n'était dans une de ses dépendances
effectives? Encore qu'il soit possible, le fait paraît peu
probable. C'est après les deux grands désastres liégeois
qu'on retrouve ce pont, signe d'une main-mise confisquant
les franchises de la Violette, et à chaque fois, sous l'admi-
nistration paisible et réparatrice qui suit, il est abattu. On
peut donc voir dans la construction de cette passerelle
l'effet de circonstances spéciales, naturel à une époque de
crise violente ; l'intégrité absolue de l'ancien territoire
— 371 —
claustral était rétablie, et le prince, sûr d'exercer à son
profit les pouvoirs tant administratifs que judiciaires.
Comme à l'heure des débuts politiques de la bourgeoisie ,
les décisions de la Violette devaient se régler uniquement
sur la légalité établie au Détroit, et grâce à ce pont de bois
aérien, qui venait faire brèche dans la maison des magistrats
populaires, ceux-ci perdaient toute indépendance. Dans
Liège , que sa bourgeoisie avait « merveilleusement
peuplée » , rendue prospère et libre , auprès Othée et
Brusthem, il n'y avait plus qu'un maître.
Cependant, un parti de bannis surprit à Tongres Hum-
bercour et l'évêque, lequel avait quitté la ville — sur une
barque pavoisée et au son d'une harmonie joyeuse, sous
les yeux de tout un peuple indigné. — On ramena le prince,
on remit en liberté conditionnellement Humbercour, et
tandis que les Bourguignons fuyaient , la Cité se souleva.
On sait le reste; comment le Téméraire fut pris d'une
colère terrible, força Louis XI, prisonnier de fait à
Péronne , à venir assister à la ruine des Liégeois ses alliés,
au lieu d'aller combattre le duc de Bretagne , ami de la
Bourgogne. Le dévouement des Franchimontois ne sauva
pas une ville démantelée et sans chefs, « tenue en révérence
et en crainte », d'un désastre inouï: on a peine aujourd'hui
à comprendre comment ont pu conduire à d'aussi atroces
résultats des hostilités entreprises tout d'abord pour récon-
cilier un prince-évêque avec son peuple.
Mais il faut songer à l'ambition irrésistible de la maison
de Bourgogne et se rendre compte des mœurs tant de
l'époque que des personnages: une population, tour à
tour arrogante ou découragée ; Louis XI , traître à tous ;
le cardinal la Ballue, traître à son maître ; des coureurs
d'aventures comme Jean de Ville ; un gouverneur qui,
avant de porter sa tête à Bruges sur le billot , se dérobait
tout en exterminant une population entière ; un prince-
— 372 —
évêque n'ayant pas même conscience de sa responsabilité ;
le duc Charles de Bourgogne, sanguinaire jusqu'à la
démence ; enfin , au milieu d'eux, le légat du pape, Onofrio,
inutilement agité, irritant chacun davantage, blâmé du
pape et mourant de chagrin : quels acteurs et quel drame !
Quant à Charles, le protagoniste, c'est lui qui disait, en
condamnant des cités entières au feu et à l'épée , et les
voyant brûler : « Tel fruit porte l'arbre de guerre ! »
Dans son livre sur l'Histoire de Liège, l'ancien président
de Gerlache nous le dit (p. 219, en note), à propos de Gilles
de Lens , précipité du pont des Arches : « Depuis le com-
mencement des troubles , cela faisait de bon compte neuf
bourgmestres qui avaient péri de mort violente, de la main
de l'ennemi, du peuple ou du bourreau, ou subi l'exil en
terre étrangère. » Tel était le sort de nos magistrats :
voyons de près quel fut celui de la ville , de la commune ,
au milieu de la tourmente bourguignonne, et dans la suite.
Un passage de Commines (1. II, 14), de ceux qu'on relit
et qui donnent à penser , relate sommairement , tout en le
dépeignant de la façon la plus significative, le sac de notre
ville de Liège : « Avant que le Duc partit de la dite Cité
furent noyés en grand nombre les pauvres gens prisonniers
qui avoient esté trouvés cachés es maisons à l'heure que
cette cité fut prise. Outre fut délibéré de faire brûler la dite
Cité, laquelle en tout temps a esté fort peuplée, et fut dit
qu'on la bruslerait à trois fois, et furent ordonnés trois ou
quatre mille hommes de pied, du pais de Luxembourg,
pour faire cette désolation et pour deffendre les églises.
Premièrement fut abbatu un grand pont qui estoit au
travers de la rivière de Meuse; et puis fut ordonné grand
nombre de gens pour deffendre les maisons des chanoines
àl'environ de la grande église, afin qu'il put demeurer logis
pour faire le divin service. Semblablement en fut ordonné
pour garder les autres églises* Et cela fait, partit le duc
— 373 -
pour aller au païs de Franchemont; et incontinent qu'il fut
dehors la Cité, il vit le feu en grand nombre de maisons du
côté de la rivière. Il alla loger à quatre lieues.
« Mais nous oyons le bruit comme si nous eussions esté
sor le lieu. Je ne sçay si le vent y servoit ou si c'estoit à
cause de la rivière. Le lendemain le duc partit, et ceux
qui estoient demourés en ladite ville continuèrent la déso-
lation , comme il leur avoit esté commandé ; mais toutes
les églises furent sauvées ou peu s'en falut, et plus de
trois cent maisons pour loger les gens d'église. Et cela a
esté cause que sitôt a esté repeuplée , car grand peuple
revint demourer avec ces prestres. »
Voilà les paroles d'un écrivain inaugurant dans les pays
du nord de langue française, l'ère des historiens diplo-
matiques et qui se désintéresse des humains sentiments.
Que l'on considère, au prix de la réalité, comme vaine
rhétorique le poème d'Angelus de Curribus, intitulé De
excidio civitatis leodiensis : on peut s'en tenir au sens
complet de la déclaration de l'annaliste Triphtême esti-
mant que l'imagination ne saurait représenter les horreurs
de la catastrophe. Celle-ci en effet compte parmi les plus
grandes qu'ait enregistrées l'histoire politique, ou crimi-
nelle, de l'Europe.
Rien d'étonnant que nos anciennes archives aient dis-
paru ou se soient dispersées , que les documents officiels
des franchises de la bourgeoisie et de ses actes aient été —
comme le Perron — transportés à Bruges , de là vers le
sud de la Flandre. A partir de cette date fatale de 1468,
l'année de l'hégyre pour nous , de la fuite en Ardenne ,
notre histoire est à recommencer.
Un premier coup avait été porté à la Cité liégeoise par
les vainqueurs d'Othée (1408). Fermant la longue et belle
période communale , l'époque princière marque chez nous
son triomphe par un crime politique que ne justifient pas
- 374 -
même les mœurs violentes du temps. Ou est absolument
fondé à croire que la haine de la commune en inspira sur-
tout le dessein : « Châtier Liège pourrait en conclusion —
au rapport de Mpnstrelet — être exemple à telles manières
de gens qui sont communautés et commencement de rébel-
lion universelle. »
Eussent-ils eu d'autres princes-évêques qu'un Jean
de Bavière ou un Louis de Bourbon — point évêques
et fort peu princes — eussent-ils d'autre part eu le temps
de la tranquille réflexion, sans aucun doute les Liégeois,
mieux avisés , se seraient gardés d'entrer en conflit ou en
contact avec le puissant dynaste étranger , ennemi né des
communiers, et uniquement occupé à concentrer par tous
moyens les pouvoirs personnels : avant Granson , Morat ou
Nancy, un duc de Bourgogne, appuyé sur son épée, était
autrement redoutable qu'un de ces princes élus à tour de
rôle par des chanoines , régnant d'une façon souvent no-
minale sur une bourgeoisie qui lui faisait, de sa maison,
où pauvre homme était roi, impunément la guerre.
Liège, qu'était venue solliciter la politique de grand
état, était mal organisée pour la comprendre à l'instant :
elle vivait isolée, à l'abri d'une puissance ecclésiastique
dont le titre souverain semblait encore immuable. Puis-
sante à l'intérieur, d'une activité débordante, la commune,
se jetant dans la mêlée européenne, se trouve inhabile, et
ne peut que porter la peine d'une ignorance dont n'aurait
pas été victime une ville libre, ayant l'habitude au dehors
de sa propre direction politique, renseignée par exemple
comme le furent les républiques italiennes.
Cependant, n'eût été la qualité de territoire ecclésias-
tique reconnu à la principauté , ni Philippe, ni Charles de
Bourgogne ne se fussent contentés du titre de mambour,
avoué ou tuteur du pays. Ce dernier, après le désastre,
retrouva sa forme politique extérieure, mais au dedans
quel changement !
— 375 —
L'apologue ésopien de Louis XI, racontant à Charles
comment, pour détruire des oiseaux criards, il avait fallu
non seulement abattre le nid , mais couper l'arbre , n'eut
que trop de portée.
Sous le règne de Jean et de Louis , le peuple liégeois
s'était habitué à braver loi ou règlements ; la prospérité de
la bourgeoisie avait pris fin avec son travail, source de
sa richesse ; la ville n'était plus qu'un monceau de cendres;
une génération avait été supprimée. Les nouvelles classes
bourgeoises qui se reformèrent n'arrivèrent plus à la hau-
teur des anciennes, animées celles-ci de la foi politique et
laissant après elles une organisation dont on ne sut plus
bien faire fonctionner le mécanisme souvent incompris. Ces
institutions subsistèrent sans doute, mais avec des vicis-
situdes diverses, passant par tradition à l'état d'habitudes
intermittentes ou accidentellement avivées.
La défaite de Brusthem et le sac de 1468 indiquent la
date fatale de la première et belle période communale
liégeoise. Deux siècles éloignent encore la Cité de l'avé-
nement de Maximilien de Bavière ; mais , de Brusthem au
coup d'état de Maximilien supprimant en 1684 toute l'orga-
nisation communale , il n'y a que la distance d'un pas
uniquement difficile à franchir. En dépit des derniers
Grignoux, Maximilien de Bavière acheva l'œuvre de Jean
de Bavière , et il fallut des événements bien lointains qui
n'arrivent qu'à la fin du XVIIIe siècle , pour rendre , et en
vertu d'autres principes, une vie nouvelle à la bourgeoisie.
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(vé'f¥*
III
§ I. — La Violette, troisième Maison de la Cité ; origines
du Recueil héraldique ; description de la Violette
suivant un manuscrit d'Abry; dessin de la Violette.
§ 2. — Historique d'après les registres aux recès et les
chroniques ; voisinage du monument et topographie
des chambres des métiers; événements communaux
et bombardement de Boufïlers, 1497-1691.
Reprenons le cours des événements, interrompu au
moment où nous signalions la mort tragique de nos anciens
magistrats. Quel fut le sort , dans le plein accès de la
furie bourguignonne, de la Maison où ceux-là exerçaient
leur office ?
Il ne paraît pas que la Violette ait été détruite, contraire-
ment à ce qu'on devrait croire en présence de la dévastation
systématique de tous les édifices civils de Liège. Il fallait
sans doute quelque endroit qui ne fût ni église, ni maison
claustrale, d'où l'on pût continuer à organiser la destruction
du reste de la Cité, comme aussi la possession militaire du
pays. Usage bien contraire a sa destination, la Violette y
aurait été employée.
Elle resta dix ans sans revoir ses magistrats réguliers,
et après la mort, violente aussi, comme le font remarquer
les vieux auteurs, de la plupart de ceux qui avaient présidé
26
— 378 —
au sac de Liège, dans quel étal on retrouvait en 1477
l'ancienne Maison de la Cité! «Elle allait à sa ruine»
disent nos historiens (V. le Recueil héraldique, p. 213)*
saccagée à l'intérieur e1 viciée, souffranl des intempéries,
à demi-brûlée par les flammes du voisinage, elle supportait
encore, suivant Loyens, ce pont de bois des Bourguignons
pesant comme un joug, sur les citains qui avaient pu revenir.
De fait, elle ne pouvait plus que rappeler les plus terribles
des souvenirs.
On doil admirer l'active ténacité — celle de l'essaim ou
de la fourmilière qui se reforme quand même — des
bourgeois survivants, s'employant avec leur lignée à
rétablir, presque au lendemain du désastre , la Cité dans
son assiette et la commune dans ses droits. Le sens de
quelques rares documents publics du temps, résumés par
Bartollet (v. YEpitoma) en fait foi. Dès 1-478 (Litt. edicti
24 apr.) sur l'ordre des magistrats, des corvées sont im-
posées à toutes les paroisses pour le relèvement des
remparts et des murs. En 1484, la Cité préserve ses cours
d'eau, et défense est faite de jeter les détritus et les débris
encombrant le sol, au pont des Arches et à la Sauvenière,
Une Lettre du peuple, de 1486, interdit le port de tout
insigne autre que le Perron. La même année, la ville établit
des péagers sur ses ponts, à sa livrée, pour surveiller la
navigation intérieure. Toutes sortes de mesures militaires
sont prises directement par la Cité : elle soudoie, notamment
dos soldats allemands pour sa défense (31 mars i486).
Donation est faite aux. Arbalétriers de la construction
élevée sur le ponl des Arches (1494). Tandis qu'on défend
d'ajouter à toute armoirie la croix droiteel la croix couchée,
divers (''dits rendus directement parla Cité visent les bannis,
rentrée des grains, les accises, l'incarcération, le cours des
monnaies. Un (''dit rendu en commun par le prince et par
la commune, d'un genre particulier et en vue d'assurer
- 379 -
une meilleure police, interdit après l'heure du couvre-feu
sonné parla cloche dite Côpareie , à moins d'être porteur
d'une lumière, la circulation dans la Cité, — comme près
des cabarets suspects — les étrangers devaient laisser leurs
armes à l'auberge. Une Lettre de la Ville, du jour de
Saint-Jacques (1477), a une autre importance : les gabelles,
est-il dit , sont du domaine du peuple. Celui-ci décide
qu'il sera payé sur le vin et la bière le denier quart; sur le
pain, le vingtième; les houilles, le quinzième, les citains
en t'Iant exempts; sur le quartier de sel, deux sols; les
grains exportés, le vingtième. Le peuple, en concorde
avec le prince de Bourbon , lui cède pour la vie les
gabelles du peuple. C'était une compensation politique.
Une Lettre de la Cité (15 juillet 1494), sur la demande du
prince de Homes, lui concède pour le mois courant le
produit des gabelles.
D'autre part , faute de ressources, la Maison du Magis-
trat, ruinée, restait telle quelle. Elle avait duré un pou
,plus d'un siècle, quand on entreprit, en mars 1-480, de la
démolir pour la reconstruire de fond en comble.
Des chroniques mentionnent le l'ait:
« Auno 1480, in mense Martii incepta fuit Domus Civi-
talis in Leodio fundari quae dicitur Violetta ». (Adr. de
Veteri Bosco , Chronicori, p. 1371 , cité par F. Henaux).
— « En 1 4!>8 fui édifiée la Maison de la Cité dite Violette ».
(Chron. de 4591, p. 91 , 105, citée par M. S. Bormans)".
A. dessein, nous relevons ici les deux dates extrêmes, de
la construction première à l'achèvement (1480 et 1198), de
la Violette, sous sa troisième l'orme.
Nous nous attacherons d'autant plus particulièrement à
l'histoire de celle-ci que (\e^ documents nouveaux nous
permettent de la rétablir en détail.
Au préalable, certaine élude de critique bibliographique
s'impose rn vue de fixe)- l'origine et la valeur des documents.
— 380 -
Le lecteur liégeois connaît le Recueil héraldique des
Bourguemestres de la noble Cité de Liège. Celui-ci présente
notamment, sur l'histoire de la Violette, des renseignements
qu'ont repris MM. Polain, F. Henaux et d'autres écrivains
contemporains; au moment de présenter des détails plus
complets, bornons-nous à renvoyer au Recueil le lecteur
curieux d'une simple comparaison, inutile pour certains
d'entre eux.
Rappelons seulement la suite du titre du Recueil, qui
équivaut à une table des matières : On y voit, est-il dit, la
généalogie des Evêques et Prince*, de la noblesse et des
principales familles de ce paiis urée leurs inscriptions cl
épitaphes, le tout enrichi de leurs armes et blasons. Enfin,
pour terminer l'indication générale : on y a joint quelques
petits traits d'histoire, rapportez suivant le temps de leur
événement, depuis 1200 jusques en 1720.
Quant aux sources, aux origines mêmes du Recueil
héraldique . « il est, dit M. X. de Theux , dans sa Biblio-
graphie liégeoise , à la page '212, du généalogiste Abry,
qui reçut du Conseil de la Cité, pour l'impression, un
subside de 1,600 florins. Loyens, auquel on l'attribue
généralement , n'a publié que la continuation de 10 pages
imprimées en 1721. Il recul aussi des subsides de la
Ville, ainsi que l'imprimeur J. P, Gramme et le graveur
Du Vivier. » .
Il s'agit, on le voit, d un ouvrage remanié, et d'une forme
précise, auquel la Cité reconnut un caractère d'utilité
publique, si bien qu'après une continuation par Ophoven,
notre Ville aujourd'hui encore poursuit sur le même plan
la publication de son Mémorial .
Le Recueil héraldique, dit de Loyens, représente une
œuvre collective, dont un manuscrit d'Abry a élé le proto-
type. Qu'en est-il au juste de la participation de Loyens?
Avant M. de Theux, M. S. Iiorinans déjà avait donné dans
- 381 -
le Bibliopliile belge (t. Il) des éclaircissements dont. il résulte
que si Abry avait vendu au Magistrat son travail, il n'avait
pas sans doute entendu aliéner jusqu'à son nom.
M. E. Posvvick, en publiant une analyse de Manuscrit s
historiques sur le pays de Liège (Bulletin de la Société des
Bibliophiles liégeois, I, p. 44-168), a rendu aussi complè-
tement hommage à Louis Abry, dont la riche bibliothèque
de M. le comte d'Oultremont de Warfusée contient nombre
de précieux ouvrages. C'est un de ceux-ci qui nous donne
des lumières nouvelles, tant sur l'histoire liégeoise que sur
les travaux considérables de notre vieux généalogiste Abry.
Est-ce à dire que Loyens n'aurait été que son éditeur tout
en le masquant? Tout à l'heure nous parlions d'une œuvre
collective. Lu manuscrit autographe de l'avocat Loyens,
membre delà Cour scabinale de Jupille, appartient aujour-
d'hui à M. l'avocat Victor Henaux, frère de t'en M. F. Henaux,
l'historien liégeois. Il est intitulé : Recueil héraldique des
armes et <juulités des fflustmes el Smes évêques, des bour-
guemailres de la noble Cité de Liège et «niées distingués
personnages, tirées de leurs propres scéls, sépultures el
blasons depuis cinq cents uns.
Ce manuscrit, de 484 pages, «achevez ce 19 mars 1718 »,
finit par une rature comme il commence par des corrections,
et il porte en nue note signée F. Henaux : « Ms. autographe
de Loyens urée des corrections, ajoutes et suppressions de
Louvrex, de Crassier, de Gaen, etc. » Le volume est orné
de blasons déjà gravés sur bois, et le texte n'est pas encore
celui qui a servi directement à l'impression. On le voit de
plus en plus : une œuvre première, celle d'Abry, a été
complètement et pendant longtemps soumise à une commis-
sion tle revision qui a fini par la transformer complète-
ment. On a enlevé au cadre assez étroit que présentait
la succession des deux bourgmestres annuels, toutes les
parties trop générales qu'Abry y avail placées ; mais, de
— 382 -
même que les généalogies, la .formule1 première du
livre a été conservée, et c'est plus qu'il n'en faut pour
regretter que des hommes assez haul placés dans l'ancienne
Cité, jurisconsultes , échevins et chanoines, aient publié le
Recueil héraldique sans que même le nom du modeste et
consciencieux travailleur de la première heure y fût
mentionné:
Ces renseignements étaient de mise avant de faire
connaître le manuscrit d'Abry, delà bibliothèque castralé
d'Oultremont de Warfusée ; après la description du dit.
document, nous produirons les renseignements spéciaux
sur la Violette qu'il renferme et nous les replacerons dans
leur cadre historique.
Quant au manuscrit lui-même , il est bien de l'écriture
d'Abry, et il constitue un curieux et magnifique volume de
170 feuillets, dont les pages sont numérotées jusqu'à la
108e ;les avant-dernières ne sont pas remplies; les dernières
n'offrent plus qu'une simple inscription, et an verso de
l'ultième page , il n'y a plus qu'une date : 1716.
Le titre annonce comme poinl d'arrêt l'année- 1684, niais
ce recueil du Fameux Magistrat de Liège , comme il est
intitulé au haut de chaque page, a été continué et remis au
courant. La méthode suivie est celle du Recueil héraldique
qui procède par magistrature : on donne les armes de
l'évêque, puis sous son règne, celles des bourgmestres;
et aux deux côtés en marge, les blasons de leur famille ,
des officiers de la Cité, des personnages dont les pages
relatent l'histoire ou la filiation. Les enluminures sont
vives, et le trait des plus nets.
Le manuscrit dont nous nous occupons porte un litre
étendu, rédigé dans la même manière que celui i\e>
Hommes Illustres, ;uis-i d'Abry, et trouvé dans la même et
riche bibliothèque. C'esl : Le retour annuel do magistral
de Liège apprès tant de revers restituez pour in police et
- 383 —
fœlicité des peuples, traité de son antiquité, de sa qualité,
noblesse, leur descente et blasons, cueilli des Histoires
archives sépultures verrières et outres monuments pu-
blicques, restes de nos débris , présentés à la postérité
Liégeoise Van 1684.
Comme le style en général de celte chronique illustrée ,
l'explication donnée au titre est assez diffuse; mais il ne
convient guère, au moment de profiter une fois de plus des
services d'Abry, de le desservir auprès du lecteur par une
critique trop sévère: tenons compte du milieu où l'auteur
vécut, comme de l'ancienne façon de s'exprimer, et recon-
naissons dans Abry, peintre, dessinateur, et chroniqueur
sincère, sinon un véritable écrivain, du moins un infatigable
travailleur, assez épris de son pays pour avoir consacré le
cours d'une longue vie (1643-1720) à des recherches
directes de tout genre, mises, comme il le dit, à la dispo-
sition de la postérité. Le vieil Abry se met d'ailleurs
lui-même malicieusement en garde, car, s'adressant au
lecteur, il inscrit celle devise à sa première page:
Haec tacitus perpende priusquam temnere , si quid
Exciderii cœptis, addequod ipse cupis.
Probablement noire auteur a-t-il pensé en wallon ce qu'il
dit en latin; soil en français : « Avant de dédaigner, examine
sans rien dire; et ^'il manque à l'entreprise quelque chose,
mets-l'y toi-même ! »
Le registre manuscrit du Retour annuel du magistrat
de Liérje, présenté l'an 1684, est relativemenl plus volu-
mineux que le Recueil héraldique imprimé en 1720. C'est
aussi que le manuscrit de Warfusée renferme, nous l'avons
dit , plus de détails, et précisément ceux-là qui intéressent
davantage la Violette, à savoir une représentation graphique
du monument communal, accompagnée d'un texte expli-
catif. Ils ont été maladroitement supprimés tant par Loyens
que par ses collaborateurs.
- 384 -
Au moment de parler de noire Maison de Ville, une
page du manuscrit, d'une composition peu serrée , nous
entretient, en guise de préambule, de la question de savoir si
Liège exerçait un pouvoir souverain, ce que contrediraient
l'inscription du fronton et l'aigle impériale qui surmontent
par deux fois la Maison du Magistrat. Mais Liège , dit
l'auteur, se dit libre avec raison; bien plus , elle est Ville
suzeraine, exerçant le pouvoir sur ses voisins. Elle prit , à
la vérité, son recours auprès du roi de France contre le
duc de Bourgogne, mais sa demande n'eut point d'effet.
La Cité ne requit la protection effective d'aucuns avant le
cardinal de la Marck, qui, vu la situation générale de
l'Europe, se mit sous la protection de l'Empire vers 1507;
« d'où vient que l'aigle impériale fut placée au sommet de
la Maison de Ville, avec ces vers en lettres d'or et placés
plus bas que ceux du fronton même :
Legia sis felix Aquilac quae tuta sub alis
Semper et Imperii digna fovere sinu. »
On le voit, l'auteur, sans remonter aux anciens liens de
la suzeraineté impériale germanique, invoquée et subie dès
l'origine par l'évêché, puis toujours facilement oubliée, ne
parle que de la Cité même, émancipée, alliée par son prince
à la fortune de l'empire de Charles-Quint.
Mais ces explications sont de peu d'importance au regard
de la représentation figurée de l'édifice lui-même et de
son texte explicatif. C'est là précisément où nous en vou-
lions venir.
Nous reproduisons le premier à titre de document
précieux pour notre histoire, pareille trouvaille, tant les
bibliothèques ont été fouillées, ne se rencontrant plus
souvent de nos jours.
Ce dessin , jusqu'aujourd'hui connu de quelques initiés
seulement , nous représente, en effet , tel qu'il fut dans ses
- 385 -
grandes lignes el principaux détails, l'édifice de la Violette
pendant les deux siècles qu'il dura , de 1 497 à 1G91 , et ce
simple croquis authentique jette , on s'en convaincra
aisément, un jour tout nouveau sur un coin important de
l'histoire de la Cité liégeoise, généralement ignoré.
Quant au texte, avant toute remarque, le voici inté-
gralement :
;) Gomme la beauté d'une ville consiste aux édiiices ,
ainsi le magistrat songea de pourvoir à un tonds pour le
rétablissement de la Maison de Ville ; elle était ruinée et le
pont de bois qui se communiquait d'icelle au consistoire
des esclievins nommé à Je Deslùr vis-à-vis d'icelle, déplaisait
à merveille, parce que Guy de Brimeux-Humbercourt
l'avait fait dressé pour son plaisir l'an 1466 qu'il possédait
en Liège comme substitué du duc de Bourgogne, pour
dompter également les Maîtres et les Eschevins.
» Can 1497 , ils eurent l'honneur de la mettre en état de
service comme on la voit aujourd'hui; ce bâtiment tut consi-
déré pour un des plus beaux des pays d'alentour, tout
irrégulier qu'il est parla voûte de sa salle haute, qui rompt
la régularité du front.
» Le dessous n'est pas méchant, encore bien qu'il est
gothique.
v> Son sommet est haussé d'une bannière de fer à l'aigle
éployée et dans son timpan pointu la même aigle notable-
ment plus grande y est dorée.
» Les écussons de l'empire et de l'évêque de Horn suivent
immédiatement; les écussons de Liège, Tongres, Maestricht,
Huy et Dinant y sont posés un peu plus bas , qui sont suivis
des autres comme ils sont rangés ci -dessus.
> Plus bas que les fenêtres de la salle, on y voit aussi les
blasons des trente-deux métiers disposés selon leur [.lus
ancien usage; cette rangée est toute en largeur, soutenue
de six consoles de cinq à six pieds hautes, sculpturées
— 386 -
chacune : la première des armes du pape Alexandre VI de
la maison des Borgia, espagnols de Valence, de l'empereur
Maximilieh, de l'évêque de Horn, de la ville de Liège et
des dits bourgmestres de Warfusée et de Huy; tout ceci
fut reluminé et doré plus curieusement que devant.
» L'an 1568, du temps Jean de Streel et Pierre Bex ,
alors bourgmestres, la voûte même de la salle haute était
ornée des armes ou écussons de tous les royaumes joints à
la maison d'Autriche. C'est ce que l'on voit encore aujour-
d'hui avec des lambrissements de bois portant les écussons
des trente-deux métiers, des quatre chanceliers et des
divers couples de bourgmestres qui les ont fait faire de
temps en temps.
» Le balcon de cuivre est une addition de l'an 1609 par
les bourgmestres Jean de Merlemont et Hubert de Loen ;
c'est aussi le plus beau de tout et ce qui le relève ; il est
couvert d'un toit de plomb souporté de deux colonnes ;mssi
de cuivre adossées des images de Notre-Dame et Saint-
Lambert. Les piédestaux portent leurs dits blasons et les
pilastres de dessous qui forment l'entrée de la cave d'icelle.
» Leurs successeurs firent aussi renouveler les vitres de
l'arcade de la salle du côté du marché , comme on voit par
leurs blasons rangés sous ceux du prince Ernest de Bavière,
de Liège, de Bouillon, Franchimont et de Looz.
» Tout le dessous est de pierre de taille jusque aux
consoles, le reste est de bois. L'arc de la porte principale
porte encore deux écussons de l'évêque de Horn coupés el
au-dessus d'icelle , on voit un tableau avec les chrono-
grammes en vers.
. . . « Il y a aussi des blasons de divers bourgmestres qui
ont été posés sus diverses réparations (qui servironl dans
ce recueil), comme portes , lambris, chapelle, la cheminée
et autres. On a aussi divers tableaux aux armes des
bourgmestres. . . »
— 387 —
Le manuscrit Abry-Loyens (que M.Victor Henaux amis
obligeamment à notre disposition) renferme cette phrase
significative, supprimée dans le Loyens imprimé, de même
que Je dessin: « L'auteur de ce présent recueil a tiré le fron-
tispice de cet hôtel avant que le bombardement de 1691 ne
l'eût détruit, « Sauf certaines corrections de détail, le texte
du dit manuscrit est conforme à celui du Recueil héraldique.
Nous remarquons cependant dans ce manuscrit même la
suppression d'une phrase finale : « Cette maison, achevée
en 5 ou G ans, toute irrégulière qu'elle fut, ne laissa point
d'être considérée comme un dés plus magniliques édifices
de ce temps-là. >
Notre dessin, dont la vue constilue une intéressante
révélation pour nous tous qui cherchions inutilement à
nous faire jusqu'ici une idée exacte de l'ancienne Maison
communale, occupe presque une page entière de l'in-
folio, et il a été enlevé très lestement par Abry, homme
exercé, ainsi qu'on s;iit. Il est tracé à l'encre; le balcon de
cuivre de l'escalier et les statues de Saint-Lambert et de la
Vierge, patrons de la ville, sont enluminés de jaune. Les
fenêtres de l'étage étaient autant de verrières armoriées;
des inscriptions indiquent surles vitres de lasalle ronde les
armes de Franchimont, Liège, Ernest de Bavière, Bouillon,
Looz (5); Trouillet, Woot , Ghockier, Trappe, Werteau,
Beeckman, Franck (7) ; Saunier, Dans, Méau, Trouillet,
Blisia; Merlemont, Liverloo(7), à gauche de la fenêtre
ronde, des bonnes villes : Beeringen, Peer, Brée, Visé (4) ;
à droite, Bilsen, Stockem , Maeseyck, Verviers (4).
Au second étage, des deux côtés de l'aigle impériale, es1
inscrit ce distique, qui implique, dans des termes moins
forcés que ceux transcrits plus haut , la suzeraineté
impériale :
Nos teget alarum, Jovis armiger, umbra tuarum
Sub ijiiibusinstabit nullus ab hoste timor.
- 388 —
En-dessous viennent les éeussons (Vautres lionnes villes
du pays : Bouillon, Franchimont, Looz, Homes (A); Dinant,
Tongres , Liège, Trecht, lluy (5); Waremme , Fosses,
Thuin, Couvin, Ciney, S'-Trond, Chàlelet, Looz, Hasselt,
Herck (10).
Il est inutile de remarquer l'importance publique du
blason; la mémoire historique avail pris cette forme expres-
sive, et le monument communal lui emprunte sa parole.
L'ancienne Violette n'était qu'un blason; sur la place du
Marché, elle était comme le Miroir, pour employer un
terme de Hemricourt, où se reflétait tout entière l'orga-
nisation politique et civile du pays. La commune emprunte
les formes extérieures du pouvoir souverain, les armes.du
pape, de l'évoque, avec l'aigle du Saint-Empire. L'état clerc
liégeois n'est pas représenté ; l'état noble ne figure qu'en
suite de l'investiture populaire donnée aux magistrats, et
la série des écussons des bonnes villes fait revivre l'an-
cienne union des communes.
Qu'on ne s'étonne point trop de cette fenêtre ronde, dont
l'effet en façade , à côté d'une fenêtre carrée et de date
postérieure peut-être, est assez singulier. Nous devons
penser que le plancher intérieur derrière ce cintre se trouve
bien en-dessous de la base extérieure de la fenêtre même.
La Violette avait là pour pièce principale une de ces salles
à voûte ronde, toute en boiseries enluminées, qui étaienl
un des ornements les plus prisés dos anciens édifices , de
ceux qu'on s'est ingénié, quand on l'a pu tenter do nos
jours, à restaurer dans divers monuments du meilleur style.
Au-dessus du toit, à gauche et à droite, sont inscrites
ces deux dates : 1493-1497.
L'ensemble se compose : d'un rez-de-chaussée avec
grand escalier et palier extérieur, en-dessous duquel est
une cave; d'un premier étage en encorbellemenl et d'un
second étage à fronton triangulaire. Ce sont là les dispo-
- 389 -
sitions générales de noire Hotel-de-Ville d'aujourd'hui,
qui a succédé à l'ancienne Violette. Malgré de notables
changements, la tradition a été en général conservée, et
celle-ci remonte loin.
La Violet te, maison centrale des Métiers, était construite
à l'instar des habitations bourgeoises où les métiers eux-
mêmes avaient leur Chambre. La grande salle du Conseil
reposait au premier étage sur un encorbellement ; cette
saillie, propre à nos anciennes constructions, était dite
sèieûtc ou sèeute, (du verbe sâii ou sèii, salire , sauter ou
saillir). Une chambre de métiers occupait aussi générale-
ment un premier étage, au-dessus de la sèieûte; le Conseil
de la Clilé tenait de même , à celte place de la Violette, sa
sieulte (seule, siete ou siiète, du verbe sedere, seoir, qui a
donné séance), autrement dit ses assises ou délibérations.
L'usage a t'ait rencontrer dans une même place et sous
une forme presqu' identique deux mots d'une origine
différente.
Que ces étages de bois sur encorbellement au-dessus d'un
rez-de-chaussée en pierre de taille aient duré du temps de
l'époux de Marie de Bourgogne jusqu'à celui du marquis
de Boufflers , de 1497 à 1691, d'un désastre à un autre
désastre, cela s'explique encore quand on songe à la résis-
tance de ces anciennes charpentes de cbène taillées à vive
arête , savamment entrecroisées , mortaisées solidement
dans le cœur du bois et bien couvertes d'ailleurs.
Généralement, on trouve à la fin des actes de la Cité la
mention laite du Conseil tenu en la salle haute de la
Violette. Qu'on m mis permette de rappeler le sens du mot :
haut ne se disant pas seulement pour marquer l'étendue du
lias vers un point élevé, désigne aussi ce qui est placé au-
dessus relativement à d'autres parties. Une chambre haute,
dans l'ancienne langue, classique ou populaire, est une
chambre siseà l'étage, et c'est dans ce sens que l'expression
- 390 -
est, par exemple, employée au XVIIe siècle par Boileau ou
Scarron. La salle haute de la Violette étail cette même salle
ronde dont on voil la fenêtre sur le dessin. 11 y avait aussi
une salle basse.
Le perron de l'escalier avançait plus que la sèieute de
l'étage. C'était, celui-là, un signe de puissance comme de
juridiction; les châteaux avaient leur perron, où, au moyen-
âge, le suzerain recevait ses vassaux; la Maison de la Cité
voulut donc avoir son perron. Elle eut le sien comme géné-
ralemenl les laôtels-de-ville , et de celte haute plate-forme
architecturale, on proclamait les volontés du gouvernement
populaire. Enlever à une Maison de Cité son perron,*c'étai1
la priver de ses droits, comme il arriva effectivement en
d'autres villes, à la suite d'une rébellion ouverte, puis
comprimée.
L'intérieur même de l'ancien édifice était orné, aulanl
que la façade, de blasons de toute sorte. Les Magistrats qui
se succédaient, deux par an, tenaient à honneur de laisser
un souvenir durable de leur séjour à la Violette, en y
apportant un embellissement ou en la réparant sur quelque
point. Cheminée, balustrade, porte, corridor, rien n'y était
établi sans porter les blasons couplés du Magistral sous
une inscription, généralement en vers latins, indiquanl en
même temps la date au moyen du chronogramme. Ce genre
('■lait à la mode. dans une principauté ecclésiastique. Mais
généralement la phrase es1 compliquée par les besoins du
mètre, les mots sont employés dans un sens détourné on
vue de lettres servant de chiffres, si bien que, détachées
de leur objet, comme le sont quelques inscriptions conser-
vées, celles-ci n'ont plus qu'une signification banale ou
bien n'arrivent plus qu'à n'être pas intraduisibles.
L'édifice, dans le cours de sa longue e:x5stence, a-l-il
subi des transformai ions 1res notables? Aucun texte, à
notre connaissance, no l'indique, el l'on no manquerait
- 391 -
sans doute pas de renseignements écrits, alors qu'il n'est,
pour ainsi dire, pas de chronique manuscrite liégeoise qui
ne porte la date première de la construction : « En 1498
fut faite el dressée la Maison de Ville qu'on appelle la
Violette. »
La question la plus curieuse que soulève la vue du dessin
d'Abry est celle qui concerne le soubassement. Celui-ci, en
pierre de taille et avec ses belles fenêtres de style gothique,
serait-il un reste du monument antérieur, de celui-là qui
fut construil vers 1394, et démoli après le sac de la ville?
On aimerait à retrouver ainsi une partie importante du
principal de nos monuments civils datant de la fin du XIV0
siècle, antérieur à la dévastation de 14G8, comme à l'édifi-
cation de 4497.
Il conste que la Violette, saccagée, atteinte même, mais
partiellement par l'incendie qui dévora les maisons
particulières d'alentour, était encore debout au départ de
Charles le Hardi, puis de son lieutenant Ilumbercourt.
Elle allait à sa ruine, mais supportait encore le pont des
Bourguignons.
Sans doute, c'est la base d'un édifice qui présentera
dernière et le mieux, les qualités de solidité requise; a-t-on
pu garder et utiliser celle-là en un temps où les ressources
pécuniaires étaient des plus rares? Examinons ce point.
La reconstruction de la Violette nouvelle a duré long-
temps. Abry , comme Lovons, synthétisant, ramènent les
travaux, tant ilu commencement que de la fin, aux années
1493 et 1497; mais ils y sont entraînés parla répétition
des mêmes magistratures: Raes de Warfusée et Cilles de
Huy, collègues à ces deux dates, en ont l'honneur tout
entier.
WarfVsé aVkC nVV en sTxoVE années InCLVes
M'ont aCheVés IGY, est-il dit au-dessus du dessin du
manuscril de Warfuzée. II s'agit sans doute des travaux
- 392 —
les plus importants , et l'on doit croire que l'édification a
été poursuivie pendant l'intervalle; de même aussi ils ont
été commencés beaucoup plus tôt. Le texte du Chronicon
Leodiense cité plus haut précise : Au mois de rtïSrs, dit-il,
de l'an 1480, on commença à jeter les fondements (fundari)
de la Violette. Voilà 17 années bien comptées, et l'on a eu
certes le temps de tailler, par exemple, ces jolies fenêtres
du rez-de-chaussée qui ressemblent à celles de l'ancien
Hôtel-de- Ville de Maestricht. Le terme fundari est signi-
ficatif, et Ton doit croire qu'il a été employé à dessein.
Enfin, dernier et meilleur argument, la Cité entendit
reconstruire la Violette dans de plus grandes dimensions,
et elle demanda, en 1 480 encore, au Métier des Tanneurs,
dont la Halle était contiguë, qu'ils voulussent bien lui céder
15 pieds et demi de terrain: ce qui fut fait, en échange du
même espace repris sur la Mangonie, sise plus loin et
voisine.
Si c'est à la façade que l'ancien monument, très symé-
trique, gagne cet espace, on pourra justement en inférer
que la façade tout entière a été refaite à nouveau.
Or, il résulte de la teneur de la charte même de la Cité,
émanée à ce sujet à la date du 4 mars 1480, que l'emprise
sur la Halle porte à la fois sur le devant et sur le fond.
Voici le texte même de cet important document , copié et
collationné sur l'original en parchemin par M. S. Bormans,
l'auteur du bon Métier des Tanneurs ( p. 322) :
« Nous, les maistres, jurez et conseil de la cité, franchise
et banlieue de Liège, à tous ceulx qui ces présentes lettres
verront ou oront, salut. Gomme, ensuyvant la conclusion
par nous prinse de par lassistence de nous amis et bien-
vueillants étal honneur de ladite cité, de nous faire refaire
et rediffyer la maison de ladite cité, nomée la Vyolel ;,
qui à la ruwinne el destruction de ladite cité a esté
totalement ruwinée e1 brûlée, et la faire construire et
— 393 -
ediflyer plus grande, plus belle et plus honorable qu'elle
ne soûlait estre de paravant , pour nous y reparier
pour les besoingnes de ladite cité et aussi pour en icelle
recueillir et recepvoir plus bonoralmant et honnestement
les seigneurs et amis de ladite cité, aux jours que l'on a
accoustumeit y tenir les fiestes et solempniteis, et aussi les
ambassiades qui, le temps advenir, pourront estre députez
et envoyez par devers ceste dicte cité ; au moyen dequoy
les officiers et personnes du bon mestier des tanneurs de
ladictecité, condeschendans au notre pryèr et requeste ,
ayent esté contens et nous aient accordeit de reculler leur
maisonnaige et édifice en allant vers le manghenie environ
quinze piets et demy au front devant et autant dévier , à
telles conditions et moyennant les choeses que sensuyrent,
cest assavoir : que , de ce que , en recullant leurdict
ovraige , leur covenrat avoir de place sur ladicte man-
ghenie, qui monterat, comme dit est, quinze piets et
demy devant et quinze piets et demy derier, que les en
feriens joyr aussi ligeinent quilz faisaient délie place par
eulx accordée à la dicte cité; savoir faisons que nous,
pour les causes dictes , et en rémunération de ce que dit
est, avons promis et promectons ausdits dudit bon mestier
des tanneurs, que nous leur ferons joyr de ladite plache
par eulx accordée à ladite cité, et que se aucuns les en
vouloient moleisteir et parturbeir, que nous serons tenus
et promectons de eulx en respondre et deffendre à nous
propre despens, envers et contre tous, sans quelque
faulte, par le tesmoing de ceste dictes présentes aux-
quelles avons fait appendre le grand seel de ladicte
cité, sur lan quatuors cens et quattre vingts, le quat-
trieme jour du mois de mars. »
On le voit, la nouvelle Maison de la Cité s'étendit en
façade et à l'arrière sur une base symétrique, celle de
son rez-de-chaussée; et si nous rapprochons ce texte de
27
- 394 —
ceux qui précèdent, nous constatons, au regret peut-être des
amateurs curieux, que la Violette de 1497 n'a rien dû
conserver de l'édifice antérieur à la destruction de la ville
par les Bourguignons.
Après l'examen de ces laits, qui relèvent de la critique
historique, il revient naturellement dans ces pages une
place aux considérations qu'inspire à l'archéologue la vue
même du dessin d'Abry. Ce dernier a exécuté à main levée
une image sommaire de l'ancienne Violette, fidèle certai-
nement, mais l'auteur même' connut-il assez les prin-
cipes de l'art monumental pour être minutieux ? Un
architecte instruit a vite fait de compléter les à peu près
du crayon et de rétablir par le menu , comme il convient,
le détail exact du style gothique. Evidemment, la partie
supérieure du monument, qui commence à l'encorbellement
de bois, témoigne d'une construction assez hâtive : la partie
la plus importante, le soubassement de pierres de taille,
très travaillé, présente un sujet d'étude des plus inté-
ressants au point de vue de l'art liégeois. L'œuvre nous
dit, à l'avantage de celui-ci, ce qu'il était au commen-
cement du XVe siècle ; chacune de ces jolies baies cons-
titue une fenêtre garnie de ses meneaux, avec tympan
historié donnant également éclairage.
Entre les fenêtres , les colonnettes supportant le larmier
de couverture , prennent naissance sur la plinthe ou sou-
bassement. A calculer la largeur ordinaire de la fenêtre
gothique liégeoise, la façade de l'édifice tout entier
aurait occupé un espace de treize mètres environ.
Nous ne pouvons manquer de signaler des points de
comparaison : nous en trouvons un dans les baies, plus
grandes, de la seconde cour intérieure de notre palais :
quand Erard de la Marck reconstruisit celui-ci, ses archi-
tectes s'inspirèrent du même art qui avait présidé à la
reconstruction de La maison commune des bourgeois.
- 395 -
D'autre part, les trois baies qui occupent la façade de
l'étroit et haut monument anciennement élevé à Maestricht
pour servir d'Hôtel de ville, actuellement le Musée, se
rapprochent de très près de l'ordonnance des fenêtres de
notre Violette.
§ 2. L'édifice constituant la Violette , telle que nous la
présente le ms. de Warfusée, dura longtemps, nous l'avons
dit : de 1493 à 1691 , et c'est une vie longue que deux
siècles pour une maison liégeoise.
Le temps vint sans tarder où la peinture des blasons
fut défraîchie par les intempéries : les croisillons de bois
qui soutenaient les fenêtres et toute la façade deman-
dèrent des réparations , faites telles quelles peut-être ; les
murs étaient décrépits. L'Hôtel du Magistrat était devenu
une vraie Maison populaire , et pour un étranger , habitué
par exemple à la vue des somptueux et durables Hôtels
de ville des Flandres, notre Violette de bois, assise
en encorbellement sur un rez-de-chaussée de pierres,
à l'instar de la maison d'un bourgeois, devait présenter
à peu près l'aspect d'un chalet construit sur le Marché.
Précisément , nous pouvons connaître directement l'im-
pression qu'elle causa, un siècle après sa construction,
à un voyageur perspicace qui use dans sa relation d'une
grande liberté d'esprit.
Philippe de Hurges (Voyage à Liège et à Maestricht
en 1615, 11e publication des Bibliophiles liégeois) se
complaît à décrire le magnifique hôtel de Curtius,
munitionnaire enrichi des armées d'Espagne , et ne con-
sacre que quelques lignes (pp. 118 et 119) à la Maison du
Magistrat liégeois :
« Quant à ce marché, quoy qu'il soit tenu pour le plus
grand de Liège, si n'est-ce pas grand chose, comme
n'excédant pas les 150 pas en longueur, ny 100 en largeur.
La Maison de ville n'a aussi guères de beauté extérieure,
— 396 —
ains estant assise en l'un des coins de ce marché , sçavoir
du costé de S'-Lambert, peinte de verd sur bois, et
agencée par endroits d'armoiries et d'escussons, paroist
proprement comme font les tavernes en Suisse ou à Notre-
Dame de Haulx. Ce que j'y ve'is de plus beau furent les
piliers de bronze qui , soustiennent l'accoudoir de la
galerie qui regarde le marché, les quels sont gros et
massifs , bien ouvrez et en grand nombre , par conséquent
de grande mise et despense. Le surplus n'est qu'une
simple devanture de bois, à un simple pignon comme es
maisons particulières, qui est bien peu de cas pour une
telle ville. Mais il faut croire que , comme toute ceste
grande cité fut mise à feu et à sang l'an 1468, par Charles
le Hardy, duc de Bourgongne qui n'espargna que les
églises, la Maison de ville , qu'il ne faut doubter voir esté
belle par le jugement que l'on en peut faire des autres
bastiments publics y restez , fut dévorée des flammes et
enveloppée comme les édifices particuliers en l'orage de
ceste calamité générale, après le quel on remit sus, par
forme de provision , ce bastiment de bois, sous espoir de
l'embellir davantage à F advenir. Et de ce sac de l'an men-
tionné, vient à mon avis que la plupart des maisons de
Liège sont toutes faites de charpentage , de piastres , de
lattes , d'argille et autres matières légères , que ce pauvre
peuple ruiné mis sus à la haste et sans ordre. »
De Hurges recherchait en voyageant les raisons de l'his-
toire; mais il n'avait pas les preuves historiques en main,
et il ne connaissait pas ce type de construction particulier
à la Cité liégeoise : un rez-de-chaussée de pierres de taille
restant sec et solide dans l'humide vallée de la Meuse ;
par dessus , une charpente de chêne dont il était facile de
se procurer les pièces dans les bois de S'-Gilles, d'Angleur
et de Chènée. N'importe, conduit par l'induction, il n'est
pas loin de dire très nettement que le solide et beau
— 397 —
rez-de-chaussée en pierres de taille de la Violette n'était
autre que celui de la Maison du Magistrat liégeois avant
le sac de la Cité.
Il admire les pilastres de l'escalier extérieur; ils étaient
tout neufs lors du voyage de Philippe en 1615, car voici
ce qu'en dit Abry dans le manuscrit d'Oultremont, arrivant
à la magistrature de Jean de Merlemont et de Hubert de
Loen de 1609-1610 :
« Le balcon de la Maison de ville est de cette adminis-
tration, ses balustres et ses. colonnes de cuivre qui sou-
tiennent le toit de plomb , les degrez et les treilles de fer
qui le renferment font voir le plus beau de tout l'édifice à
l'entrée duquel se voit ce beau chronogramme. »
Ce chronogramme, Abry ne le donne pas; peut-être
n'a-t-il pu d'abord bien le lire d'en bas, car celui-ci était
placé au-dessus de la porte d'entrée et , se promettant d'y
revenir, le chroniqueur l'aura oublié.
D'autre part, il nous a été conservé, dans les volumineux
manuscrits de l'ancien chanoine Van den Berch , certain
décachronicon détaché , présenté comme ayant été inscrit
sur la Violette. Le voici :
LeoDIIs opIMa ponVnt LegII
En atrIa DIarChae optIMI penatIbVs,
GeMInata qVos hIC Dénotant InsIgnIa.
IstIs sVb asTrïs hae bases et hIC DoMI
AssVrgIt honor; et aLMa LegIa nItIdIs
VernantIor steLLIs renIDet ; IMpf^rII
IntaMInato fréta sVBsIDIo saCrI
VIget perennIs, neMpe nIL DIrI Latrans
Attentet hIC hostIs : en etenIM IoVe
TVtore nIDet , fLoret IMperII aLIte.
Ce qui veut dire , dans le style même :
«. Voici que les excellents bourgmestres liégeois placent
— 398 —
une galerie, atvia, h la Maison de Liège, et ils sont désignés
par ces écussons; sous ces astres se dressent les balustres,
bases, honneur de l'édifice et la patrie liégeoise brille rajeu-
nie sous les étoiles. Sa puissance est durable, appuyée de
l'irréprochable secours du Saint-Empire ; et que l'ennemi
qui gronde n'y porte point atteinte, car elle fleurit écla-
tante sous la tutelle du Maître des Dieux et de son Aigle. »
Probablement le toit qui couvrait le palier extérieur du
perron garni de pilastres présentait-il une voûte constellée,
car les armes des magistrats susnommés , de Loen et de
Merlemont, ne portent pas d'étoiles. En tout cas, la date
de 1610 se retrouve en lettres à chaque vers, donc dix fois,
et le sens du texte , comme le décachronicon , nous fait
bien retrouver cette inscription omise par Abry.
Il est regrettable que l'état incomplet de nos archives
communales , telles que les luttes et les hasards du temps
nous les ont finalement transmises , ne nous fournisse
pas de documents directs sur l'édification même de la
Violette. Si nous trouvons celle-ci toute faite, à l'instar
d'un de ces monuments qu'on découvre quelque jour , le
voile tombant en public quand tout ce qui rappelle la main-
d'œuvre a disparu, en revanche, à partir du milieu du
XVIe siècle, nous rencontrons dans les registres aux Recès
ou délibérations de la Cité des indications relatives à notre
Maison de ville, d'un assez curieux caractère ; il y a
là des données positives sur les différentes parties de
l'édifice public, et elles nous font en même temps assister
à des scènes- caractéristiques, dont il fut le témoin.
Laissant au lecteur le soin de généraliser , suivons la
simple voie des annales , de date en date ; nous allons
retrouver notre ancienne Violette pourvue des mêmes
services que cet Hôtel de ville d'aujourd'hui , qui lui a
succédé sur le même emplacement.
Noël de Haneffe est, pour suivre la chronologie, nommé
— 399 —
à la date du 5 novembre 1566, par les métiers, concierge
de la Maison et prison de la Violette.
Nous voyons au 12 novembre, même année, qu'un
homme de chaque métier fera chaque jour le guet à la
Violette et sera à la disposition des bourgmestres.
Au 19 septembre 1567. — Sur les réclamations des
bourgeois de Liège, il est ordonné aux sergents, lorsqu'ils
appréhendent un bourgeois de la Cité, de le mener à la
prison de la Violette, et non à celle du mayeur, en confor-
mité de leurs privilèges.
du 3 janvier 1576. — « Touchant la maison et halle
aux grains commencée sur la batte à la Goffe, a été
ordonné et approuvé que Messieurs les bourgmestres de
la dite Cité pourront communiquer avec les officiers et
compagnons du bon métier des tanneurs de cette Cité,
donc entendre d'eux s'ils devront faire quelque marché ou
échange de leur maison et Halle qu'ils ont sur le Marché
de la dite Cité près et joindante à la Maison de ville qu'est
la Violette, à l 'encontre du dessous de la dite maison et
halle aux grains, afin qu'après en temps qui vale et oppor-
tun , annexer la dite maison et Halle des tanneurs aux
celles de la dite Cité. »
le 7 février 1576. — Requête de Gilles Massillon de
mot à autre remontrant qu'en suite des retraites de la
Violette (secrètes) on a pollué l'eau du puits qui se trouve
dans sa «scaillie» ; celle-ci étant trop petite pour y faire
autre travail, il demande qu'on fasse dériver de la fontaine
qui se trouve à la Maison de ville, l'eau nécessaire à son
usage.
Rapport transcrit des Voire-jurés du cordeau estimant
que vu le préjudice causé, il y a lieu d'accorder le
bénéfice d'une branchette de la dite fontaine ; ce qui est
fait, sous certaines conditions.
25 mai 1576. — Requête de J. de Lambermont prison-
- 400 -
nier dans les hasses-fosses de la tour de l'Official au lieu
d'être enfermé dans « la Ferme ou prison sur la Maison
des bourgeois, en la Violette, comme étant bourgeois de
Liège.
22 mars 1586. — Une enquête est faite du chef d'usur-
pation du Manteau rouge de la Cité porté par les officiers
de la Ville à charge du portier d'Avroy et autres, qui, sous
ce costume, avaient mis à rançon des habitants de Tilleur,
Jemeppe et Seraing.
24 avril 1594. — Le Conseil décide que la Maison de
ville est aussi inviolable que celle d'un bourgeois, et que
nul n'y peut être arrêté, et à plus forte raison un membre
du Conseil qui y siège pour les affaires publiques.
6 février 1595. — L'évêque comparait en personne
dans la salle du Conseil, explique les causes du retard
qu'a éprouvé son voyage de Huy à Liège, gémit de la
prise du Château de Huy par des soldats se disant au
service des Etats Généraux des Provinces-Unies, et expose
les mesures à prendre pour prévenir d'autres désastres.
10 février 1595. — Ordre est donné à tous bourgeois
de se rendre à leur poste au son de la cloche Lambert.
14 avril 1620. — Le Conseil loue à plusieurs bourgeois
marchands de vin de la Cité, pour un terme de 9 ans , les
deux grandes caves de la Violette.
18 avril 1620. — François des Trois-dits (dés) étant
décédé en Ferme de la Maison de ville, le Conseil ordonne
à sa veuve et à ses enfants d'aller prendre le corps mort
dans le délai d'une heure pour en faire les funérailles suivant
son rang et qualité ; sinon le concierge leur enverra le dit
corps ou le mettra sur la rue.
8 mars 1627. — Visitation d'une construction proche de
l'Hôtel de ville, qui pourrait enlever du jour à cet édifice.
24 juillet 1627. — « S'ensuyt les preuves de Yémeutc
faite le 25 octobre 1626, vers le marché.
- 401 _
Extrait de cette enquête très étendue (23 témoins,
21 pages ) :
« Le duc de Saxe, étant arrivé à Liège et descendu à
l'hôtel de l'Aigle noire, invita le bourgmlre Plainevaux et
autres à dîner.
« 1er témoin. Henri Le Clerc, souverain greffier d'ycelle
cité, a par son serment qu'il a preste solennellement attesté
le dit jourd'hui avoir esté invité et présent au dîner avec le
s1" Bourgmestre Plainevaux et, soy tenant le dit dîner en la
maison Jean Radoux à l'aigle noire dans la salle d'en hault
présent son Exce le duc de Saxe, le sr Horion de Geel ,
comte de Ferre et autres invitez, où après avoir esté
tenus divers propos par la ditte Excelle de Saxe au dit
Bourgme Plainevaux par lequel il monstrait d'estre émer-
veillé de ce que de nuict iceluy estant à Liège l'on aurait
fait tendre des chaînes en certaines rues de cette cité, et de
ce que on debvait avoir prins en mauvaise parte que ses
gens auraient passé par la Cité l'espée nue en mains et le
pistolet de l'autre, comme quoi ayant esté expliqué par le
dit Bourgmtrt' Plainevaux que ce n'estait pas la coutume
d'ainsy marcher, et le dit s1' duc dit que c'estoit le plus grand
honneur que l'on scaurait faire à S. M. Impériale d'entrer
en quelque ville de la sorte , et après avoir le dit Bourgtre
avec tout honneur et respect discouru avec le dit Seigr
d'autres diverses choses , tenant le chapeau en main , le
dit sr de Horion tirât au dit sr Bourgmestre son chapeau des
mains et lui en frappa le visage luy disant: Jean-F ,
mettant la main à l'espée et proférant autres injures, les-
quelles le déposant n'a sceu bonnement entendre. Quoy fait,
toute l'assemblée se mût en pied et le dit Bourgmtre prins en
témoin Sa dite Alt. de l'affront luy fait par le dit Horion et
là dessus se retirât. (Les autres témoins disent à peu près
la même chose). »
Il s'agit ici d'une enquête administrative qui démontra
— 402 —
que le bourgmestre avait donné à l'affront reçu des suites
publiques trop graves ; en effet , les chroniques du temps
nous dépeignent l'émeute au Marché, et nous nous trouvons
là en présence d'une de ces scènes violentes caractéristiques
dont notre Hôtel de ville et le Marché vis-à-vis furent
trop souvent le théâtre. Plainevaux sortit de la salle de
l'Aigle noire , criant : « Aux armes , mes bourgeois ! » Et
rentrant à la Violette, il fit « toucher le tambour, tellement,
dit une chronique (ms. appartenant à M. L. Béthune) que
tous les bourgeois accoururent de toutes parts et vinrent la
plus grande partie sur le Marché et devant la dite Maison
de l'Aigle, entrant en icelle et la pillant, et ceux du dedans
se deffendirent tellement qu'il y eut deux hommes tués sur
la place et un ou deux soldats du dit duc , et plusieurs
grièvement blessés tant d'un côté que de l'autre. Quoi
voyant, lesdits bourgeois furent si animés et téméraires que
de vouloir bouter le feu dans la dite maison , laquelle ils
pillèrent, et rompirent tout ce qu'il y avait dedans..., et
personne au monde ne les pouvait divertir. Le duc fut tiré
d'un coup de musqueton dedans la balderière qu'il avait à
son col , laquelle fut emportée arrière de lui , et lors fut
contraint de se rendre prisonnier avec aucuns de sa suite
qui furent emmenés en la Maison de ville.
« Ce temps pendant , survint le mayeur Roisin , lequel
faisait toute constance d'apaiser le peuple, leur remontrant
le peu de sujet qu'avait eu le susdit bourgmestre d'appeler
aux armes; pour quel propos le dit mayeur fut contraint de
se sauver pour respect des coups que les bourgeois
donnaient après lui.
« En voyant les dits bourgeois que le sieur Horion était
eschappé de la dite Maison de l'Aigle ( il se cachât dans une
piscine, dit une autre chronique , puis se sauvât sans mal ,
mais son page y fut estropié d'une jambe) sont allés le
chercher dans plusieurs maisons voisines, même dedans
— 403 —
les claustrales de Saint-Lambert, qui n'osaient dire mot
ni refuser l'entrée de leurs maisons à cause de l'animation
des dits bourgeois les quels eussent peut-être entrés à la
force.
« Puis, après le tout apaisé, le susdit bourgmestre (Plai-
nevaux) en a eu grand reproche en tant que le cas était
petit pour mettre une cité entièrement en armes comme
elle était lors; mesme, de MM. Seigneurs de Saint-Lam-
bert, qui l'excomunièrent pour avoir forcé leur encloitre.
« Le dit duc fut relâché de prison avec toutes ses gens ,
lequel jactitait qu'il aurait correction du sieur bourg-
mestre... T>
Insérons ici certains détails de costume , à l'adresse
des lecteurs curieux de savoir comment se présentait la
personne d'un bourgmestre de Liège. Au-dessus de cette
dernière légende , un vieux bois gravé du livre de Jean
de Glen, Habits , mœurs , cérémonies , etc. , publié à Liège
en 1601 , nous montre comment était vêtu le premier
magistrat de la Cité à la fin du 16e et au commencement
du 17e siècle : chapeau mou haut et large; la fraise, et sur
un pourpoint un manteau ; culottes courtes et souliers bas ;
la main gauche près de l'épée, un pli dans la droite; il est
accompagné de sa suite ordinaire, gens revêtus du man-
teau de la Cité.
Nombre de familles possèdent de bonnes peintures de
ce genre, datant du XVIIIe siècle surtout; elles représentent
de nos bourgmestres en costume de cour à la mode sous
Louis XV, petite perruque, écharpe blanche en cravate,
justaucorps de soie claire, et manteau en draperie. Tel
est précisément le joli portrait de Du Château peint par
Plumier, que possède M. E. Brahy. Le bourgmestre lié-
geois ayant exercé deux fois la magistrature, on voit dans
un coin du tableau deux grandes cannes à pommeau d'or;
la canne est un attribut ordinaire, où sont peintes les
— 404 —
armes du titulaire , ce qui permet de reconnaître le nom et
la date. La canne d'un bourgmestre est blanche; le portrait
est-il celui d'un échevin, la canne est rouge. D'autres
portraits de bourgmestres se retrouvent par exemple au
Musée communal ; chez MM. de Geloes, au château
d'Eysden; de Sélys-Longchamps, à Liège; chez M. Van den
Steen, au château de Bassine.
Prenons en passant note aussi des portraits d'échevins
qu'on peut voir à Kinkempois , chez Mme de Peralta ; celui
de l'échevin Raick, appartenant à M. de Lamine , ou de
Rosen, chez M. Ferd. Demany.
23 octobre 1*634;. — Toute procédure par devant le
Conseil de la Cité est suspendue à cause de la peste qui
augmente.
10 novembre 1634. — Le nonce d'Urbain VIII, Aloysius
Caraffa, fait savoir aux bourgmestres Rossius , et Lambert
de Fléron, qu'il est au moment de son « déparlement »
pour Rome et qu'il a l'intention de faire ses adieux publi-
quement ; il les prie de convoquer le Conseil de la Cité en
la salle liante à cet effet.
Furent présents, outre les magistrats en charge, les
anciens bourgmestres, commissaires , et un grand nombre
d'avocats, gens de lettres et personnages signalés. Vers les
10 h. du matin , on alla à la rencontre du prélat hors de la
Maison de ville aussitôt qu'on vit arriver « sa carrosse. »
« Il est conduit au trône magistral richement orné et
tapissé; ce fait, les bourgmestres en fonction ont pris
place des deux côtés en des sièges plus bas et inférieurs,
et conséquemment les autres se sont assis selon leur rang
et qualité. Peu après le dit sieur nonce avec une douce et
majestueuse gravité a fait une harangue séquente en latin,
embellie de doctrine et de plusieurs belles sentences, s'ex-
cusant de ne le pouvoir faire en français encore qu'il
entende bien cette langue , donnant beaucoup de louanges
- 405 -
à la nation liégeoise et témoignant une extrême bienveil-
lance envers toute la bourgeoisie; et parmi ces riches
discours il a recommandé le maintien de la religion
catholique, apostolique et romaine et l'observation des édits
publiés contre les hérésies, ensemble d'assister les juges
ecclésiastiques.... Et pour les 3e et 4e points, il a inculqué
le respect qui doit être porté et déféré à Son Altesse , et
l'union avec les autres Etats du pays de Liège ; et sur la
fin s'adresse à Notre-Dame , patronne et tutélaire de cette
cité , en prisant grandement le zèle et l'ardente dévotion
que tout le peuple liégeois fait profession de porter envers
icelle. »
La péroraison appelait la bénédiction de la protectrice
de la ville sur la population éprouvée par la peste , cette
contagion que des chroniqueurs appellent le mal de Mon-
seigneur Saint Ladre. La harangue du prélat , est-il ajouté
au procès-verbal de cette curieuse séance, « a tiré la pluie
des larmes des yeux d'un grand nombre des assistants,
dont les plus fermes et constants n'en étaient pas entière-
ment exempts, quoiqu'ils se contraignissent au dehors ».
Les «édits contre les hérésies», dont il est parlé,
avaient été portés par le prince-évêque en 1532 , non
sans qu'Erard de la Marck eût protesté, sur les réclama-
tions des bourgeois inquiets, qu'il ne s'agissait point de
troubler l'ordre des juridictions établies.
D'autre part, en 1585, le nonce apostolique eut fort à
faire pour imposer au clergé l'observation des canons du
Concile de Trente réformant les abus ecclésiastiques.
'13 décembre 1G34 — Ayant reconnu les désordres qui se
commettent dans la maison de ville sur la salle grande
d'icelle à cause des festins de noces que l'on permet y être
faits, le dit Conseil résout unanimement qu'au futur ne
se donnera semblable faculté à quelque oncque que ce
soit, nonobstant toute intercession qui se pourrait faire».
— 406 -
29 janvier 1635. — Uéchevin Erasme Loffuelt est cité
à comparai^ à la Violette pour avoir, séant en justice,
prononcé des mots injurieux pour la réputation de
certaines femmes dénommées, et le dit échevin vient
fournir des excuses au Conseil de la Cité.
18 mai 1035. — Ordre aux capitaines de la banlieue de
tenir leurs hommes prêts à prendre les armes, aux com-
pagnies des Dix-hommes de monter la garde à la Maison
de ville , de fermer toutes les fausses portes de la Cité, de
garder le Pont des Arches , de tendre des chaînes dans
les rues , et prendre autres précautions.
6 août 1635. — Le Conseil interdit à Antoine, joueur de
tambour « de s'ingérer au futur à mettre les estreines ny
donner les bienvenues ou bonjours aux estrangiers arri-
vant en ceste cité», ce droit appartenant aux tambourins
assermentés de la ville.
16 octobre 1640. — Le Conseil décide que les gardes qui
se trouvaient à l'Hôtef de ville, lors de l'attaque dont il
fut l'objet, seront à perpétuité bannis de la Cité.
Le 22 juillet 1653, en suite d'une ordonnance et dépu-
tation du Conseil, les deux bourgmestres, quatre avocats
de la Cité et deux commissaires procèdent à l'inventaire
des pièces originales contenues en un coffre à quatre
serrures, rompu par devant et trouvé clans la salle basse
de la Violette; ces documents, est-il dit, « ont tout leur
alphabet comme s'en suit » et ils sont énumérés en effet,
portant chacun une lettre d'ordre. Le catalogue, au regret
du curieux, n'offre qu'un intitulé trop court pour servir de
résumé. Cent quarante -cinq documents sont indiqués
sommairement et sans ordre chronologique. Le plus ancien
est de l'an 1100; c'est une lettre en parchemin de l'arche-
vêque de Cologne sur ce que ceux de Liège et de II uy
doivent (tonlieu) à sa ville. On relève notamment les privi-
lèges de l'empereur Philippe, de Tan 1200, et la confir-
— 407 —
mation d'Albert, roi des Romains, 1299; de Sigismond ,
empereur, de l'an 1417; des textes de paix, comme de
Wihogne, de S'-Jacques; un grand nombre de Lettres des
princes-évêques, des ducs de Bourgogne, antérieures au
sac de la Cité , le traité d'alliance entre Liège et Brabant ;
des Lettres de l'université ou communauté de Liège , de la
Cité ; l'alliance entre Liège et les bonnes villes , avec douze
sceaux ; des Grands Records de dates diverses ; la décla-
ration (1572) que les échevins ne seront plus bourgmestres,
enfermée dans une boîte de 1er étamé ; celle qui fait con-
naître que Liège est le chef du ressort du pays; le régiment
de Heinsberg , des Lettres de rois de France mettant en
sauvegarde la Cité et les villes du pays; des traités entre
Liège et des villes voisines, certains textes allemands et
flamands, plus des sentences, des reconnaissances, etc.,
et plusieurs volumes contenant soit la teneur d'une pièce
politique ou un recueil des lois du pays.
Que sont devenus ces documents précieux, dont l'inven-
taire ressemble à celui, plus complet et explicite, qu'a
dressé Bartollet en latin? Us furent remis par les commis-
saires dans le coffre Sl-Jacques, à la date du 23 juillet 1653.
Plus tard, le 16 juillet 1756, nous voyons le Conseil
ordonner « à Everard Kints , bibliothécaire de la Ville , de
remettre aux archives le statut de la Cité et pays de Liège
contenant le Pavillar, ensemble toutes paix faites passées
et accordées au pays de Liège par les empereurs et roi des
Romains, joint la Bulle d'or et plusieurs points de pratique,
pour y être conservés. »
On connaît le sort de la plupart de nos titres politiques,
dispersés et perdus":
13 décembre 1659. — Les Vingt-deux de la Cité sont
publiés au balustre de la Maison de ville.
On connaît de l'an 1571 , un « Cry proclamé à la baille
de la Maison de la Cité qu'on dit la Violette. »
- 408 -
Rapportons ici , suivant les dates , cet extrait d'une
chronique liégeoise manuscrite relatant une scène carac-
téristique : ,
« L'an 1660, le 25 juillet, furent faits magistrats Pierre
Rossius et Arnold Budbach , avec lesquels le Prince alla
ce jour-là dîner sur la Maison de ville , accompagné de
ses principaux ministres, qui étaient le comte de Fursten-
berg et son frère , le grand chancelier Rosen , les tréfon-
ciers Liverloo et Sluze , monsieur.de Hopertin, le sieur
baron de Lynden grand mayeur , et les échevins Lapide et
Gélys et de toute sa court.
« Le dîner étant achevé , la noblesse vint à une fenêtre
et jetta de haut en bas toute la desserve de la table avec les
plats au peuple assemblé en grand nombre sur le Marché
et devant la Maison de ville attendant pour voir si l'on
ôterait les impôts. La desserve étant jettée, le Prince vint
aux fenêtres appuyé sur les épaules du tréfoncier Sluze et
du comte de Furstenberg, les Bourgmestres faisant signe
au peuple de crier Vive Son Altesse , mais ils n'étaient pas
aimés des bourgeois, qui ne dirent mot pour leur respect.
Alors le S1' baron de Lynden, assez bien voulu du peuple ,
monta en baut d'une fenêtre et fit signe au peuple qu'il
criât : Vive Son Altesse , ce qu'aucuns firent ; après quoi
sa ditte Altesse jetta lui-même quantité de succades et
confitures au peuple avec plats et assiettes, puis prit un
verre et but par trois fois à la santé des bourgeois , et le
verre étant vide, le précipitât en bas, puis il fit voler plu-
sieurs poignées d'argent parmi le peuple, et enlesjettantson
anneau pastorale lui cbut du doigt , mais quelques gentil-
hommes y accoururent aussitôt et le vinrent rechercher. »
Le 13 juin 1662. — Le Conseil ordonne aux boulangers
et aux meuniers do venir à l'Hôtel de ville « déclarer sous
serment la quantité de farine cl de grain qu'ils ont chez
eux » ; ce qui sera recelé et découvert sera distribué aux
pauvres.
1er DE l'an 1077. — « Estant informés que la bourgeoisie
de ceste cité souhaite et désire voir renouveler les feux des
Bois sur le marché de Liège, suivant L'ancienne coutume
(depuis l'émeufb des d'Athin), nous avons ordonné et
ordonnons que les dits feux soient remis en pratique et
qu'il soit commencé à les refaire à la teste des Rois
prochains, acceptanl à cel effel l'offre faite par Jacques
Piette de vendre el livrer Chaque jongue de houille sur le
marché au prix de 18 patars el que chaque charrée devera
contenir G jongues de sorte que l'importance totale sera
de 324 jongues de houille faisant 54 charrées. »
1 i mars 1077. — « Attendu les actions despejitueuses et
crimineles commises tant dans noire assemblée qu'à la
sortie de la salle lu/ullc par Nicolas Geoiris et. en d'autres
endroits de la Maison de ville, ordonnons d'en prendre
informations convenables pour examiner le cas personnel
du dit Geoiris constitué en ferme et pour audition sommaire
des témoins; à quel effet députons les srs André Rossius et
Plainevaux avocats pour y vaquer. »
21 may 1077. — « Les accusations, confessions et infor-
mations sommairement prises et nous données,, ordonnons
à Nicolas Geoiris de comparaître par devant nous et
demander pardon à genoux de ses olïences contre le
publicqùe , le relaxant présentemenl parmy tous frais et
serment de se relivrer à la première semonce. »
16 mat Ki77. — « Les propriétaires des maisons du
Marché demandent que les maîtres-maçons de In Cité
visitent VArvoz sous la Maison de ville. »
5 d'octobre 1077. — «. Ordonnons à Geoiris Bodet de
livrer à la garde de la Maison de ville une lanterne et
<
quattres chandelles par nuit durant l'hiver aux frais de la
Ville.»
12 janvier 1078. — « Ordre à l'huissier des Commis-
saires d'apporter sur la Maison de ville le Pavillart et
2S
— 440 —
autres registres concernant les Droits de la Cité, qu'il avait
enlevés. »
17 octobre 4678. — « La grande Halle est louée au plus
offrant. » «
Une lacune dans les registres nous prive de renseigne-
ments ultérieurs jusqu'à l'an 1735; une nouvelle Maison de
ville a remplacé notre édifice détruit par le feu.
Les registres aux recès de la Cité , dont nous extrayons
ces annales , étaient déposés à l'Hôtel de ville et tous ceux
qui nous restent jusqu'à la date dernière que nous venons
d'indiquer, proviennent des coffres mêmes de la Violette.
La lacune constatée , comme d'autres aussi, est la. consé-
quence d'une lutte, entre le prince et les bourgeois, qui
n'est pas un des épisodes les moins intéressants de notre
histoire intérieure. Il ressemble à la dispute soulevée à
propos des Clés de la Cité.
Si, en général, les Chartes étaient déposées dans le
Coffre Sl-Jacques , à l'abbaye , les procès-verbaux des déli-
bérations communales et le texte des décisions intervenues,
restaient à la garde des magistrats de la bourgeoisie; le
28 août 1684, Maximilien-Henri de Bavière, usant de
l'autorité qu'il s'était arrogée, fit déposer tous les docu-
ments publics dans les archives de son Conseil privé.
C'était confisquer l'histoire écrite du droit populaire en
même temps qu'on supprimait le droit lui-même.
Cependant en 1751, 67 ans après, une partie des
archives communales, les plus nécessaires, furent rendues
au Conseil des magistrats, et ce ne fut qu'en 1789 que le
reste fut reporté à la Violette.
Il y avait aussi en la Maison de ville la Chambre* des
Compagnies militaires comme «lit la légende du plan de
Blaeu, à savoir le Corps de garde de ces Dix hommes ,
dont nous avons déjà parlé à l'occasion de la Maison delà
Cité qui précéda celle-ci, et d'après les documents de
l'époque ; chaque métier fournissant ce même nombre,
— 4H —
la Compagnie comptait trois cent vingt compagnons. « Les
Maistres de la Cité (document de 1571, cité par F. Henaux,
Bulletin de l'Institut archéologique Liégeois , V, la Compa-
gnie des Dix-Hommes) , ont élection des quattres Maistres
(capitaines) des Dix-Hommes esleuz par chacun des Trente-
deux bons mestiers, lesquels sont députeis et esleus pour
la garde et tuition des Magistrats, se trouvant avecl'esten-
dard à l'exécution de ceux qui doivent mourir pour la
franchiesé affin qu'elle ne soit aucunement, empêchée».
Ils comptaient en outre deux porte-enseignes, quatre
sergents et des dizainiers.
Ils avaient été institués , nous le savons , en 1433 par les
Grands ou les riches à la suite d'une lutte meurtrière où les
Petits furent vaincus. Le sort des élections leur fit servir
bientôt la cause populaire, celle de l'égalité politique, et ils
devinrent dans la main des bourgmestres une arme redou-
table.
Charles le Téméraire les supprima ; dix ans après, en
1477, ils furent rétablis ; en 1640, Ferdinand de Bavière les
licencia et confisqua leurs revenus ; et, comme on les
avait encore reformés , Maximilien de Bavière «jugea
convenable, aux termes du règlement de 1684, de casser
les capitaines et quatre compagnies des Dix-Hommes et
de réunir à la Cité et à son profit leurs biens, revenus,
maisons et jardins , avec leurs charges. »
Une Cloche était placée à la Violette; ce La cloche des
armes ou d'alarme (Littera civitatis 1516, dans Bartollet),
est suspendue dans la Maison de la Cité (in Domo Civica)
de paf un décret du Conseil, pour appeler les Dix-Hommes
de jour et de nuit avec leurs armes, dans le but de défendre
la Cité. Il est établi que chacun des deux bourgmestres
était détenteur d'une clé du l'ieu où était la cloche , pour
qu'on ne la sonnât point sans la permission et l'assentiment
des bourgmestres en personne.
— 412 —
Y avait-il quelque part un clocher ou clocheton à la
Violette ? Le dessin d'Abry n'en représente aucun ; il est vrai
qu'il ne nous offre que la simple façade. Notre plus ancien
plan de Liège, celui de Guichardin de 1567, une vue en
élévation d'un caractère assez fantaisiste, montre un
clocher à côté de la Maison de la Cité. Peut-être la Vio-
lette contint-elle une Chapelle comme la Maison de ville
qui la remplaça; la cloche d'alarme pouvait être placée là.
L'usage du tambour se répandit, et cet instrument
propre aux luttes civiles, battu dans les rues, semble avoir
remplacé généralement la cloche d'alarme, cle même que
celle-ci s'était substituée pour la Cité à l'antique Ban-
cloche. C'est aussi au son du tambour que les recès
étaient publiés par la ville en temps de troubles ; de même
qu'à la baille de la Maison de la Cité, ils l'étaient au son de
la trompette (V. Bartollet, Collection des recès des années
i647 et 48).
La mention faite du plan de Guichardin nous amène à
parler de deux autres plans et du voisinage de la maison
de la Cité.
Si nous savons que l'emplacement de l'édifice n'a pas
changé, les recherches topographiques, bien que fondées
aujourd'hui sur l'étude d'anciens documents de tout genre,
ne dissipent pas l'incertitude où l'on est quant aux abords
de la Violette. Non que les textes manquent, mais c'est
faute de quelque plan qui leur donnerait, la précision
nécessaire. Ceux-là nous font comprendre à n'en pouvoir
douter que la maison de la Cité était « joinclante » à la
Halle des tanneurs au Marché, et celle-ci à la Manghenie
ou boucherie. Mais quel était exactement l'emplacement
de ces très-anciennes constructions ? Le plan avec élévation
de Blaeu aux armes de Groesbeeck (1649) nous montre le
bloc d'édifices contigus qui s'étend de Neuvice, le long du
Marché, vers le coin de Sl-Lambert : il y a, vis-à-vis de la
- 413 -
grande fontaine, certain édifice avec fronton et signalé par
une girouette; puis, au coin même, vers la cathédrale,
un petit édifice à trois tourelles; en arrière de ces deux
constructions, on voit une grande bâtisse à pignon, sous
laquelle , par un arvô , passe une voie dite Derrière
Manghenie, laquelle va rejoindre la rue de l'Epée bor-
dant au sud le massif tout entier des constructions pré-
citées. Alors que la légende porte : n° 85, La Violette,
Maison de Cité, chambre des Compagnies militaires,
par une fâcheuse omission, le plan ne numérote pas
l'édifice. D'autre part, le beau et grand plan de Marischal,
du dépôt universitaire de Leyde, où l'on croirait devoir
trouver comme dans l'autre une indication sûre, nous pré-
sente bien, sur le même emplacement de l'édifice queBlaeu
signale par une girouette , une construction régulière
présentant à gauche un pan coupé et rehaussé d'une sorte
de clocheton. Elle porte le n° 53, et bien que nous voyons
là la Violette, nous ne pouvons confirmer l'assertion, ce
plan-ci, au rebours de l'autre, ayant perdu sa légende.
Voilà, par une double et malencontreuse coïncidence,
notre légitime curiosité cette fois bien mal satisfaite.
Quant aux textes, il est facile d'en produire quelques-uns
relevés dans la Paroisse Sl-André, de M. S. Bormans.
« Maison ke on appelle la Maison Deskagiet ki à présent
est le Mangenie séant sur le Marché », est-il dit dans un
acte de 1367.
1500 : « S'tau et spier de Mangon, long de 7 i 2 pieds
et profond de i>l2 pieds, sur le Marché près délie
Violelie, arvec une issue par derrière sur le Rieu du
Marché, près délie fontaine (\<-> Mangons qu'on dist ax
trippes, joindant à un autre stau et à viez fondements délie
liaison de bon Mestierdes Tanneurs; d'aval vers le Coir et
La^dier; d'amonl vers la Violette à un autre stau présen-
tement appliqué et annexé à porpris de la iondation el
— AU —
édification de la Maison de la Cité, et en porpris de quel
stau est présentement compris l'entrée et montée les Grés
qu'on condit de la Maison des Tanneurs, et en suivant de
côté d'amont est assis de fond en comble la muraille qui
porte toute la Maison délie Cité que celle des Tanneurs. »
1585 : « Maison sous la Halle des Tanneurs, près du
Marché, joindanl vers Notre-Dame aux fonts à la Violette,
versNouvice au real chemin de Derrière Manghenie tendant
au dit Marché, devant au chemin ou pavée par le quel on
vat au postice (porte de derrière) de la Scaillée (cour) de la
dite Violette. »
1692 : « W. cle Nassogne veut tenir et bastir la maison
qui fut à J. Huis (avant le bombardement) située sous l'arvù
de la Maison de ville, à condition de révocation si on le
juge nécessaire. »
. Ces textes présentent plus de matière au chercheur qu'ils
ne satisfont l'esprit; ils ne nous orientent pas d'une manière
suffisante et nous avons à regretter ici l'interruption des
anciennes traditions.
C'est déjà cependant aboutir à «m premier résultat que
de connaître, dès l'origine, cet ordre général du voisinage
déjà signalé en face du Marché : la Violette , la Halle des
tanneurs, la Manghenie ou Mangonie.
Tout en sachant que la Violette avait la Halle des
tanneurs pour voisine immédiate , nous ne connaîtrons
pas la position exacte de cette dernière relativement à la
Manghenie, l'emplacement des trois constructions parais-
sait disposé triangulairement, et sans désignation.
La Manghenie comme la Halle était grande, et donna
son nom à une partie du quartier dit en Manghenie. La
maison proprement dite des Mangons était partagée, car
il y avait la seconde et émitraine Manghenie (Paroisse*
Sl-André, p. -412). Elle prit renseigne des Trois Roses,
les bouchers i'ayanl quittée pour s'établir en Vesque-Cour;
— 415 —
après le bombardemenl de Boufflers, c'étail au Nom de
Jésus ; finalement la maison fut expropriée pour la recons-
truction de l'Hôtel de ville.
On démolit en même temps l'ancienne Maison du Coir
(Cor), puis du Cornet, où les Toiliers tenaient leur séance.
Vouaient ensuite après l'entrée de la ruelle de Soumagne
le Lardier (Soleil, Lion d'or, Marteau couronné) appar-
tenant au chapitre de S'-Jean-Evangéliste ; le Mouton d'or
(Tète d'or), l'Aigle d'or, le Petit Cabaret (à la Syrène,
actuellement au Croissant). Toujours en continuant vers
Neuvice, on rencontrait la grande Maison dite délie Fosse,
enseignée depuis 1422 au Porc d'or : « Y at une belle
grande salle, relate un état de lieux daté de 1589, avecque
cheminée , la quelle salle est tout allentour emboschée ,
paincte et dorée , y demourants bancs à couche et chessitz
de voiriers ». C'esl sans doute là que les Bbulangers
avaient leur Chambre»
Après le Lion Noir (l'Yvoir ensuite) venait l'Ecrevisse
ou Grèvesse , appartenant au métier des Mairniers ; le
Chapeau ( couronne ) Me Roses, puis la Maison du coin de
Neuvice, à la Chaîne , habitée par un changeur au 15e
siècle , et dite de ce temps avec les maisons précédentes
les Canges.
En 1448, Johans délie Grèvesse loue cette maison à la
réserve de trois fenêtres « du côté vers S'-Lambert, pour
lui, ses successeurs et maisines, vëyr les fiestes de jostes,
behours , tournois, processions et lestes solennes qui
soi feront au temps futur sur le Marché, toutes fois que
ce adviendrait. »
On pouvait de là, on effet, assister à toutes sortes de
spectacles. Les pompes d'uno joyeuse entrée se déroulaient
le long de la place publique; sur les grez de S'-Lambert
les chanoines souhaitaient la bienvenue au prince, et il
arriva même que sur le Marché fui servi tel festin d'une
— 416 —
singulière magnificence. En une autre occasion les métiers
défilaient enseignes déployées. Enfin on procédait toujours
sur le Marché, devant Neuvice, aux exécutions. Une
potence permanente se dressait là ; en 1718 , on demanda
qu'elle fut marquée par une pierre peu visible. Le fail
que les coupables étrangers à la Cité étaient pendus à
S'-Gilles fait comprendre une injure restée populaire. Les
vagabonds et gens sans aveu, en rupture de ban, étaient
fouettés autour du Marché; en cas de récidive on leur
coupait une oreille; à la troisième fois ils étaient pendus,
toujours à S'-Cîilles.
La place du Marché servit de très bonne heure aux
usages communs, au commerce populaire, toujours animé,
parfois tumultueux. ; mention esl laite du Marché public
dans des actes du XIIe siècle. Lorsque la Maison du Détroit,
siège du fameux tribunal des écbevins battu en brèche
par la bourgeoisie, eut perdu son importance primitive,
ce fut la Violette qui devint le principal édifice du .Marché,
et pour la garder et se garder, les principaux métiers
groupèrent leurs Chambres auprès d'elle sur celle place
où affluait la vie intérieure.
Nous avons parlé des Maimïers , Toiliers , des Boulan-
gers. Les Fruitiers étaienl là aussi avec les Harangiers.
En lace de la Maison du Détroit, à. l'autre côté ^\r^ Degrés
qui s'avançaient près du coin de la Violette, était la Maison
des Orfèvres enseignée à la Griffe (Café du grand Marché).
Puis, vers S'-André' , c'étail la maison du Verd Cheval,
plus tard diteaux Harengs sans nombre el le.Cavalierj sur
un arvô qui conduisait, du côté du Palais, à la petite
Halle des Drapiers. A l'autre côté de la Ruelle-au-Brâ, à la
suite d'autres demeures, c'étaient les Tisserands ou Texheux
au Ciguë ; les Corbesiers à la Croix blanche; les Vieux-
Wariers en la Maison de Bealmonl (Lion rouge) ; les Char-
pentiers, puis les Couvreurs au Chapeau d'or; le métier
des Vairains-Scohiers à la Croix d'or, puis l'Ange cou-
— 417 —
ronné, où un changeur stipule en 1455 qu'il loue sa maison,
à l'exception de deux fenêtres au premier étage pour y
aller voir passer la procession de l'Eglise de Liège ( S'-Lam-
bert), au jour du Saint Sacrement; enfin aux Petites
Balances, la corporation des Merciers occupait , comme
c'était généralement le cas, la chambre du premier étage.
De la même façon, d'antres métiers avaient leur siège
tout proche, soit aux Mineurs soit rue Féronstrée, laquelle
continuait le Marché : ici se trouvaient les Soyeurs,
Brasseurs, Meuniers, Cuveliers, Charliers , Cherwiers ,
les Massons; aux Mineurs, les Entretailleurs, Poisseurs,
Chandelons , les Parleurs an sac.
Au 30 mars 1035 , suivant la sil nation exhibée parles
greffiers des métiers (publiée par M. S. Bormans ) , des
32 bons métiers de Liège, 29 étaient établis aux lieux
précités, près la Violette.
Dans ces locaux se débattaient les affaires de la confrérie;
et si à la Viole lie on réclamait au nom des intérêts communs
de la bourgeoisie et des artisans réunis, chaque métier sur
sa Chambre, réclamait pour soi, et l'on peut se repré-
senter ce qu'était à de certains jours d'élection, l'agitation
populaire. Ces vers d'un ancien Entre-jeu, publié pat1 nous
dans V Annuaire de la Société liégeoise de Littérature
wallonne, y aideraient bien. Houbiel , s'adressant à Piron,
ne mâche point ses paroles , il parle d'ailleurs le vieux
wallon :
So les Mesti is'diminèt
Gomme les arègi d'Sint Houbièt.
N'ies as-s' maie oïou tôt passant
Fé so leu Ghamb1 li prédicant ?
Maïe Goffartni parla si bin
Qwand' l'expliqua l'Bîb à ses gin ,
Qui Matthéï, qwantTest sos'Chamb
Dressi so Ptâv' po fer l'hareng.
I'pass' Fré Girâ so l"marchi
Qwanl i s'kijette avâ s'Mesti ..
— 418 —
Aujourd'hui, les anciennes maisons du Marché ont dis-
paru avec leur seieûte ou encorbellement, façonnées sui-
vant le type de la Violette elle-même.
Si l'historien peut nous retracer des scènes de la vie
politique et même populaire, on ne peut que regretter,
dans une ville qui possède tant de documents sur son
passé , l'absence de quelque bonne représentation gra-
phique de notre vieux Marché, au temps des corporations ;
Saint-Lambert, le palais et l'assiette générale de la ville ,
si pittoresque, ont uniquement préoccupé les dessina-
teurs. Sans l'unique esquisse d'Abry, que saurions-nous
de l'architecture de notre ancienne Violette, notre prin-
cipal édifice civil ? Un dessin complet du Marché serait
d'autant plus précieux que Liège n'a pu garder, comme
Bruxelles, une place garnie de maisons de corporations
monumentales et d'une architecture durable ; chez nous,
les événements se précipitent ; les maisons mêmes ne
s'attardent pas, et nous n'avons ici d'autre ressource que
de prendre à la loupe une vue partielle du Marché, sur le
plan avec élévation que nous présentent Blaeu ou
Hollar qui reproduit le premier , à moins peut-être qu'il
n'ait fourni le prototype.
Quant aux rues qui donnaient au voisinage accès vers
la Violette, la rue de l'Épée, beaucoup plus longue qu'au-
jourd'hui, suivait par derrière une ligne parallèle au
Marché. De ce dernier à la dite rue, existaient diverses
issues et passages voûtés , de ces arvùs ancienne-
ment appelés arvols, (des mots arcu volutus, courbé en
arc, d'où nous vient aussi l'adjectif ârvolou , voûté. ) Il y
en avait jadis un très grand nombre, et avec les nombreux
cours d'eau, des ruelles serrées et irrégulières sur un
espace peu étendu, ils contribuaient pour beaucoup à faire
un vrai dédale de l'ancienne Cité. Les arvôs rendirent
d'ailleurs maints services dans les guerres et les luîtes
— 419 —
civiles, les fuyards y disparaissent aisément ; on en fermait
l'entrée avec des chaînes ou quelqu'autre obstacle ; d'en
haut il était facile de se défendre et de protéger toute une
rue.
Le plus connu au Marché était Yarvô de la Violette. Est-ce
celui par lequel, sur le plan de Blaeu, passe sur la gauche
et derrière la Maison de la Cité, la voie dite Derrière
Manghenie, avant d'aboutir au Marché? C'est en tout cas
un des principaux, car il yen eut plusieurs dans les environs.
Une dénomination intéressante est celle que porte cette
voie même au tournant de gauche avant de passer sous
l'arvô : le lieu s'appelait Aux Cabarets. Peut-être s'agit-il
de simples tavernes, et toujours il s'en est trouvé beaucoup
dans le voisinage des bouchers. Le mot a aussi le sens
d'avant-toit, et il y avait nombre de ces appentis (appen-
dentia) aux maisons du Marché. Une signification qu'on
reconnaît encore au mot est celle de Chambre fermée par
une clôture de barres ou barreaux. D'autre part , nous
savons que la maison de pierre du Détroit des échevins
était précédée d'une construction de planches qui per-
mettait à' ces magistrats d'agir sur le district de leur
juridiction. Dans le Cartulaire de 'la commune de Namur,
recueilli et annoté par M. Jules Borgnet (p. 7(j), l'auteur
fait remarquer que la Maison communale s'appelait à Namur
le Cabaret, sans doute parce que là était la pièce où les
échevins rendaient la justice, et celle-ci était pourvue de
scamna, xhammes , dits cabas ou cabeaux, d'où le nom
même de scabinus, eschevin.
Rappelons-nous ce passage de Jean de Stavelot montrant
d'Àthin venant à la Violette s'asseoir delès li Chàbas,
et le chroniqueur d'expliquer le terme : là on tient les
plais des Maistres à la tauble. L'expression était donc
en usage à Liège, et la rue Derrière Manghenie, tournant
Aux Cabarets avant de passer sous l'arvô, conduisait tout
droit, soit à la Violette, à main droite, soil vis-à-vis, au
Détroit des échevins. Sans autrement conclure , nous
soumettons au lecteur ces détails, vu leur intérêt.
A l'opposite de Neuvice, tout ce massif de constructions
où la Violette était englobée avait accès à gauche aux
rues parallèles du Faucon et Sous la Tour ; la rue
Derrière Manghenie et Les Cabarets conduisaient au centre
vers la Madelaine, et la rue de l'Épée venait derrière la
Violette rejoindre la rue du Stockis, jadis celle des Rôtis-
seurs. Ici, jusqu'au XVIIIe siècle, s'était conservé un ancien
usage populaire. C'étail à ce coin même, aujourd'hui
complètement dégagé par la création de la place Derrière-
PHôtel de ville, que les Bouteux-foû, de la corporation des
Porteurs au sac, engageaient la lutte avec les plus robustes
champions de la ville et des campagnes. La tète se ter-
minait par une régalade générale de vieille bière et de porc
rôti. Le t'ait est rapporté avec plus de détails à la page 134
du Vieux Liège, publié par E. Lavalleye.
Hàtons-nous, avant que la Violette disparaisse à son
tour, de jeter un coup d'oeil sur l'ensemble des événements
importants, d'ordre général ou intérieur, qui intéressèrent
ses magistrats. Que de faits et quels labeurs publics, depuis
la reconstruction de la Maison de la Cité jusqu'au moment
où elle s'abîme dans un incendie avec tout le quartier de la
ville qui l'entoure !
Sous Erard de la Marck, la cité s'était relevée: une
alliance avec l'Espagne avait procuré au prince influence
et fortune, et l'on ne s'étonne plus du luxe qui, après
des jours difficiles, régna au palais comme au dehors,
quand ou prend connaissance de la Correspondance ri des
documents politiques , mis au jour dernièrement par M. de
Marneffe (31e publication des Bibliophiles liégeois). L'al-
liance défensive conclue contre la France avec Charles-
Quint, constituait sous une forme anonyme encore, une
- 421 —
union des anciens états beiges. Celle-ci fermait la frontière
à la France, en même temps qu'elle ouvrait à Charles les
voies de l'Allemagne: si tel fut le résultat politique, au
point de vue économique le prince sortil de ses négociations
avec l'empereur dont il avait assuré l'élection , gratifié de
tous les avantages adroitement prévus : évêché routé en
Espagne, bénéfice d'abbaye en Brabant, grosse pension, el
le reste: les ducats d'Espagne payèrent les frais de ce
luxe qui, après la construction à Liège d'un splendide
palais, eut pour dernier terme l'éreétion d'un tombeau de
bronze doré dans la cathédrale Saint-Lambert.
Après la mort d'Erard, la cité assiste à la réforme judi-
ciaire de Groesbeck. puis à l'élection du prince Ernest de
Bavière, qui mourut en 1612, après 30 années de règne.
Les guerres de religion avaient troublé l'Europe.
Comment chercher à préserver sinon le pays, tout au
moins la ville et sa banlieue? A parcourir le Résumé du
conseiller Bartollet - encore est-il incomplet — on est
frappé de voir, à côté des mesures administratives, le
nombre des dispositions militaires prises par la cité exer-
çant son droit de Fermeté. En extrait du registre des
échevins du 8 février 1538 contient un édit du prince, du
chapitre, des jurés et du conseil de la Cité, reconnaissant
le droit souverain des bourgmestres à la garde de la ville,
les clefs des portes leur sont apportées, ou, sous leur
surveillance, aux capitaines des Yinàves, aussitôt le couvre-
feu. — Un homme de chaque métier (Lettre de la Cité,
12 novembre 1566) veille à la Violette. — 11 est ordonné (19
septembre 1569) en Conseil, aux Vieux arbalestriers de taire
la veillée au pont des Arches et de venir, suivant la coutume,
chercher le mot d'ordre à la Violette, sous peine de perdre
leurs droits. Antérieurement, en 1522, le prince et la Cité
avaient contribué à la construction d'une maison destinée
à une Compagnie de mousquetaires, et le Conseil avait
— 422 —
décidé que celle-là appartenait au domaine du peuple, et
que les comptes seraient rendus au peuple. Tout une suite
d'ordonnances concerne des achats de poudre, de bou-
lets, et il est créé un maître de l'artillerie , le bombardier ,
à l'uniforme de la Cité.
En 1543 , des corvées sont imposées aux habitants des
villages voisins pour placer des canons sur les remparts.
Le 3 août 1570, les leucaux ou habitants d'une lieue à la
ronde , sont passibles du service militaire : la lieue banale
s'étend du perron jusqu'à cent bonniers tout autour de la
Cité. Les leucaux étaient citoyens de Liège.
D'autres mesures, décidées à la Violette, concernent
l'administration intérieure de la Cité. Celle-ci institue des
fontainiers (octobre 1538) vêtus du drap de la ville,
comme aussi des gardiens aux portes (1561), jurant entre les
mains des bourgmestres. — La Cité accède à la prière du
prince, demandant qu'il lui soit concédé d'user, dans son
palais , de l'eau dérivée des fontaines publiques, — Raso
Bertollet est nommé, en séance du Conseil du 22 janvier
1550, receveur du Petit domaine; le rentier de la Cité
subsiste : il est désigné, aux termes d'un autre document ,
à la majorité des suffrages , et il doit, en général, être de
bonne note , vivant de ses propres rentes , salarié et comp-
table des deniers publics. Un fait montre avec quel soin
jaloux la Cité entendait conserver son domaine et la Fermeté:
un citain (document de 1524) est condamné à 60 jours de
corvée pour avoir coupé un saule dans les fossés de la
ville. On voit, en 1569 (l'6 novembre), le Conseil de la Cité
louer la pêche dans les fossés des fortifications pour neuf
ans. Les adjudications publiques se faisaient à la Violette.
Ce sont les armes des bourgmestres do la Cité et leurs
insignes qu'on place au-dessus des portes Vivegnis , Ste-
Marguerite, Ste-Walburge , sur les tours et les murs
(Lettres de la Cité, 1542, 1543, 1568). Les travaux de
- 423 —
voirie ne sont pas négligés : en 45-47, notamment, le
Conseil ordonne qu'il soit pris deux fois 1,500 florins du
trésor de la Cité, pour établissement et restauration de
rues. Relevons, pour finir, dans la même suite de docu-
ments , un grand nombre de Lettres de la Cité constituant
des Envoyés aux diètes et assemblées de S'-Trond, Valen-
ciennes, Cologne, Aix-la-Chapelle, Arlon , Maestricht:
au roi de France , à Charles-Quint, à la reine de Hongrie.
Après le prince Ernest, sous Ferdinand de Bavière,
éclate une crise où il n'est point difficile de reconnaître
une lutte de principes plutôt qu'un simple épisode."
Nous parlons de la lutte entre Chiroux et Grignoux , de
cette longue et dramatique querelle suscitée par les Gri-
gnoux , sorte de malcontents, au prince, au clergé, à la
noblesse , dits Chiroux à cause des habits à la mode ,
mi-partis de noir et de blanc, comme le plumage de
Yhirondelle. Au milieu de l'époque princière signalée par
une longue atonie, elle attire d'autant plus l'attention
qu'elle annonce de loin la chute de la principauté épisco-
pale et prépare la révolution de 1789.
L'organisation de la Cité , de par celle-ci même , avait fait
de tels progrès, qu'à moins de reconnaître l'inutilité de
son rôle, le prince devait tenter de supprimer les pouvoirs
communaux, fallût-il recourir à un coup d'état. Ce sont les
doléances mêmes de Ferdinand qui constatent le mieux
l'affaiblissement du pouvoir souverain , au profit d'une
bourgeoisie remuante.
Aux termes de son manifeste de 1615 , «les bourg-
mestres s'arrogeaient le droit d'appréhender, d'empri-
sonner, de bannir, non-seulement les bourgeois et les
étrangers, mais les gens du prince; ils tiraient de force
les criminels hors des prisons, et faisaient violence aux
officiers de l'évêque , lorsque ceux-ci voulaient remplir les
devoirs de leur charge ;
- 424 -
» Ils rondaient des ordonnances sans consulter le prince1;
ils s'opposaient à ce qu'il publiai ses mandements dans la
Cité, les cassaient ou les révoquaient à son détrompe;
» ils créaient des capitaines; appelaient les bourgeois
aux armes; envoyaient des représentants dans les cours
étrangères; convoquaient les députés des lionnes villes
pour traiter des affaires de l'État ou pour former des confé-
dérations; ils confirmaient ou changeaient les statuts cl
privilèges des métiers; accordaient ou enlevaient le droit
de bourgeoisie selon leurs caprices, et se conduisaient,
enfin, comme s'ils étaient les maîtres de l'État; ils s'arro-
geaient le rôle du prince à tel point qu'ils appelaient, dans
leurs lettres patentes , la capitale Notre Cité. »
Pour dépeindre complètement la situation, il manque
un trait à la suite de cette énumération de droits, pour la
plupart historiques encore que parfois exagérés : par son
éloignement des affaires et de Liège, Ferdinand se donnait
à lui-même la qualité de prince absent. Mais il avait des
ministres , dont on se plaignit , et il entendait rester
souverain.
Cependant, les coinmuniers allaient jusqu'au bout,
témoin leur réponse au gouverneur des Pays-Bas cher-
chant à ajuster leur différend avec le prince : « ils ne souffri-
raient pas, dirent-ils, qu'il fût entrepris, usurpé ou attenté
sur ou contre leurs régaux , pouvoirs ou hautainetés. »
Les bourgmestres proclamaient ainsi la souveraineté
populaire. Les idées des Calvinistes d'ailleurs, favorables à
l'établissement de la forme républicaine dans les petits
états, se répandaient parmi les hommes dirigeants, et
l'intervention immédiate des trente-deux métiers faisait
prévaloir un régime qui était bien celui de l'extrême dé-
mocratie. La mort du bourgmestre Beeckman et l'assassinat
de son successeur La Pouelle, commis au tragicque banquet
de Warfusëe, en vue de soustraire la Cité à l'influence
- 425 -
française et pour favoriser l'Espagne, ne pouvaient manquer
d'introduire le désordre et l'anarchie.
La Ruelle passait justement pour un des défenseurs les
plus dévoués des libertés municipales; et, quant à la direc-
tion de sa politique, elle est tout entière résumée à la fin
d'une lettre, récemment publiée, qu'il adressait à Paris, le
23 février 1637 :
« La persécution que font les ministres et officiers de
l'évesque contre la Cité, la même font-ils contre les villes
subalternes. D'où se tire une connaissance sommaire de la
misère de notre estât. Nous nous défendons tant que nous
pouvons , mais comme le party adverse est appuyé sur les
armes espagnoles, notre défense ne peut pas longtemps
subsister, si nous ne sommes secourus, conservés et pro-
tégés par les armes françaises (Revue de Belgique, no-
vembre 1889). »
Cette pièce fait partie de la diplomatie occulte d'un temps
où , plus que jamais, le principe de la neutralité liégeoise
était débordé par les exigences de la situation générale de
l'Europe. Que la politique extérieure d'un bourgmestre de
la Cité fût en opposition avec celle du prince, c'est un fait
qui se présente assez souvent dans les annales de la prin-
cipauté et dès le moyen-âge même. Cette fois, les Grignoux
démocrates étaient français et le bourgmestre élu par eux
se tournait vers Richelieu : le prince, avec son parti , était
espagnol , et il appelait dans le pays le terrible Jean
de Weert et ses Croates.
Un déchaînement de violences répondit au meurtre qui
donna à Sébastien La Ruelle l'auréole du martyre politique.
Le prince avait voulu revenir de sa belle résidence de
Bonn: on lui ferma les. portes de Liège. Un certain
nombre de recès ou décisions du Conseil de la Cité, con-
servés dans un des opuscules de Bartollet, jettent un jour
curieux sur cette période agitée (1646-47 et 48). Ce sont
29
— 426 -
de longues listes de. proscriptions affichées à la Violette et
publiées au son du tambour : ceux-là qui ont porté les
armes contre l'élection magistrale, ceux qui, jugés appré-
hensibles sont rentrés , doivent quitter la ville immédiate-
ment , pour les quatre heures après-midi , sous peine de
mort arbitraire. En Conseil tenu en la salle haute de la
Violette, la commune envoie des ordres aux chanoines, au
mambour, aux échevins, avec menace de dépublication de
bourgeoisie. On donne lecture publiquement des procès-
verbaux des Sieultes ou séances des métiers , et soubz le
bon plaisir des 32 bons mestiers on frappe de contributions
toute personne excepté les ordres mendiants et les hospita-
liers, pour subvenir aux fraix des levées et des fortifications;
les bombardiers doivent être à leurs pièces ; la garde dite
des X hommes de la Halle est convoquée; les vagabonds
étrangers sont chassés et le Conseil défend « à tous cloîtres,
monastères et couvents de ne recevoir, loger ni soutenir
en leurs cloîtres et maisons aucuns estrangers ou jugés
appréhensibles sans en donner avis à MM. les bourgmestres;
ordonne que des Lettres seront écrites à Sa Sainteté et gé-
néraux des ordres remontrant que les couvents ayant
compromis la neutralité en envoyant au dehors les Liégeois
et amenant des étrangers en vue de soutenir les intérêts de
leur prince, il convient d'ordonner que les supérieurs
soient liégeois, et les deux tiers des religieux de même. î>
On visite les abbayes comme on exerce tous droits de police
sur ies hostelains ou aubergistes. Les armes sont déposées
à la Violette.
La commune liégeoise avait atteint ainsi les limites
extrêmes d'un pouvoir bientôt jugé incompatible tant avec
l'ancienne constitution générale du pays qu'avec l'ordre
monarchique et ecclésiastique de l'Europe. Après la con-
vocation des élats à Visé, Ferdinand de Bavière recourut
aux forces germaniques et un corps de troupes com-
_ 427 —
mandé par le général Spaar le rétablit dans son autorité.
De sanglantes exécutions servirent de représailles, on
abattit la statue de Beeckman, et on proscrivit jusqu'à des
portraits. C'étaient les élections magistrales annuelles qui
servaient toujours d'occasion aux troubles intérieurs : un
règlement nouveau (1649) prescrivit l'élection des deux
bourgmestres et de trente conseillers tirés au sort entre
quarante-quatre candidats désignés moitié par le prince,
moitié par des commissaires de la Cité ; et pour dominer la
commune on recourut à la mesure qui avait réussi en
Flandre : une citadelle fut construite. C'était un moyen de
coercition prêt à être mis aux mains d'une armée allemande.
Après la mort de Ferdinand , les Français s'emparèrent
de celle-là, en 1675, et les troubles recommencèrent.
Maximilien avait été le coadjuteurtrop zélé de son oncle
pour ne pas apporter plus d'énergie encore dans la répres-
sion. La réaction fut complète, et à l'excessif développe-
ment politique de l'ordre plébéien succède immédiatement
le régime autoritaire qui dans les temps modernes suit les
émeutes et même les révolutions. La Cité a perdu son indé-
pendance; la vie organique de la commune est arrêtée.
L'édit du 29 novembre 1684 établit tout une constitution
nouvelle.
Les 32 métiers sont supprimés et remplacés par seize
chambres (art. 2), représentant la généralité de la bour-
geoisie; une chambre se compose de trente-six personnes,
savoir vingt nobles patriciens, dix marchands notables et six
artisans; cbaque métier inscrit à une chambre reçoit de
celle-ci un gouverneur pris parmi les six artisans, qui
veillera avec ceux-ci à la bonne et légale fabrique de toute
chose. Les chambres s'assemblent une fois l'an (artcil^s 3,
20 et 22).
Quant à l'élection magistrale , elle est faite indirectement
par voie du sort. Les chambres (art. 20) choisiront chacune
— 428 —
trois personnes; la première désignée (art. 24) sera élec-
teur des bourgmestres; la seconde, membre du Conseil
de ville ; la troisième sans emploi ni charge ; les seize élec-
teurs des bourgmestres choisissent trois personnes ayant
capacité, en dehors d'eux , mais parmi les chambres ; l'une
d'elles trois tirée au sort (art. 25) sera le bourgmestre de
la ville ; après quoi , les députés de l'évêque proposeront
aussi trois personnes et un tirage au sort désignera parmi
elle le deuxième bourgmestre. Aux art. 28 et 29 : seize
candidats pris dans les seize chambres avec un nombre égal
choisi par l'évêque, ballottés séparément et réduits de part et
d'autre à dix, de manière qu'il n'en reste que vingt, for-
meront le Conseil de ville avec le bourgmestre.
Il serait difficile d'interposer plus de formalisme entre
mandataires et mandants. Après un triage aussi sûr que
savant, c'était encore le hasard à plusieurs degrés.
Foulé tour à tour par les Espagnols , les Allemands , les
Hollandais , les Français , le pays était assez las d'ailleurs
pour être avant tout avide de repos ; ses envahisseurs
successifs étaient heureux aussi de faire la paix. Les
réformes de Maximilien furent autant de mesures de police.
C'est de l'époque princière que date sans doute cette ins-
cription placée un jour au haut de la Violette et destinée à
exalter les mérites du pouvoir unique et de l'obéissance :
* ■
Stare diu nescit quod non fulcitur ab alto
Et regnum discors in se durabile non est.
Sic decet imprimis illum qui cuncta potenter
Condidit amplecti , dominumque fldeliter unum
Quaerere, post uno concordes vivere voto.
Hinc virtus, hinc pax, hinc et res publica floret.
Les inscriptions de la Violette, qui allaient s'effaçant,
depuis le temps d'Erard furent remplacées dans ce même
sens.
- 429 —
Cependant, l'édifice même de cette maison de la Cité,
où il y avait tant à faire pour conserver les derniers restes
des franchises communales , et qui luttait toujours ,
n'avait pas laissé de ressentir tout entière les outrages
irréparables du temps. Parlant de la Violette « qui repré-
sente l'Estat de la noble république liégeoise», un de nos
vieux écrivains (Alex, de Montfort, dans le Pourtrait de la
Mouche à miel, Liège, 1646), nous dit : «Vrai est que nous
l'avons vue demi flétrie, passé quelques années qu'elle fut
greslée par les orages de notre temps». Et en 1676, dans
son Discours de droit moral et politique, II. 90, Grati
écrivait ces lignes : «L'illustre renommée de nostre ville,
ornée de tant de magnifiques temples, d'un palais épis-
copal qui ne doit rien à tous ceux de l'Europe, et de tant
de belles structures particulières, mériteroit bien que
les magistrats tournassent leur soin à faire bâtir une belle
Maison de ville qui eust du rapport en architecture à tant
de beaux édifices tant publics que particuliers. »
La Violette de 1497 comptait, en 1691, près de deux
siècles d'existence, quand, à cette dernière date, le marquis
de Boufflers, «l'incendiaire ordinaire de S. M. le roi très
chrétien Louis XIV, » se chargea de la faire disparaître.
C'était lors des guerres que Louis dirigea contre une
partie de l'Europe coalisée, la Hollande notamment. Le
roi de France venait de remporter la victoire de Fleurus.
Il fallait punir les Liégeois d'avoir, malgré eux, compromis
leur neutralité en publiant la déclaration de guerre de
l'empereur d'Allemagne. Us ne l'avaient pourtant fait que
sous la menace d'être bombardés par les Hollandais,
maîtres de la citadelle. Boufflers arriva devant la ville dans
l'intention de la brûler du haut de la Chartreuse.
Sous ce titre : Funeste et furieux bombardement des
Français, une chronique liégeoise (manuscrit n° 993 du
dépôt de notre Université), raconte ainsi l'événement :
- 430 -
« Monsieur le marquis de Boufflers(il avait passé la
Meuse, puis l'Ourthe), avec une assez nombreuse armée
française, s'approcha de la ville de Liège par vers l'abbaye
de Robermont , pour attaquer le monastère des Chartreux
muni de fort peu de troupes liégeoises , bâti sur une
montagne assez proche de la ville pour la bombarder.
Il se rendit maître du dit monastère, le dimanche de la
Pentecoste, 3e du mois, vers les 10 ou 11 heures du soir,
et pendant la nuit il fit préparer ses batteries. »
(C'étaient, comme il est dit à la page 494 du Recueil
héraldique , 12 mortiers et de nombreux canons pour tirer
à boulets rouges, appuyés de 60 escadrons et de 20 ba-
taillons).
« Lundy, le 4e du dit mois, dans le temps que l'Eglise
devait remémorer dans les saints offices que le Saint-
Esprit parut tout en feu dans la ville de Jérusalem, il
commençât à faire un si grand feu dans la ville, qu'on
croyait être tous engloutis dans une foudroyante gresle
de bombes, boulets rouges, et le tonnerre du gros canon;
ce qui continua toute la nuit d'une rage si impétueuse
qu'on ne croyait plus retrouver une maison ni église dans
son assiette, ni même un asile assé assuré pour la vie.
« Le mardy, il discontinua fort peu, pour autant plus
préparer sa colère pour les nuitées... Le général Tserclaes
commanda une sortie de la nuit , le mardy , pour tenter
d'empescher ce redoutable élément, et il y demeura
beaucoup de monde de part et d'autre, et les Liégeois
soutinrent assez vigoureusement : mais les François redou-
blèrent un feu si dévorant sur la ville qu'il n'était pas à
comparer à un feu de la terre, mais il paraissait sortir d'un
enfer pour engloutir toute cette ville désolée, et ce fut là
leur dernier effort, car un secours notable arrivait avec
Monsieur de Tilly en cavalerie et le comte de la Lippe en
infanterie,
— 431 —
« Le mercredy de grand matin une pluie assista fort
à éteindre le feu de la ville, et le dit secours à ralentir la
rage incendiaire du marquis de Boufflers. Le même jour la
ville estoit dans une telle consternation et désolation à la
vue d'un feu si dévorant, que «les religieux et religieuses
les plus renfermés ne se trouvèrent plus assurez de leur
vie dans leurs monastères et en sortirent tous pour trouver
un asile assuré. Son Altesse même quitta son palais le
mardy. »
(Bouille nous montre le prince retiré à la Citadelle
d'où il contemplait avec douleur le spectacle de l'incendie).
« Le mercredy à 1 heures après midy Monsr de Boufflers
commençât à faire défiler les gros canons qui donnaient
encore quelques coups assé rarement jusqu'à 6 h. au
soir, et commença à lever les tentes et plier bagages...
Il mit le feu à Jupille, à la Bouverie, faubourg assé proche
de Liège, Chaînée et autres places circomvoisines en se
retirant...
« Si toutes les bombes avaient fait leurs effets il y
aurait eu le double de dommage. «
« Le 4-5 et 6 juin 1691 , dit encore une autre de nos
nombreuses chroniques manuscrites (n° 1013, Univ.) les
Français bombardèrent, la ville dont une grande partie fut
réduite en cendres, ayant jette 3,000 et cinq cents tant
boulets que bombes clans notre pauvre cité ; plusieurs en
furent emportés, mais plus il y en avait de ruinés. »
Et l'auteur d'ajouter ce chronogramme latin, composé
à l'instar de ceux du prieur des Guillemins :
LegIa bVMbarData a gaLLIs qVarta
qVInta seXtaqVe IVnII.
Puis cet autre en français :
LoVVoIs, tV Le Vols si tV as IVsteMent DétrVIt lIège.
- 432 -
« Plusieurs maisons, ajoute une autre chronique du
même genre (n° 647, Univ.) furent brûlées avec l'église
Sainte-Catherine et la Maison de ville. »
Celle-ci en effet, spécialement visée, n'était plus avec
les maisons d'alentour qu'un monceau de ruines fumantes;
le Pont-d'Ile, le Pont-d'Amercœur, les remparts le long
de la rivière d'Ourthe, étaient mis hors d'état de servir;
mais le quartier qui avait le plus souffert, était précisé-
ment celui qui s'étend du Marché à la Meuse, « où se
voient aujourd'hui le long du rivage (la Goffe), dit
I.oyens en 1720, toutes maisons neuves qui nonobstant
le bel aspect qu'elles présentent , ne laissent pas de rappeler
le triste souvenir des pertes que le peuple y a laites. »
Dans le moment, on voulut profiter du désastre pour
élargir les rues, « mais, dit Bouille, III, p. 496, on ne put
trouver les fonds nécessaires pour exécuter ce dessein ;
en sorte qu'il n'y eut que très-peu de rues où l'on fit
quelque changement. »
La cité qui malheureusement se trouvait toujours sur le
grand chemin de la guerre, était épuisée par les frais du
logement qu'il lui fallait procurer aux troupes de passage ;
pendant le cours des années suivantes, elle ne put que
réparer quelques fontaines publiques. Il fallut, longtemps
après, la conclusion de la paix d'Utrecht pour lui per-
mettre de songer à reconstruire une Maison de ville.
IV
L'Hôtel de ville, 1714. — La Révolution, 1789-1794.
Une de nos chroniques dites vulgaires, le manuscrit
n° 993 de l'Université, pp. 536 et 537, nous raconte ces
faits, à l'année 1714, soit plus de vingt ans après l'incendie :
« Le 14 d'aoust, veille de l'Assomption de la Vierge, on mit
la première pierre pour bâtir la nouvelle Maison de ville.
Ce fut le grand doyen (de Sélys) qui fit la cérémonie au
nom de notre Prince Son Altesse Electorale.
» Le cortège se fit de sa maison par la place Verde, vers
le Palais, devant les FF. mineurs et droit au Marché. Il
estoit précédé des Bourgmestres, quelques Chanoines de la
Cathédrale, des vieux Bourgmestres, Messieurs de l'Etat,
de la Chambre impériale, et suivis de la bourgeoisie
marchant par compagnie avec eslendards deploijés, tam-
bours battants, trompettes et timbales.
» Il y avait au Marché trois grands eschaffaux avec des
tonneaux de poix allumés. On tira quantité de boëtes,
n'ayant pu tirer le canon, à raison que les Hollandais
estoient encore sur la citadelle.
» Les conseillers et les commissaires estoient assis sur
— 434 —
la place du bâtiment et le tout se termina en bon ordre
vers les 2 heures après-midy ».
Ajoutons à ce court récit une phrase inédite du ms.
Abry-Loyens (à M. V. Henaux) : « La cérémonie achevée,
le cortège reprit sa route vers la maison du Grand-Doyen
qui par sa générosité naturelle voulut taire honneur à son
Prince qui l'avoit député en sa place. Aussi donna-t-il le
vin à tous les corps de la ville, y joins diverses personnes
de caractère de la Cathédrale, qui l'avoient accompagné en
cette cérémonie ».
Afin d'agrandir et d'isoler le monument , on avait
exproprié les maisons voisines, celle de la Baleine, la
Folie, du Cornet, des Trois Roses, la Roulette, la Lampe,
le Pot-d'Etain; quatre des maisons delà rue de l'Epée, qui
gênaient les abords, furent comprises, avec la Halle en
ruine, dans les travaux de démolition. Pendant la construc-
tion, le Conseil avait tenu ses séances dans une maison
louée à cet effet provisoirement.
Malgré l'intérêt qu'elle présente, l'histoire du nouvel
édifice communal sollicite moins la curiosité de l'antiquaire,
à cause de l'abondance même des documents, qui sont
pour la plupart directement à la disposition du lecteur.
Les Délices du pays de Liège (I, 1, p. 244), donnent une
description détaillée tant de l'intérieur que de l'extérieur
de la Maison du Magistrat. La suite des salles, dont trois
ornées de tapisseries de la plus fine haute-lisse , une autre
tendue de damas et de moire, la grande salle en carré long
etornée de pilastres;la bibliothèque et la chapelle, le détail
des cheminées artistiques , des boiseries, sans oublier les
sculptures et tableaux de Riga, Jupin, Smithsen, Deloie,
Counet , ou Fisen , composant un Musée complet faisant
corps avec l'édifice, tout concourt à présenter à l'esprit
l'image de quelque château public mettant à la disposition
de tous son luxe seigneurial. Sans doute si, après un
— 435 —
long usage, l'édifice avec sa façade de briques rouges et de
pierres de taille , se trouvait restauré exactement tel que
nos pères l'ont achevé, il serait encore digne de la cité
agrandie et embellie par la bourgeoisie d'aujourd'hui.
Veut-on connaître le prix total ou détaillé de la construc-
tion complète de l'Hôlel de ville ? Les extraits des comptes
communaux de 1643 à 1793, publiés par M. S. Bormans
dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois (vol. 7),
sont destinés à faciliter singulièrement les recherches du
lecteur curieux.
Nous parlions de la chapelle, disons plutôt, d'après
Saumery, que c'était un autel pratiqué entre les fenêtres
dans l'épaisseur du mur , clos par une porte à coulisse,
orné d'un tableau de Plumier, l'Assomption, et d'un grand
crucifix d'argent, chef-d'œuvre de Brûle. Il servait lors des
funérailles publiques des magistrats communaux ou con-
seillers décédés pendant le cours de leur mandat. Notons
cet incident relaté dans le registre aux recès, à la date du
23 mai 1755 :
« Sur l'ordre du Conseil, une messe ayant été chantée à
l'intention de feu le conseiller Delvaux, le grand curé de
Sl-André protesta contre la violation des droits de son
église paroissiale. »
Au XVIIIe siècle, suivant les données qu'on peut retrouver
une à une en parcourant les minutes des recès, les offices
intérieurs de la Maison communale s'étaient modifiés ou
multipliés , bien qu'ils n'occupassent pas encore les salles
d'apparat. Les maîtres avaient dix secrétaires ou commis,
un sous-greffier gardait les archives; un huissier-cham-
bellan, couvert du manteau rouge de la Cité, surveillait
l'antichambre ; de plus , deux suisses -gardes , portant
l'uniforme brun et rouge et l'épée à poignée d'argent,
faisaient leur service quotidien. Des banderoles, avec la
plaque de cuivre marquée au perron, étaient données aux
- 436 -
commis et percepteurs en tournée. Le rentier de la Cité
portait aussi le titre de receveur-général, et, d'ordi-
naire, on le continuait dans ses fonctions de trois ans en
trois ans. Citons, relativement aux conseillers, le résumé
d'un recès où il s'agit tant de certaines de leurs fonctions
venues des anciens jurés que de l'emblème de la puissance
magistrale : le 30 janvier 1750, le Conseil, prenant en
considération que les clés de fer dont les conseillers sont
munis pour procéder à l'audition des témoins dans les
enquêtes , « n'ont aucune figure des clés de la Cité ,
ordonne la fabrication d'autres clés sur le modèle ap-
prouvé. i> On sait que les maîtres recevaient des clefs
d'argent, symbole de leurs pouvoirs sur la Fermeté de la
ville et les maisons.
Quant à la bibliothèque, elle était conservée par un
garde-livre , aidé d'un garçon de boutique. Si la police des
« aubains, débiteurs, criminels et des séditieux » était
faite d'ordinaire par les varlets des bourgmestres , les six
anciens archers subsistaient encore , commandés par un
officier. C'était même à un de ces archers — agents de
la police , — qu'incombait la surveillance du Marché ,
dans une guérite sur pivot.
Sans vouloir refaire l'histoire de la Maison de la Cité, à
cette époque rapprochée de nous, nous rappellerons
cependant l'affectation momentanée d'une ou de plusieurs
salles à des séances spéciales: celles, par exemple, du
physicien Villette y faisant des démonstrations; voire
même celles du marchand-apothicaire De Saive, communi-
quant publiquement la composition de sa thériaque. Si
les mœurs plus simples du temps expliquent ces faits,
il en est d'autres d'un ordre plus sérieux. C'est dans les
salles de l'Hôtel de ville qu'a pris naissance notre Académie
des beaux-arts, par l'enseignement public du dessin d'après
le modèle vivant, les gravures dans le genre du crayon
— 437 —
de Gilles Demarteau et d'après des plâtres venus d'Anvers,
comme par l'enseignement de l'architecture.
Dans l'énumération des détails descriptifs fournis par
nos documents liégeois, on peut citer, à titre de curiosité
littéraire, certaine pièce des Musae Leodienses (MDCCLX,
p. 69), où des rhétoriciens du collège des Jésuites-en-Ile
célèbrent, en vers latins, les beautés qui distinguent nos
édifices publics, notamment celles de l'Hôtel de ville, de
la Basilica Consilii civilis; on y retrouve la paraphrase, en
termes repris aux poètes anciens, de l'œuvre sculptée
ornant la cheminée de la salle haute , une allégorie de la
Justice; plus loin, la Paix, sujet d'une tapisserie à l'ai-
guille, dans une chambre basse, offre ample matière aux
centons du compositeur J. N. H. Bourdon, Leodiusrhetor,
qui éclairait heureusement ses propres allégories latines par
des notes françaises.
A l'occasion des ornements en relief, nous donnerons
nous-mêmes la clé d'une allégorie à la mode du temps, qui
orne encore aujourd'hui le haut de la cheminée de la
salle servant d'antichambre aux huissiers du Collège. Au
lieu de la masquer par un tableau moderne, il conviendrait
sans doute de restaurer cette œuvre historique , qui est due
probablement à la main de Franck (1778), mais dont la
composition vient de plus loin. Celle-ci a été d'abord
dessinée par Cochin et gravée, en 1771, à Paris, par Gilles
Demarteau ; elle représente la France accueillant la ville de
Liège, et fut laite à propos de la suppression du droit
d'aubaine en faveur des Liégeois en 1769. Ces droits féodaux
sur la succession des étrangers furent, on le sait, géné-
ralement abolis au XVIIIe siècle ; et Liège dût le traité inter-
venu à son avantage, tant au roi qu'à De Heusy, membre
du conseil privé, envoyé de Son Altesse à Paris.
Le graveur , resté liégeois à Paris , a placé en-dessous
de son estampe ce quatrain wallon qui décrit bien l'image :
— 438 —
Sech' è t'hô, binameie France,
Les degn' èfans qui s'rafi aient
Di mostrer tôt' leur riknohance
A bon Louis po l'bon Lambiet.
On peut aisément passer de la poésie des Musae
Leodienses à la prose administrative en donnant le résultat
d'une visite inscrite au registre des capitations de 4736 :
au rez de chaussée de la maison communale habitait
J. Mélotte, cabaretier, et El. Braibant, sa femme; L.
Collard, horloger; M. Dodémont, clerc du grand greffe, et
J. A. Goclers avec sa témme, en même temps que F.
Humblet, cafetier, et sa femme; G. Ghysen, enfin J. Denoël,
garde-suisse.
L'abondance des documents graphiques représentant
l'Hôtel de ville rend inutile ici toute reproduction de ce
genre. Sans parler du grand nombre des estampes mo-
dernes, nous avons du siècle dernier une représentation
de la Maison du Magistrat sur la médaille de grand module
frappée lors de l'inauguration du monument; les dix
planches du graveur Guil. Du Vivier reproduisent celui-là
sous toutes ses faces, architecturalement; l'Hôtel a même
été souvent dessiné au XVIIIe siècle, par les auteurs des
projets d'illumination et de décorations ordonnées à certains
jours de fêtes : tel, par exemple, un joli dessin colorié
du baumester Dignef, pour l'inauguration du prince-
évêque d'Oultremont, le 11 juin 1764. Sauf les modifications
apportées au balcon et au fronton qui a perdu ses figures
allégoriques, et les notables injures du temps, nous avons
encore devant nous l'Hôtel de ville, tel qu'alors on l'a
construit et appelé, le nom de La Violette étant peu à peu
tombé en désuétude. Peut-être un jour le rendra-t-on
officiellement au monument restauré, en souvenir des
anciens temps où sous plusieurs formes successives
et toujours à la même place, il a présidé aux destinées
- 439 -
communales. Matériellement, pour nous l'histoire de la
Violette est finie quand s'élève l'Hôtel de ville de 1714.
Cependant, si les hasards courus lors d'un bombarde-
ment font momentanément disparaître l'édifice, l'histoire
communale poursuit logiquement son cours.
Organisation puissante de la première bourgeoisie, des-
truction de la commune et de la Cité par la maison de
Bourgogne , longue période princière marquée par l'atonie
ou les mouvements intermittents d'une démocratie qui va
jusqu'à l'extrême, échec de la lutte révolutionnaire sou-
tenue par les Grignoux, coup d'état de Maximilien de
Bavière confisquant les anciennes franchises, telles sont
les étapes successivement parcourues avant d'arriver au
terme naturel de l'histoire ancienne de la commune lié-
geoise : 1789-1794.
Le système de compression, organisé et maintenu parles
princes de Bavière et leurs successeurs, sous les cons-
tantes menaces d'une citadelle et d'une exécution impériale,
est entamé le 17 août 1789, le peuple criant: à bas le
règlement de 1684! îl avait bonne mémoire, et pour cause.
Une révolution éclate dont les premiers efforts ne pou-
vaient manquer de se fondre et se perdre dans le grand
courant de la révolution française: et tels furent ensuite
les changements apportés aux constitutions de l'ancienne
Europe monarchique , que tout espoir fut perdu à jamais
de voir suivre d'une restauration le renversement de la
principauté ecclésiastique.
L'abolition des privilèges de la noblesse et du clergé, la
liberté religieuse , l'affranchissement professionel , l'égalité
vis-à-vis de l'impôt et des fonctions publiques, la repré-
sentation politique du peuple des campagnes ou Plat pays,
procèdent de principes inconnus de l'ancienne Cité.
Après avoir été supprimée, ainsi reparaissait la liberté
d'autrefois se conformant aux idées comme aux besoins du
— 440 —
temps présent. Le changement complet apporté à la con-
dition sociale de la bourgeoisie eut pour effet d'établir
finalement et non sans qu'il en ait coûté d'ailleurs de
douloureux sacrifices, une égalité civile et politique qui
prépara la prédominance du tiers-état.
Dans une monographie où sont groupés, autour du prin-
cipal monument communal, des faits divers qui s'expliquent
par l'histoire générale et aussi expliquent celle-ci sur place,
il peut paraître intéressant de relever dans des registres
publics, comme ceux qui contiennent les recès, les inci-
dents qui préparent une situation nouvelle. On voit, par
exemple, s'annoncer la révolution du 17 août 1789 dans
l'administration intérieure de l'Hôtel de ville , qu'il s'agisse
soit de sa bibliothèque publique, soit de sa chapelle, ou
des armoiries qui l'ornaient.
Après une première délibération restreignant l'entrée de
la bibliothèque à « MM. les ecclésiastiques, les avocats,
les ouvriers es arts ou toutes autres gens de mise » , on
voit, au 31 décembre 175G, le Conseil ordonner au sieur
Kints, bibliothécaire (l'éditeur des Délices du pays de Liège)
de déposer à la bibliothèque et de porter au catalogue les
8 volumes des ouvrages encyclopédiques présentés par le
sieur Rousseau. Le rentier est avisé d'avoir à payer au dit
Rousseau, auteur du Journal encyclopédique, la somme de
40 écus en acquit d'une souscription de 4 exemplaires à
adresser au grand greffe tous les 15 jours. Deux ans après,
le 4 janvier 1758, le Conseil révoque l'abonnement. Le 4
septembre 1769, le Conseil achète pour 1200 florins l'en-
cyclopédie en 23 volumes, et, fluctuation nouvelle de
l'opinion, il revient le 18 sur sa décision et achète d'autres
livres, dont la théologie de Billuart. Finalement, le Diction-
naire encyclopédique est acheté, mais défense est faite au
bibliothécaire de la Ville de le communiquer — aux jeunes
gens qui le demanderaient.
- 4il -
Autre signe du temps : le Conseil ordonne, le 26 sep-
tembre 1735, au syndic de la Cité de demander au Chapitre
de Saint-Lambert de recouper et tailler en demi cercle les
fameux degrés des cloîtres aboutissant au Marché, parce
qu'ils sont « incommodes et font mauvaise figure. »
A la date du 21 août 177C, on entend le Conseil voter
15 florins à la veuve Drion pour avoir « reblanchi et burni »
le Christ et l'argenterie de l'Hôtel de ville. Le 24 avril
1793, il fait, accorder 50 fl. en prime à l'huissier Crahay, qui
a conservé l'argenterie de l'Hôtel de ville pendant la
« dernière révolution >>...
Déjà au 20 juin 1768, le Conseil prend en considération
la dépense et l'encombrement qui résulte pour la Cité et
l'Hôtel de ville de l'accumulation des blasons des bourg-
mestres; on en faisait sculpter et peindre chaque année,
cela ne produit plus bon effet: il ordonne que les armoiries
des bourgmestres, à partir de 1720, seront peintes dans un
volume en parchemin. Le 24 août , le Conseil déclare que,
par économie, il ne fera plus placer les armes des bourg-
mestres même clans le vestibule de l'Hôtel de ville.
Puis , le registre aux recès se termine comme finissent
des mémoires personnels : la fin manque et la page blanche
en dit assez : l'écrivain a disparu.
Citons, pour finir par un fait important, une délibéra-
tion antérieure, du 18 août 1789 , à 8 heures du matin ;
elle nous montre la révolution qui débuta en France
par la convocation des États Généraux , commençant à
Liège par la convocation des États: « Son Altesse s' étant
décidée à convoquer les États (Clergé, Noblesse , État-
Tiers), le Conseil s'adresse à elle pour lui demander
d'autoriser une réunion préalable des 16 Chambres des
métiers , afin que la généralité du peuple soit consultée sur
les projets principaux à formuler en vue du bien de
tous , et pour trouver l'occasion de donner les instructions
30
— 442 —
utiles aux bourgmestres qui vont présider à l'assemblée
et représenter le peuple liégeois ».
C'est un appel à l'ancienne souveraineté populaire, et
l'on sait la suite : bientôt le prince est banni et la prin-
cipauté ecclésiastique a vécu.
Bien d'autres édifices politiques s'écroulèrent en même
temps. A ne rechercher que la fin des constitutions
pareilles à la. nôtre, la liste de ces principautés archi-
épiscopales ou épiscopales établies sur le modèle de
la monarchie papale , de la fin du moyen-âge jusqu'à la
période contemporaine, constitue un long nécrologe.
Coire entre en 1419 dans la ligue Caddée, une des trois
des Grisons, et s'affranchit de la souveraineté épiscopale.
A Genève, l'épiscopat est, au commencement du XVIe
siècle, remplacé par une république, et le mouvement de
la Réforme entraîne Lausanne. Hildesheim est sécularisé
partiellement en 4523 , et plus tard , en 1801 , le traité de
Lunéville cède le reste clu territoire à la Prusse. Lubeck,
en 1530, Mersebourg vers 1561, Verdun en 1033, Brème,
Halberstadt, Minden, Ratzebourg, Magdebourg, en la
même année 1648, voient tomber la puissance tempo-
relle ecclésiastique. Le traité de Niinègue attribue à la
France, en 1769, l'archiépiscopat de Besançon ; celui de
Mayence est incorporé à la France en 1795 et celui de
Trêves était devenu français l'année précédente. Ulté-
rieurement, les années 1801, 1803 constituent les dates
fatales des évêchés et archevêchés politiques de Wurtz-
bourg en 1801, de Râle donné à la France en 1801
comme aussi Spire ou Cologne ; d'Augsbourg , sécularisé
en 1802 et rattaché à la Ravière, de Bamberg, de P.rixen
dans le Tyrol , de Freising (Ravière), d'Osnabruck,
de Paderborn (Prusse), de Passau (Bavière et Ëlectorat de
Salzbourg ) ; Trente est sécularisée en 1802 et l'abbaye
de Fulda, érigée en principauté épiscopale en 1752,
- 443 —
perd ses droits politiques à une date rapprochée ,
en 1803.
En somme, les principautés ecclésiastiques d'Alle-
magne ont disparu , les unes à l'époque de la réfor-
mation religieuse au XVIe siècle , les autres après les
victoires de la république française, à la suite des traités
de Campo-Formio du 17 octobre 1797 et de Lunéville du
9 février 1801 prescrivant des indemnités par la voie
des sécularisations, en laveur de l'empereur et des états
d'empire, et en compensation des cessions territoriales
faites à la France.
Des trois principautés épiscopales enclavées dans les
Pays-Bas , Liège survécut de beaucoup à Utrecht et
à Cambrai, occupées par l'Espagne elle-même dès le
XVIe siècle. L'État ecclésiastique liégeois avait vécu de
longs siècles, préservé toujours par son caractère, alors
même qu'il était mal défendu par sa politique : ne lui
vit-on pas conserver soigneusement sa forme générale de
gouvernement par un prince détruisant systématique-
ment la Cité ? Après quelque mille ans d'existence passés
non sans être marqués de jours de gloire ou d'honneur,
la principauté liégeoise et le pouvoir temporel ecclésias-
tique succombèrent emportés par la révolution intérieure
et extérieure , disparaissant dans le mouvement d'opinion le
plus puissant en Europe depuis la Réforme ; et le pays,
qui devait subir la loi d'une transformation générale , sortit
d'un isolement qui commençait à ses frontières resserrées,
pour être restitué finalement, aveC les provinces belges, à
l'Europe contemporaine.
Des anciennes institutions politiques, seule la commune,
unité première de notre établissement, a survécu. L'his-
toire même de l'édifice semble constater la persistance
d'une puissance nécessaire ; l'histoire générale est-elle
ainsi traduite , dès lors on le peut remarquer : le palais
_ ui —
des princes est devenu le palais de justice; Saint-Lambert,
l'antique cathédrale, emportant bien des regrets, a disparu
« égalisée au sol » et le passé se résume dans les vers de
Simonon :
Li veïe cloke est fondowe,
Li tour est abattowe
Et ses ruen' ont péri !
Quant à la maison du Détroit, celle des échevins sei-
gneuriaux, elle a fini sous l'enseigne du Moulin-à-vent,
habitée par un tailleur, et démolie en 4841.
La Maison communale, l'Hôtel de ville, dont le droit
administratif ininterrompu a été renouvelé par la loi de
4836, se montre seul des monuments du passé, fidèle
encore à sa première destination.
V
Le perron ; origines de l'emblème ; histoire du perron
monument liégeois; restitution archéologique sui-
vant le manuscrit de Warfusée.
L'histoire de la Maison communale liégeoise serait
incomplète, s'il n'était fait mention du perron.
Dès une époque très-reculée, un perron monumental se
dressa au milieu du Marché, vis-à-vis tant du Détroit des
échevins que de la Halle et de la Violette.
C'était au pied de cette colonne de pierre qu'avait lieu,
en des circonstances importantes de la vie civile, la pro-
mulgation des actes. dite Cry dû Perron.
Le perron étanl devenu le symbole des franchises de la
Cité, la Violette le choisit pour emblème politique. Les
communes du pays liégeois en firent autant : partout où
furent proclamées les libertés communales, on retrouve le
perron , cette marque d'affranchissement qui équivaut en
Allemagne an Roland ou chevalier monté.
Quelle que soit son origine, et elle est lointaine , le perron
acquiert , pour la population liégeoise, toute son impor-
tance à partir de ce temps (1303) où il devient le symbole
incontesté des franchises municipales. Les lettres et
ordonnances de l'ancienne Cité sont toutes scellées à son
— m —
effigie ; une copie officielle se termine invariablement
par les mots locus Peronis , place du sceau. On retrouve
cette marque sur tous les monuments du passé comme
au milieu du fronton de la Violette. Elle servait d'appui
aux armes des deux bourgmestres, et le personnel au ser-
vice de la Ville exerçait son office au nom de ce perron dont
il portait publiquement la marque. Aujourd'hui , comme
autrefois, le Liégeois reconnaît en lui la signature nationale.
Quant à l'origine même de notre perron , après nombre
d'archéologues, il vaut encore la peine, semble-t-il, de la
rechercher dans le cours de l'histoire.
Le mot de perron , qui vient du bas latin petro7ius ,
forme augmentative de petra , signifie grosse pierre ou
amoncellement de pierres, arrangées ensuite par l'archi-
tecture de façon à former une base , en général des
marches aboutissant à une plate-forme : il y à le perron
carré , dont les marches sont d'équerre , cintré ou circu-
laire, à pans coupés, ou double c'est-à-dire à deux
rampes.
Mais l'histoire du mot ne s'arrête pas sur les marches de
cette sorte d'escalier; le sens du vocable est étendu à un
monument particulier qui s'élève sur cette base première.
Le perron isolé et monumental , comme aussi le perron
en effigie, se compose essentiellement de trois parties dis-
tinctes : une base ou des degrés assemblés en palier ; sur
celui-ci, une colonne; finalement, un emblème.
A ne tenir compte que de ce dernier élément, de la
croix qui surmonte la pomme de pin terminale du perron
liégeois , tel de nos archéologues n'a vu dans le monument
qu'une croix de mission, un calvaire (V. Revue de la numis-
matique belge, t. I et III); tel autre une croix simplement
haussée (V. Bullet. de l'Inst. arch. liégeois, XVIII), ou
bien tels encore une croix de liberté, indiquant le centre
ou une limite.
— 447 —
Il s'agit, dans l'ensemble, d'un antique monument ou
emblème, que l'on retrouve en nos pays aux premiers
temps du moyen âge. C'esl sur les monnaies qu'on observe
les plus anciennes représentai ions. Certaine piécette du
milieu du XIIe siècle, est frappée au perron croisé ; un denier
carlovingien présente la même empreinte. On la retrouve
même, dit-on, sur des monnaies précédant immédiatement
l'ère des Carlo vingiens. A reculer jusque là, l'observateur
est implicitement invité à chercher plus haut, les Francs
peuple nouveau , ayant généralement utilisé les formes de
la civilisation antérieure.
Déjà notre ancien chanoine Van den Berch, dans un de
ses manuscrits déposé aux Archives, fait cette remarque
« que le Pinron, armes de Liège, est aussi une des armes
d'un des cantons de Rome.» Il entend par canton un Rione
ou quartier; et nous savons que la distribution des quatorze
Rioni est basée sur celle des quatorze régions, dites
Augustales, parce que celle-là fut organisée par Auguste.
Au Forum romain , des fouilles , partielles encore , déga-
gèrent incomplètement , en 1813, une colonne dressée,
et celle-ci, suivant une inscription , avait porté, sur l'ini-
tiative de l'exarque Smaragdus, la statue de l'empereur
Phocas, dédiée en G08. Sur quoi reposait la colonne?
Aujourd'hui que le sol même du Forum a été mis au jour
en suite des travaux systématiquement entrepris depuis
1870 par le gouvernement italien, on voit la colonne, d'ordre
corinthien, posée sur un palier carré qui domine les cinq
marches d'un escalier monumental. Tout juste comme on
voit le nôtre en plein Marché , ce perron romain occupe le
milieu de la place la plus célèbre du monde.
C'était bien un monument honorifique que le perron dit
de Phocas, et le perron liégeois parail bien être une
colonne honorifique aussi , suivant son prototype.
Cette colonne romaine, symbole de la force, et qui,
- 448 —
haussée sur des degrés, était à même, comme elle le fit,
de porter vers les nues toute sorte d'images, ne prêta
à Phocas, le tyran de Byzance, dont la statue était une
insulte au forum de la république, qu'une gloire éphémère
et imméritée. Sa statue dorée disparut bientôt, enlevée
par les barbares. Le lût même de la colonne est d'une
époque bien antérieure; il date du temps des Antonins,
el le dessus du chapiteau porta, avant l'image de Phocas,
les-statues et les bustes d'autres empereurs romains : la
colonne honorifique durait plus qu'eux.
C'était toujours la même colonne, mais, comme sur une
pièce de monnaie , l'effigie changeait avec l'inscription.
La colonne dite de Phocas occupait, au Forum, la plus
belle place entre les deux basiliques ," vrais palais de
justice; et elle n'y était d'ailleurs pas la seule de son
espèce : les sept soubassements retrouvés en face de la
Basilica Julia et marquant la limite sud de la place
publique, passent pour des massifs de maçonnerie ayant
servi à l'érection de monuments du même genre.
Que ce perron , comme il s'est appelé, se rencontre à
Liège même, ce n'est point là non plus un l'ait isolé.
On l'a retrouvé dans diverses villes de France, et même à
Paris. Les Gallo-Romains, connue la Rome du moyen-âge,
l'ont imité de la Rome antique ; les Francs, qui volontiers
empruntaient en Occident les signes représentatifs des
pouvoirs romains , auront adopté de même la colonne
romaine.
L'exercice de la justice, attribution du pouvoir souve-
rain, a surtout répandu l'usage de la colonne honorifique,
portanl l'emblème ou l'effigie de celui au nom de qui la
justice se rendait. La colonne perrée ou sur monloirs est
devenue ainsi un signe de juridiction. — Se soùvient-on de
la légende de Tell ? Gessler lit placer son chapeau de
gouverneur au dessus d'une perche au milieu de la place
— 449 —
publique d'Altorf. Une des eaux-fortes les plus étudiées de
Rembrandt YEcce Homo, montre Ponce-Pilate condamnant
le Christ en face d'une colonne portant le buste d'un César
romain. — Dans le domaine de l'histoire , on connaît les
colonnes Trajane et Automne. D'un caractère analogue sont
celles qu'on a de nos temps dressées à Paris, à Stuttgart
devant le Château neuf, ou à Glascow place de Georges.
Le voyageur liégeois rencontre avec plaisir son ancien
monument national dans le vieux perron élevé par l'ar-
chevêque Heinrich en 958, au milieu de la place publique
de Trêves qui sert de marché ; les trois parties inté-
grantes y sont : la base, une énorme pierre carrée ; une
colonne gothique, et l'emblème, une croix faîtière. On
voit combien s'était répandue cette tradition de la colonne
d'honneur ou perron emblématique : on rencontre celui-ci
sur la place de tel village russe.
Il est naturel qu'à Liège, au centre d'une principauté
de constitution ecclésiastique , on ait emprunté à la fois
à la Rome ancienne la colonne à degrés , et à la Rome
nouvelle le signe de la religion chrétienne affirmant sa
victoire sociale, la croix , en remplacement des effigies
impériales.
C'est là en effet, on l'a dit, l'emblème que nous offrent
les représentations les plus anciennes de notre perron
national. L'ornementation terminale de la colonne liégeoise
varia avec le temps. Un renflement du chapiteau a-t-il pris
la forme d'une pomme de pin? Celle-ci vient-elle d'un
globe terrestre? On ne sait. En dessous de la pomme
se rangèrent des personnages, figurant, suivant l'expression
même des anciens et naïfs auteurs , des « ribauds » ou des
«paillards des deux sexes » , que l'art de Delcour remplaça
par les trois Grâces.
Le perron garda sa croix faîtière malgré la Révo-
lution. Menacé d'abord comme « hors-d'œuvre et espèce
— 450 —
d'armoiries » , il faillit devenir un monument républicain.
« Ne pourrait-on pas, écrit le commissaire Bassenge à la
municipalité, le 12 thermidor de Tan A" (Lettre n° G02 , au
dépôt des Archives provinciales), ne pourrait-on pas, en
entourant cette colonne de légères baguettes de fer cuivré,
lui donner la figure d'un superbe faisceau qui, supporté
par des lions, symbole de la force , représenterait la belle
image de la force et de l'union? » Le Musée de l'Institut
archéologique liégeois possède un panneau provenant du
palais, sur lequel un perron en relief a été ainsi trans-
formé par la sculpture : au-dessus du faisceau, le bonnet
phrygien porté par une pique a remplacé la pomme de pin
et la croix.
Laissant la question des origines et l'analyse du sym-
bole, rappelons l'histoire du monument liégeois, faite par
Loyens et Abry.
L'établissement de la fontaine principale du Marché,
date, au dire des annalistes, de l'an 942, quand Richer y
amena les eaux d'une source découverte près Sl-Servais.
La source tarit à la suite des travaux de houillères , mais
on s'avisa de profiter de ceux-là pour recueillir des nappes
d'eaux souterraines qui rendirent à la fontaine sa pre-
mière utilité. En 1305, la Ville fit de celle-là un monument
en plaçant au centre cette colonne sur degrés à pans
coupés , qui domine si bien une rangée de vasques cir-
culaires. Ce fut là le perron , ce monument qui s'associe
à toute notre histoire politique. Le Recueil héraldique
note avec soin les divers épisodes qui intéressent son
existence :
« Le tout, dit-il, commençant à se pacifier dans Liège,
on n'y oublia point le magnifique perron de cette cité,
transporté à Bruges fan 1467 par ordre de Gharlessur-
nonimé le Hardi, duc de Bourgogne, qui s'étoit fait un
honneur de l'emporter, et de le placer sur la place de
cette ville...
— 451 —
« Dès ce tems, sçavoir 1467, quelques amateurs ont eu
la curiosité de faire dessiner ce perron dans la même
forme qu'il avoit pour lors, et comme cette pièce est des
plus belles et des plus mémorables, on a cru qu'elle
méritoit d'avoir ici place. (Y. plus loin, p. 454.)
» Ce perron, qui étoit des plus artistement faits, avait
un pied de diamètre; au-dessus étoit une balustrade où il
y avoit une pomme de pin surmontée d'une croix , autour
de laquelle paroissoient trois figures nues représentant des
paillards des deux sexes, pour marquer la juridiction
qu'avoit pour lors le Magistrat défaire punir par les verges
ceux qui l'avoient mérité. Ces verges que l'on y voioit, y
avaient été ajoutées en 1433.
« Cette magnifique colonne fut emportée le jour de
Stc-Lucie de 1448, par un vent impétueux, et l'année
suivante on la rétablit par la figure d'une pomme de cuivre,
qui en rejoignit les deux pièces séparées.
« Il est à remarquer que la balustrade, la croix et la
pomme de pin, avec les figures de cette colonne, étoient
ci-devant toutes de pierre et qu'on les transforma en
cuivre...
« Comme donc le peuple de Liège ne demanda rien
tant que de profiter de la douceur d'une paix conclue à la
mort de Charles le Hardi , les magistrats de ce tems
crûrent que la protection de Marie de Bourgogne, fille
du dit prince, leur étoit si nécessaire dans une pareille
conjoncture, qu'ils firent tout leur possible pour se la
concilier.
« Cette princesse leur accorda en effet la permission de
reprendre leur perron, qui avait resté dans Bruges l'es-
pace de plus de dix ans.
« On députa pour ce sujel le maître Hamal, les Boverie,
les Moreau de Litrenge, les Belle-Flamme, les Tulca-
pron, et plusieurs autres , qui formèrent une nombreuse
— m —
cavalcade , et dont les descendans eurent à perpétuité
pour prix de leur zèle, la jouissance des droits et préro-
gatives des trente-deux bons métiers de la Cité , droits
qu'ils ont toujours conservez jusqu'à notre tems.
«Cette pompeuse cavalcade rentra dans Liège glorieuse
et triomphante au commencement de juin 1478. Le Magis-
trat même, de concert avec la généralité du peuple, pour
rendre cette fête d'autant plus éclatante, ne négligea
rien, et fit paraître une joie parfaite à la réception d'une
pièce qui faisait l'honneur de la nation liégeoise.
« Ainsi l'on s'occupa d'abord à la replacer sur la fon-
taine du Marché avec les vers suivans, qui y furent gravez
en lettres d'or :
Artibus Anthenoris insignem Carolus olim
vastavit Legiam, marte favente sibi :
Jussu cujus ego dénis vel circiter annis,
Heus! degi Brugis, proh dolor! abs meritis.
Sed quid ? tanta licet foris egi tempora lapsa ,
In sinu prisco collocor ecce meo.
« Le perron rétabli de la manière dont nous venons de
le faire voir, se soutint dans son entier jusqu'au 9 janvier
169;», jour auquel aiant tombé vers les neuf heures du soir,
il fut rétabli de nouveau sous la régence de Jacques
Thomas de Hervé, et cle Nicolas de Bouxhier. »
Le manuscrit de Warfusée est plus sobre de détails,
mais ceux-ci restent intéressants, quoique repris de
moins loin.
A la magistrature de Léopold Bonhomme et de Henri
d'Aubrebis, en 1692, voici comment est racontée une
chute du perron avec ses suites :
» Le perron du Marché, dit le lexte d'Abry, assis au
haut de la fontaine, tomba par un vent le 9 de l'an 1693, à
9 h. du soir. Son sommet était fait en pomme de pin,
— 453 —
souporté de 3 ou 4 figures d'hommes nues de la. hauteur
de 2 pieds; ce sont selon d'aucuns, 3 ribauds qui lurent
punis au dit perron l'an 1433 que la fontaine du marché
fut achevée et ornée; et le pommeau de son milieu qui
embrassait les deux pièces de cette colonne de marbre
était de cuivre doré. C'est le même qui fut replacé en cet
endroit l'an 1479, le 10 juin et qui ayant encore présidé
dans la même place, avait été ramené de Bruges où il avait
été mené et exilé par ordre du duc de Bourgogne. On en
fit un mauvais augure. Dieu veuille que ce soit au con-
traire, dans un temps où l'on a tout à appréhender. Les
pièces furent ramenées chez le sieur Malaise, rentier de la
Cité, qui ont servi avec les cuivres du balcon de la Mai-
son de ville fondues au feu du bombardement , pour la
fontaine de Vinâve-d'Ile. »
Relevons encore dans le volume manuscrit d'Abry cet
autre texte, relatif au petit perron du Marché. A l'année
1535, en marge du texte se lit cette note :
« Le petit perron vis-à-vis les degrés de S'-Lambert
souporté de 4 lions dorés est une pièce de cette adminis-
tration. Les deux premiers qui regardent la Maison de
ville portent celui à droite le blason du cardinal de la
Marck, de l'autre celui d'Arnold Le Blawy de Jemeppe.
Ceux qui regardent du côté du Romarin portent encore
celui de la Marck à droite et celui à gauche le blason des
Tollet. Il avait servi à la petite fontaine qui regarde les
Frères mineurs jusqu'à l'an 1639 qu'il fut changé de là
pour faire place à l'effigie du bourgmestre de Beeckman. »
L'emblème de la Cité a donc dominé les trois fontaines
du Marché de Liège, et il convient de relever cette adap-
tation de l'ancienne colonne sur montoirs à la fontaine
publique. C'était à la fois un emblème politique et un
motif de décoration. Avant de recevoir la Vierge de bronze
de Delcour , la fontaine de Vinâve-d'Ile portait au centre
de ses vasques un perron de trente-deux pieds de haut.
— 454 —
Dans le Recueil héraldique, Loyens présente au lecteur
un dessin linéaire de l'ancien perron , et celui-ci offre
<tenŒi
tous les caractères d'une juste fidélité : évidemment, cette
— 455 -
reproduction est fondée sur une sûre tradition. C'est bien
là un ancien monument de l'art gothique , d'un dessin
riche et correct à la fois. Dans le volume d'Abry se
retrouvent en outre certaines données, qui complètent
l'image léguée par Loyens à la postérité liégeoise. En
marge de ce texte manuscrit que nous venons de trans-
crire, Abry a dessiné à main levée la douille ou bague de
cuivre ouvré qui a relié les deux morceaux du fût de la
colonne : cette pièce est plus haute que sur le dessin de
Loyens; en outre, sa partie supérieure, comme celle d'en
bas , se termine par des fleurons , de façon à mieux
répondre aux ornements tant du chapiteau que de la bague
même du pied. Enfin, comme pour assurer à l'avance cette
restitution archéologique du perron liégeois , le vieux
généalogiste a inscrit de sa main l'indication du diamètre
du fût de la colonne, soit un pied, ce qui permet d'en
estimer la hauteur totale : celle-ci devait être de huit
pieds.
Nous avons tenu à mettre sous les yeux du lecteur le
fac-similé de la pièce dessinée par Abry à côté de la repré-
sentation du perron représenté dans le livre de Loyens et
ainsi complété.
Signalons comme point de comparaison le très-curieux
dessin d'un sceau au perron de 1378, relevé par Arn.
Schaepkens dans une de ses nombreuses brochures. C'est
un document de l'art gothique du plus haut intérêt.
« La colonne (de petite dimension) surmontée de la
pomme de pin (entière) avec la croix, repose sur deux
oiseaux chimériques qui ont pour supports deux pilastres
ou colonnettes, s'appuyant sur des lions couchés ou veil-
lants, avec un second piédestal percé de trois arcatures en
ogive et terminé en bas par plusieurs marches. «
Nous ne connaissons pas l'origine d'un dessin inséré
dans les pages d'un article de A. B. Carton, publié dans
- 456 -
les Annales de la Société d'Émulation pour l'étude de
l'histoire et des antiquités de la Flandre. Il représente,
probablemeni d'après Loyens , le perron liégeois , trans-
porté à Bruges: colonne grêle, peu élevée et angu-
laire : ornements faîtiers volumineux; la croix plantée
sur un hémisphère taillé en pomme de pin.
Nous ne quitterons pas le perron d'Abry sans rappeler
le rôle décoratif attribué au cuivre repoussé dans la
confection du monument de pierre : c'est ainsi que
l'ancienne et belle fontaine du Marché à Huy , est aussi
couronnée par une dinanderie archaïque. De plus, placé
comme il était, à hauteur même de la vue, l'ancien perron
liégeois avait là un avantage qu'a perdu le grand perron
actuel, mis trop haut sur des motifs de décoration qui
n'ont plus rien de l'art ancien. C'est Delcour, on le sait,
notre meilleur statuaire , qui est l'auteur de la nouvelle
ordonnance de la fontaine liégeoise (V. Loyens, in fine).
Après cette reconstruction en marbre , il fallut en 1719
renouveler les bassins ; finalement , le monument a été en
1848 rétabli tel qu'il se présente à nos yeux aujourd'hui
sur la place du Marché à Liège en témoignage du passé.
J. E. DEMARTEAU.
IsTOTES
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE DES MATHEMATIQUES
DANS L'ANCIEN PAYS DE LIÈGE
Nous nous proposons, dans les quelques p°ges qui vont
suivre,1 de faire connaître les résultats que des investiga-
tions déjà longues, mais néanmoins encore incomplètes,
nous ont permis de réunir sur l'histoire des mathématiques
dans l'ancien pays de Liège.
Il ne faut pas songer à trouver ici un exposé du déve-
loppement de ces sciences : une pareille étude ne peut se
borner à un pays, quelque grand soit-il , sauf à certaines
époques où la civilisation semble ne progresser que dans
une seule région. D'un autre côté, les documents nous
manquent pour écrire l'histoire de l'enseignement des
mathématiques dans notre vieille principauté. D'ailleurs,
en ce qui regarde les méthodes, les procédés d'enseigne-
ment et pour ce qui concerne le moyen-âge, on peut
recourir à la substantielle monographie de notre Collègue
51
— 458 —
de Munich, M. S. G-unther (1) : la technique et les règle-
ments de l'enseignement varient si peu d'un pays à l'autre
que l'on peut, surtout lorsqu'il s'agit, comme ici, d'une
partie intégrante de l'ancien empire germanique, faire
abstraction des légères différences qui existeraient.
La seule tâche qui nous reste à accomplir est donc de
faire connaître les mathématiciens liégeois d'origine , les
mathématiciens étrangers qui ont vécu et enseigné dans
notre pays , et d'analyser les travaux des uns et des autres.
Ce serait encore un champ considérable à parcourir , et
tandis que force nous sera, pour l'un ou l'autre des savants
dont nous aurons à parler , de nous borner, et de renvoyer
à des monographies que nous espérons publier un jour,
d'un autre côté , nous n'osons nous flatter d'être complet.
Ce n'est qu'un premier essai qui, espérons-nous, pourra
être développé et achevé.
L'histoire scientifique de notre pays ne remonte pas bien
haut. A peine pourrait-on parler des écoles carolingiennes,
des tentatives de notre grand empereur pour faire refleurir
les études. Sans doute , il ne négligea pas sa patrie , dans
ses efforts, et les savantes discussions de l'académie pala-
tine durent, plus d'une fois, avoir pour théâtre les palais
des bords de la Meuse , où Charlemagne aimait à venir se
reposer de ses rudes travaux et célébrer les fêtes de
Pâques.
Néanmoins, il ne reste guère de traces de cette tentative,
et les premières années du IXe siècle forment une des
périodes les plus vides de notre histoire littéraire. (2)
(i) * S. Gunther, Geschichte des mathematischen Unterrichts im
deutschen Mittelalter bis zum Jahre 15u25. Berlin, Hofman. 1887.
Dans toutes nos citations, nous indiquerons autant que possible
l'édition, ainsi que le dépôt où l'ouvrage cité se trouve. Ceux dont le
titre est précédé d'un astérisque font partie de notre bibliothèque.
(2) * H. Pirenne. Sedulius de Liège. Mêm. deVAcad. roy. de Bel-
gique, série in-8°, t. XXXIII. 1881.
— 459 —
Au contraire, le Xe siècle et le XL furent, dans le
moyen-âge, l'époque la plus brillante des écoles liégeoises.
Gantor, dans son Histoire des Mathématiques (1), se
plaît à énumérer, parmi les astronomes, Engelbert de
Liège; parmi les abacistes, Heriger de Lobbes, Hilbert de
S'-Hubert, Francon de Liège. Ce dernier s'occupa éga-
lement de géométrie et d'autres parties des mathématiques,
comme Rodolphe de Liège, Adalbold, Wazon. Peut-être
faut-il ranger Notger, le grand évêque, parmi les auteurs
d'écrits sur l'astronomie et le comput (2).
Liège était le centre de vie intellectuelle non seulement
pour la Lotharingie , mais pour l'Allemagne tout entière et
son influence s'étendait au delà des frontières de la grande
patrie germanique, jusqu'au pays de France (3).
Malheureusement, de tous les noms brillants que l'his-
toire nous rapporte, il ne reste guère que le souvenir et
peu nombreux sont les travaux de ces hommes illustres
qui nous sont parvenus.
Il est juste cependant de signaler les quelques débris
qui subsistent de cette science mathématique produite par
l'école liégeoise.
Dès la fin du X* siècle, Eracle avait commencé à élever
des écoles dans son diocèse : la supériorité de ses connais-
sances scientifiques sur celles de la généralité de ses
contemporains de Germanie semble ressortir du fait
suivant rapporté par Anselme, chanoine de Liège.
Pendant une campagne de l'empereur Othon en Calabre
(0 * M. Cantor, Vorlesungen ûber Geschichte der Mathematik , l,
p. 761.
(2) Histoire littéraire de France, Paris. 1746. t. Vil, p. 215 (Univ.
de Liège, XVIIM-2).
(r>) Voyez Wattenbach, Deutschlands GeschichtsquelUn im Mittel-
alter , 2l« Bd. , S. 127.
— 460 -
(968), il rassura l'armée, terrifiée par l'arrivée d'une
éclipse de soleil , en expliquant les causes naturelles de ce
phénomène (i ).
Eracle avait préparé l'avènement de Notger , le véritable
créateur des écoles liégeoises en même temps que le fon-
dateur de la puissance politique de Liège.
Ce dernier, sorti du monastère de Sl-Gall, savant lui-
même en astronomie , comme nous l'avons vu , travailla
au développement des études. Il fut secondé par son ami
Heriger, écolâtre, puis abbé de Lobbes, auquel nous
devons quelques écrits mathématiques.
Parmi ceux-ci, Trithème mentionne (2) un ouvrage sur
le calcul du jour de Pâques; il le cite sous la rubrique :
Ad Hugonem, de questionibus , lib. 1. La chronique de
Lobbes (3) en cite les premiers mots : Fratcr Hugo si
interrogaveris ; il a été reproduit par Martene et Durand,
et ensuite par Migne (4). Cette lettre prouve les vastes
connaissances d'Heriger en chronologie.
L'Histoire littéraire de France, t. Vil, p. 206 cite éga-
lement un Ratio Abaci secundum divum Herigerum. C'est,
sans nul doute, l'écrit très-court mentiouné parFriedlein(3):
Requise Herigeri in Abacum, qui occupe le feuillet 98,
recto et verso du Ms. 14689 de Munich, XL-XIL siècle,
autrefois Codex Sti Emmerani G. LXXIII.
(0 * Gesta Pontificum tungrensium, etc. Leodii, 1612. T. I, pag. 189.
(2) * Liber de Scriptoribus Ecclesiasticis , Basileae, 1494. 1° 48 r°.
(3) * La vie et miracles de S1 Vrsmer et de sept autre SS. avec la
chronique de Lobbes, recueillie par M. Gilles Wavlde. Mons, Jean
Hauart, 1628, p. 377.
(i) Martene et Durant. Thésaurus nov. Anecdot. Lutetiae 1717.
Tomel, col. 112-118. (Univ. Leod. Theol. 2640); Migne, Patrologie
latine, t. 139, col. 1129-1136.
(s) Schloemilch's Zeitschrift fur Mathematilc, Xtcr B. S. 242. (Univ.
Leod. I. 7. 6).
- 461 —
C'est encore le travail que rappelle Albéric de Troisfon-
taines (1) sous le nom de Regulse numerorum super Aba-
cum Gerberti. Le chroniqueur ajoute : In multis nempe
studebant antiqui quae hodie habentur derisui. Faudrait-il
en conclure que du temps d' Albéric (1240), les études
scientifiques étaient peu estimées ; ne faudrait-il pas
penser plutôt que le moine de Neufmoustier se rendait
compte des progrès faits par l'arithmétique depuis l'époque
d'Heriger, les méthodes lentes et compliquées de l'abacus
ayant, de son temps, fait place aux procédés plus rapides
de Palgorisme. Je ne puis, en effet, partager l'opinion des
auteurs de Y Histoire littéraire de France (t. VII, p. 206),
qu' Albéric aurait estimé de peu de valeur les travaux scien-
tifiques d'Heriger.
L'abbé de Lobbes appartient à l'école immédiate de
Gerbert, comme on le peut voir par l'exposition des
méthodes de l'abacus que donne M. Fiïedlein dans le
mémoire cité.
C'est encore parmi les contemporains de Gerbert qu'il
faut ranger Adalbold et Rodolphe de Liège.
Le premier, né vers 975, était peut-être un élève et, à
coup sûr, un ami d'Heriger, qui a composé un dialogue
où Adalbold intervient comme second personnage {Chro-
nique de Lobbes , p. 378^. 11 sortait certainement des écoles
de Liège, comme le dit Anselme dans son Gesta Episcop.
Leod. (Ap. Cbapeaville, t. I, p. 217); c'était l'ami et non
le disciple de Gerbert, ainsi que le démontre M. Moll, et
l'on ne peut, avec les auteurs de l'Histoire littéraire de
France, en faire un élève des Écoles de Rheims (2).
(i)* Chronicon Alberici Monachi Triton Fontiutn, editutn a
G. G. L(eibnitio). Hanoverae, 1698. 2a pars. pnçr. 33.
(2) Kerkhistorisch Archiev verzameld door X. C Kist en M Moll
3Je Deel. Amsterdam, P.N. van Kampen 1862. Article de M. W. Moll:
Bisschop Adelbold's commentaar op een metrum van Boethius, 161-213
(Univ. Leod. Theol. 5539.;).
— 462 —
Écolâtre de Lobbes , il devint plus tard évêque d'Utrecht
et mourut le 27 novembre 1025 (— 28?)
Ce n'est pas le lieu d'énumérer les divers ouvrages attri-
bués avec plus ou moins de certitude à l' évêque d'Utrecht;
je ne puis mieux faire que de renvoyer au savant travail de
M. Moll;les seuls d'ailleurs, qui nous intéressent, sont ses
écrits mathématiques.
Nous possédons de lui un traité sur le volume de la
22
sphère. On y voit qu Adalbold connaît l'expression -=-
du rapport de la circonférence au diamètre; en se servant
de cette donnée, il calcule l'aire du cercle et le volume de
la sphère.
Il nous reste également une lettre de Gerbert à Adalbold.
Ce dernier avait trouvé quelque difficulté à calculer l'aire
d'un triangle équilatéral dont le côté est 7, ou , du moins ,
confondant la définition arithmétique du nombre triangu-
laire et la définition géométrique de l'aire , il se forgeait
un paradoxe qu'il ne pouvait expliquer. Gerbert, par une
construction simple, lui expliqua l'origine de l'erreur dans
laquelle il tombait.
Ces deux écrits ont été reproduits par Pez (î) d'après
des manuscrits de Tegernsee et de Salzbourg; ils se
trouvent en outre dans deux manuscrits du Vatican (2).
A ces deux pièces, nous devons joindre son commen-
taire sur quelques vers du IIIe livre du traité de la conso-
lation de Boèce : Opusculum Adalbaldi episcopi Traiec-
( 1 ) Thésaurus anecdotorum novissimus, Aug. Vindel. 1731. Tom. III.
Pars.IK Col. 81-92 (Univ Leod. Théol. 2650).
(2) Ecole française de Rome. — Mélanges d'Archêol. et d'Hist.
Paris, Ern. Thorin. Ve année, pp. 182-188. Sur une collection (l'écrits
mathématiques du moyen-âge, par A. Berthelot. Les mss. cités sont
cotés: Cod. Reg-Vatic. 1661. (XI-XII. S) et Cod. Vaticanus 4539
(XVe siècle).
— 463 —
tensis super illud Boecii : 0 qui perpétua mundum racione
gubernas. Quelques passages peuvent offrir un certain
intérêt pour apprécier les connaissances arithmétiques
d'Adalbold ; ces passages se rapportent aux propriétés des
nombres 2, 4, 8, 12, 18, 27. (3).
L'autre savant dont nous avons parlé, Rodolphe de
Liège , a laissé quelques lettres sur des sujets de géométrie
adressées à Regimbold de Cologne. Le commencement et
la fin de ces lettres sont cités par M. Schepss dans son
mémoire : Geschichtliches ans Boethiushandschriften
(Neues Archiv der Gesell. fur altère deutsche Geschichts-
kunde, II,cr B. S. 138-139). Ces mêmes lettres ont été
mentionnées par Chasles (Hist. de l'Arithmétique, dans les
C. R. de l'Acad. des Sciences de Paris, t. XVI, p. 1-417).
L'illustre auteur cite encore le ms. latin 7377. C. de la
Bibliothèque royale de Paris comme contenant quelques
pièces mathématiques probablement adressées à Rodolphe
de Liège.
L'ouvrage de Francon, de Quadratura circuli, mentionné
par tous les historiens, vient d'être publié par le Dr Winter-
berg dans le supplément historique du journal de Schloe-
(3) V. le travail cité de M. W. Moll. Les vers auxquels se rap-
porte le commentaire arithmétique sont les suivants :
Ta numeris elementa ligas vt frigida flammis
Arida conveniant liquidis. (Boece, lib. III. Metr. IX).
Des remarques analogues à celles d'Adalbold se retrouvent dans le
commentaire de S1 Thomas. [ * Boetii viri celeberrimi de consolatione
phylosophie liber cum optimo commento beati Thome. Cologne H.
Quentell, 1497, fol. Piiij, r° ]. Le texte d'Adalbold publié par M. Moll
est reproduit d'après le ms. latin 7361 de la bibl. nat. de Paris. Les
auteurs de r Histoire littéraire de France, t. XII, p. 257-258, citent
divers écrits d'Adalbold qui ne semblent pas différer de ceux que
nous avons mentionnés.
— 464 —
milch (1). Ce travail avait une réelle valeur. « Lorsque Von
songe, dit le savant éditeur, aux faibles ressources dont
disposaient à cette époque les sciences pour lesquelles tous
les résultats de Pythagore, d'Euclide, etc., étaient inconnus,
on doit s'étonner de la pénétration et de l'esprit d'invention
qui brillent çà et là à travers les ténèbres de ces époques. »
Dans son livre, Francon mentionne les efforts infructueux
d'Adalbold, de l'évêque Wazon, de Gerbert lui-même, pour
résoudre le problème de la quadrature du cercle. Ce n'est
pas, au surplus, cette question insoluble, mais dont il
était bien permis à un géomètre du XIe siècle de s'occuper,
qu'abordait le savant écolâtre de Liège. Il voulait , en
adoptant la valeur donnée par Archimède, du rapport de la
circonférence du cercle à son diamètre, construire un
carré équivalent au cercle, et la question, même ainsi
simplifiée, n'était pas sans difficulté pour un mathématicien
de cette époque reculée.
Le problème qu'il aborda et qui jouit toujours d'une
certaine popularité , même parmi les hommes les moins
versés dans l'étude des mathématiques , valut à Francon
de rester le plus connu de nos géomètres ; c'est ainsi que
nous le voyons mentionné , au XIVe siècle , par notre
chroniqueur Jean d'Outremeuse (2) : » L'an milh etLXX,
en mois de may commenchat et parfist et compulsai en
escrit Franque li scolastre del engliese de Liège, qui astoit
de scienche , de lettres, de manere, deprobiieit renommeis
a Herrnan, archicpiscopum Bonneburgense, le libre de la
quariuree de cercle, de la queile chouse Aristolt parolle,
de cercle quareit, si est : Sciendum quidem meritum est. »
(1 ) Zeitschrift fur Mathematik. B^ XXVII. Abhandl. zur Geschichte
der Math. 4tcr Heft, 1882, p. 135-190. La publication est faite d'après
le ms. 3123 du Vatican.
(2) * Chronique de Jean d'Outremeuse, publiée par S. Bormans,
t. IV, p. 259. Brux. 1877.
- 465 —
On peut rapprocher de ce passage la notice de Sigebert
de Gembloux ( 1 ) : « Franco Scliolaslicus Leodiensis ,
religione et vtraque, litterarum scientia nominatus, quan-
tum voluerit scribcndo , notificavit posteris. Amatorcs
scientiae saecidaris taxent eius scientiam ex libro , querri
scripsit ad Hcrmannum Coloniae archiepiscopum , De
quadratura circuli , de qua Aristoteles ait : Quadratura
circuit si est scibile, scientia quidem nondum est, illud
vero scibile. Conférant, vel etiam praeferant eum saeculares
philosophis : nos laudamus eum, quia divinae scripturae
inuigilauit, et plura scripsit : vt de ratione computi lïbrum
unum, et alia quae ab cdiis hàbentur. Viuebat, 1060. »
La préférence de Sigebert de Gembloux s'explique
d'autant mieux que lui-même écrivit un traité du comput.
Trithème ne cite , de notre écolâtre , que le traité de
Quadratura circuli et celui de Computis (Op. cit., f° 52 v°).
Nous avons mentionné également Helbert de Sl-Hubert ,
qui a laissé un commentaire sur l'Abacus (2).
Après cette brillante période , les écoles liégeoises
commencèrent à décliner, subissant en cela le sort de
toutes les institutions humaines. Cependant , il serait im-
prudent d'en conclure que les sciences cessèrent com-
plètement d'être cultivées.
Sans doute, pendant une longue suite d'années, il faudra
renoncer à chercher , dans les annales liégeoises , le nom
de quelque mathématicien de marque : ce n'est pas à dire
( 0 * Bibliotheca ecclesiastica sire nomenclatures \II veteres.
Aub. Miraeus ïllustrabat. Antverpiae , ap. J. Mesium, 1639, p. 156.
In Sigeb. Gemblae.ens, cap. 1G4.
(s) Hist. Littér. de France, t. VII, p. 138. Reinier, moine de Saint-
Laurent, mentionne encore Falchalin, qui aurait aidé Francon dans
la composition de ses ouvrages, et Engelbert, babile computiste.
(Voy. Reineri Libelli III de scriptoribus monasterii S. Laurentii
Leodiensis, dans Pez, op. cit., t. IV, par. III, col. 22-24-.)
— 466 —
que les mathématiques fussent entièrement négligées ; on
pourrait , au contraire , reconnaître à quelques indices
qu'elles restèrent en honneur dans notre principauté.
Parmi leurs adeptes , on sera peut-être quelque peu
surpris de voir ranger notre illustre jurisconsulte et
historien, Jean de Hocsem.
Il met en effet , on pourrait- dire quelque affectation , à
faire montre de connaissances mathématiques.
Dans sa chronique , publiée par Chapeaville , t. II ,
pp. 453-454, il rapporte quelques vers de sa composition,
où on lit :
Annis undenis binisque cubos facias si
Anglorum Frœnis sicut Franci plurima passi.
et plus loin :
Undeno cubico Domini, quadrandoque tertio
Anno quae dico vix contigentia cerno.
Hocsem explique ensuite l'analogie entre le carré et le
cube, interprétés géométriquement, et ces mêmes termes
en arithmétique et fait voir que ses vers indiquent les
années 1339 et 1340.
Ce rapprochement lui plut , car il s'en sert encore pour
dater son Flores utriusque juris (î) :
Undenis cubice Domine bis quinque vel annis
Sunt haec scripla vice féliciter iste Johannîs (1341).
En outre, dès les premières lignes de cet ouvrage, il
cite Euclide : Ut invenire quadratam aream equalem
triangulari inveniunt rustici per ingenium , non ad un-
guém sedprope, quodper artem Euclidis geometer facillime
perfiçit et précise.
( 1 ) * Les flores utriusque juris de Hocsem, par M. Stan. Bormans.
Brux., 1887. (Bull, de la Gomm. roy. d'Histoire, t. XIII, n° 3.)
— 467 —
Il faudra donc mettre les sciences mathématiques parmi
celles que cultiva cette illustration de notre cité (1).
Hocsem était d'ailleurs une merveilleuse intelligence à
laquelle presqu'aucune branche des connaissances hu-
maines n'était étrangère (Y. sa biographie donnée par
M. Kurth, dans la Biogr. Nationale, t. IX, col. 395-404).
On pourrait, sans nul doute, faire des remarques ana-
logues pour maint autre écrivain de notre pays. C'est le
cas, par exemple, pour l'illustre voyageur Jean de Mande-
ville , que l'on peut bien , avec quelque raison , rattacher à
notre pays. En divers endroits de ses voyages, il rapporte
des observations astronomiques qu'il a faites (2). On peut
mentionner notamment le chapitre spécial où il discute
avec soin la grandeur et la forme de la terre (3).
Mandeville ne paraît pas avoir exercé la moindre influence
sur les études scientifiques dans la principauté de Liège,
mais on peut le prendre comme exemple de l'homme
de haute culture intellectuelle à cette époque.
La folle croyance à l'influence des astres sur la destinée
humaine ne fut pas sans conserver aux sciences mathéma-
tiques, et spécialement à l'astronomie, leur place dans les
études. Il n'était guère de médecin qui ne sût parfaitement
la théorie de la sphère et qui ne fût à même d'observer. A
des époques beaucoup plus rapprochées de nous que celle
(i) Nous ne faisons que confirmer ainsi ce que rapportent Valère
André (*Bibliotheca Belgica, Lov. 1643, p. 529); Villenfagne (* Essais
critiques, Liège, Latour, 1808, 1. 1, p. 201); L. Abry (Les hommes
illustres <Ie ht nation liégeoise. Liège, Grandmont-Donders, 18G7, p. II.
Univ. Leod. XIV. liô. 35).
(2) V. dans le ms. 354 de l'Université de Liège, f 34 V°, col. 2 : in
alfa ethiopia elevatur (polus antarcticus) octodecim gradibus prout
ipse probant astralàbio (sic).
(5) i" Viaggi di Gio cla Mandavïlla pubbl. da Francesco Zàmbrini,
Bologna, Gaet. Romagnoli. 1870 (Univ. Leod. XXIII. 200. 44), t. II,
p. 4'J; p. 54-57.
— 46S —
que nous étudions en ce moment, au XVIe siècle et au
XVIIe, cette alliance des mathématiques et de la médecine
se maintient, et nous voyons, dans mainte université, les
deux sciences enseignées par le même homme (4).
En ouire, une préoccupation plus relevée et plus sérieuse
faisait maintenir l'étude des sciences mathématiques dans
nos écoles monastiques.
Les bibliothèques de nos maisons religieuses ont été
malheureusement dispersées à la suite de l'invasion fran-
çaise du siècle dernier, si fatale à toutes nos provinces,
pillées et rançonnées sans merci , mais on peut retrouver
dans nos dépôts publics comme dans nos collections parti-
culières de nombreux ouvrages provenant des monastères
d'autrefois : ces investigations montreraient sans peine
que, dans la paix des cloîtres, la culture des sciences exactes
resta florissante. — Nous n'avons pas, d'ailleurs, que de
simples indices à ce sujet.
Si le catalogue de la librairie de Sl-Paul (2) ne signale
que deux ouvrages de mathématiques :
(i) A l'Université de Louvain notamment, on vit les deux sciences
enseignées par R. Gemma Frisius et G. Gemma, son fils, P. Beausard ,
Adr. Romain, Jean Sturm, et Gérard van Gutschoven, qui, de lô40
environ à 1650, occupèrent des chaires de mathématiques et de
médecine.
A la fin du XVIIe siècle, en 1671, un sectateur de Descartes,
C. Gadroys écrivait un livre sur les influences des astres selon les prin-
cipes de M. Descartes ( V.Bibl. roy. de Bruxelles, fonds van Hulthem,
n° 8346); un médecin, nommé Porchon, dans un * Traité de la
canicule (Paris, 1688), dédié au Maréchal de Villeroy, consacre la
Préface à démontrer la nécessité de l'astronomie pour exercer la
médecine , etc.
(2) * La librairie de la Collégiale Sl-Paul, à Liège, au XVe siècle,
{par S. Bornions, Bull, du Bibliophile belge, t. I. 1866). L'ouvrage de
Quadrante et circula ne peut évidemment ètie l'écrit de Francon; ce
doit être un traité d'astronomie.
- 469 -
Theorica planetarum in papiro. In codem de quadrante
et circulo. Algorismus, in pergameno, la bibliothèque de
Sl-Jacques était beaucoup plus riche. On y trouve , parmi
les manuscrits ( 1 ) :
N°511. L'ouvrage nommé Algorismus, un ouvrage sur
le Calendrier , Massa Compoti. Le traité de la sphère de
Sacro-bosco.
Parmi les imprimés :
N° 1009. Orontii Finaei Arithmetica, 1544; Paraphrase
de l'astrolabe, 1546 (2);
1010. Gemma Phrysius, de Principiis Astronomiae et
cosmographiae , 1529. — H. Glareanus, de Geographia,
1530;
1011. Sphaerae mundi compendium a J. de Sacro-Bosco,
1488 et n° 1013.1561. — Libellus Ysagogicus Abdilazi
quidiciturAlchabitiusscriptusaJoa.de Saxonia, 1485. —
J. de Monte-Regio, Calendarium.
( i ) * Catalogue des livres de la Bibliothèque de la célèbre ex-abbaye
de S^Jacques (rédigé par J.-N. Paquot), Liège, 1788.
(2)* Paraphrase de V astrolabe. A Lyon, par Jean de Tournes.
M.D.XLVI. Ce petit livre est remarquable à divers titres : c'est proba-
blement un des premiers où l'on trouve exposée la méthode de
Gemma Frisius pour déterminer la différence de longitude de deux
villes au moyen des horloges ( Cbap. XXII, p. 81) ; Focard ne cite pas
Gemma. En outre il contient de très-jolies gravures sur bois qu'on
peut attribuer au Petit-Bernard; elles ont été reproduites pour ainsi
dire en fac-similé par G Cavellat et J. de Marnef dans diverses édi-
tions du traité. de l'Astrolabe de J. Stoeffler (1553, 1561) et d'une
traduction des Principes de la Cosmographie de Gemma Frisius. Ces
procédés de contrefaçon pourraient expliquer l'identité entre les
figures des Métamorphoses d'Ovide, publiées à Lyon, par J . de Tournes ,
et à Paris par J. de Marnef, bien que M. Ambr. Firmin Didot pense
pouvoir attribuer les dernières à Jean Cousin (V. son * Étude sur
Jean Cousin, Paris, 1872, p. 171); la contrefaçon est cependant
admise par M. Didot dans son * Essai sur Vhistoire de la gravure sur
bois, Paris, 1863, col. 240, en note.
— 470 —
1012. Georgii Purbachii, Theoricae novae planetarum ,
1603.
Je ne citerai que pour mémoire la belle bibliothèque du
Collège des Jésuites en Ile , dont la plus grande partie se
trouve à notre Université, et celle du Collège des Jésuites
anglais, dispersée, parce que ces dépôts ont été formés à
une époque beaucoup plus récente et pour laquelle nous
n'avons pas à recourir à des moyens aussi indirects d'in-
vestigation.
Parmi les maisons religieuses où les sciences furent
cultivées avec suite , je crois pouvoir signaler spécialement
le couvent des Croisiers de Huy.
J'ai fait connaître ailleurs (Mém. de la Soc. roy. des
Sciences de Liège, t. XV, 2e série : Notice historique sur la
détermination des coordonnées géographiques de Liège),
l'existence, parmi les manuscrits de notre Université, d'une
copie datant des premières années du XVe siècle (1424)
des principaux écrits de Jean de Linières (l) , copie faite
probablement par un religieux de cette maison.
Ce même religieux, qui détermina avec quelque exac-
titude la latitude de Liège, calcula de nombreuses éclipses
de soleil et de lune; il fit également les calculs nécessaires
pour l'établissement d'un calendrier liégeois. Il ne put les
exécuter qu'à l'aide de tables astronomiques dont Jean
de Linières ne donne que les canons, c'est-à-dire les règles ;
le couvent des Croisiers devait les posséder.
J'ai mentionné également l'existence , dans cette même
( i ) Sur Jean de Linières , on peut consulter divers articles insérés
au Bullettino du Prince Boncompagni, tt. XII et XX. Trithème l'appelle
philosophus et astronomns omnium suo tempore celeberrimus. (Op. cit.,
f° 84 v").
J'ai décrit, dans le petit travail cité, le ms. 334, qui contient les
écrits de Jean de Linières , à savoir les Canones primi mobilis, les
Canones tahularum Alfontii et VEquatorium.
- 471 —
maison des Croisiers , d'un exemplaire du Calendarium
magnum de J. Stoeffler, imprimé en 1512, et l'addition
faite , sur cet exemplaire , de la latitude de Liège , d'après
les données du moine anonyme dont je viens de parler.
Notre bibliothèque universitaire possède encore un
volume de Varia à la fin duquel sont reliées quelques
pages manuscrites empruntées à un travail d'astronomie,
qui nous vient de cette même maison. L'écriture de ce
fragment est du commencement du XVIe siècle et les
ouvrages auxquels il est joint ont été imprimés entre 1506
et 1513 (1).
Enfin, je mentionnerai, pour terminer, un autre ouvrage
imprimé en 1541 (2), faisant partie du même dépôt et qui
me semble avoir la même origine. En effet, on y a marqué
sur le quart de cercle du 0 d v° , la déclinaison maxima
du soleil et la hauteur du pôle , en faisant usage , à n'en
point douter, des nombres qui figurent dans le manuscrit
de 1424.
Peut-être sera-t-on tenté de taxer de minuties les détails
dans lesquels je suis entré au sujet des volumes décrits.
Je pense cependant que ces détails peuvent avoir quelque
intérêt. Nous ne possédons pas , certainement , tous les
livres qui composaient la bibliothèque de la maison des
Croisiers, et nous pouvons cependant, en examinant avec
soin les quelques épaves qui nous en restent, constater,
dans cette antique communauté, des traces indubitables
(0 Ce volume est coté XVII. 194, 1. Il contient le livre de la
Consolation de Boèce , Daventer 1506 , une sorte de résumé de la
Bible et une édition du célèbre Navis Stuîtifera de Seb. Brandt.
(2) Instrvmentvm novvm, sev primi mobilis nvper a Petro Apiano
inventvm, etc. Norimbergae apud Johan. Petreium, anno M. D. XLI.
A la suite : T. uctatvs Georgii Pevrbachii svper propositions Ptolemaei
de sinvbus et chordis, etc. Norimbergae, apud Johan. Petreivm. Anno
Christi M. D. XLI. (Univ. Leod. , 1 , 78, 5).
— 472 —
d'une étude continue de l'astronomie pendant une période
de plus d'un siècle (1424-1541); nous y trouvons la préoc-
cupation constante de se tenir au courant des progrès de la
science.
Avec quelque patience , on parviendrait à réunir une
foule de renseignements analogues pour toutes nos écoles
monastiques ; ce serait chose utile que de faire le relevé ,
dans nos collections publiques et privées , des ouvrages
de science provenant d'anciennes bibliothèques conven-
tuelles ou de particuliers. Sans doute , on ne découvrirait
pas d'hommes d'un véritable esprit créateur , restés com-
plètement ignorés , mais on acquerrait la certitude que,
malgré les terribles secousses que dut supporter le pays
liégeois pendant toute la durée du moyen-âge , l'étude des
sciences mathématiques n'y fut pas entièrement délaissée.
Parmi ces humbles serviteurs de la science, je men-
tionnerai , en passant , le frère Hubert de Stavelot, qui
devait vivre dans la seconde moitié du XVIe siècle.
Son nom se trouve inscrit sur le premier feuillet d'un
recueil de divers ouvrages d'astronomie actuellement en
ma possession, et qui contient la Cosmographie d'Apien,
revue par Gemma Frisius (édition de Gilles de Diest, 1564),
le radius astronomicus du même Gemma et le traité des
Horloges d'Oronce Fine (1560). Hubert de Stavelot y
ajouta la copie d'un chapitre de la Cosmographie d'Oronce
Fine, une table des hauteurs de certaines étoiles, et sur
un feuillet de garde la longitude et la latitude de Stavelot;
Long. 28" 52'; Lat. 49° 55'.
Ces nombres sont entachés d'erreurs assez fortes, sur-
tout le second, car il diffère du nombre exact de près d'un
demi-degré , mais nous avons fait observer ailleurs qu'à
cette époque de semblables erreurs n'étaient point rares ,
même dans la détermination des coordonnées de lieux
beaucoup plus importants que la modeste bourgade
ardennaise.
— 473 —
On cite parfois, comme une des gloires de l'antique
église de Liège, le cardinal Nicolas de Gusa; certains
écrivains l'ont même rattaché, sans preuves, à une famille
liégeoise (1). Sans doute, il fut chanoine de Sl-Lambert et
archidiacre de Brabant; plus tard, il revint dans notre
pays en qualité de légat (2) : le souvenir de son séjour à
Liège ne dut point s'effacer de sa mémoire, car, parmi les
bourses qu'il fonda dans les écoles de Daventer, où il avait
été élevé , il en réserva deux spécialement pour les
Liégeois (3); mais eut-il quelque influence, parmi nous,
au point de vue scientifique ? les écoles de Liège peuvent-
elles s'attribuer quelque part dans sa gloire ? je ne le pense
pas.
Si nous ne pouvons , à notre grand regret , ranger au
nombre des illustrations liégeoises Nicolas de Cusa, le pré-
curseur de la réforme du calendrier, c'est au calen-
drier que nous devons de pouvoir signaler une foule de
publications écloses dans notre pays. Force nous est bien,
en effet, de rattacher à la principauté de Liège de nom-
breux représentants d'une classe spéciale d'astronomes :
les auteurs d'almanachs et de pronostications.
C'est sans crainte que nous décernons aux auteurs des
premiers le titre d'astronomes, lorsque nous voyons des
(i) V. le travail de M. Wittert: Ecole liégeoise. — Les graveurs,
leurs portraits etc. Paris, Liège, Bruxelles.
(î) Voyez de Becdelièvre, t. 1, p. 148; Daris, Histoire du Diocèse et
delà Principauté de Liège pendant le XVe siècle, pp. 232, 250, 267;
de Theux, le Chapitre de S^Lambert , t. II, p. 217. Sur l'influence de
Nicolas de Cusa, on peut également consulter: J. Janssen, L'Alle-
magne à la fin du moyen-âge, trad. franc. Paris, Pion, 1887, passim
et notamment pp. 4-5 où se trouvent indiqués de nombreux écrits
sur le cardinal.
(3) Sur cette fondation, V. * Jacobi Revii Daventriae illustratae
libri VI. Lugduni Bat. Ex off. P. Leffen, 1651, p. 119 et ss.
32
— 474 —
Peurbach , des Regiomontan , des Stoeffler avouer haute-
ment de pareils travaux , et quant aux pronostications , à
une époque où le rêve de l'astrologie hantait le cerveau des
plus grands hommes, ce n'est pas sans quelque connais-
sance de la science vraie qu'on en abordait la confection.
Les pronostications les plus connues sont dues aux Laet
de Looz-le-Château (Borchloen) et à Gilles de Bouillon.
En ce qui concerne les premiers , nous ne pourrions que
reproduire les indications contenues dans divers travaux
d'Ul. Capitaine et de M. H. Helbig (<i).
Gilles Boileau de Bouillon mérite d'être mentionné à
divers titres; il était jurisconsulte et même poète; on peut
lire , à ce sujet , l'intéressante notice que lui consacre M.
H. Helbig dans ses Fleurs des vieux poètes liégeois, pp. 1-8.
M. Helbig fixe l'époque de la mort de notre auteur aux
environs de l'année 1560. Sur quelles preuves s'appuie-t-il,
je l'ignore. D'un autre côté , il semble ressortir d'une note
manuscrite, ajoutée par Ul. Capitaine à son exemplaire
de la Biographie liégeoise de Becdelièvre, que Gilles de
Bouillon vivait encore en 1583.
Je possède un exemplaire des Principes d'astronomie
de Gemma Frisius , traduits en français par Claude de
Boissière et publiés à Paris en 1582 (2), qui porte trois fois,
sur le titre , les mots « de Bouillon » ; ce volume est enrichi
(i) Ul. Capitaine, Etudes biographiques sur les médecins liégeois.
Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. III, p. 72-75; V° J. Laet,
p. 76-78; V° G. Laet, p. 81; V° A. Laet, p. 82-83; V° G. Laet II. Il ne
faut pas oublier la première impression liégeoise, la pronostication
de Jean Lescailler. Ibid, p. 80.
H. Helbig, Les plus anciens calandriers (sic) et almanachs belges
imprimés. Bull, du Bibl. belge, tt. XIII et XIV.
(i) * Les principes d'astronomie et cosmographie , auec Tvsage du
Globe, etc. A Paris, chez Hierosme de Marnef, et la veufve de
Guillaume Cauellat, au mont S. Hilaire à l'enseigne du Pélican. 1582.
— 475 -
d'annotations marginales , d'une écriture du temps , dont
l'auteur, comme on peut s'en convaincre, n'était pas
étranger à l'astrologie. Faut-il les attribuer à Gilles de
Bouillon?
Quoi qu'il en soit de ce dernier point, Gilles Boileau a
dû faire paraître ses Pronostications pendant quelques
années. Celles de 1558 ont été calculées « sur le méridien de
la tresrenommee cite de Liège » et celles de 4559 « sur le
méridien de la florissante et renommée cite de Liège » (l).
A peu près à l'époque où Gilles de Bouillon écrivait ses
Pronostications, le Prince-Evêque de Liège, Bobert de
Berghes appelait dans sa capitale un mathématicien d'une
bien autre valeur , Jean Stadius.
Né à Loenhout, près d'Anvers, le 1er mai 1527, de
Pierre Stadius, d'Oeckel, Jean Stadius (2) s'était livré à
( t ) Prognostication pour Lan de nostre Seigneur M. CGGCC. LIX.
Calculée sur le méridien de la florissante et renommée cite de Liège
par M. Gilles de Buillon mathematicque, in-4° goth. de4ff. n. ch.
Imprimé par Jean Withage, à Anvers. (Bibl. Capitaine, n° 10708).
La pronostication pour 1560 forme également un cahier de 4 ff
n. ch (lbid.,même numéro)
(2) Sur Jean Stadius, on peut consulter * Elogia illustrium Belgii
scriptorum, Ex bibliotheca Auberti Miraei. Antverpiae, Sumpt.
Viduae et haeredum Joan Belleri, 1602, p. 123; la notice est reproduite
dans la seconde édition. * Elogia Belgica. Antverpiae ap Dav. Marti-
nium,clo lo cix, p. 106 ; * Fr. Sweertius, Athenae Belgicae , Antwerpiae
ap. Gui. a Tuugris, 1628, ainsi que les différentes éditions de Valere
André, Bibliotheca Belgica ; L.-A. Sedillot, Les professeurs de mathé-
matiques et de physique générale au Collège de France (Bull, du
Prince Boncompagni, t. Il, p. 435-437). On peut aussi lire une longue
pièce de vers où il est chanté par son arrière petit -fil s, le célèbre
Juste Byckius de Gand : Listi Byckii Gandensis LL. apttd Catuacos.
Stud. praeludia poetica. Duaci, ex typ, C. Boscardi 1606, pp. 65-70.
(Univ. Leod. XVII. 228-1); cette pièce est reproduite dans J. Byckii
Parcae, id est Epitaphiorum Libri très ; Gandavi, e Typogr. Joan.
Kerchovii, 1624( Univ. Leod. XVII, 228. 15).
— 476 —
l'étude des langues, de l'histoire et des mathématiques.
Dans chacune de ces branches d'étude, il a conquis une
place distinguée.
Son édition de Florus, enrichie d'un commentaire, fut
publiée par Christophe Plantin en 1567 ; réimprimée par
lui en 1584 et 1593, elle fut éditée de nouveau à Cologne,
chez Ghymnicus en 1579, chez Ant. Hierard en 1005, et
en 1625 chez Kinckius. Martin Nutius d'Anvers la repro-
duisit en 1607 ; on la vit paraître encore, à Franecker, en
1690, chez Hanson Hagenaer (î).
Ces éditions successives prouvent la valeur du commen-
taire.
Élève d'un des plus illustres professeurs de l'ancienne
Université de Louvain, R. Gemma Frisius, il fit surtout
des progrès rapides en astronomie. L'un des premiers,
encouragé par Gemma, il adopta l'hypothèse coper-
nicienne.
Malheureusement , son caractère aventureux et son
goût pour les rêveries astrologiques l'ont peut-être em-
pêché d'accomplir une destinée plus brillante.
Astronome et mathématicien du duc de Savoie, il rem-
plit les mêmes fonctions près de Philippe II. En 1559, il
était à Bruxelles, où, le 25 mai (V. S), il fit une observa-
tion d'une conjonction de Vénus et de Mercure. Le 7 juillet
de la même année, il faisait d'autres observations d'où il
concluait, pour Bruxelles, une latitude de 51°20\
C'est à cette époque que Robert de Berghes le rencontra
à Bruxelles et l'attacha à sa personne, soit par amour des
recherches astrologiques, soit pour attirer dans sa capi-
( i ) Ces diverses éditions existent à la Bibliothèque de l'Université de
Gand, sauf celle de 1593, et elles y sont cotées, class. 137^-1377 et
class. 938.
— 477 —
taie un savant de premier ordre dans un but dont nous
parlerons bientôt.
Stadius vint à Liège et reçut probablement l'hospitalité
dans le palais du prince, car c'est de là qu'il date ses
Tabulae Bergenses , recueil de tables qu'il dédia par
reconnaissance au Prince-Évêque ( l).
Nous ignorons combien de temps il séjourna dans notre
ville. Il n'eut sans doute pas le temps d'y créer des rela-
tions bien solides, car, dans ses écrits, nous n'avons ren-
contré la mention que d'un liégeois, le très savant et très
modeste docteur Gilbert Limboury, auquel il doit la santé.
(Tabulae Bergenses, p. 205).
Sa présence à Liège se rattache peut-être au projet que
Robert de Berghes caressait d'ériger une université dans
sa ville capitale.
L'Évèque négocia à cette fin avec le Souverain-Pontife
et obtint la bulle nécessaire à l'érection de cette université.
Son chancelier Wythem communiqua au chapitre de la
( 1 ) Tabulae Bergenses aequabilis et apparentis motus orbium coeles-
tium ad illustrissimum rêver endissimumque principem D. Robertum
de Bergis, Leodii Episcopum, etc., per Joannem Stadium regium et
ducis Sabaudiae matJiematicum. Colom&e Agrippinae, apud haeredes
Arnoldi Birckmn.nni, Anno a Virgineo partu 1560.
1^ dédicace à Robert de Berghes est datée du Palais de Liège,
27 janvier 1560. Dans ce livre , dont un exemplaire se trouve à la
bibliothèque royale de Bruxelles, fonds van Hulthem, l'auteur cite,
p. 203, un fait qui se passe à Anvers le 18 août 1554, jour où il quittait
cette ville pour se rendre à Turin.
Stadius a encore publié les Ephemerides secundum Antverpiae longi-
tudinem.ÎJne édition de ce livre a été faite à Lyon, chez Ph. Tingli,
Simph. Beraud et Et. Michel en 1Ô85. On peut y lire, pp. 1-3, une très
intéressante lettre de R. Gemma Frisius à J. Stadius, datée de
Louvain, 28 février 1555.
L'exemplaire de cet ouvrage, que j'ai entre les mains, appartient à
l'Université de Leiden, où il est coté 539. D. 2.
— 478 —
cathédrale, dans sa séance du 23 juillet 1561 (l), une
commission apostolique adressée à sa Grandeur révéren-
dissime pour ériger dans cette ville un certain Collège de
théologiens et d'autres Facultés.
Malheureusement, pour subvenir aux frais que devait
nécessiter cet établissement, l'évêque avait demandé et
obtenu l'autorisation de supprimer, par voie d'extinction,
un certain nombre de prébendes de chanoines de S'-Lam-
bert et des églises collégiales, dont les revenus eussent
été affectés à l'institution nouvelle.
On conçoit que semblable mesure n'était pas pour
plaire aux membres du chapitre.
Celui-ci, avant d'examiner les propositions épiscopales,
essaya de gagner du temps ; il nomma une Commission,
jugea qu'il fallait appeler les collégiales à délibérer sur
une matière qui les intéressait si vivement et, sans s'opposer
ouvertement aux projets du Souverain, fit si bien que
ceux-ci restèrent sans exécution.
La maladie de Robert de Berghes , survenue peu de
temps après , fut sans doute cause de l'abandon de cette
mesure, qui eût été d'une si grande importance pour le
développement scientifique du pays liégeois.
Qui peut dire l'influence qu'aurait eue, sur la marche
des idées dans notre cité , la création d'une de ces
grandes écoles ?
Fondée à une époque où les traditions du moyen-àge
n'étaient pas encore effacées, elle aurait, sans nul doute,
conservé ces habitudes de liberté , ces traditions , cet
esprit de corps qui font les véritables universités. Elle
(1) Voyez aux archives de l'Etat, à Liège, un volume intitulé
Cathédrale. Secrétariat, Décrets. Ordonnances, 1543-1561.
Reg. 111, fol. 308-309. Séances du 23 juillet 1561, 30 juillet
5 août. Ibid. Reg. 115. p. 5. 9 septembre 1561,
— 479 —
aurait eu surtout le pouvoir d'introduire, dans les idées
générales, la notion vraie d'une pareille institution, et
nous n'aurions pas aujourd'hui à lutter à la fois contre le
système centraliste, triste legs d'une époque à jamais
néfaste, déplorable souvenir de l'invasion française, et contre
l'indifférence, quand ce n'est pas l'hostilité, d'une partie
de l'opinion ; la masse de la nation ne verrait pas , dans les
Universités, de simples écoles', destinées avant tout à
créer des diplômés , mais bien ce qu'on y cherchait au
moyen-âge , ce qu'on y voit encore dans des pays voisins ,
des centres de vie intellectuelle, où la science se cultive
pour elle-même et où elle se crée (d).
Quoi qu'il en soit de ce projet du Prince, renversé, on
le peut croire , par la mesquine opposition du chapitre, il
est probable que la maladie de Robert de Berghes obligea
Stadius , privé de son protecteur, à quitter notre ville.
En 1567, lorsqu'il publie son Florus, il s'intitule profes-
seur de mathématiques et d'histoire à l'Université de
Louvain.
Quelques années plus tard, nous le trouvons à Bruges,
d'où il date, le 49 janvier 1574, une lettre adressée à
Auger de Busbeeck (s); il travaillait alors aux Fastes
romains, publiés par Hub. Goltzius.
(i) C'est encore cette idée élevée d'une Université que se faisaient,
en 1665, les bourgmestres de Grati et Randaxhe , quand ils deman-
daient au prince-évêque Maximilien-Henry, au nom du Conseil de la
Cité, l'érection d'une Académie, « quand même elle seroit sans faculté
de promotion aux degrés ». Ils ne signalaient que l'utilité scientiiique
d'une pareille institution et ils espéraient sans doute, en la dépouil-
lant du droit de délivrer des diplômes, désarmer l'opposition inté-
ressée de l'Université de Louvain. (V. Discours de droit moral et
politique du S" Mathias de Grati, Liège, J.-M. Hovius, 1676, p. 70-72.
Coll. Capitaine, 2825.)
(i) Cette lettre est insérée dans Aug. Gisleni Busbequii epistolae,
— 480 —
Enfin, en 1576, nous le voyons à Paris, où il concourt
pour obtenir la chaire de mathématiques fondée par Ramus.
Il eut à lutter contre Michel Bressieu , et la chaire fut
adjugée à ce dernier; les juges du concours, parmi les-
quels figuraient le président de Thou et le savant: François
de Foix de Caudale, évêque d'Aire, auquel nous devons
une belle édition d'Euclide. décidèrent que notre mathé-
maticien méritait également la palme. Aussi Henri III, sur
la proposition de l'Université, retint -il Stadius , et, en
confirmant son élection, lui assura-t-il le même traitement
qu'aux autres professeurs royaux.
L'ancien mathématicien du Prince-Évêque , devenu pro-
fesseur au Collège de France , ne jouit pas longtemps de
cet honneur. Il s'éteignit à Paris, dans la nuit du 17 juin
1579 , en l'hôtel du maréchal de Retz, au faubourg Saint-
Honoré (i).
C'est pendant ces quelques années qu'il composa , faut-il
croire , un commentaire sur l'Arithmétique de P. Ramus (2).
etc., e Bibliotheca Jo. Bap. Houivaert, etc. Bruxellis, ap. Joan. Peper-
manum. Anno 1631 , pp. 169-175. (Univ. Leod. XIII. 101. 4Ws).
La fille de Stadius , Catherine , épousa le fils de Goltzius. Ce fut
l'aïeule de J. Ryckius cité tantôt.
(0 D'après certains auteurs, Stadius mourut le 31 octobre 1579.
Cette date est certainement erronée , car , dans une lettre adressée à
Catherine de Clermont, maréchale de Retz, et datée du 24 septembre
1579, le fils de Jean Stadius , Jérôme , mentionne déjà la mort de son
père (Voir l'éd. de Flonis, publiée à Anvers, chez Plantin, en 1582.)
La date du 17 juin résulte également de l'épitaphe composée par
Juste de Rycke (Ryckius) ; j'ajoute cependant, pour être complet,
que la date du 31 octobre figure sur l'épitaphe dressée par son ami
Jean Matalius Metellus et reproduite dans l'édition des Ephémérides
citée plus haut ( avant-dernier fl.)
(2) Celte édition de l'Arithmétique de P. Ramus, revue par Stadius,
a paru à Leiden en 1584 (renseignement dû à M. Ferd. van der
Haeghen, le savant bibliothécaire de Gand ) ;j'ignore s'il en existe des
réimpressions.
— 481 —
Doit-on compter ce dernier parmi les illustrations lié-
geoises? S'il descendait d'un gentilhomme liégeois que
les guerres chassèrent de notre pays à la fin du XVe siècle,
aucun lien ne semble le rattacher à la patrie de ses
ancêtres.
Parmi les écrits émanés d'habitants de notre ancienne
principauté , on doit mentionner deux petits traités dus à
Guillaume Raets , de Maestricht, tous deux imprimés à
Anvers, une Arithmétique et un Traité de jeaugeage (l).
(\) Je reproduirai intégralement le titre de ces opuscules, parce
qu'ils semblent fort rares (comme je le ferai d'ailleurs pour tous les
ouvrages peu communs); notre éminent collègue de Leiden, M. le
docteur Bierens de Haan, déclare n'avoir rencontré aucun des écrits de
W. Raets (V. Bouwstoffen voor de Geschiedenis der Wis-en Natuur-
Jcnndige Wetenschappen in de Nederlanden, tweede Verzameling ,
pp. 146-147.
1° Arithmetica. Die fundamenten seer grondelyck verclaert , ende
met veel schoonder questien geillustreert, tôt orbaer allen Gooplieden
ende anderen handelers. Doer Willem Raets Maestrichter. Ghedruct
met Previlegie. Thantwerpen bi Gillis van Diest. 1"66.
8° de 112 f* n. ch. Sign. Aij — 0. v. Au v° du titre, le privilège daté
de Bruxelles, le 3 oct. 1565.
2°) Practycke om lichtelyck te leeren visieren aile vaten metter
wisselroede. Deur Willem Raedts Maestrichter. Met privilégie
M. D. LXVII.
8° de 32 ff. n. ch. La préface est datée d'Anvers, 15 janvier 1567.
A la fin du dernier f4: Men vintse te coope by Meester Gouaert
Hamels schoolmeester woonende by d'oude waghe. Thandtwerpen.
La seconde édition a paru en 1580.
Arithmetica oft Een niew Cijfferboeck, van Willem Raets, Maes-
trichter. Waer in die Fondamenten seer grondelijck verclaert en de
met veel schoone questien gheillustreert worden, tôt nut ende oor-
baer van aile cooplieden ende liefhebbers der selver consten met
noch een Tractaet vande Wisselroode, met Annotatien verciert; door
Michiel Coignet. Thantwerpen. Ten huyse van Hendrick Hendricsen
inde Leliebloeme. 1580, met privilégie van tbien Iaeren.
8° de 124 ff. n. ch. et 1 P bl. à la fin. Il y a un titre spécial pour la
— 482 —
De l'auteur, on ne sait guère : il dut passer une grande
partie de sa vie à Anvers et s'y lia d'amitié avec Michel
Coignet, qui, lorsque la mort eut enlevé son ami à la fleur
de l'âge , donna ses soins à une nouvelle édition de ses
œuvres. Quant aux écrits de Raets, ils ne paraissent pas
contenir d'idées originales : c'étaient d'ailleurs des traités
pratiques, ne contenant que les règles, expliquées par
des exemples.
Jusqu'ici , nous n'avons pu signaler aucun livre de
science, imprimé à Liège. A cette époque, l'art de Guten-
berg venait à peine d'être introduit dans la cité épiscopale;
quarante ans s'écouleront encore avant qu'un ouvrage
scientifique sorte des presses liégeoises. Il faudra
attendre , pour cela , l'épanouissement d'une période
relativement brillante dans la vie intellectuelle de la prin-
cipauté , le règne d'Ernest de Bavière.
On peut voir, dans les Fleurs des vieux poètes liégeois (1),
que ce règne ne fut pas sans donner l'essor à quelques
talents poétiques : on ne peut refuser de l'inspiration à
Jean Polit et à Remacle Mohy, qui, tous deux, célébrèrent
le prince-évêque ; Liège pouvait s'honorer en outre de
voir dans son sein Lambert Lombart et Jean Waldor.
2» partie. Univ. de Gand. Ace. 1590. V. la description complète dans le
Bibliotheca belgica de M. van der Haeghen, V° Raets. Le privilège, du
22 mai 1576, accorde à H. Henriccsen le droit de faire paraître le
livre en français et en flamand. Y eut-il une traduction française de
l'ouvrage ?
Il y a eu , des deux ouvrages, une réimpression faite à Anvers chez
Jérôme Verdussen, en 1597, avec les annotations et corrections de
Michel Goignet. Un exempl. de cette édition existe à Anvers dans la
collection de M. vanden Eynde (V. Bibl. belgica, V° Raets. R. 61).
(i) Fleurs des vieux poètes liégeois (1550-1650), avec une intro-
duction historique par N. Peetermans, recueil publié par H. Helbig.
Liège, F. Renard, 1859.
— 483 —
Ernest ne fut pas seulement un prince épris des arts et
aimant le faste : toutes les sciences paraissent avoir trouvé
en lui un vrai protecteur. Ce serait sortir du cadre que je
me suis tracé que rappeler ses efforts en faveur de l'ins-
truction : la fondation du Séminaire, du Collège liégeois
à Louvain , l'érection du Collège des Jésuites, remplaçant
les Frères de la vie commune , et enfin , ses tentatives,
renouvelées de celles de Robert de Berghes , pour établir
à Liège une université, tentatives qui échouèrent, cette
fois , devant l'opposition intéressée de l'Université de
Louvain.
Si l'on s'explique que, pendant son règne, on ait pu
l'accuser de vouloir assurer dans notre pays le triomphe
de l'ignorance (1), on comprend moins qu'une pareille
accusation ait pu se renouveler de nos jours (2). Toute la
vie d'Ernest de Bavière proteste contre une pareille
interprétation de ses actes.
Une tradition populaire , acceptée par maint historien ,
veut que le Prince-Évêque ait fait ériger, dans le quartier
d'Outre-Meuse, un splendide palais où il cultivait à l'aise
l'astrologie et l'alchimie.
S'il céda à cette passion , bien excusable à l'époque où
il vivait, il faudrait peut-être encore le lui pardonner, car
il n'hésita pas à transformer le palais où il se serait livré
à la recherche de la pierre philosophale et où il aurait
essayé de lire dans les cieux les arrêts du destin , en un
hospice qu'il confia à la Société de Miséricorde (Voyez
l'intéressant article consacré à la fondation d'Ernest ,
V° Bavière, dans les Rues de Liège, de M. Th. Gobert).
(i) Voyez, par exemple, l'analyse que donne M. H. Helbig d'un
livret extrêmement rare: Copie van het Placcaet van cTlnquisitie
ghemaeckt ende ghepubliceert by den nieuiven Bisschop van Luyck.
T. Hantwerpen. Anno 158-2. (Notices sur quelques livres rares du
XVIe siècle; Gand, 1864, pp. 9-11).
(2) Ferd. Henaux, Histoire de Liège.
— 484 —
Au surplus, le prince Ernest n'était-il pas bien plutôt
entraîné par un goût véritable pour l'astronomie et pour
la chimie que par le fol espoir de s'enrichir en transmutant
les métaux ou de découvrir, dans le cours des astres , les
secrets de l'avenir ? Il sera facile de se convaincre que
telle fut bien la noble passion d'un souverain dont on peut
ne point partager les vues politiques et même blâmer
certains actes, mais dont nul ne pourrait nier la vaste intel-
ligence : il suffira d'interroger les contemporains, de faire
appel à l'histoire, de rechercher les traces du mouvement
scientifique sous son règne et pendant les années qui
suivirent immédiatement; nous y trouverons des marques
nombreuses de son influence.
Et tout d'abord , Ernest de Bavière jouissait de la répu-
tation de savant.
En première ligne, nous pourrons invoquer le Témoignage
de notre illustre Juste-Lipse.
Obligé par le soin d'une santé toujours chancelante à
prendre les eaux de Spa (a), le grand humaniste, à son
retour de ce bourg déjà célèbre, s'arrêta à Liège et y
séjourna plusieurs mois. Ses entretiens avec quelques
savants de notre cité lui donnèrent la pensée de publier ses
cinq livres des Poliorcétiques (2), ouvrage sans nul doute
( 1 ) C'est probablement par erreur que Villenfagne place en 1605
un voyage de Juste-Lipse à Spa (* Histoire de Spa, lre éd. (1796),
pp. 135-136; * Histoire de Spa, 2e éd. ( 1803) , t. I, p. 201). Dans ses
* Recherches sur Vhistoire de la ci-devant principauté de Liège, 1817,
t. II, p. 395 en maintenant la date de 1605, il fixe un premier séjour
chez nous à Tannée 1592. C'est vers 1570 que Juste-Lipse s'arrêta une
première fois à Liège; ses entretiens avec le célèbre Charles Langius
donnèrent naissance à son traité de Constantia (V. ce traité, passim.,
et A. le Mire * Vita Justi Lipsii. Antverpiae , apud Dav. Martinium,
1609, p. 7).
(î) Justi Lipsii poliorceticmi sire de Machinis, tonnent is, telis.
Libri quinque. Antverpiae , ex officina plantiniana. Apud viduam , et
Ioannem Moretum. M. D. XCVI. ( Bibl. Gand , H-13201).
— 485 —
de haute valeur pour l'étude des antiquités romaines, mais
intéressant pour nous, Liégeois, par les nombreux person-
nages qu'il met en scène , par les circonstances qu'il
mentionne, enfin, par une dissertation où tout n'est pas
à rejeter, sur les origines de Liège, comme l'a montré
naguère M. Kurth, dans un savant mémoire {Les origines
de la ville de Liège, Liège, Grandmont-Donders , 1883,
pp. 22 et ss. )
Ce livre, éclos en quelque sorte sur le sol liégeois,
Juste Lipse le dédie au Prince dont il a reçu l'hospitalité,
et, dans une longue préface pleine de détails sur la famille
de Bavière, il justifiesa dédicace en ces termes : «.... Ista
sunt in Dignitate tuâ etgentis splendore quae me incitaue-
runt : sed et operis ut dixi , Argumentum . Quale id est ?
Mechanica sunt et Poliorgetica quae damus, ad oppu-
gnandum aut repugnandum. Dupliciter tibi conveniunt :
siue quia delectaris, ductu aetherij tui ingenij acrioribus
istis et subtilioribus » (Préf. fol. 6 v°).
Si cette dédicace se rencontrait seule, on pourrait croire
qu'il s'agit de quelque flatterie dont un érudit paie le bon
accueil qui lui a été fait à la Cour d'un prince ami du
luxe. Mais voici un second témoin que le même soupçon
ne saurait atteindre : c'est un autre belge , le Gantois
Lievin van Hulst (ou Hulsius), établi en Allemagne, et
livré à des études de numismatique et surtout de mathé-
matiques appliquées.
Hulsius avait commencé, en 1603, la publication, en
langue allemande, d'une série de traités sur les instru-
ments de mathématiques ( l) : il se proposait de leur con-
( 1 ) Je vais donner explicitement les titres de ces divers ouvrages,
parce qu'ils sont à peine mentionnés par les biographes de Hulsius,
ils sont d'ailleurs assez difficiles à rencontrer réunis.
* Tractatus primas instrumentorum mechanicorum Levini Hulsii
— 486 —
sacrer quinze monographies, mais la mort ne lui laissa le
temps que d'en achever quatre ; il ne put môme en faire
paraître que trois.
ocularis demonstratio novi geometrici Instrumenta, Planimetrum dicti.
Francofurti ad Mœnum, Ex officina Typogr. Wolfgangi Richteri
impensis Authoris. M. DG. V. in. 4° de 4 ff. n. en. 122 pp. 6. pli.
I tableau, impr. hors texte.
* Tractatus secundus.... quo dilue ideexponitur usus baculi ac noui
quadrantis tormentarii. M. DG. V. in 4° 17 pp. 3 pp. bl. 1 pi.
* Tractatus tertius.... quo traditur descriptio atque usus circini
proportionalis lusti Burgi.... M. DG. V. 4° 29 pp. 3 pp. bl. 15 pli.
Je possède de ces ouvrages un exemplaire dont toutes les figures
ont été coloriées avec le plus grand soin et rehaussées d'or et d'argent.
II en est ainsi notamment des armes du prince, au verso du titre.
Cet exemplaire paraît tiré sur grand papier, si on le compare avec
un autre exemplaire de ma bibliothèque. La tranche est dorée et
antiquée ; malheureusement la reliure a disparu et est remplacée
par un informe emboitage. Serait-ce l'exemplaire destiné à notre
Prince-Évèque ?
Voici les titres de l'édition allemande :
* Erster Tractât der Mechanischer Instrumenten.... Franckfurt, In
Verlegung desz Authorn. M. DG. IIII. 4° 2 ff. n. ch. 123 pp. 1 p. bl.
6 pi.
* Ander Tractât.... gedruckt zu Franckfurt am Mayn, duch Wolffgang
Richtern, In Verlegung desz Authorn. M. DC III. 4° 20pp. 1 pi.
* Dritter Traitât.... Franckfurt am Mayn, in Verlegung Levini
Hulsii Wittib. M. DG. VII. 4° 29 pp. ch. 3 pp. bl. 15 pi.
* Vierdter Tractât der Mechanischen Instrumenten Levini Hulsii.
Grundtliche Beschreibung desz Diensthafften unnd nutzbaren Instru-
ments Viatorii oder WegzâMers. — Gedruckt zu Frankcfurt am Mayn,
bey Erasmo Kempffern. In Verlegung desz Authorn. M. DG. XV. 4°
23 pp.
Ges quatre traités sont dédiés à HansReichard Brômser de Rudesz-
haim.
L. Hulsius est probablement mort, non en 1605, mais au commence-
ment de 1006, avant le mois de juillet, comme il résulte d'une lettre
de J. R. Zigler, à Kepler (Epistolae ad Joanem Kepleruin, 1718,
p. 354).
- 487 -
Il semble avoir réuni, pour ce travail, une riche biblio-
thèque, car il nous a conservé, dans l'introduction de ces
écrits, une longue liste d'ouvrages qu'il avait consultés.
Quoi qu'il en soit, après avoir écrit, et même imprimé
en partie ses travaux en allemand, il en publia une tra-
duction latine , et la dédia à notre Prince-Evêque :
Quapropter, dit-il, confi dens Illustriss . Cels. V. innataebene-
volentiae , eiusque erga studia matliematica aniori , ut
cxperientia propria clidici, non veritus sum haec, ( licet
tenuia, si labores hac in re à me suscepti, spectentur J
Illust. Cels. V. inscribere, dedicare, subq; eius Patrocinio
in lucem edere.
De nouveau, on le voit, c'est l'amour d'Ernest pour les
sciences que vient invoquer le mathématicien gantois.
C'est encore cet éloge que nous trouvons dans la
dédicace d'un livre dû au liégeois J. B. de Glen, Y Histoire
Pontificale (1) : a Des sciences et disciplines libérales, s'écrie
l'auteur, oserais-je présenter à V. A. versée en toutes
sciences & qui par une vivacité d'esprit a attainct à une
parfaicte encyclopédie. »
Faut-il encore signaler ici les vers que Dominique
Lampson , un autre savant , adresse à la Fontaine de
Tongres, et où il glisse adroitement l'éloge du Prince (2) ?
Cet éloge, l'historien Chapeaville le reproduit et l'amplifie
encore, et il signale en passant, que c'est aux connais-
sances du Prince Ernest que les Liégeois doivent de
connaître certaines richesses que recelait leur sol et qu'ils
négligeaient d'exploiter (3); car ce n'étaient pas seulement
(1) * Histoire pontificale, à Liège, chez Amoul de Corsvvarem,
l'an 1600.
(2) Voyez les vers qui figurent au commencement de l'ouvrage
intitulé : De la fontaine de fer de Tungre. Edition de 1583. Coll.
Capitaine. n° 8561.
(3) Chapeaville. Gesta, etc., t. III. p. 542-43.
- 488 —
les mathématiques que cultivait le souverain : la chimie
avait part à ses faveurs, et s'il faut croire un médecin
liégeois, il aurait fait lui-même l'analyse des eaux d'Ems.
Voici en effet ce que rapporte Henri de Heer , dès la
première édition de son Spadacrene(l ), publié deux ans
après la mort de l'évêque: « Ita de empsensibus aquis,
chymistarum nostri secidi corypheus, piae mcmoriae
Ernestus princeps meus, aluminosasne an nitrosas vocaret,
dubitavit, »
Enfin, l'immortel Kepler viendra nous apporter son
témoignage. Dans une lettre adressée au jésuite belge Odo
van Maelcote , dont nous retrouverons le nom dans cette
notice, il dit, en parlant des observations qu'il a faites des
taches solaires : Igitur lente convexa Telescopii optimi
quod habebarn ex concessu Electoris Coloniensis p. m.
radium Solis excepi.
Cette observation est postérieure, d'après la lettre même
de Kepler, aux premiers travaux de Galilée (1608) et
antérieure aux observations de Fabricius (1611).
C'est donc vers 1610 qu'il faut fixer ces recherches de
Kepler. D'un autre côté, Kepler est né en 1571 ; il n'est
donc pas probable qu'il eût reçu des instruments astrono-
miques avant l'âge de douze ans; or, Ernest de Bavière,
mort le 17 février 1612 , avait revêtu la dignité électorale
en 1583. C'est donc bien certainement à lui que le grand
astronome était redevable de Y excellent télescope dont il se
servait (2).
( 1 ) Spudacrene. Hoc est, fons spadanus ; eius singularia, bibendi
tnodus, medicamina bibentibus necessuria. Henricus ab Heer Tunger
Th. et Med. Doct. ex fide recensuit. Leodii. Apud Arn. de Corsvva-
remia, Typog. jur. Anno 1614. (Univ. de Liège. Coll. Capitaine, 8572).
Le passage cité se trouve au f1 EU. r°.
(2) Jocmnis Kepleri aliorumque Epistolae mut nue. Lipsiae, 1718,
in-f°, p. 550 ( Univ. Leod. 1, 128. 6).
— m -
Au surplus , nous ne devons pas être surpris de ces rela-
tions entre notre prince-évêque et l'homme illustre , pro-
tégé par ses cousins germains, les empereurs Rodolphe
et Mathias.
Ernest avait déjà servi de protecteur à un autre astro-
nome, le célèbre Tycho-Brahé. Celui-ci , en butte à toutes
sortes de vexations , avait dû quitter son observatoire de
Huenna et même sa patrie. Le comte de Rantzau ne crut
pouvoir mieux faire , pour procurer à l'illustre exilé une
position digne de son génie, à la cour de l'empereur, que
de s'adresser à l'électeur de Cologne , et de profiter à la
fois de son amour pour les sciences et de son influence sur
l'empereur et sur son secrétaire Barwitz.
Le prince-évêque ne manqua pas d'intervenir en faveur
de Tycho-Brahé; bien plus, il écrivit à Rantzau que si,
contre son attente, l'empereur ne mettait pas le savant
danois à même de poursuivre ses travaux, lui-même ne
. manquerait pas de lui en fournir les moyens (i).
Il s'en est donc fallu de peu que Liège n'eût la gloire
de donner asile au célèbre astronome (année 1598).
Notre prince ne se bornait pas à être un généreux
Mécène , le protecteur fastueux des savants : nous
l'avons vu en ce qui regarde la chimie, il travaillait
lui-même.
Il semble qu'il en fut ainsi pour la mécanique et les
mathématiques pures: c'est, en effet, ce que l'on doit
conclure des termes employés par un géomètre célèbre ,
Adrien Romain, dans sa dédicace à noire prince, de son
Canon triangulorum sphsericorum (2).
(0 Tychonis Bràhei, eqvitis dani Vita. Authore Pdro Gassendo.
Parisiis, Apud Viduam Math. Dvpvis. M. DC. LIV., pp. 169 et 182.
(Univ.Leod, I. I.S.).
(2) Adriani Romani Canon triangulorum sphœricontm. Moguntiae,
— 490 —
Le savant professeur de Louvain , et ensuite de Wurtz-
bourg, mentionne d'abord, avec complaisance, la protec-
tion que l'électeur accorda à Lazare Schoner, à Gérard
Stempel et Adrien Zelst , dont nous parlerons bientôt ;
il rappelle la joie qu'il a éprouvée en voyant, cinq ans
auparavant (donc en 1604), la sphère et l'astrolabe de
Gemma Frisius en la possession du prince ; puis il ajoute
ces paroles significatives : Ce que je pense de vos prof ondes
connaissances en mathématiques, ou plutôt ce qu'en
pensent les hommes les plus illustres , je le dirai d'un seul
mot : il en est peu, même parmi ceux qui se flattent du titre
de mathématiciens , que j'oserais mettre en parallèle avec
Votre Altesse; car bien que les sciences mathématiques
soient multiples, comme je l'ai montré ailleurs dans un
ouvrage spécial , Votre Altesse se les est rendues tellement
familières qu'elle est, au jugement de tous, parvenue au
sommet de chacune d'elles.
Les diverses machines, utiles pour la guerre et pour la
paix, d'une invention admirable , d'une exécution parfaite,
prouvent votre habileté et sont telles, que ceux qui prennent
le titre glorieux d'ingénieurs sont remplis d'admiration en
les voyant et avouent ingénuement que ce qu'ils regardaient
comme leurs inventions les plus sublimes, pâlissent au prix
des vôtres.
Passerai-je sous silence cette invention divine par laquelle
Votre Altesse a établi, entre les poids et mesures de tous
genres, une harmonieuse liaison au point que, sous une
seule dénomination civile , ou , pour parler en arithméti-
cien , dans une seule progression géométrique, tous les
poids, toutes les longueurs, toutes les surfaces, tous les
Ex officina Joannis Albini , Anno M. DG. IX. (Univ. Lovan. Scient.
325. Exemplaire d'Adrien Romain avec quelques corrections de sa
main. )
— 491 —
volumes trouvent leur mesure. Certes, tant que les arts
libéraux seront en honneur, tant qu'ils seront utiles , tant
que le monde lui-même subsistera, cette découverte excitera
l'admiration des hommes.
Ernest de Bavière avait sans doute rêvé de ramener
toutes les mesures à une seule unité. Hélas, malgré les
promesses d'Adrien Romain, sa découverte est tombée
dans l'oubli.
Les citations que nous avons faites montrent suffisam-
ment déjà la prédilection du souverain liégeois pour
l'astronomie , mais il en existe une preuve plus décisive
encore , c'est le fait qu'Ernest de Bavière entretenait à
Liège même, dans son palais, Gérard Stempel, de Gouda,
et Adrien Zelst , et que ces deux savants publièrent , à ses
frais, le premier livre de science sorti des presses lié-
geoises. Nous avons naguère , après bien d'autres , rappelé
ce détail de la vie du prince-évêque. Qu'il nous soit
permis d'y revenir, en consacrant quelques lignes au
travail des deux savants attachés à la cour de Liège. (1 ).
(1) * XJtriusque astrolabii tant particularis quant universalis
fabrica et usus , sine îtlUits Betis mit Dorsi adminiculo. Auctoritate,
auspiciis et impensis sermi principis Ernesti Elcctoris Coloniensis ,
Ducis Bavariae, &c. Studio vero , & industriel D. Gerardi Stenipelij
Goudani, & M. Adriani Zelst ij, in Lucent jam prinvum emissa. Leodii,
Typis Christian! Ouvverx, Typ. S. G. jurati. M. D. Cil. Cum Frivi-
legiis.
In-4° de 4 ff. n. ch. 204 pp, ch. 6 pp. n. ch. 1 pi. gr. représentant
l'astrolabe. Portrait de Stempel , à l'âge de 56 ans , gravé en 1602.
• L'exemplaire que je possède, relié en vélin blanc, avec ornements
dorés, porte sur les plats les armes de Maximilien, archiduc d'Au-
triche, grand-maître de l'Ordre teutonique, né en 1558, mort en 1618.
C'était le cousin germain d'Ernest de Bavière et , comme la plupart
des princes de sa maison , il s'occupait d'astronomie (V. J. Keppleri
Epistolae , op. cit. p. 418). Il y a donc lieu de croire que l'exemplaire
actuel provient directement d'Ernest de Bavière, qui l'aura adressé à
— 492 —
On sait de quelle importance fut, pour toute l'astronomie
du moyen-âge, l'instrument appelé Astrolabe. Mieux encore
que notre théodolite, il méritait le nom d'instrument uni-
versel , car à lui seul il pouvait constituer presque tout le
matériel scientifique d'un observatoire : il remplaçait à la
fois le cercle méridien et les cercles de l'équatorial ; il per-
mettait les observations dans tous les azimuths ; au besoin ,
il remplaçait les tables numériques et servait à la solution
graphique de tous les problèmes d'astronomie.
Fondé sur le principe de la projection stéréographique ,
il avait été l'objet de mainte modification, mais toutes ces
transformations, de peu d'importance, permettaient
cependant de classer les instruments en deux groupes;
V Astrolabe particulier et V Astrolabe universel, (l). Stempel
son cousin. C'est le seul , à ma connaissance, qui contienne le portrait
■de Stempel. 11 existe, de ce livre, un exempl. incomplet à la Bibl. de
l'Université de Liège, collect. Capitaine, 3907, un exemplaire com-
plet (sauf le portrait) à l'Université de Gand (math. 1003), un autre
exempl. incomplet dans le même dépôt.
M. de Theux en possède également un exemplaire , qui ne doit
contenir ni le portrait, ni la planche, car il n'en indique pas l'exis-
tence dans la Bibliographie liégeoise.
11 existe , de l'ouvrage de Stempel, une édition d'Arnhem , de 1619,
in-4°. Elle est mentionnée, à l'exclusion de celle de Liège, par Fr.
Sweertius, Athenae Belgicae ,p. 286 jValere André (1643), p. 284;
Foppens, p 360. Lalande, dans sa Bibliographie de /' Astronomie, qui
mentionne pp. 139 et 172 les éditions de 1602, et 1619, indique une
édition d'Arnhem, 1629, in-4°. Cette édition de 1629 n'existe proba-
blement pas plus que celle de 1609, signalée dans la Bibl. générale de
l'astronomie de MM. Houzeau et Lancaster.
(l) La théorie de ces instruments est spécialement exposée dans
l'ouvrage de J. Stoefler. * Elucidatio fabricae ususque astrolabii,
Impressum Oppenheym. Anno 1512, qui a été souvent réimprimé,
la dernière fois probablement à Cologne en 1594 (Univ. Leod 1. 132,2);
et dans celui de Gemjia Frisius. De Astrolabio catholico liber , dont
un exempl. de l'édition d'Anvers 1583, se trouve à l'Université,
I. 105. 1.
— 493 —
et Zelst simplifièrent considérablement les deux espèces
d'Astrolabes en en supprimant toute une partie ; ils mon-
trèrent , en suivant pas à pas la marche du célèbre astro-
nome Gemma Frisius, que l'on pouvait , à l'aide de leur
instrument simplifié, résoudre les questions comme à
l'aide de l'instrument primitif. La face restée libre était
utilisée pour une projection stéréographique du globe
terrestre. (1).
C'est aussi sous le règne d'Ernest de Bavière que nous
rencontrons Gilles Guillon, l'auteur des premiers ouvrages
de mathématiques pures imprimés à Liège.
Il débuta par un traité d'arithmétique ( 2 ) , sorti des
presses de Léonard Streel en 1604. Il le dédie à François
et Maximilien de Billehé , fils de Charles de Billehé, l'un
des interlocuteurs de Juste-Lipse dans le traité des Polior-
cétiques. Le privilège, daté du 18 décembre 1603 , est
signé de Wachtendonck , un autre des personnages qui
prennent part aux entretiens de l'illustre humaniste.
Ce livre, il faut l'avouer, ne se distingue par aucun
mérite spécial : c'est un simple traité d'arithmétique pra-
tique, entremêlé de réflexions contre les hérétiques.
L'auteur s'excuse de ce mélange qu'il n'a fait, dit-il, que
pour servir d'antidote contre la malice de Léon Mellema
( 0 Le principe delà modification introduite par Stempel et Zelst
est approuvé par Isaac Habrecht dans son * Planiglobium coelcste
ac terrestre, p. 21 de l'éd. de 1666, donnée par Jean Christophe
Sturm, à Nuremberg.
(2) Institution de V 'arithmétique arec les gettons et la croye, etc.,
composée nouvellement par Giïle Guillon , Pasteur de S. Marguerite,
près la Cite de Liège. Et dédiée aux Nobles et Généreux Seigneurs
François et Maximiliande Bille. A Liège, par Léonard Streel, impri-
meur iure. M. D. GlIIL
ln-8°, 8ff. n. ch. 237 pp. 3 pp. n. ch. Parachevé le 12 en mars 1604.
(Univ. Leod.I. 9. 2).
— 494 —
lequel sous prétexte d'esclercir l'arithmétique introduit une
pérégrination avec intention de renverser par ses irrisions
et blasphèmes l'Eglise Romaine.
C'était le premier essai du curé de Sainte-Marguerite.
Entraîné par son amour des sciences, Guidon résigne
sa cure et se rend à Rome , où l'enseignement des mathé-
mathiques était entre les mains du célèbre jésuite Chris-
tophe Clavius. On peut conclure d'un passage du livre (l)
que nous allons mentionner que le prêtre liégeois consacra
trois ans à l'étude de sa science favorite. C'était peu pour
en parcourir le cycle , surtout à cette époque où les
méthodes ne brillaient pas toujours par la concision :
d'après notre auteur, cinq années n'étaient pas de trop
pour étudier l'arithmétique , l'algèbre et la géométrie ,
« car a un diligent et ingénieux disciple pour bien com-
prendre & apprendre Vart (d'arithmétique), il faudrait
pour le moins un an entier, deux pour la géométrie &
autant pour l'algèbre. Il est vrai qu'à son arrivée à Rome,
notre compatriote n'était plus un ignorant.
. Quoi qu'il en soit, c'est vers 1610 que Guidon revint à
Liège ; c'est donc vers 1607 qu'il faut placer son départ
pour Rome, et c'est entre ces deux dates qu'il fut un des
auditeurs du père Clavius.
Séduit par la clarté d'exposition qui distinguait l'illustre
réformateur du calendrier, Guidon résolut de traduire
Y Algèbre (2) que son maître venait de publier. Il se mit à
( i ) L' Algèbre de Christophe Clavius , de la Société de Jésus , mathé-
maticien, sommairement recueillie, et traduite du Latin par Gille
Guillon, prestre liégeois, du collège de S. Martin, enrichie, etc.
A Liège, chez Léonard Streel, imprimeur iuré, à S. Sébastian,
derrière S. Pierre. M. DG. XII. in-4°. 8 ff. n-ch. 282 pp. ch. 7 (T. n-ch.
(Univ. Leod., I, 18. 1).
(2) * Algébra Christophori Clavli Bambergensis e Socictate Jesu.
Romae. Apud Bartholomaeum Zannettum. Anno M. DG. VIII. Supe-
riorum permissu.
— 495 —
l'œuvre le 10 novembre 1610 et, après quatre mois de
labeur, il avait achevé son travail le 9 mars 1611.
Notre géomètre eût pu mieux choisir, surtout s'il voulait
faire progresser sa science de prédilection.
L'Algèbre de Clavius a , on ne le peut nier, des qualités
de clarté, mais elle n'est pas ce que l'on eût pu espérer de
l'astronome qui, dans la question du calendrier, eut l'avan-
tage sur Viète , du savant commentateur d'Euclide , de
l'auteur d'un des meilleurs traités d'arithmétique du
XVIe siècle.
Bien qu'il cite les travaux de Cardan, de Bombelli, de
Viète, Clavius ne se les approprie point ; il ne dépasse pas
les équations du second degré et son livre n'est, à vrai
dire, qu'une rédaction nouvelle de l'œuvre maîtresse de
Michel Stifel, Y Arithmetica intégra (î).
Clavius n'a accentué en aucune manière le magnifique
mouvement qui , au XVe siècle et au commencement du
XVIe, avait fait des pays de langue germanique le centre
des progrès de l'algèbre ; il ne fut pas le continuateur de
la grande école des Regiomontan , des Christophe Jauer ,
des Stifel ; il ne fut que le pâle reflet de ce dernier et,
chose étrange, il ne le cite pas, au moins dans l'édition
originale de son Algèbre.
Une seule fois, dans l'édition in-folio parue à Mayence
en 1612 et qui fait partie <le ses œuvres complètes,
figure le nom du célèbre algébriste, avec la qualification
de nobilis arithmeticus. Clavius aurait-il sciemment évité
de citer le nom du grand mathématicien , une des gloires
de la patrie allemande ? La mention qu'on trouve dans
(i) * Arithmetica intégra Authore Michaele Stifelio. Campraefatiouc
Fhilippi Melanchtonis. Norimbergae apud Johann. Petreium. Anno
Christi M. D. XLIIII. (Bibl. de l'Univ. de Leiden, 534. F. 21. La bibl.
plantinienne d'Anvers en possède également un exempl. )
— 496 —
Sédition de Mayence, et qui ne figure pas dans celle de
Rome, ne ferait-elle pas croire plutôt que le censeur aura
fait disparaître du texte de cette dernière toute trace du
fougueux géomètre qui voyait dans le pape Léon X la
bête de l'Apocalypse ( l ) ?
Mais il est temps de revenir à notre traducteur.
Guillon, avant d'étudier sous la direction de Clavius,
s'était familiarisé avec la règle de la chose. Il fait précéder
la traduction de l'Algèbre d'un avant-propos de 57 pages ,
exposé suffisamment clair des opérations de l'arithmétique,
y compris l'extraction des racines de tous les degrés. C'est
pour cet objet qu'il reproduit, à la suite de Stifel, comme
la plupart des géomètres du XVIe siècle, le tableau qui devait
devenir si célèbre sous le nom de triangle arithmétique de
Pascal (2). Il y cite, à diverses reprises, le traité d'Etienne
de la Roche ( 3 ) , et l'on voit aisément à ses citations qu'il
a eu cet ouvrage entre les mains. Il le cite encore dès les
premières lignes de sa traduction et lui emprunte sa défi-
nition de l'algèbre, que la Roche n'avait fait lui-même
qu'emprunter à Nicolas Chuquet (4).
(i) Au sujet d'autres aberrations de Stifel, on peut lire une curieuse
note de M. Terquem, insérée au Bulletin de Bibliographie, d'Histoire,
et de Biographie mathématiques, t. I, pp. 81-82. (Univ. Leod., I. 1. 11).
(2) * Traité du triangle arithmétique avec quelques autres petits
traitez sur la mesme matière , par Monsieur Pascal. A Paris , chez
G Desprez. M. DG. LXV.
( n ) * U Arismetique & Géométrie de maistre Estienne de la Roche
dict Villefranche, etc. On les uend à Lyon, à l'enseigne de la Sphaere
cheulx Gilles et Jaques Huguetan frères, 153S. La lre éd. est de 1520.
Voir 6ur ce livre le Bullettino de prince Boncompagni , t. XIII.
(1) * Le triparty ru lu science des nombres , par Maistre Nicolas
Chuquet , parisien.
Cet important traité du XVe siècle a été publié dans le Bullettino
du prince Boncompagni, t. XIII, 1880 (et supplément en 1882) par
notre savant ami, M. Aristide Marre.
- 497 -
Il mentionne également l'Algèbre de Jacques Peletier (l)
et rapporte à peu près textuellement sa définition de
l'algèbre. Le nom de Tartalea revient à plusieurs reprises
sous sa plume.
Par la traduction de l'Algèbre de Clavius, Guillon ne
put donc faire progresser la science d'une façon appré-
ciable, mais il eut peut-être l'avantage de lui gagner des
adeptes dans notre pays, surtout si l'on en juge par les
pièces de vers qui lui sont adressées et qui, suivant l'usage
du temps, sont insérées dans son ouvrage. L'impression
de son livre est d'autant plus à signaler que, pendant au
moins deux siècles, on attendra l'apparition, à Liège, d'un
nouveau livre d'algèbre (2).
Il n'est point surprenant que nos imprimeurs ne fussent
point outillés pour imprimer le traité de leur compatriote ;
ils ne possédaient point les signes cossiques dont Clavius
faisait encore usage. Guillon dut recourir, pour obtenir
ces caractères, à un graveur liégeois, Lambert Damery, qui
était en même temps géomètre ; c'est au moins ce que
l'on peut conclure des vers que l'auteur adresse à son ami:
Lambert o d'Ameri mathematico.
et sculptori Leodiensi.
Te quoque crede operis cTAmeri Lamberte manebit
Insolitos propter gloria magna typos.
Belgica te solum qui Gossica signa pararet
Repperit aut faciles ad mea scripta Cubos.
Ipsa quoque inuentrix artis Germania tantae
Diciturad numéros obstupuisse tuos.
Plus minus ad signum cum Radicale reponis,
Ostendis magna quantus in arte fias.
Viue, nouosque emitte Globos, Lunaeque recessus
Accessus Solis perdoceasque nouos.
(i) * L' Algèbre de Jaque* Peletier du Mans ; départie an deits
Liures. A Très illustre Signenr Charles de Cosse, Maréchal de France.
A Lion, par Ian de Tournes. M. D. LIIII Avec Priuilege de la Gour.
(2) Je ne pense pas me tromper en disant que le premier traité
d'Algèbre, édité à Liège, après celui de G. Guillon, est V Algèbre de
M. Forir, imprimé chez P. J. Collardin, en 1825, et souvent réimprimé
depuis.
- 498 -
Les derniers vers font allusion à un autre fait, que nous
rapporterons tantôt, concernant le graveur liégeois,
et où nous trouverons réunis les noms de Damery et
d'Odon van Maelcote, un savant astronome qui n'épargna
point les éloges au livre de Guillon, à ce que rappelle le
chanoine Oley dans son approbation de cet ouvrage.
Mais il nous faut, avant de quitter Gilles Guillon, men-
tionner ce que nous savons de ses dernières années.
De retour dans sa patrie, l'ancien curé de Ste-Margue-
rite avait obtenu une prébende de chanoine dans l'église
collégiale de S'-Martin, mais il semble tourmenté du
besoin de quitter de nouveau son pays : le repos paraît
lui peser. Aussi le voyons-nous bientôt en Bourgogne,
à Grancey, dont il devient doyen ( ] ).
Il trouva le temps, tout en remplissant les devoirs de sa
charge, d'enseigner les mathématiques aux enfants du
comte de Grancey.
Il s'agit sans doute des fils de Pierre Rouxel, baron de
Medavy, comte de Grancey par son mariage avec Char-
lotte de Hautemer, fille de Guillaume, comte de Grancey,
maréchal de France (2).
S'il en est bien ainsi, ses élèves lui firent honneur ;
l'un, Jacques, comte de Grancey, né en 1602 , maréchal
de camp dès 1636, devint, après une disgrâce passagère,
maréchal de France et chevalier de l'Ordre (3) ;un second,
(0 Valère André, * Bibliotheca Belgica, p. 26 (Ed. de 1643);Villen-
facne, * Mémoires pour servir à l'histoire civile, politique et littéraire
du ci-devant Pays de Liège, pp. 269-271.
(î) Voy. Moreri, V° Rouxel, (t. VII, p. 218 de l'éd. de 1740).
(3) [A la bataille deThionville(7 juin 1639)] la cavalerie Françoise
ne fit rien qui vaille, l'Infanterie gueres mieux. Et l'on s'en prit au
Comte de Grancey, Maréchal de camp, depuis, Maréchal de France,
et au Marquis de Praslin, Mestre de camp General de la cavalerie,
qui en furent mis à la Bastille ( * Discours du comte de Bussy
Rabutin a ses enfaus sur le bon usage des adversités, et les divers
événemens de sa vie. Paris, Anisson, M. DG. XGIV. p. 200.)
— 499 —
François, fut archevêque de Rouen , et le troisième ,
Guillaume, tige des comtes de Marey, maréchal de camp.
Celui-ci mourut de blessures reçues au combat de Briare,
en 1652.
Guillon ne put voir la haute fortune à laquelle par-
vinrent ses disciples : accablé de maladies, il mourut à la
fleur de l'âge, dit Valère André, regretté du comte de
Grancey et de ses enfants.
Si , comme il est probable , Valère André rapporte
exactement les circonstances, Guillon dut mourir avant
1618, car le comte Pierre de Grancey, mourut lui-môme
le 31 décembre 1617. Ce serait alors une erreur d'Abry
d'avoir fixé à 1620 l'époque de la mort du mathématicien
liégeois (î)
Outre les ouvrages que nous avons cités , Guillon fit
paraître un livre intitulé : De invocatione et intercessione
sanctorum , unà cum Vita Sli-Leonardi ; il laissa manus-
crits une Métlwde de fortification, un Abrégé d'Arithmé-
tique , une Optique, un traité d'Astronomie. (V. Valère
André, loc. cit.).
Nous pouvons maintenant revenir à Damery et à Van
Maelcote.
Ce dernier, né à Bruxelles, avait écrit, avant son départ
pour Rome, vers 1600, un petit traité de l'Astrolabe. Il
en avait confié une copie à Lambert Damery. Celui-ci grava
le dessin de l'instrument. Nous n'avons pas eu l'heureuse
fortune de découvrir d'exemplaire de cette figure , mais le
fait est attesté par lo fils de Lambert, Léonard Damery,
dans la préface d'un petit opuscule qu'il fit paraître à
Bruxelles en 1607.
Cet opuscule n'est autre chose que la description som-
(i) Les hommes Illustres delà nation liégeoise, p. 76.
— 500 —
maire (1) de l'astrolabe de van Maelcote. L'astronome
bruxellois avait eu une idée heureuse qui , de nos jours ,
a été appliquée à un objet bien différent.
L'astrolabe, comme nous l'avons déjà dit, a pour principe
la représentation stéréographique de la sphère; de cette
façon les cercles de la sphère se conservent dans l'image,
mais il arrive que les points voisins du centre de projec-
tion sont projetés en dehors du tableau.
Van Maelcote, comme il y a quelques années, C. Neu-
mann dans la théorie des fonctions d'une variable imagi-
naire, prend deux centres de projection diamétralement
opposés.
La description de l'instrument de van Maelcote, com-
paré aux autres du même genre , fait l'objet d'un livre plus
étendu que l'opuscule de Damery, livre publié à Rome
en 1610 par Valerianus Regnartius Belga (2). Ce nom ne
serait, d'après Ad. Quetelet, qu'un pseudonyme de van
Maelcote ; il nous semble plus probable que V. Regnartius
est un élève du savant Jésuite, qui aura voulu contribuer
à la gloire de son maître, comme l'avait fait avant lui,
Léonard Damery.
Nous avons mentionné tantôt le père de Léonard, Lambert
Damery. Outre les travaux de gravure que nous venons
de citer, Lambert a laissé un traité de géométrie pratique,
resté manuscrit et qui se trouve aujourd'hui à la Biblio-
thèque nationale de Paris (3).
(0 Astrolàbium aequinoctiale Odonis Malcotij Bruxellensis. E socie-
tate Iesu. Per modum compendij. A Leonardo Damerio Leodiensi in
lucem editum. Bruxellae, Apud Rutgerum Velpium Bibliop. jur 1G07.
8° de 8 ff. n. ch. ( Bibl. roy. de Belgique, Fonds van Hulthem 8416).
(2) * Astrolàbiorum scu utriusqueplanisphaerii universalis et particu-
laris usus. Per modum compendii traditus a Valeriano Regnartio
Belga. Bomae ap. Barth. Zannettum. M. D. GX.
(3) Ms. français 2058 (Mazarin). Livre contenant les partie est
- 501 —
A notre connaissance, les deux Damery, dont nous
venons de rappeler le souvenir , ne sont mentionnés par
aucun biographe ou historien liégeois.
L'algèbre de Guillon avait paru l'année même de la mort
d'Ernest de Bavière; l'avènement de son successeur,
Ferdinand , l'ut salué par un autre mathématicien liégeois
dont il ne reste guère que le souvenir.
Otger (ou Oger) de Vivier (du Vivier, des Viviers, à
VivariisJ , né à Villers S'-Siméon , chanoine et chapelain
de Sl-Jean-Evangéliste. fut, paraît-il, un helléniste et un
mathématicien distingué (1). A l'occasion de l'inauguration
de Ferdinand de Bavière, il publia chez Léonard Streel,
un travail dont le titre a bien quelque apparence astrolo-
gique : De constitutione figarae coelestis tempore Inau-
gurationis Ferdinandi , Principis Leodiensis die xxvii
Januarij anno clo. loc. xiii, in-4°.
L'auteur est cité en 1618 et en 1634 (2).
Nous serions bien tenté d'assimiler à Otger de Vivier YOt-
gerus,vir doctus ne peritus mathematicus qui, à la demande
de Wendelin, observa à Liège l'éclipsé de lune du 27
octobre 1632; le chanoine de S'-Jean vivait encore à cette
époque et il semble le seul liégeois auquel s'appliquent les
usages du quarré géométrique, par Lambert Damery, ligeois (sic)
XVIIe siècle. (Cat. des Mss. français de la Bibl. impériale, t. I. p. 353.
Col. I. et Invent, général des Mss. français de la Bibl. nat. par Léop.
Delisle, t. II. p. 240, Paris, 1878.
(\) Mathematicus insignis, ac Graecè Latinèque insigniter eruditus
dit Valère André, Bibl. Belgica, p. 709. Paquot et Becdelièvre
délayent quelque peu la notice de cet ancien bibliographe, sans y
rien ajouter.
(s) Annuaire de la noblesse de Belgique, 1862, généalogie de la
famille du Vicier , p. 230.
- 502 -
qualificatifs employés par Wendelin, si voisins de ceux
dont Valère André fait usage, (l).
Vers la même époque vivait à Liège un autre géomètre
dont, heureusement les œuvres subsistent; nous voulons
parler de Jean Galle.
Son père était originaire du Hainaut, de la ville de
Mons ; mais lui-même , à ce qu'assure Valère André , était
né à Liège. Il prend d'ailleurs la qualité de liégeois dans le
titre d'un de ses ouvrages, et l'un de ses amis I. B. de H.
(probablement Ioannes Baptista de Helmontj la lui donne
dans la pièce de vers suivante qui orne un de ses écrits :
Domino
Ioanni Galleo
Propugnaculorum Belgii
Praesidi , Matheseos bellici Archipraefecto , Leodio ,
Amico suo singulari,
I. B. de H. hoc disticho Ambrosiam , ut potuit , solvit.
Nova placent, ut aptamagis, facilisqiie Minerva
Arridet tnagis : hic sant tria iuncta simul.
Ergo doces numéros Gallaee, ut dinumeremus
Ingenii dotes, quas Jtabes impar Aies.
Ces vers nous apprennent que Galle était ingénieur
militaire, inspecteur général des fortifications, au moins
en 1616, époque à laquelle parut le livre où ils sont
insérés (2),
Ce livre, abrégé d'arithmétique, est dédié à l'arcbiduc
Albert. Dans sa dédicace , l'auteur parle de sa principale
(i) Gotifredi Wendelini Eclipses Lunares. Antverpiae, ap. H.
Verdussium , M. DG. XLIV, p. 100 (num. par erreur 110). (Bibl.de
l'Observatoire royal de Bruxelles).
(2) Nouveau Epitome d'arithmétique. Par I. G. A Liège, Par Léo-
nard Streel, Aux despens de l'auteur , l'an M. DG. XVI.
8° 4 ff . n. cb. comprenant le titre, la dédicace signée J. Galle et
les vers rapportés ci-dessus. 123 pp. cb. L'exempl. de la Bibl. Capi-
taine (3S37) porte sur un débris de feuillet de garde : Luur. de Mean.
Os, JJono Autiioris.
- 503 —
découverte de la manière suivante : I'ay soubs Vostre
règne & siècle de Saturne , voulu révoquer l'Arithmétique
en sa première simplicité , voir telle compendieuse simpli-
cité, & splendeur par dix petits bastons D'autres en ont
voulu faire le coup d'essay, mais par multiplicité difforme,
ont plustot mis ceste façon en obscurité , & desespoir que d'y
apporter quelque lumière. le I'ay seul mis en sa dernière
perfection
L'auteur ne décrit point sa méthode, mais il suffit de
parcourir son livret pour s'assurer qu'il s'agit des bâtons
qu'on appelle ordinairement baguettes de Neper (1). Jean
Galle a dû exposer la théorie de ses bâtons dans un second
ouvrage, imprimé à Paris en 1635 , et que nous n'avons pu
rencontrer jusqu'à ce jour. Un exemplaire faisait partie de
la riche bibliothèque de Michel Chasles ; en voici le titre :
Nouvelle invention d'apprendre l'arithmétique par le
moyen de dix 2~>etits bâtons , avec l'unzi'eme servant à
l'extraction des racines quarrées et cubes, par le sei-
gneur J. Galle, mathématicien Liégeois. Paris, 1G35,
in-8% flgg. (N° 2013 du Cat. de M. Chasles).
Au surplus, la découverte de J. Galle, àVec la figure
des bâtons , est donnée par /. Tielens , chanoine de
Sl-Denis , à Liège, dans un traité d'arithmétique paru en
1630 (2) ; le même chanoine revint sur cette méthode
dans un second écrit publié en 1640 (3).
(i) * Rabdologiœ seu numerationis per virgulas libri duo. Authore
Ioanne Nepero Barone Merchistonij, s.coto. Lugd. Bat. M.DG. XXVIII.
La première édition est d'Edimbourg, 1617.
(2) Arithmeticae calamo, calculo et creta prompte exercendae ratio,
etc. Apud Léon. Streel, Typ. jurât. 1030. 8° de 1 F et 174 pp., ch. Le
titre est donné en latin , français et flamand.
(3) Table nouvelle, etc. Et puis après l'usage des bastons nouveaux.
L. Streel, 1640.
Je cite ce dernier ouvrage d'après la 2e éd. de la Bibl. Liégeoise de
M. de Theux. Col. 141. M. deTheux en possède un exemplaire.
- 504 -
11 se présente ici, comme l'on voit, une petite question
de priorité.
L'ouvrage de notre compatriote parut en 1616 ; l'auteur
— nous avons rapporté ses paroles, — s'attribue bien expli-
citement l'invention. I)'un autre côté, la rabdologie de Neper
parut en 1617, et nous pouvons noter, pour préciser, que
l'auteur mourut le 3 avril de cette année. Le baron de
Merchiston est non moins catégorique ; on dirait même
qu'il imite notre géomètre , lorsqu'il dit , dans sa dédicace
à Alexandre Seton : Ut autem libellum de Fabrica & usu
virgularum publici juris facerem, hoc imprimis impulit ,
quod eas non solum viderem permultis ita placuisse, ut
jam ferè sint vulgares , Se in exteras etiam regiones
DEFERANTUR I Sed....
Faudra-t-il croire que J. Galle n'a fait que reproduire,
inconsciemment peut-être , l'invention due au fertile génie
du baron écossais ? Pour notre part, nous ne le pensons pas ;
nous croyons bien plutôt qu'il y a là une de ces coïncidences
de découvertes, si fréquentes dans l'histoire des sciences,
et d'ailleurs parfaitement explicable dans le cas actuel, car
on peut se demander comment la rabdologie n'a pas été
inventée dès le XIII0 siècle et même avant. Il suffisait , en
effet, de songer à l'un des procédés de multiplication dont
on trouve des traces dans le système de YAbacus (l) ,
exposé, depuis Léonard de Pise (2), dans la plupart des
livres d'arithmétique.
(i ) Voyez, dans le beau travail de Friedlein : Die Entivickelung des
Bechnens mit Columnen (Schloemich's Zeitschrift, X., p. 257),
l'exemple de multiplication de 24 par 6, sous la forme
X
-2-1
I
(î) * Il Liber Abbaci di Leonardo Pisano pubblicato da B. Bon-
compagni, Roma, M. DCGG. LVII. Vol. L, p. 19.
C'est la méthode que F. Luca Pacioli appelle per Gelosia (jalousie,
_ 505 -
Jean Galle ne se contenta point d'étudier, à Liège, les
mathématiques ou même d'inspecter les forteresses des
Pays-Bas; nous le rencontrons à l'étranger où nous le
voyons mettre à profit un voyage sur l'Adriatique pour
élucider, par l'expérience, une question fort importante
pour l'époque.
L'on sait que les adversaires des idées coperniciennes
prétendaient que , dans l'hypothèse du mouvement de rota-
tion de la terre , une masse pesante , abandonnée du haut
d'un édifice élevé , ne devrait pas décrire une verticale et
tomber au pied de l'édifice, mais dévier vers l'ouest.
Les partisans des idées nouvelles répondaient, avec
raison, semble-t-il, que, s'il en était ainsi, un corps pesant
tombant du pont d'un navire en marche, à fond de cale,
devait dévier vers la poupe. Les anti-coperniciens réfutaient
cet argument par une foule de mauvaises raisons qui, pro-
bablement, ne satisfirent point notre géomètre : celui-ci
voulut faire appel à une expérience directe. Pour cela, du
haut du grand mât d'une galère vénitienne, il laissa tomber,
sur le pont, une masse de plomb. Faite dans de pareilles
conditions , il était difficile que l'expérience donnât des
résultats décisifs : en effet, la masse tomba, non pas au
pied du mât, mais dévia vers la poupe.
Plus tard , Libert Froidmont tira parti de ce fait dans sa
querelle avec Jacques Landsbergen (1).
treillis, persienne ) dans sa Summa (1494). (Voyez * Scritti inediti
del P. D. Pietro GosssM juibblicati da B. Boncompagni. Roma, 1857.)
V. encore Orontii Fiuei Arithmetica practica. Parisiis, Ex off. Sim.
Colinaei. 1537, p. 11 (Univ. Leod., I. S. 6). A partir du XVIP siècle,
et même à la fin du XVIe, ce procédé , fort ingénieux , disparaît
complètement. M. Chasles {Aperçu historique, 2e éd., 1875, p. 534)
le l'ait remonter aux Hindous ; il y voit , avec raison , le principe des
bâtons de Neper.
(0 Ces faits sont rapportés dans deux ouvrages de Libert Froid-
34
— 506 —
Le voyage de Galle eut lieu avant 1630 : c'est tout ce
que nous pouvons affirmer. Nous ne savons rien de plus
de notre ingénieur militaire; nous trouvons, dans le testa-
ment de René-François cle Sluse (1685), la mention d'un
François Galle , chanoine de Ste-Croix ; ailleurs , vers
1626 , d'un Ferdinand Galle : il est probable que ce sont
des parents du savant liégeois.
Pendant que l'ingénieur de l'archiduc Albert apportait
aux sectateurs de Ptolémée , l'appui d'une prétendue véri-
fication expérimentale de leurs théories, un modeste curé
de village embrassait avec ardeur les idées nouvelles et,
tout en conservant l'amitié de ses adversaires scientifiques,
méritait l'épithète de Keplé-Copernicien, que lui donne
Libert Froidmond (i).
Ce savant prêtre , une des plus grandes illustrations de
l'ancien pays de Liège, c'est Godefroid Wendelin (2).
Ses contemporains, Valère André et Mantelius, nous ont
raconté sa carrière aventureuse ; mais ils en rapportent
seulement les traits principaux et non sans erreurs.
Wendelin mérite mieux qu'une simple notice dans un
recueil bibliographique ou dans la monographie d'une ville.
Ami de Gassendi, de Peiresc , du P. Petau , de Mersenne ,
mond. Lïberti Fromondi Ant-Aristarchus sive Orbis terrae immdbilis
liber unions. Antverpiae, ex offlcina plantiniana Balth. Moreti.
M.DG XXXI. (Bibl. roy. de Bruxelles, Fonds vanHulthem, n° 8342),
p. 48, et Liberti Fromondi Vesta sive Ant-Aristarchi Vindex.
Antverpiae, ex officina plantiniana Balth. Moreti. M. DC. XXXIV, p. 55
(Univ. Leod. 1, 110, 8).
(i) Lib. Fromondi Vesta, etc., p. 65.
(-2 1 J'espère pouvoir, dans un avenir assez rapproché, consacrer un
travail plus étendu à G Wendelin , en mettant à profit les nombreux
renseignements réunis par réminent conservateur des manuscrits à
la bibliothèque royale de Bruxelles, M. Gh. Buelens , matériaux que
ce savant a mis gracieusement à ma disposition.
— 507 —
de J. J. Chifflet, d'Er. Puteanus, de Saumaise, de G. Naudé,
de Constantin Huygens, de René-François de Sluse, estimé
du grand Descartes , il tient une place considérable dans
l'histoire intellectuelle de notre pays.
Enfant de la vieille terre flamande, il semble, comme un
grand nombre de ses compatriotes , posséder le don des
langues : le latin, le grec et l'hébreu lui sont familiers. Sa
connaissance de l'ancienne langue thioise le met à même
d'essayer l'explication des termes franciques qui abondent
dans la loi salique (l); s'il ne réussit pas toujours, au
moins fait-il preuve partout d'une grande sagacité et les
solutions qu'il présente sont-elles celles que la science de
son temps permettait, ou même vont au delà.
Né à la fin du XVI0 siècle, il paraît avoir hérité de
l'ardeur inquiète de cette époque, de son besoin immense
de savoir, de cette persistance au travail qui crée les érudits
encyclopédiques ; mais, d'un autre côté, c'est bien l'homme
du XVIIe siècle , que tourmente le désir de connaître les
grands phénomènes du monde matériel, qui expérimente
et qui observe avec une précision presqu'inconnue à ses
contemporains, qui poursuit , pendant de longues années,
des observations afin d'en déduire des lois naturelles :
Wendelin a réuni en .lui les qualités des deux siècles.
Wendelin naquit à Herck (2) le 6 juin 1580 (v. s.)
( i ) Ce n'est pas ici le lieu de parler de ce travail de G. Wendelin;
il est intitulé: Leges salicae illvstratae: ïllarvm imt«li>< suJvdi démons-
tratvm: cvm glossario salico vocvni advaticarvm. Antverpiae, ex ofti-
cina plantiniana Bal th. Moreti. M. DG. XLIX. L'auteur en préparait
une seconde édition, ainsi qu'on peut s'en convaincre à l'inspection
de l'un des exemplaires de cet ouvrage, qui se trouve à la bibliothèque
royale de Bruxelles, Section des Mss., 14538-39, et qui est couvert
d'annotations de la main de Wendelin.
(2) Certains auteurs le font naître à Luinmen (*Edw. van Even,
Gescliiedcnis van Diest, 1847, p. 53) ; cependant Mantelius {Hasseletum,
— 508 —
Nous ne savons presque rien de sa famille; elle devait
posséder une vaste exploitation rurale, car notre astronome,
parlant de l'éclipsé de lune du 30 décembre 1590, dit qu'elle
fut observée vers deux heures et quart du matin par ses
veilleurs ( excubitoribus nostris); c'était certainement une
famille aisée, car, outre l'illustre savant qui poursuivit fort
loin ses études , ses frères Nicolas Wendelinus et Jacques
Acanthius (? ) étaient à même d'observer les phénomènes
célestes et possédaient assez bien le latin pour écrire dans
cette langue des vers en l'honneur de leur frère.
Il y avait d'ailleurs à Herck une école latine , dirigée par
Henri Alen, où Godefroid Wendelin fit ses premières études ;
il s'y distingua si bien qu'à l'âge de treize ans il écrivait des
ïambes latins qui excitaient l'admiration de tous.
A la fin d'avril 1595, et l'on peut même préciser, le 24
avril, il quitta sa ville natale pour se rendre à Tournay.
Coïncidence curieuse, il y avait ce jour-là une éclipse de
lune que l'on observa tant bien que mal vers deux heures
du matin.
Wendelin allait suivre les cours du collège des Jésuites :
nous l'y trouvons encore le 12 avril 1596, mais le 21
février 1598, il est à Louvain.
C'est encore à une éclipse de lune que nous devons cette
date et en même temps la connaissance d'un détail qui
nous permet de jeter un coup d'œil sur la vie laborieuse
des étudiants d'alors.
L'éclipsé, dit Wendelin, commença an peu après quatre
heures, au moment où nous nous éveillions pour réciter
Lovanii, apud Andr. Bouvetium, 1663, p. 120), son ami déclare
expressément qu'il est né à Herck, et Wendelin lui-même appelle
Herck sa patrie ( Wendelini éclipses lunares, op. cit. , p. 47. C'est en
grande partie grâce à cet ouvrage que l'on peut fixer plusieurs dates
importantes de la vie de notre savant).
— 509 -
nos prières et nous mettre au travail : à coup sur, il n'était
pas quatre heures et quart.
Ne semble-t-il point entendre comme un écho de ces
mémoires d'Henry de Mesmes (1545), cités par le docte et
aimable Rollin (l) : Nous étions debout à quatre heures, et
ayant prié Dieu, allions à cinq heures aux estudes, nos
gros livres sous le bras, nos écritoires et nos chandeliers à
la main.
Wendelin ne séjourna pas longtemps à Louvain. Accom-
pagné d'un ami, il projette de se rendre à Prague, où
l'attirait peut-être la renommée de Tycho-Brahé; mais il
tombe malade en route , s'arrête à Nuremberg et finale-
ment doit revenir dans sa patrie. Il ne fit qu'y passer, car,
en 1599 (2), il est à Marseille dont il détermine la latitude.
Pendant ce séjour à l'étranger, loin de sa famille, il fut
obligé, paraît-il, pour subsister, de se faire correcteur
d'imprimerie à Lyon.
Le désir de gagner le jubilé de l'an 1600 le conduit à
Rome.
Après avoir visité la ville éternelle, il parcourt l'Italie et
reprend enfin le chemin de son pays. En route, il s'arrête à
Digne et y ouvre une école où il compte, dit-on , parmi ses
élèves le célèbre Pierre Gassendi. Cependant, hâtons-nous
de le dire, cette tradition est loin d'être établie. Pendant
cette période, rien de moins stable que son séjour. Nous
le rencontrons à Callian (30 janvier 1600), à Digne (9 déc.
1601), à Valensele (29 nov. 1602); h Aix, à Valensele
encore (21 mars 1603), à Digne (24 nov. 1603). En 1604,
il revoit son lieu natal; mais il s'y arrête à peine : il a lanos-
(î) * De la manière d'enseigner et d'étudier les belh* lettre*. Paris,
Jacques Estienne. M. DCG. XXVI, t. 1er, p. 77.
(•2) P. Gassendi Epistolae. Tout us Sextus , Lugduni, Sumptibus
L. Anisson, M. DG. LVIII, p. 427. Lettre de Wendelin à Gassendi.
— 510 -
talgie du ciel de Provence et bientôt nous le voyons entrer
comme précepteur chez André d'Arnaud, seigneur de
Miravail, etc., lieutenant général de la sénéchaussée de
Forcalquier.
Pendant près de huit ans , il séjourna dans cette maison
hospitalière, enseignant et étudiant à la fois : le jour, il
instruit ses élèves et s'instruit lui-même ; la nuit , il la
consacre souvent à des observations astronomiques que
favorise le ciel transparent du midi.
C'est probablement pendant ces années de calmes études,
qu'il accumula les trésors d'une érudition prodigieuse,
même pour cette époque, où l'on compte tant de savants
universels : l'astronomie , les mathématiques , les langues ,
entre autres l'hébreu , l'histoire , le droit font tour à tour
l'objet de ses travaux. Sa réputation s'étend bientôt, même
avant qu'il n'ait rien publié, comme on le peut voir par
l'éloge qu'en fait, en 1626, Erycius Puteanus, le succes-
seur de Juste-Lipse à Louvain. « II sait tout, dit le savant
humaniste, ou, si cela est refusé à un homme , il ignore le
moins possible... Il a épuisé toutes les sciences... Il a
appris toutes les langues, afin de n'être étranger chez
aucun peuple , ou à aucune époque ( l).
Rappelé dans son pays par la mort de ses parents , il
quitte la Provence et revient dans nos contrées. Le 14 mai
1612, il est à Liège, où il peut observer , le jour même de
son arrivée, une éclipse de lune.
Avant d'abandonner la France, il avait profité d'un
séjour à Paris pour se faire recevoir avocat , et l'historien
Mantelius , son contemporain et son ami , rapporte même
qu'il mit son titre à profit pour plaider; mais il faut croire
qu'il ne trouva point , dans l'exercice de la profession
(0 * Erycii Puteani Olympiades, soin tu/tint computatœ. Lovanii,
Typ. Corn. Coenesteynii. 1646, p. 5.
— 511 —
d'avocat, la satisfaction qu'il désirait, car il se mit à
étudier la théologie.
Fut-ce au Séminaire de Liège? Il est difficile d'être
éclairé sur ce point. Du 14 mai 1612 au 27 août 1616 , il ne
mentionne aucune éclipse observée par lui. A cette der-
nière date, il en observe une à Liège, et il détermine
l'instant des diverses phases du phénomène par la sonnerie
des horloges de la ville et notamment de celle du Palais.
On pourrait trouver, clans cette dernière circonstance,
un indice qu'il habitait dans le voisinage et croire qu'il
était au Séminaire.
L'éclipsé de lune du 16 août 1617, il l'observe à Herck,
aidé par plusieurs hommes savants et entre autres par
Pierre Reinart, curé de Donck; c'est encore au môme lieu
qu'il observe l'éclipsé de lune du 26 juin 1619, assisté,
cette fois, de ses frères et d'autres jeunes gens.
Le 21 décembre 1619, Wendelin est à Malines , où il
reçoit le sous-diaconat : encore un événement marquant de
sa vie signalé par une éclipse de lune ; un peu malgré lui ,
il note les circonstances du phénomène. Ses frères l'ont
remplacé à Herck.
Wendelin ne tarda pas à recevoir les ordres, et, en 1620,
il fut nommé curé de Beets: le 9 décembre de cette année,
il est dans sa paroisse et y observe une éclipse de lune.
Il dut séjourner dans ce modeste village pendant une
quinzaine d'années. Durant cette période, on peut croire
qu'il voyagea souvent ; parfois nous le rencontrons à
Bruxelles, à Anvers, etc. ; même il eut l'espoir de revoir
la Provence où le rappelaient de si vieilles amitiés, comme
nous le montre une lettre adressée à Peiresc, le 2 mars 1628,
publiée par M. Tamisey de Larroque (î). Cette lettre nous
(i) Journal de Forcalquier et de la Haute-Provence, 24 juillet 1SS7.
Article intitulé: Wendelin et Forcalquier, dont je dois la connaissance
à la gracieuse obligeance de M. Ch. Ruelens.
— 512 -
apprend en outre qu'il recevait du Conseil des Finances des
Pays-Bas une somme de cent-vingt florins.
L'infante Isabelle jugea sans doute qu'un pareil subside
était bien mince, car un de ses derniers actes fut de con-
férer au savant astronome une prébende de chanoine de
Condé. Comme l'infante mourut le 30 novembre 1633,
c'est vers cette époque qu'il faut placer la nomination de
Wendelin à ces fonctions (î).
On ne sait au juste quand il échangea la cure de Beets
contre celle de Herck , sa ville natale. Pendant près
de vingt ans encore, il occupa cette nouvelle charge ,
ne quittant sa paroisse que pour visiter ses amis à
Bruxelles, à Anvers, à Liège, profitant de son séjour dans
ces diverses villes pour parcourir les bibliothèques ou
pour observer les phénomènes célestes.
S'il ne va plus au fond de l'Italie, l'âge, on le voit, n'a
pas calmé entièrement son humeur voyageuse.
Enfin, vers 1650, l'ôvêque de Tournai lui confie les
fonctions d'official. Malgré son grand âge, il s'acquitte
de cette fonction sans cesser d'observer les astres. Il est
bien le héros de cette plaisante aventure, rapportée par
Huygens , d'attendre , en nombreuse compagnie , une
éclipse qui n'arriva que le lendemain, parce qu'il a commis
une erreur de calcul (2) , mais pareille erreur est d'autant
plus excusable que Wendelin était probablement seul
pour exécuter tous les calculs.
En 1660, âgé de 80 ans , il revint une dernière fois dans
son pays natal et vit à Hasselt l'historien Mantelius,
auquel il fit don de ses écrits publiés et de la liste nom-
(0 Gassendi, op. cit. t. VI. p. 427.
( 2) * Oeuvres complètes de Christiaan Huygens publiées par la Société
hollandaise des Sciences. La Haye, Martinus Nijhoff, 1889. t. II.
p. 523. Lettre de Christian Huygens, à Boulliau du 11 déc. 1659.
- 513 -
breuse de ceux que son activité lui faisait espérer de
publier encore : il avait renoncé, à cette époque , à ses
fonctions de chanoine de Tournai.
La plupart des historiens le font mourir vers cette date,
à Renaix (Rothnacum). D'autre part, dans son Hasseletum,
paru en 1663, Mantelius ne parle pas de sa mort; en outre,
en dessous de son portrait, inséré dans les Acta sanctorum
selecta de Ghesquière, t.'I. p. 298, on lit : Obiit Gandavi,
A° 1667.
Dans le cours d'une aussi longue vie , Wendelin s'était
créé de nombreuses amitiés. Nous avons cité, en com-
mençant, la plupart de ses amis, les hommes les plus
illustres du XVIIe siècle.
En Belgique même, il trouve toutes les portes ouvertes :
à Bruxelles, c'est le comte de Bucquoi, le marquis de
Torrès, le président Roose, le chancelier Boischot, Kins-
chot, les conseillers Van Mechelen , Bourgogne, Stock -
mans , et surtout les Chifflet , qui l'accueillent ; à Anvers .
c'est le pensionnaire Jacques Edelheer , c'est Gaspar
Gevaerts : chez le premier , il observe en compagnie du
trésorier de la ville, Jacques van Eyck et de Gérard van
Gutschoven , le célèbre disciple de Descartes; à Liège, il
connaît René-François de Sluse et le P. Fr. Hall ou Linus,
le savant physicien du Collège des Jésuites anglais.
Sa renommée s'étend partout ; ils sont nombreux les
livres où l'on mentionne avec honneur les travaux du
savant curé de Herck.
Constantin Huygens lui consacre une épigramme dans ses
Momenta dcsultoria et, en lui envoyant un exemplaire de
son livre , lui adresse des vers charmants (1); son fils, le
grand Huygens, se prévaut de l'accueil que Wendelin
(i) Momenta desultoria. Editio altéra Hagae-Comitum cb. loc. lv.
ans les ff. lim. marqués *** et ***** verso, et p. 79.
Dan
— 514 —
fait à son Système de Saturne; la correspondance de Gas-
sendi est pleine de ses lettres. Descartes lui-même le met
au petit nombre des hommes qu'il juge capables d'appré-
cier sa Géométrie (l) et désire fort connaître son sentiment.
Mais il est temps d'exposer rapidement les travaux de
notre illustre compatriote ; nous laissons de côté , bien
entendu, ses recherches sur la Loi salique et sur la
chronologie.
Il faut distinguer encore les résultats qu'il a obtenus, de
la méthode qu'il a employée.
Gomme observateur, Wendelin paraît sans rival. Rien de
plus curieux à lire , sous ce rapport , que son traité des
éclipses de lune.
Pour arriver à fixer avec exactitude le moment des
diverses phases de ces phénomènes, il multiplie les pro-
cédés d'observation.
En premier lieu, il a fait l'éducation astronomique d'une
foule de personnes : ses frères, des curés ses collègues,
des jeunes gens intelligents et doués d'une excellente vue,
sont transformés par lui en assistants.
Il détermine avec soin des méridiennes : pour cela, les
deux tours de son église de Herck lui servent à merveille,
malheureusement, pendant plusieurs années, il ne s'est pas
( i ) ** Lettres de M. Descartes. Tome second, à Paris, chez Charles
Angot. M. DC. LIX.
Lettre à Plempius, p. 34. Cette lettre, non datée dans l'édition
que je viens de citer, a été écrite le 3 octobre 1637, ainsi qu'on
peut s'en convaincre par l'édition latine : * Benati Descartes
Epistolae Pars secunda. Amstelodami, Apud Dan. Elzevirium.
clo. Ioc lxviii. Descartes venait de faire paraître son premier ouvrage :
* Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, <è chercher
la vérité dans les sciences, plus la Dioptrique, les Météores et la
Géométrie qui sont des essais de cete Méthode. A Leyde, De l'Impri-
merie de Ian Maire, cio. ioc. xxxvii.
- 515 -
aperçu de la légère déviation produite sur les tours par la
persistance des vents d'ouest (-45' environ). En 1638,
il remédie à cette cause d'erreur. En outre, dans plusieurs
maisons particulières, il a tracé des méridiennes.
Il détermine le méridien par l'observation des plus
grandes digressions de la polaire.
Des culminations d'étoiles dans le méridien lui four-
nissent un premier moyen de fixer le temps; mais ce
n'est pas le seul.
Il a eu soin d'établir un certain nombre d'horloges
sciotériques , qui lui permettent, par l'ombre de la lune ,
de marquer l'heure la nuit ; si l'ombre n'est pas assez forte,
il fait une visée ; il a, en outre, plusieurs sabliers.
A cette époque, les églises étaient toutes pourvues
d'horloges sonnantes : il ne néglige pas ce moyen de
contrôle. Sans doute, il ne cherche pas à voir l'heure
indiquée au cadran, mais s'il y a coïncidence d'un phéno-
mène avec une sonnerie, il la note ; sinon, il estime la dif-
férence entre la sonnerie et l'époque du phénomène. Pour
cela, il a un procédé propre. Il s'est exercé dès son
enfance, à réciter d'une manière uniforme les vers
d'Hésiode : trente vers en une minute. L'hémistiche lui
donne la seconde. Les pulsations de l'artère pourraient
aussi être utilisées, mais elles varient trop d'après l'état
de santé; quand Wendelin était jeune et bien portant, en
Provence, il comptait 4,200 pulsations par heure.
Enfin, à tous ces procédés d'investigation vient se
joindre l'observation des battements du pendule à secondes.
Galilée venait de découvrir l'isocbronisme des oscilla-
tions du pendule , et avait appliqué cette propriété
importante à la mesure de la durée des observations
astronomiques ; on ne faisait encore usage d'aucun appareil
enregistreur : cette gloire était réservée à Huygcns, et
l'on se bornait à compter les battements. Wendelin fut
— 516 -
l'un des premiers à se servir de la méthode si heureu-
sement imaginée par l'illustre Florentin.
Mais tandis que Galilée affirmait que les oscillations
étaient toutes isochrones, quelle que fût leur amplitude ( 1) ,
notre savant ne tarda pas à reconnaître deux causes de
variation dans la durée de l'oscillation.
La première est relative à l'amplitude de la vibration.
Wendelin , par une série d'expériences , reconnut que
l'accroissement de l'amplitude allonge la durée de l'oscil-
lation : les nombres qu'il donne dans son ouvrage sur
les éclipses expriment d'une manière fort convenable cette
variation (2).
Il trouve en outre que les oscillations sont plus longues
en été qu'en hiver : il ne devine pas la cause de ce phéno-
mène qu'il ne rapporte point à la variation de la tempé-
rature, mais le fait même qu'il constate (3) est exact.
La première inégalité était assez facile à découvrir et
Huygens (4) l'admet sans peine: la seconde exigeait une
précision beaucoup plus grande ; et ni Huygens, ni Wallis
ne purent la reconnaître (5), même quand Wendelin l'eut
signalée.
Si l'on ajoute que Wendelin prenait fort probablement
la moyenne des résultats que lui fournissaient les diverses
déterminations (6) , on pourra croire que peu d'obser-
vateurs de l'époque le dépassaient en exactitude.
( l ) * Systema cosmicum, etc. Augustae Treboc. Impensis Elzevi-
riorum, Anno 1635, p. 226. L'ouvrage parut en italien, à Florence,
en 1632.
(2) Gotifredi Wendelmi Eclipses, p. 26.
(3) Ibid. p. 25.
(4) Christiani Hugenii à Zulichem Const. F. Horologium. Hagae
Comitum. Ex officina Adriani Vlacq. M. DG. LVIII, pp. 13.
Opéra varia. \T2A, tom. I. pp. 12-13.
(5) Œuvres complètes de Chr. Huygens, t. II, p. 304.
(6) C'est au moins ce qu'il fit pour la latitude d'Alexandrie.
- 517 —
Nous savons maintenant qu'il lut un expérimentateur
hors ligne ; nous pouvons taire connaître les principales
questions qu'il aborda.
Dès sa jeunesse, comme nous l'avons dit, il détermina
la latitude de Marseille (1599) ; c'est sans doute le premier
effort qu'il fit pour élucider une question née de l'examen
d'une observation de l'ombre de gnomon, due à Pythéas.
La valeur de l'obliquité de l'écliptique, déduite de cette
antique détermination, ne concordait point avec celle que
divers astronomes avaient calculée.
Wendelin ne pouvait croire à une variation brusque de
cette obliquité ; avec son esprit investigateur, il prévoyait
l'existence d'une loi qu'il fallait découvrir, vérifier ensuite.
Alors que Tycho-Brahé avait cru devoir conclure à un
accroissement momentané et singulier de l'obliquité, le
jeune astronome ne pouvait admettre une modification
inexpliquée d'une loi naturelle.
Il démêle avec une grande sagacité, les causes d'erreur
qui peuvent influer sur la grandeur de la constante à
calculer.
Il faut déterminer avec le plus grand soin la latitude des
lieux où l'on observe, tenir compte des réfractions et enfin
de la parallaxe solaire.
Avec une persévérance remarquable , Wendelin pour-
suivra durant une longue série d'années, le cours de ses
observations; pendant un quart de siècle, il accumule les
résultats , avant de publier son Loxias , et , plus tard ,
après l'apparition de son livre, il réunira tous les éléments
nécessaires pour perfectionner son œuvre, et fera, en
passant, une foule d'observations précieuses, de remarques
ingénieuses.
En premier lieu, il constate que les anciennes détermi-
nations de latitudes, obtenues à l'aide du gnomon, doivent
être corrigées du demi-diamètre apparent du soleil.
- 518 —
Cette correction lui donne pour la latitude d'Alexandrie,
donnée essentielle dans la question qu'il étudie, 31°13';
d'un autre côté, la même latitude, déterminée par Eratos-
thène, à l'aide d'une observation d'étoile, est de 31°9'.
Des considérations géodésiques conduisent à admettre
une latitude de 31°. 8'. 35". Wendelin prend la moyenne
approchée de ces trois nombres et admet comme résultat
définitif 31°10'.
Pour obtenir des valeurs exactes des autres grandeurs,
il poursuit pendant plusieurs années, de 1605 à 1612, à
Forcalquier, des recherches sur le diamètre apparent du
soleil, en recevant sur un écran, l'image de cet astre, par
une ouverture étroite exactement mesurée.
Le rapport des distances solsticiales qu'il obtient par
27
ce procédé est — •. Ce résultat est assez approché, car l'ex-
2o
centricité de l'orbite terrestre, que l'on en déduit est
0,018182 au lieu de 0,016775, c'est-à-dire en erreur seule-
ment de 0,001406.
Enfin, il applique la méthode des dichotomies d'Aris-
tarque de Samos au calcul de la distance du soleil, ou, ce
qui revient au même, de la parallaxe solaire ; il fait usage
du télescope dès que la connaissance de cet instrument se
fut généralisée. C'est ce que l'on peut constater, en parti-
culier, par ses observations du 15 mars et du 1er juin 1625.
Il fixa ainsi à V la parallaxe solaire. C'était déjà une
valeur, bien plus approchée que celle dont ses contem-
porains taisaient usage. Il en résultait, pour la distance du
soleil à la terre, une valeur de 1,730 diamètres terrestres, et,
pour la grosseur de l'astre, relativement à notre globe, le
4096
rapport — - — •
Ainsi armé, il reprend la détermination de l'obliquité de
l'écliptique et arrive à une loi que nous pouvons exprimer
par les formules suivantes :
— 519 —
1
s =■ 23° 30/ + 1° cos2 — u,
w = 291- 56' 30»+ ~. 360",
49/0
( exprimant le nombre d'années à partir de notre ère.
D'une façon absolue, cette loi n'est pas exacte ; elle
diffère de celle de Laplace et devait en différer, elle assigne
la période d'an phénomène dont la périodicité n'est pas
reconnue, même de nos jours. Mais d'un autre côté, pour
une durée relativement longue, la formule représente
assez bien la loi de variation de l'obliquité de l'écliptique.
Au surplus, ce qui me parait digne de remarque, c'est le
fait même de la découverte de cette loi de la diminution de
l'obliquité et de la conception d'une loi générale qui lie les
diverses phases du phénomène.
Wendelin ne s'en tint pas à ce premier essai. Pendant
une nouvelle période de vingt ans, il reprit différentes ibis
la question.
C'est ainsi qu'il charge son ami Gassendi de refaire les
observations du gnomon à Marseille, sans doute pour
discuter de nouveau les résultats de Pythéas (t).
( i ) Les résultats relatifs à l'obliquité de l'écliptique sont consignés
dans Godefridi Wendelini Bëlgae, I. V. Doct. Loxias seu de obliquitate
solis diatriba. Antverpiae, apud H. Verdussium. M. DG. XXVI. (Fonds
van Hulthem , n° 8344).
Pour les observations du gnomon par Gassendi, on peut consulter :
* Solis et Artis adulteria a Jocmne Caramuél Lobkowitz. Lovanii,
Apud Andrean Bouvetium. M. DG. XL1V, pp. 45-48 ;* lnstitutio
astronomica a Petro Gassendo. Editio ultima. Amstelaedami, Apud
Janssonio-Waesbergios, 1680, pp. 206-236, et les Lettres de Gassendi,
publiées dans le tome VI de ses œuvres.
Après les travaux de Wendelin, cette question continua à
préoccuper vivement les géomètres : on peut consulter les Mémoires
- 520 —
Appuyé sur de nouvelles observations de dichotomies et
sur des vues théoriques contestables mais ingénieuses , il
évalue, au plus, à 14" la parallaxe solaire, résultat le plus
précis qu'on eût eu jusqu'alors, et annonce a Gassendi
l'intention de publier une nouvelle édition, plus que
triplée de volume, de son Loxias. (l).
Wendelin avait entrepris un autre travail immense et
qu'il ne put mener à bonne fin : c'est celui de rassembler
toutes les observations possibles d'éclipsés de lune ou de
soleil. Il laisse éclater sa joie lorsque Gassendi lui envoie
les nombres relatifs aux éclipses qu'il n'a pu observer
lui-même, soit à cause de l'état du ciel, soit par la situation
des Pays-Bas, ou bien encore lorsqu'il rencontre, comme
il l'écrit à ce même ami , une série de pareilles détermi-
nations : celles des éclipses de janvier 1580, janvier 1581,
novembre 1584, mars 1588, janvier et novembre 1591,
observées à Liège avec une grande exactitude, à une
minute près, par quelqu'un qui ne lui paraît pas malhabile.
Nous avons vu de quelles précautions il s'entourait pour
observer lui-même. Il calculait à l'avance toutes les phases
du phénomène , puis il se mettait à observer.
de Louville {Acta Eruclit, 1719) ; de Godin (Mém. de l'Acad. des
sciences de Paris, 1734) ; d'Euler (Mém. de Paris, 1756, de Berlin,
1754). On peut encore ajouter que La Hire et Le Monnier n'avaient
pu admettre l'existence de la diminution de l'obliquité.
(l) Gassendi Opéra, t. VI, p. 427.
Wendelin eut certaines idées fort justes sur la chute des graves ;
ainsi il reconnaît (Id. op., p. 428) qu'un corps d'une once et un corps
de mille livres tomberont avec la même vitesse ; il prétend être arrivé
— et pourquoi ne pas le croire — à cette loi que les espaces par-
courus sont en raison des carrés de temps, avant de connaître les
travaux de Galilée ; d'un autre côté; il arrive, par des considérations
théoriques probablement, à des résultats que la science actuelle ne
pourrait accepter.
— 521 —
A Herck, il avait transformé maint paroissien en aide-
astronome : il disposait ses instruments dans le cimetière;
autour de lui plus de cinquante observateurs déterminaient
le moment précis du phénomène.
Parfois, lorsqu'il croit trouver des conditions meilleures,
il n'hésite pas à se mettre en route : un jour, c'est à Bru-
xelles qu'il observe, chez J. J. Chifflet; une autre fois,
c'est à Anvers, chez le pensionnaire Jacques Edelheer,
au cercle mural construit avec le plus grand soin par Gérard
van Gutschoven. Aussi, avec quelle joie il constate l'accord
entre les résultats de l'observation et ceux du calcul; quel
désappointement au contraire quand il rencontre une
différence de vingt-cinq minutes entre le moment calculé
du milieu d'une éclipse et l'instant de cette phase
observé par Gassendi. La concordance entre le calcul et
l'observation de Wendelin est entière. Où gît le mystère?
Et "Wendelin fait appel à ses correspondants , à ses amis ;
seuls Gassendi , et plus tard Ismael Boulliaud , ne partagent
pas son avis (1 ).
Faut-il s'étonner qu'un observateur aussi sagace, aussi
précis, se soit empressé d'admettre les théories coper-
niciennes, mieux encore, les lois de Kepler ?
Officiai de Tournai, il n'hésite pas à faire connaître ses
opinions, dans son Teratologia Comelica (2), où il rapporte
diverses observations de comètes, faites par lui avec tout
le soin qu'il savait donner à ces choses. Il ne prend qu'une
minime précaution : le corps qui se meut dans son orbite
(0 II s'agit de l'éclipsé du 15 avril 1G42. Voir Gassendi Epistolae,
t. VI, pp. 458-460. Lettre de Wendelin à Gassendi, où l'on trouve
l'exposé de ses idées sur la chute des graves, sa mesure de la parallaxe
solaire, etc.
(2) Gottifredi Vendelini Teratologia Cometica, occasione Anni
vulgaris aerae M. DC. LU. (Bibl. roy. de Bruxelles, Fonds van Hul-
them, n° 8341. )
35
— 522 -
elliptique ne sera pas appelé la Terre ; c'est le Tertium
corpus. Mais personne ne s'y trompe, Libert Froidmont ,
l'ardent défenseur des décisions contraires à Galilée, appelle
Wendelin , comme nous l'avons dit, Keplé-copernicienj
mais reste son ami.
Le chanoine de Tournai, comme un peu plus tard, le
chanoine de Liège, René-François de Sluse, adoptait, sans
être inquiété, le système du mouvement de la terre, plus
audacieux en cela que ne le fut le philosophe Descartes (1).
Bien plus : Wendelin apporta aux idées de Kepler une
éclatante confirmation : il découvrit que , pour les satellites
de Jupiter, la seconde loi de Kepler se vérifie : les carrés
des temps de leur révolution autour de la planète sont
entre eux comme les cubes de leur distance à l'astre (2).
Il faut bien avouer cependant que notre astronome ne
fut pas infaillible. Il voulut établir l'égalité des jours
solaires ; il y revint à plusieurs reprises, s'écartant, et cela
à tort, de l'opinion reçue depuis Hipparque (3). D'un autre
côté, au lieu de faire parcourir à la lune une ellipse autour
(1) Si je répète ici, après tant d'autres, que Descartes renonça
à la publication de son Monde, en apprenant la condamnation de
Galilée, c'est pour appeler l'attention sur quelques mots d'une lettre de
Descartes qui intéressent spécialement les historiens de l'imprimerie
à Liège : Pour le mouvement de la Terre, dit Descartes, te m'étonne
qu'vn homme d'Eglise en ose écrire, en quelque façon qu'il s'excuse ;
car ïai ven vne Patente sur la condamnation de Galilée, imprimée à
Liège le 20 septembre 1633. où sont ces mots : quamvis hypotheticè à se
illam proponi simularet,ew sorte qu'ils semblent mesme deffendre qu'on
se serve de cette hypothèse en l'Astronomie. (Lettres de M. Descartes,
tome second. A Paris, chez Charles Angot, M. DG. LIX, p 353).
Lettre LXXVI, au P. Mersenne. Je ne pense pas qu'on ait signalé un
exemplaire de cet imprimé assurément fort intéressant.
(2) Almagestum nonim Anctore J. B. Riccioli. S. J. Bononiae,
Ex Typ. Haeredis Victorii Benatii. M. DC. LI, t. I, p. 492. 2" col. (Univ.
Leod. I. 103.2)
(s) Ibid. t. I. p. 179.
— 5Î3 —
de la terre, il explique les inégalités reconnues du mouve-
ment de notre satellite d'une manière ingénieuse, mais
inexacte (1).
Nous ne parlerons pas des travaux de Wendelin sur
la chronologie , quoiqu'ils se rattachent à ses vastes
recherches sur les éclipses ; ce n'est pas ici le lieu de les
exposer (2).
Ce que nous avons dit de notre astronome suffira, pen-
sons-nous, pour établir qu'il fut un merveilleux observateur
et l'un des savants dont le Pays de Liège peut, à plus juste
titre, s'enorgueillir.
L'astronome dont nous venons d'esquisser rapidement la
vie et les travaux mentionne à diverses reprises le Collège
des Jésuites Anglais à Liège et, notamment le P. Fr. Hall
ou Linus.
Il est temps de dire quelques mots à la fois de l'institu-
tion et du savant.
C'est en 1613, au début du règne de Ferdinand de
Bavière, que les Jésuites Anglais quittèrent Louvain pour
venir s'établir à Liège.
Malgré quelques tracasseries, quelques difficultés, ils
firent élever rapidement la maison qui, pondant près de
deux siècles, les abrita. Dès 1614, les cours purent être
(i ) Ibid. p. 272.
(2) Nous ne rappellerons pas davantage son opuscule sur la
Pluie rouge observée à Bruxelles le samedi 6 octobre 1646. Ce
livre, qui mérita les éloges des savants et entre autres de Descartes
(Vie de Descartes, t. II. p. 285), met une fois de plus dans tout son
jour l'exactitude dont Wendelin faisait preuve lorsqu'il s'agissait de
relater les circonstances d'un phénomène ou d'en découvrir les
causes. Son ouvrage parut en 1646 ; il fut réimprimé à Londres en
1655 (* De Coussin naturalibus Pluriae purpureae Bruxelîensis cla-
rorum virorum juâicia. Londini, Excudebat E. Tylev , Impensis
Edvar. Siory, 1655. 8°, à la suite des Météorologiques de L. Froidmont).
- 524 -
ouverts et, en 1616, les bâtiments étaient entièrement
élevés (1).
Le Collège, dans la pensée de ses fondateurs, devait
surtout servir à donner l'éducation catholique aux gen-
tilshommes Anglais qui ne pouvaient la recevoir dans leur
patrie où l'Église Romaine était persécutée ; mais bien-
tôt, d'autres jeunes gens, des Liégeois entre autres , en
petit nombre, purent , malgré la mesquine opposition de
l'Université de Louvain, profiter de l'enseignement des
savants religieux : à ce titre , le Collège Anglais ne fut pas
sans exercer une certaine influence sur la marche des
sciences dans notre principauté.
Les pères anglais avaient apporté de leur patrie d'origine
l'amour de la philosophie expérimentale et des sciences
exactes; il fallait, au surplus, mettre les jeunes seigneurs
dont l'éducation leur était confiée, à même de soutenir la
comparaison avec leurs compatriotes qui avaient reçu leur
instruction dans la patrie.
C'est ce qui explique le soin que l'on mettait dans l'en-
seignement des sciences proprement dites.
Dans le, cours de philosophie, dit l'auteur du Florus
Anglo-Bavaricus , non-seulement trois professeurs en-
seignent , pendant trois ans, la doctrine péripatéticienne,
mais la plupart travaillent activement à découvrir, par
l'expérience, les secrets de la nature, afin que nos jeunes
gens soient instruits dans toutes les sciences, ce qui, en
(i) Voyez la Notice sur le Collège des Jésuites Anglais, publiée dans
le Bulletin de l'Institut en 1SG5, par notre infatigable confrère,
M. le capitaine Dejardin.
Il faut lire également le Florus Anglo-Bavaricus Serenissim'o Pvin-
cipi Maximiliâno Emmanueli Duci Barariae et Mariae Antoniae
Leopoldi Caesaris fliae , auspicato Nuj/tiaru»i foedere conjunctis
inscriptus. Leodii, Ex off. Typ. G. H. Streel, M.DG. LXXXV.
— 525 —
Angleterre surtout, est hautement apprécié. A cela s'em-
ploie surtout le professeur des mathématiques, sciences
également fort cultivées chez nos compatriotes. Après avoir
enseigné l'arithmétique et la géométrie, il passe aux parties
élevées de la mécanique et de la statique, faisant connaître
les lois du mouvement et des forces. Il expose ensuite la
perspective et l'optique, puis, après des notions sur le
globe terrestre et le globe céleste (c'est l'astronomie sphé-
rique de notre temps), il s'élève à la considération des
divers mouvements du ciel et des astres. Il ne manque pas
de donner la théorie des éclipses et des comètes, en l'illus-
trant par des expériences choisies et nombreuses; en un
mot, il embrasse toute l'astronomie. Il en est encore qui
ajoutent à ces études , l'algèbre, la méthode des indivisibles,
et les parties les plus cachées empruntées aux Coniques
d'Apollonius de Perge , ou aux écrits des modernes.
On peut dire qu'il n'est aucune découverte faite par la
Société royale, fondée à Londres par ('.hurles II, en ce
qui concerne la physique ou les mathématiques que nos
pères ne saisissent et ne perfectionnent : de telle sorte
qu'ils savent tout ce qui est nécessaire et n'ignorent rien
de ce qui est simplement curieux.
Le P. Fr. Hall ou Linus , né en 1595, fut, pendant de
longues années, chargé de cet important enseignement.
Il n'a cependant publié qu'un petit nombre de travaux.
Nous n'avons pu rencontrer jusqu'ici ses écrits de géomé-
trie pure consacrés à la réfutation des erreurs de Thomas
While, sur la spirale et le cercle et, en général, sur la
doctrine des indivisibles.
Thomas White, l'ami et le compagnon habituel du
célèbre Kenelm Digby, avait publié un petit livre intitulé :
Exercitatio de geometria indivisibilium et proportione
spiralis ad circulum, Londini, 1658, in-8°.
Probablement inspiré par René-François de Slusé, le
- 526 -
père Linus fit paraître une critique de ce livre sous le
titre de De pseudo-quadratura circuli Dom. Thom. Viti,
Auct. Fr. Lino, Londirïi (1659), in-8°(l). Thomas White
ne se tint pas pour battu et répliqua par son Apologia pro
doctrina sua ad calumniatores , Auth. Thom. de Albis.
( () C'est ce que l'on semble pouvoir conclure d'une lettre de Sluse
à Chr. Huygens, en date du 5 août 1G59 ( V. Correspondance de René-
François de Sluse, p. 125 et Œuvres de Chr. Huygens, t. II , pages 450-
451) : Cum ab anno exercitationem edidisset auctor (Thomas Anglus)
qua conatus fuerat ostendere spiralem primae reuolutionis aequalem
esse semiperiferiae sui circidi, cum monui per amicum hune errorem
olim a Guldino admission et correctum esse. Les savants éditeurs de la
correspondance de Huygens (Loc. cit.) supposent, avec raison, que cet
ami n'est autre que le P. Linus. 11 est à observer, en effet, que
Thomas White et Linus étaient compatriotes; on peut croire, de
plus, qu'ils se connaissaient personnellement. En effet, lorsque
Kenelm Digby vint, en 1641, prendre les eaux de Spa, il était, sans
nul doute, accompagné de Thomas White, qui ne le quittait guère à
cette époque, comme on peut l'inférer d'un passage de la vie de
Descartes par Baillet (* Vie de Monsieur Descartes, Paris, Horthemels,
1691, t. II, p. 245) : or Kenelm Digby vint, à cette occasion, visiter
plusieurs fois le P. Linus.
Dans une lettre adressée à Pascal, le 5 sept. 1659 (Correspondance
de Sluse, pages 76-77), Sluse revient sur cette même opinion de M. le
Blanc (Thomas White), opinion qui semble avoir préoccupé les amis
de Pascal. En effet, l'exemplaire que je possède des Lettres de
A. Dettonville (Paris, 1659), a dû être transmis à Kenelm Digby, par les
soins de Nicole, qui, sur un feuillet de garde, a tracé ces lignes :
Monsieur Digby est tres-humblement supplie de considérer le dernier
traité de ce Liure où l'Auteur prétend auoir demontrê-que la spirale est
égale a une ligne parabolique qui a pour axe la demye circonférence a
laquelle Monsieur le Blanc prétend auoir demonstrê que la mesme
spirale est égale. L'vn et Vautre ne pouuant estre vray et la démonstra-
tion qui est dans ce liure paroissant claire et indubitable, il faut que
Monsieur le Blanc se soit trompé. Et c'est ce qui fait appréhender a ses
amis que la mesme chose ne luy soit arriucc dans le nouueau liure où il
prétend auoir trouué la Quadrature du Cercle, de l'Ellipse et de
V Hyperbole.
— 527 —
Lonclini, 1660, in-8°, qui lui valut, de la part de notre
auteur , une nouvelle critique : Réfutation of the attempt
to square the Circle. London, 1660, in-8° (l).
Comme nous l'avons dit, le P. Linus est encore auteur
d'un ouvrage sur les horloges solaires (2); il a laissé en
outre, sur cette matière, un travail manuscrit (3) : c'était
d'ailleurs un sujet qu'il traitait avec amour. Il avait donné
une foule de formes diverses aux horloges solaires, toutes
réunies dans celle qu'il avait élevée, à Londres, au Jardin
royal. A Liège même , il avait construit , dès 1635, une
horloge particulière qui excitait l'admiration des visiteurs
du Collège et même des savants. Wendelin en parle dans
(1) Je rapporte l'histoire de cette discussion d'après les savants
éditeurs de la Correspondance de Huygens (Loc. Cit.), mais je dois
ajouter que l'auteur du Florus Ariglo- Bavaricus dit expressément que
le P. Linus n'a publié que deux ouvrages, l'un sur les horloges solaires,
dont je parle dans le texte, l'autre De Linea Spirali. L'existence de
deux titres, l'un latin, l'autre anglais, ne prouverait pas que les deux
ouvrages sont distincts, car le livre de Gnomonique a été également
publié dans les deux langues. Néanmoins, n'ayant pas sous les yeux
les documents originaux , je me borne à ces simples remarques.
On peut trouver quelques autres indications dans la Bibliographie
des Écrivains de la Compagnie de Jésus du P. De Backer, t. II, col. 756.
(a) Explicatio Horologii in Horto regio Londini in Anglia an. 1669.
erecti,in quo plurima Horologiorum sciatericorum gênera continentur,
etc., quae omnia breviter et dilucide publicae utilitati exponit R. P.
Franciscus Hallus, alias Linus, S. J. Matheseos Prof essor. Leodii
Eburonum, Apud G. H. Streel. 1673. 4° de 76 pages, 1 pi., 73 fig.
grav. (Univ. Leod., I. 105, 2).
L'édition anglaise a pour titre : An Explication of the Diall sett up
in the Kings Garden at London, an. 1669. In which very many sorts of
Dyalls are contciued, etc. AU thèse pàrticulars are shortly, yet clearly
sett forth for the common good Bg the Révérend Father Francis Hall,
otherwise Line. Printed at Liège, By G. H. Streel, in the Yeare of our
Lord 1673. ¥, 1 f* 11. ch. 60 pages, 1 pi. 73 fig. (Univ. Leod. I. 118. 1).
(s) Ms 377 de l'Université de Liège. N° 457 du cat. imprimé.
— 528 -
une lettre à Gassendi (l) et en donne une description
analogue à celle que nous empruntons au Florus Anglo-
Bavaricus (p. -49) : Le P. Linus fit faire un bassin de verre
d'une hauteur convenable et une sphère de laiton, sur
laquelle étaient gravées douze figures, indiquant les heures.
Le case étant rempli d'un liquide qu'il avait composé, le
globe y restait suspendu, comme dépourvu de poids. Mais
le merveilleux de l'invention, c'est que le globe se mettait à
tourner d'un mouvement tellement uniforme qu'un petit
poisson qui s'avançait de la paroi du vase marquait
exactement les heures.
Le principe de cette horloge était un secret du savant
jésuite, que Wendelin ne put deviner et que l'historien du
Collège n'a pas cru devoir révéler. Heureusement le P.
Linus ne consacrait pas tout son temps à ces ingénieuses
mais inutiles inventions ; à plusieurs reprises il fit des
observations astronomiques pour son ami Wendelin et plus
tard pour le célèbre chanoine Sluse.
Mais ces travaux et sa querelle avec Thomas White, où
il avait raison, n'auraient pas aussi certainement contribué
à préserver son nom de l'oubli que sa controverse avec
Newton, où il avait tort.
Depuis de longues années, le P. Fr. Linus s'était occupé
activement d'expériences sur la lumière, et il avait eu
l'occasion de les répéter en compagnie de Kenelin Digby,
quand celui-ci, comme nous l'avons déjà dit, vint prendre
les eaux de Spa. Lorsque, trente ans plus lard, Newton
déduisit de ses expériences sur la décomposition de la
lumière par le prisme, l'inégale réfrangibilité des rayons
des diverses couleurs, le P. Linus crut remarquer une
certaine opposition entre les résultats que Newton faisait.
connaître et ceux qu'il avait obervés lui-même. Ses
(i) Gassendi Epistolae, t. VI, p. 428. Lettre du 1er mai 1635.
- 529 -
remarques furent insérées dans les Transactions philoso-
phiques. Newton répondit avec une grande modération aux
critiques de son adversaire. La mort du P. Linus, survenue
le 25 novembre 1675, n'arrêta pas entièrement la discus-
sion, qui fut reprise par un élève du professeur de Liège ,
nommé Gascoigne, et ensuite par son successeur, le P.
Lucas (î).
Cependant, à cause de sa constitution même et de sa
destination spéciale, le Collège Anglais ne posséda guère
une influence analogue à celle qu'exerça l'école des
Jésuites à Anvers. A Liège, nous ne voyons plus cet
entraînement vers les mathématiques qui semble caracté-
riser l'époque d'Ernest de Bavière; à Anvers au contraire,
le Collège des Jésuites , où l'on voit se succéder le P.
d'Aiguillon, Grégoire de S'- Vincent, André Tacquet ,
avait créé dans les rangs élevés de la société un mouve-
ment en faveur de la science, comme on a pu le constater
par l'accueil qu'y trouvait Wendelin; rien de semblable
ne se manifeste chez nous. Il faudrait peut-être faire une
exception en faveur de Laurent de Méan, écolâtre de
Liège et prévôt de Tongres.
Wilthem, dans la dédicace de son Diptychon Leodiense (2)
(i) Philosophicàl Transactions : Giving some accompt of the présent
Undertakings, Studies and Labours of the Ingénions in rnany considé-
rable Parts ofthe worîd. Nr 110, pages 217-219; nr 121, pages 499-504;
iV 123, liage 556; ur 128, p. 602.
Cette correspondance, traduite en latin, a été reproduite dans les
opuscules de Newton. (*lsaaci Newtoni Opuscula mathematica, philo-
sophica et philologica Collegit Joh. Castillioneus. Tomus secundus.
Lausannae et Genevae , apud Marcûm-Michaelem Bousquet,
MDGCXLIV, pages 374-408.
(2) * Diptychon Leodiense ex consulari factum epîscopale et in illud
commentarius R. P. Alexandri Wilthemii Suc. Iesn Presb. Lcodii ,
Apud J. M. Hovium. M. DC LIX, ff. 2 et 3 de la dédicace.
- 530 —
parle avec éloges des vastes connaissances de ce chanoine;
il mentionne les trésors qu'il a accumulés dans sa demeure,
les marbres antiques, les inscriptions, les curiosités de
toute nature , les livres et les manuscrits précieux et rares;
il parle surtout de ses connaissances en architecture 3 des
études qu'il a faites à Home. Il serait difficile de croire que
Laurent de Méan eût laissé de côté les mathématiques dont
certaines parties, la perspective, la coupe dos pierres, etc.,
lui étaient nécessaires. Ici encore nous pourrons recourir
à un procédé d'investigation dont nous avons déjà fait
usage; il nous reste quelques indices empruntés à l'étude
des débris qui ont passé sous nos yeux de la bibliothèque
du savant chanoine.
Nous avons pu signaler déjà YEpitomé d'arithmétique
de Jean Galle, où l'on voit la signature de Laur. de Méan;
outre le Trattato délia pittura , de Léonard da Vinci, publié
à Paris, chez J. Langlois, en 1651 , et la Manière de bastir
de Pierre le Muet , Paris, Fr. Langlois, 164/7, qui lui ont
appartenu, la Bibliothèque de notre Université renferme
un exemplaire de La pratique du trait a preuves de M.
Desarques, pour la coupe des Pierres en l'Architecture,
Paris, Pierre Des Hayes, 1643, qui porte : Laur. de Mean,
chanoine escolastre de Liège, prevost de Tongre , Emptus
3 ff. bb. 17 octobris 1655.
Nous-même possédons un exemplaire des Récréations
mathématiques du P. Lëurechon, où Ton peut lire, sur un
feuillet de garde : Lorento de Mean Caco di S. Martine et
dopo di S. Lamberto. In Liegi s.1 1630. (Le reste de la
date est illisible) ( î ).
Il serait injuste de passer entièrement sous silence le
(i)* Récréations Mathématiques. A Rouen, chez Charles Osmont
rue aux Iuii's, près le Palais. M. DC. XXIX.
La première édition .est de lf>24, à Pont-à-Mousson.
— 531 —
nom de Libert Froidmont , qui tient une si grande place
dans l'histoire du Cartésianisme en Belgique (l). Né à
Haccourt, près de Visé, le 3 novembre 1587, d'une ancienne
famille liégeoise, il mourut à Louvain, le 27 octobre 1653.
Peut-être ne mérite-t-il pas d'une manière absolue d'être
rangé parmi les mathématiciens bien que Valère André
loue ses connaissances en mathématiques et en astronomie.
En réalité , sans avoir fait de découvertes dans ce domaine,
il semble avoir bien possédé la science de son temps; en
particulier ses leçons sur la dioptrique ne durent pas
manquer d'intérêt (a). Il s'est signalé notamment par sa
polémique avec Jacques Landsbergen , à laquelle il con-
sacra les deux ouvrages que nous ^vons cités, où il
s'efforce, par des arguments tirés des saintes Écritures (3)
ou de la mécanique, fort imparfaite encore, de son temps ,
de renverser l'hypothèse du mouvement de la terre. Il a
composé en outre un écrit d'apparence plus géométrique
intitulé Labyrinthus sive de Compositione Continui (4) :
(«) Pour se rendre compte de la véritable valeur de Libert
Froidmont, il faut lire la belle Histoire du Cartésianisme en Belgique,
par M. l'abbé Georges Moxchamp. Bruxelles , F. Hayez. 1S8G.
(*) V. la notice sur la vie et les ouvrages de Vqpiscus Fortunatus
Plempius par M. le Prof. Haan, dans Y Annuaire de V Université Catho-
lique de Louvain, 184>, p. 219.
( 3 ) Ce qu'il y a d'assez curieux, c'est que Froidmont rapporte tout
au long une ingénieuse interprétation, donnée par Wendelin , d'un
passage du livre de Job, pour prouver que l'Ecriture autorise la
théorie de l'a rotation de la Terre. Froidmont trouvait par trop fine
l'explication due à son ami: Ingeniosa sane, sed nintio aciimine exer-
l'ans ratiocinât io ( Vesta, pp. 78-79).
(i) Libert i Fromondi in Academia Lovaniensi S. Th. Doct. et Prof.
ord. Labyrinthus sire de Compositione continui Liber unus, Philoso-
phis, Mathematicis , Theologis vtilis ac iucundus. Antverpiae, ex offi-
cina Plantiniana Balthazaris Moreti, M. DC XXXI. (Bibl. roy. de
Bruxelles, Fonds van Hulthem, 8342).
— 532 —
néanmoins c'est plutôt un recueil d'arguties philosophiques
qu'un travail sérieux sur la philosophie de la science.
Nous devons encore mentionner un autre liégeois ,
Henri Donnai , qui séjourna longtemps à Rome ; il était en
correspondance avec Peiresc et, à la mort de ce dernier,
il consacra à sa mémoire une pièce de vers grecs (1); il
passait pour mathématicien et était lié avec Wendelin;
mois, ce qui le recommande surtout à notre attention,
c'est qu'il vécut plusieurs années à Rome avec le plus
illustre géomètre dont le pays de Liège peut se glorifier,
avec René-François de SI use.
Ce dernier naquit à Visé , le 2 juillet 1622 (2), d'une
vieille famille liégeoise. Les détails sur sa vie sont peu
nombreux; nous allons les résumer rapidement.
Destiné, dès son plus jeune âge, au sacerdoce, il fit
probablement, comme son frère Jean-Gautier, qui devait
revêtir la pourpre cardinalice, ses premières études à
Liège. En 1638, il se rendit à l'Université de Louvain, et,
en 1642, à Rome, où il suivit les cours de l'Université de
la Sapience. Le 8 octobre 16-43, il recevait le bonnet de
docteur en droit.
(i) Ces vers sont insérés à la suite de * Peireshii Laudatio habita
in concione funebri academicorum romanorum. Die Decemb. 21, an.
1637 Jo. Jacobo Buccardo Parisino pérorante, in-4° de 32 pp. dont
les pp. 31-32 contiennent l'éloge dont il est ici question.
H. Donnai est mentionné dans les Petits Mémoires inédits de Peiresc
publiés par M. Tamizey de Larroque, avec des annotations de M.Cb.
Ruelens, pp. 82-83. Il est encore cité dans une lettre de Nie. Heinsius
à Jean Schef'fer, que j'ai déjà rapportée ailleurs (Correspondance de
Sluse, p. 150).
(2) Pour les détails, je renverrai à la notice que j'ai publiée sur
René-François de Sluse, en tète de sa correspondance (Bullettino du
Prince Boncompagni, t. XVII). Ici, je me vois forcé de reproduire, en
partie, le travail que j'ai fait paraître dans la revue Ciel ut Terre ,
%* série, t. Il, 1SS7, en complétant les citations.
. — 533 —
Pendant près de dix ans encore, il séjourna en Italie et
s'y livra aux études les plus variées. A Rome , à Pérouse,
à Florence, il s'adonna à un travail incessant et se lia
d'amitié avec une foule de savants.
Alors qu'il séjournait à Rome, il avait reçu un eano-
nicat dans le chapitre collégial de sa ville natale ; il
y renonça en 1650, lorsque le Souverain-Pontife lui
accorda une prébende dans le chapitre de Saint-Lambert, à
Liège.
Il parait être revenu dans sa patrie vers la fin de l'année
1653. Bientôt, estimé à sa juste valeur par les Tréfoneiers,
ses confrères, et par le prince-évêque, il fut élu au
nombre des directeurs du chapitre (18 septembre 1655) ,
puis nommé successivement membre du Conseil privé
(22 mars 1659), abbé d'Amay (1666) , membre du Conseil
ordinaire (20 octobre 1666') et, enfin, vice-prévôt de la
Catbédrale (20 janvier 1676). Quoi qu'en puissent dire la
plupart des historiens, il n'eut jamais la charge de chan-
celier.
Il entretint une correspondance suivie avec un grand
nombre d'hommes célèbres : P. Lambecius, Pascal, Huy-
gens, Oldenburg, Sorbière, C. Dati, M. -A. Ricci, le cardi-
nal Léopold de Toscane, Pacichelli, C. Bi-unetti, Wallis, etc.
Sorbière, Monconys, Pacichelli, Saint-Evremont men-
tionnent les visites qu'ils lui firent; tous les voyageurs de
marque qui traversaient la principauté de Liège tenaient à
honneur de s'entretenir avec l'illustre chanoine.
Sluse avait fait des langues une étude approfondie; il
connaissait l'hébreu et l'arabe, écrivait le grec, le latin,
le français et l'italien avec une égale facilité; le néerlan-
dais lui était assez familier pour qu'il pût lire certains
écrits de Huygens et tirer parti des analogies de cet idiome
avec l'anglais pour entreprendre, sur le conseil d'Olden-
burg, l'élude de cette dernière langue.
— 534 —
Ainsi armé , il avait accumulé des connaissances im-
menses par la lecture de tout ce qui se publiait d'impor-
tant en Europe. Au point de vue de l'universalité du
savoir, on ne peut mieux le comparer qu'à Leibniz.
Gomme ce profond génie, il avait étudié le droit; non
seulement le droit positif de sa patrie , dont la connaissance
lui était nécessaire pour l'accomplissement des hautes
fonctions dont il était revêtu , mais les sources mêmes du
droit, de façon à être placé par un bon juge, Saint-Evre-
mont, au rang des jurisconsultes éminents.
Entouré de l'estime de tant de grands hommes , et l'un
des plus grands personnages de son pays , Sluse était resté
d'une modestie, d'une simplicité de vie qui frappaient tous
ceux qui le connaissaient.
D'une sobriété exemplaire , d'une pureté de mœurs
irréprochable , l'éminent chanoine , au milieu de ses mul-
tiples devoirs et de ses travaux incessants, trouvait encore
le temps de s'occuper d'œuvres de charité : il était si bien
connu sous ce rapport que, lorsque Maximilien-Henri de
Bavière voulut, à la demande de la Compagnie des pauvres
Prisonniers de Liège, donner à cette Société de charité
des administrateurs, son choix tomba en première ligne
sur René-François de Sluse (1).
Notre savant prodiguait les aumônes et ne dédaignait
pas de diriger la conscience d'une pauvre fille qui consa-
crait sa vie à rechercher toutes les misères pour les
soulager (2).
D'une santé délicate, accablé par un labeur absorbant
qu'il prolongeait souvent pendant la nuit, il ne put jouir
(i) Patente du 17 août 1660 (* Abrégé des grâces et indulgences
accordées aux confrères et consœurs de la Compagnie de la Miséricorde,
etc. A Liège , chez la Ve S. Bourguignon . p, 5.
(2) * Vie de Marie Ock, Tournai, Casterman, 1862.
- 538 —
longtemps de la gloire que lui valurent ses travaux, et il
s'éteignit le 19 mars 1685, à peine âgé de 63 ans, couron-
nant, par une mort édifiante, une vie consacrée tout
entière au service de son pays, de la science et de Dieu.
Si nous devons nous borner à ces quelques lignes sur la
biographie de René de Sluse, nous nous permettrons de
nous étendre davantage sur l'analyse de ses travaux
mathématiques.
Ceux-ci se rapportent à diverses parties de la science :
quadrature de certaines courbes, cubature de volumes,
recherche des centres de gravité; géométrie cartésienne
et applications spéciales à la construction des racines des
équations; détermination des tangentes , des points d'in-
flexion ou des maxima el minima, ou essais se rattachanl
aux origines du calcul différentiel.
Nous allons passer rapidement en revue les résultats
qu'il obtint relativement à ces diverses questions.
Sluse se rendit à Rome , comme nous l'avons vu , en
1642. Il est probable qu'il ne put s'adonner, en grande
partie, aux mathématiques, qu'après avoir subi les épreuves
du doctorat en droit.
Nous ignorons s'il suivit les leçons régulières de Santini,
qui occupait alors une chaire de géométrie; il est à pré-
sumer plutôt qu'il se livra seul ou en compagnie de ses
amis et notamment de Michel-Ange Pucci, disciple de
Toricelli, à l'étude des méthodes que venaient de décou-
vrir quelques mathématiciens italiens (î).
C'est, en effet, vers cette époque, en 1635, que Cava-
lieri publia sa Géométrie des indivisibles. Dès 1644,
Torricelli en faisait des applications intéressantes dans ses
( 1 ) Je ne veux nullement, par cette affirmation, nuire aux droits
de Grégoire de S1- Vincent à la priorité d'une invention analogue.
- 536 -
Opéra geometrica ; en 1647 parurent les Exercitationes
geometïicae sex de Cavalieri (l).
Sluse était donc bien placé pour recevoir de première
main les découvertes auxquelles conduisait la méthode
développée par le célèbre Jésuate.
Il est à présumer qu'il ne manqua pas de reconnaître
combien défectueux était le mode d'exposition du géomètre
italien, car nous voyons, par une lettre à Pascal (5 sep-
tembre 1658), qu'il s'est occupé des difficultés qu'on
opposait à ses procédés.
Quoi qu'il en soit, c'est probablement de l'époque de
son séjour à Rome que datent ses recherches fondamen-
tales ; dès 1651, nous le voyons signalé comme un géomètre
distingué par Ougevinus , dans une lettre adressée à
P. Gassendi (2).
C'est alors sans doute qu'il imagina ses fameuses lignes
en perle , dont il est tant de fois question dans ses lettres
à Pascal, à Huygens, à Oldenburg et clans ses Miscellanea,
publiés en 1668 (3).
(i) * Geometria indivisibilïbus continuorum promota. Bononise
M. DC. LUI. (La première édition est de 1635. )
* Opéra Geometrica Evangelistae Torricellii. Florentiœ , Typ. Ama-
toris Massae et Laur. de Laftdis , 1644.
* Exercitationes Geometricœ sex. Bononiœ, Typis Iacobi Montii ,
1647.
(-2) Gassendi Epistolae, tome VI, p. 523.
(s) Les Miscellanea occupent les pages 97-181 de *Iîenati Francisa
Shisii Mesolabwrn seu dttae mediae proportionales inter extremas datas
per circulum et per infinitas hyperbolas, vel ellipses et per quamlibet
èxhïbitae, Ac Problematum omnium solidorum effectio per easdem
curvas. Accessit pars altéra de Analysi et Miscellanea. Leodii , Apud
G. H. Streel. CIO IDG LXVI1I.
4". 4 ff. n. ch. 182 pp. 1 9 bl.
G'est la seconde édition de l'ouvrage intitulé : Mesolabum seu duae
mediae proportionales inter datas per circulum et éllipsim vel lit/per-
— 537 —
Ces courbes ont pour équation :
y™ = k . xp (a — x)n.
Leur quadrature revenait donc à l'intégration des diffé-
rentielles binômes. Bien que Sluse n'ait laissé aucun traité
complet sur ces questions , il ressort de sa correspon-
dance qu'il avait déterminé l'aire de celles de ces courbes
où l'intégrale s'exprime algébriquement, ou bien se
ramène à des segments circulaires et , probablement ,
hyperboliques.
Nous lisons, en effet, dans sa lettre à Pascal du 6 avril
1658 : En plusieurs de ces lignes, j'ai trouvé la quadrature,
le centre de gravité et le solide , mais non en toutes , car
qui la trouvera en toutes pourra carrer le cercle par
plusieurs façons.
Dans le chapitre III de ses Miscellanea , Sluse donne
l'aire A de la perle :
et trouve
yra=— : (a — x)m xn
J an K
. (m 4- n) (m + 2n) .
A = 5 a*.
m2
Pour arriver à ce théorème , il compare l'aire limitée
par la courbe à celle de la parabole représentée par
et se sert de propositions dues à Torricelli.
Il détermine ensuite , par des procédés analogues , le
centre de gravité de l'aire limitée par la courbe et l'axe
des abscisses, ou plutôt, l'abscisse de ce centre.
bolam infinitis >u<><lis exhibitae. Accedit problematum quorumlibet
solidorum effectio per easdem curvas, ijsdem modix, d- Appendix Dr
eorundem solutione per circulum d'- parabolam. Leodii Eburonum.
Typis I. F. van Milst. CIO IOC LIX (Bibl. Nat. de Paris, gJg).
- 538 -
Ce résultat permet à Sluse de carrer Taire d'une infinité
de spirales dont l'équation polaire est :
comme il déduit l'aire des spirales représentées par
de celle des différentes paraboles.
Dans le cas où n = 1 , les perles ont pour équation
*- (£)"(«-">•
Ces lignes sont celles que Pascal appelle proprement
perles ; celle dont nous venons d'écrire l'équation est la
perle du (n + l)e ordre.
Le grand géomètre s'est servi des résultats dus à notre
compatriote pour déterminer un solide formé par le moyen
d'une spirale d'Archimède autour d'un cône, c'est-à-dire la
portion du volume du cône limité par un cylindre droit
ayant pour base la spirale formée à l'aide du cercle de
base du cône (1).
Sluse, auquel Pascal avait communiqué son théorème
dès le mois de juin 1G58, imagina un autre solide analogue
dont il détermina à son tour le volume.
Notre savant s'occupa aussi de la cubature d'autres
solides; notamment de celui qui est engendré par la rota-
tion d'une cissoïde de Dioclès autour de son asymptote. Il
trouva que ce volume est égal à celui du tore engendré
par la rotation du cercle générateur de la cissoïde autour de
la tangente à l'extrémité d'un diamètre.
(l) * Lettre de A. Dettonville a Monsieur de Shtze, chanoine de la
Cathédrale du Liège, en lui envoyant la Dimension et le Centre de
grauité de V Escalier. La Dimension et le Cintre de grauitê des
Triangles Cylindriques. La Dimension d'un Solide formé par le moyen
d'vne spirale autour cVvn Cône. A Paris, M. DG. LVIII.
— 539 —
Longtemps Huygens hésita à admettre ce résultat, auquel
le géomètre anglais Wallis parvint vers la même époque, et
ce n'est qu'après plusieurs lettres que Sluse l'amena à
partager son sentiment.
Sluse ne nous a rien laissé, nous l'avons dit, sur les pro-
cédés dont il faisait usage ; il est probable toutefois qu'il
déduisait ses théorèmes de la méthode des indivisibles
combinés avec les résultats fournis par la statique, notam-
ment avec le théorème de Guldin (1).
Il consacre, en effet, tout le chapitre VII de ses Miscel-
lanea à l'exposition de sa méthode d'évaluation de certaines
aires et des volumes lorsque l'on connaît les centres de
gravité d'autres surfaces ou solides et vice-versa.
Dans un autre chapitre, il détermine le centre de gravité
du conoïde hyperbolique. A l'époque où parurent les
questions proposées par Pascal sur la cycloïde, Sluse com-
muniqua à l'illustre géomètre quelques-unes de ses décou-
vertes sur cette courbe et sur d'autres plus générales qu'il
engendre en supposant qu'un point se meuve d'un mouve-
ment uniforme sur une courbe entraînée elle-même d'un
mouvement uniforme parallèlement à une droite donnée.
Il lit connaître les aires des segments compris entre un
arc de la courbe ainsi décrite, deux parallèles à la base
dont il vient d'être question et une perpendiculaire à cette
base (2).
Tous ces théorèmes montrent avec quelle habileté Sluse
maniait la géométrie des indivisibles. Ses travaux et ses
tettres contiennent une foule de découvertes qui peuvent
( i ) C'est ainsi qu'il a démontré le théorème sur le solide engendré
par la Cissoïde. V. Mathesis, t. VI, p. 273.
( î ) Les premiers résultats se trouvent dans une lettre de Sluse à
Pascal, publiée d'abord par Bossut, dans son édition complète des
œuvres de Pascal (1779); ils sont mentionnés dans l'Histoire de la
Roulette (165S). Les autres sont cités dans l'écrit de Pascal dont nous
venons de transcrire le titre.
— 540 —
aisément soutenir la comparaison avec celles que firent,
dans ce domaine, les géomètres les plus illustres de cette
féconde époque, Pascal, Roberval, Fermât, Wallis, etc.
Nous avons mentionné en second lieu les travaux de
Sluse relatifs à la géométrie cartésienne.
Il serait fort intéressant de pouvoir discuter à fond
l'influence que put avoir la Géométrie de Descartes sur les
travaux de notre compatriote.
La Géométrie parut, comme nous l'avons rappelé plus
haut, en 1637. Dès son apparition, elle dut faire une pro-
fonde impression sur les géomètres. Dans notre pays,
Gérard de Gutschoven (l) paraît l'avoir étudiée assez tôt.
Mate, pendant son séjour à Louvain, Sluse fut-il en rapport
avec Gutschoven, entendit-il parler des travaux mathéma-
tiques de Descartes? Plus tard, le P. Mersenne, dans ses
voyages à Rome en 1644 et 16-45, les fit-il assez connaître
pour que notre savant en fût informé ?
A plusieurs reprises, Sluse se défend d'avoir puisé dans
Descartes ses théories sur les lieux géométriques . Je ne
sais, dit-il dans une lettre à Huygens du 15 juillet 1659,
pourquoi Dettonville (2) veut appeler nouvelle mon analyse,
car j'avoue n'en point connaître d'autre que celle de Viète,
(À laquelle j'étais habitué avant d'avoir vu celle de Descartes,
dont elle ne diffère pas beaucoup à mon avis.
Et ailleurs : J'estime fort Descartes ; ce fut un géomètre
d'une habileté extrême, mais je ne lui dois pas beaucoup.
J'avais considéré les lieux avant de voir sa géométrie.
(î) Gérard de Gutschoven devrait presque figurer dans cette Notice,
car sa famille est originaire de l'ancienne principauté. M. l'abbé
Monchamp, dans son Histoire dit cartésianisme en Belgique, que nous
avons eu déjà l'occasion de citer, étudie avec soin la carrière de
Gutschoven : nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à cet
important ouvrage.
(2) Il s'agit de la lettre de Pascal à Sluse que nous avons déjà
mentionnée.
- 541 —
Nous ne voulons pas assurément faire de Sluse un
second créateur de la géométrie analytique, mais il est
permis de croire qu'il était parvenu, ainsi qu'il le dit, à
beaucoup de ses découvertes avant de connaître l'œuvre de
l'immortel philosophe. Plus tard, sans doute, il en tira
parti lorsqu'elle se fut répandue par l'édition latine que
Schooten publia en 1649.
Dans sa Géométrie, Descartes s'occupa de la construction
des racines d'une équation algébrique par l'intersection de
deux courbes. En cela, il ne faisait que suivre l'exemple des
géomètres grecs, mais en appliquant ses méthodes nou-
velles. Sluse aborda les mêmes questions dès 1657 et
peut-êlre avant, à en juger par sa correspondance avec
Pascal et Huygens.
Mais ce qui est remarquable dans ses travaux, c'est
l'élasticité qu'il sait donner h ses formules ; sa méthode
analytique ne fut publiée qu'en 1668, dans la seconde
édition de Mesolabum : cependant sa correspondance et les
solutions synthétiques imprimées dès 1659 ne laissent aucun
doute qu'à cette époque il était en possession de ses pro-
cédés.
Descartes, on le sait, fit usage des coefficients indéter-
minés, notamment pour résoudre l'équation du quatrième
degré, mais Sluse paraît être le premier qui, pour simplifier
les constructions, mit en œuvre l'artifice suivant que nous
exposons avec les notations modernes.
Soit à résoudre une équation f( x ) = o. Etablissons
entre x et une indéterminée ;/, une relation convenablement
choisie : 9 (x, y) = o. Si, à l'aide de cette relation , on fait
disparaître x de certains termes de / ( x ), on obtient une
autre équation : <J, ( x, y) = o. ?( x, y) = 0j 4, ( x, y) = o
représentent deux courbes dont les points d'intersection
ont pour abscisses les racines de f ( x ) = 0.
Mais Sluse va plus loin.
— 542 -
A l'aide d'un nouveau paramètre , il remplace <p et <]> par
des courbes qui ont pour équations
y -{- m <\> — o ,
et, par un choix habile de l, m, notamment dans les pro-
blèmes du 3e degré et du 4°, il arrive à employer celles des
coniques, dont il veut faire usage. En particulier pour le
3e degré, il résout toutes les équations en se servant d'une
conique donnée d'avance et d'un cercle.
Cette partie des travaux de Sluse fut hautement appréciée
des géomètres et devint classique.
La manière de M. Sluse de construire -les équations, dit
Jean Bernoulli, n'est-elle pas beaucoup plus aisée et plus
naturelle que celle de M. Descarlcs. Et lui-même résout,
à la Simienne, une équation du 12e degré (l). '
Leibniz, qui, sur le conseil de Huygens, avait appris la
géométrie analytique dans les écrits de Descartes et de
Sluse (2), dit dans une lettre à l'abbé Foucher : M. Ozanam
avouera que je suis le premier qui lui ail montré l'usage
des équations locales pour les constructions ,... il est vrai
que cet usage des équations locales n'est pas de mon inven-
tion. Je l'avais appris de M. Slusius (3).
Plusieurs années auparavant, Philippe de la Hire, suivant
pas à pas la méthode de Sluse , consacre tout un traité à
(i) Journal des Sçavans , 18 janvier 1694.
(s) Lettre à Jacques Bernoulli, avril 1703, insérée dans les Oeuvres
de Leibniz publiées par Gerhardt, t. III, p. 66, et reproduite dans le
* Commerciwn Epistolicum J. Collins et aliorum de Analysî promota.
8e éd., publiée par J. B. Biot et F. Lefort, Paris, Mallet-Bachelier,
1856, pp. 226-228.
(3) Journal des Sçavans, 1692, t. XXII, p. 367 de l'éd. d'Amsterdam.
Cette lettre est reproduite dans * Lettres et opuscules inédits de
Leibnitz, précédés d'une introduction par A. Foucher de Careil.
Paris, Ladrange, 1854, pp. 88-92.
— 543 -
la résolution des équations par les courbes et rend pleine
justice à notre compatriote (1).
Plus tard, le marquis de l'Hospital , dans son Traité
analytique des sections coniques, paru en 1707, reproduit à
peu près les travaux de la Hire , mais sans citer notre
savant ; il en est de même du père Reyneau , qui , dans son
Analyse démontrée, garde également le silence sur l'auteur
des méthodes qu'il expose , bien qu'il eût étudié à fond les
écrits de Sluse , comme le prouvent les lettres du P. Jac-
quemet, récemment publiées par M. Aristide Marre (2).
Wolff, dans son cours de mathématiques (1732-1741),
analyse les travaux du savant liégeois et en fait ressortir le
caractère original. Il en est encore ainsi de Montucla
(Histoire des Mathématiques, 2e éd., t. II, pp. 159-161).
Mais il nous reste à parler d'autres découvertes de
l'éminent chanoine. On sait combien, au XVIIe siècle, le
problème des tangentes préoccupait les géomètres.
Descartes , qui , le premier , le résolut d'une manière
générale dans sa Géométrie, avoue que c'est la question
dont il a le plus désiré connaître la solution (3). Il en donna
ensuite d'autres solutions. Presque simultanément, Fermât
traita heureusement le même problème. C'est alors encore
que Roberval et Torricelli donnèrent leurs méthodes par
les mouvements composés (4). Dès 1652, Sluse abordait
(0 * La construction des équations analytiques par Monsieur de la
Hire. A Paris, chez André Pralard. M. DG. LXXIX.
(2) Bullettino du prince Boncompagni, t. XV, p. 685.
(3) La Géométrie, p. 342 de Péd. de 1637. Livre II. On peut lire,
sur les diverses méthodes de Descartes et de Fermât : * Mémoire sur
la méthode des maxima et minima de Fermât et sur les méthodes des
tangentes de Fermât et de Descartes, par M. Duhamel. Paris, Gauthier-
Villars, 1864 (Extr. du t. XXXII des Mém. de l'Acad. des Sciences de
Paris. )
(i) Les droits respectifs de Torricelli et de Roberval sont parfai-
- 544 —
ce problème , comme il résulte d'une lettre qu'il écrivait à
Huygens le 18 août 4662, et découvrait une méthode
applicable à toutes les courbes algébriques. Nous n'avons
aucun, écrit de cette époque, mais, en 1658, Sluse indiquait
à Pascal la construction des tangentes à toutes les perles.
Dans la lettre du 18 août 1662 , il annonce à Huygens
qu'il vient de réduire sa méthode, dont il est en possession
depuis plus de dix ans, à un remarquable degré de simpli-
cité. En 1668 , il en fit évidemment usage dans ses Miscel-
lanea, comme le reconnut Gollins* ( Lettre à Newton du
18 juin 1673), et l'applique même à la détermination des
points d'inflexion de certaines courbes du 3e degré et du 4e,
en la combinant avec sa méthode des coefficients indéter-
minés; enfin, en 1673, à la prière d'Oldenburg, il se décide
à la publier in extenso dans les Transactions philosophiques
(Vol. Vif, p. 5143, et vol. VIII, p. 6059).
Nous allons l'exposer en faisant usage de notations
modernes :
Soit une courbe algébrique, dont l'équation f(x,y) = 0
ne contient ni fractions, ni radicaux. Soit a la sous-tan-
gente. Ecrivons à droite tous les termes def{x,y) conte-
tement exposés dans un mémoire de M. Jacoli intitulé Evangélista
Torricelli ed il nietodo délie tangenti detto metodo del Boberval (Bull,
du prince Boncompagni, t. VIII, 1875). Torricelli a fait connaître sa
découverte dans ses Opéra geometrka, p. 119 (Op. cit.). Quant aux
idées de Roberval, on les trouve mentionnées pour la première fois
dans * F. Marini Mersenni Ballistica et Acontismolorjia. Parisiis ,
Sumptibus A. Bertier, M. DC. XLIV , pp. 115-116. Je profite de cette
citation de l'ouvrage du célèbre P. Mersenne pour compléter la notice
que j'ai consacrée à Jean Galle. C'est lui, sans nul doute, que désigne
le savant minime sous le nom de Qaleus, ingénieur de plusieurs
généraux (Op. cit. , pp. 84-89), et dont il rapporte les nombreuses
expériences sur le tir des canons, faites devant Y Archiduc (Albert) ,
Spinola, le comte de Bucquoi. J. Galle avait été conduit à imaginer
que la trajectoire des projectiles est hyperbolique ou parabolique.
— 545 -
riant y ; à gauche ceux qui contiennent x, et rejetons par
conséquent , tous les termes ne renfermant ni x ni y.
Multiplions ensuite tous les termes de droite par l'expo-
sant de la puissance de y qu'ils contiennent et ceux de
gauche par l'exposant correspondant de x, en ayant soin
de remplacer, dans ceux-ci, un facteur x para. En égalant
les deux résultats trouvés, on obtient a, c'est-à-dire que
l'on a(i) :
t'y
T x
Sluse n'indique pas sur quels principes repose sa
méthode. L'esquisse de démonstration qu'il en donne
s'appuie, en résumé , sur le lemme
——- = ^m-! + ^m-2 y + . . . . + ym-l.
Ailleurs, dans une lettre cà Oldenburg, du 22 novembre
1670, il dit, en parlant de la méthode de Barrow (2), qu'il
ne se réjouit pas peu de voir que l'auteur a rencontré le
procédé dont il avait fait lui-même usage autrefois. Mais
s'il poursuit quelque peu cette route, ajoute-t-il, il tombera
avec moi, sur une méthode bien plus facile, et qui n'exige
presqiiaucun calcul.
Hudde découvrit la même règle vers 1659 , comme on le
voit par une lettre qu'il adressa le 21 novembre de cette
( i ) C'est le résultat dont M Marie , dans son Histoire des mathéma-
tiques,^ V. p. 26, fait honneur à Huygens alors que le travail de
Huygens ne fut publié qu'en 1693 et que, de plus, l'illustre géomètre
dit expressément qu'il a retrouvé les résultats dus à Hudde et cà Sluse.
(* Divers Ouvrages de Mathématique et de Physique. Par Messieurs
de l'Académie Royale des Sciences. A Paris, De l'imprimerie royale
M.DC. XClII,p. 331.)
(-2) * Lectiones opticae et geometricae, Londini, 1674. 2e partie,
p. 81 (C'est l'édition de 1670 avec un nouveau titre).
— 546 -
année à Schooten, mais il recommanda à son correspon-
dant de lui garder le secret. Cette lettre ne fut publiée
qu'en 1713 (Journal littéraire de la Haye, 1713, p. 4-60).
Il est bien vrai qu'en 1658, le même géomètre avait
donné la règle analogue pour les maxima et minima ;
celle-ci tut insérée dans la seconde édition latine de la
Géométrie de Descartes (\) ; elle fut même employée par
Schooten, dès 1657, dans ses Exercitationes (2) , mais sans
être énoncée explicitement.
C'est donc la règle cle Sluse qui, seule, fut connue des
géomètres, si ce n'est de quelques amis de Hudde, comme
Schooten et Huygens. Aussi est-ce cette règle que Leibniz
s'efforce de simplifier, ou plutôt de généraliser, en la
rendant applicable aux équations qui contiennent des frac-
tions et des radicaux; il n'est même pas éloigné de croire
que Sluse lui-même possédait cette généralisation (s).
D'un autre côté, l'auteur du Recensio Libri (4), ira jusqu'à
dire que l'équation d(xm) = mxm—ldx de Leibniz n'est
autre chose que le lemme de Sluse mentionné plus haut.
Leibniz, nous l'avons vu, a dû, en grande partie , ses
connaissances en géométrie analytique aux travaux de
notre géomètre , et l'on peut juger par là si le célèbre
(0 * Geometria à Renato Des cartes Anno 1637 Gallicè édita,
opéra atque studio Fr. à Schooten nunc demum recognita. Amstelae-
dami, Apud Lud. & Dan. Elzevirios, CIO ICO LIX, pp. 507-516.
(2)* Francisci à Schooten Exèrcitationum mathematicarum libri
quinque. Lugduni Batavorum, Ex off. Joh.Elsevirii.GIO ICO. L VII. p. 498.
(5) G-I. Gerhardt, Die Entdeckung der hôheren Analysis, Halle,
1855, pp. 143-148.
(i) 11 s'agit de l'Analyse, écrite par Newton lui-même, du Cammer-
cium epistolicum cité plus haut. Cette analyse a paru d'abord eu
anglais dans les Transactions philosophiques, t. XXIX, pp. 173-224;
puis en français dans le Journal littéraire de la Haye, t. VII, pp. 114-
158 ; 344-365 et enfin en latin dans la seconde édition du Commercium
(1722).
- 547 -
chanoine de Liège mérite d'être rangé parmi les précur-
seurs du calcul différentiel. Il n'est pas douteux que la
découverte de Sluse, dont Newton reconnaissait presque
en 1676, l'identité avec la sienne, eut une grande
influence sur l'invention des nouveaux calculs.
On est amené à estimer Sluse davantage encore si l'on
rapproche de cette méthode analytique des tangentes une
autre méthode due également à notre compatriote, mais
qui resta ignorée : nous voulons parler de sa méthode
parla composition des mouvements, dont il fait mention
dans sa lettre à Pascal du 16 novembre 1658 Mais
d'après la réponse qu'il reçut, il se crut devancé par
Roberval. Le principe est en effet le même; cependant il est
présente d'une façon toute différente, où l'on sent l'in-
fluence de Torricelh. A certains égards, elle rappelle
1 exposition du principe des fluxions (î).
Nous nous sommes étendu sur les travaux mathéma-
tiques de notre savant, parce que c'est à ceux-là surtout
qu ,1 dut sa renommée; ce sont eux qui lui valurent l'hon-
neur de se voir élu (2) au nombre des membres de la
Société royale de Londres (16 avril 1674); c'est de son
Mesolabum qu'Oklenburg pouvait dire : On le considère
en Angleterre, comme le meilleur écrit publié sur cette
partie de la géométrie depuis Descartes.
Il serait cependant injuste'de passer sous silence d'autres
recherches qui lui sont dues.
Sa solution dn problème d'Alhazen, où il se mesura avec
Huygens, ses remarques sur la théorie de l>arc-en ciel
mentionnées par Barrow et exposées par Spinoza,'
(0 J'ai publié in extenso sa méthode dans la RevUe Ciel et Terre
loc. cit. '
pa(,.Ucù;L'o,"';,1"e ^ S'USefait ••>d-ll<-»' Parte de ma collection
— 548 —
prouvent avec quel talent il savait manier l'optique géo-
métrique (1).
En mécanique , il a peut-être découvert les lois du choc
des corps durs ; au moins les résultats qu'il signale à
Huygens concordent-ils avec ces lois. Dans cette question,
avec quelle netteté il introduit la notion de la force, si
obscure encore pour Descartes et présentée par lui d'une
façon si inexacte! Il énonce, en effet, le théorème fonda-
mental
F^ _ otY
F' — m'V7'
En astronomie, il s'intéresse à toutes les grandes
découvertes de son époque, il sert de lien entre Huygens
et les savants d'Italie qu'il avait connus intimement ; il est
leur intermédiaire pour la communication des observa-
tions faites de part et d'autre. Lui-même y prend peut-
être part, et nous aimons à nous le représenter, à Liège ,
faisant en compagnie du Père Linus, des observations
astronomiques comme il en fit à Rome, pendant les années
de sa laborieuse jeunesse.
Ami de Viviani, le dernier disciple de Galilée, de
Magiotti, le compatriote et l'admirateur du grand Flo-
rentin, de Michel-Ange Ricci, l'élève de Torricelli , du
cardinal Léopold de Toscane , le fondateur de l'Académie
del Cimento, de Huygens, d'Oklenburg, il approuve le
système de Copernic ; il tâche de l'expliquer à son frère ,
d'une manière sensible, et se moque finement, mais
discrètement des efforts de Riccioli pour renverser la
grande doctrine copernicienne.
Rappelons encore ses expériences sur le vide , entre-
( i ) Je renverrai pour les détails et pour la citation des preuves à
la Correspondance de Sluse, publiée dans le Bulletti.no du Prince
Boncompagni , t. XVII.
- 549 —
prises avec Magiotti; ses remarques sur le singulier
phénomène de l'élévation du mercure dans le tube baro-
métrique, son invention d'un ingénieux thermomètre, ses
observations si précises sur le régime des vents en Bel-
gique , sa description des productions naturelles du Pays
de Liège.
Toute sa vie, il s'est montré fidèle à la philosophie expé-
rimentale et s'il veut qu'on s'attache à faire progresser la
géométrie, c'est surtout pour nous permettre d'étudier plus
à fond la nature, l'ouvrage de l'Éternel Géomètre.
Sluse, nous l'avons dit, est le plus illustre mathématicien
qu'ait produit le pays de Liège, mais il semble, pour plus
d'un siècle, avoir épuisé toute la sève de sa terre natale :
après lui, nous ne pourrons citer, en fait de travaux
mathématiques , que quelques traités d'arithmétique
élémentaire ou de géométrie pratique; mais que sont, à
côté de Wendelin ou de Sluse, les Grognard (i), les
Mottet (2), les Mulkeman (3), les Cloesket (4), les Martin
Malte (5), les Philippi (e), les Martel (7), les Harroy(s),
les Simonon (9).
Un moment, il parait qu'une étincelle se rallume, de ce
feu presqu'éteint. On réimprime, à Liège, les ouvrages de
Dalencé sur le baromètre et sur l'aimant (10) ; deux ingé-
nieurs, les émules de notre Jean Galle, Michel de Herstal
(i, 2, 3, i, s, c, 7, 8, 9) Voir les notes à la fin de ce travail
(10) Traitiez des baromètres, thermomètres et notiometres , on
hygromètres, par M. I)***. A Liège, Anno M. DG. XCI.
4° 2 ff. lim. 48 pp.. frontisp. et 34 pli.
Le frontispice gravé porte le titre en latin et la date de 1688
(Univ. Leod., II., 20. 24).
Traitté de VAiman. Divisé en deux parties. La première contient les
expériences; & la seconde les raisons que Von en jirut rendre, par
M. D***. A Liège, Anno M. DG. XGI.
In-4° 3 ff. lim. 45 pp. Frontispice et 33 pli. grav. ( Univ. Leod.
IL 19. Ibis).
— 550 —
de la Tache (1) et Henry Charles Antoine Du Fresne (2)
publient leurs travaux sur la fortification des places
fortes; le libraire Broncart entreprend de donner une
édition du Journal des Savants (3), le P. Gobart publie
un traité du baromètre qu'il complète après quarante ans
de réflexion (&), enfin le Lyonnais Villette semble intéresser
ses compatriotes d'adoption par des expériences d'optique
( * ) La nouvelle méthode pour bien fortifier les places contre les
attaques modernes. Par le sieur de Herstal De la Tacite, Liégeois.
A Liège, chez Joseph Louis de Milst, imprimeur de son Altesse
Serenissime Electorale, proche l'Hôtel de Ville. M. DG. IG.
(Un exempl., incomplet delà £de partie, dans la bibl. Capitaine,
4591. C'est d'ailleurs le seul connu).
(2) Dernier souhait des ingénieurs ou fortification nouvelle réglée et
dédiée a Sa Majesté tres-chrestienne , par Henri Charle (sic) Antoine
Du-Fresne. Liège. Se trouvent chez l'Autheur dans l'a neuve Rue,
MDGC. '
(Univ. de Liège, XIX. 61.13).
Bien que l'ouvrage soit de 1700, il contient un privilège du 27 avril
1701. U renferme une lettre de Michel de Herstal à Vauban.
(3) * Le nouveau Journal des Scavants qui se fait à Paris par une
( 'ompagnie de Cens de Lettres, sous la protection de M. le Chancelier et
la direction de M. l'Abé Bignon, son neveu. A Liège, chez J. F. Broncart.
Ce journal a paru sous ce titre, ou avec un titre légèrement modifié,
de 1702 à 1706. La collection complète doit contenir quinze volumes ;
les tomes V et XI me manquent. Chose assez curieuse, cette publi-
cation, qui n'est pas sans importance, n'est pas signalée dans la
Bibliographie de M. de Theux, ni dans les Recherches de M. U. Capi-
taine sur les journaux liégeois.
(i) Tractaius philosophicus de Barometro. Autore R. P. Laurentio
Gobart, E Societate Jesu. Amstelodami. Typ. Steph. Roger. IVUDCGIII.
In-12. 2 ff. lim. 188 pp. 1 P d'errata. L'exeinpl. de la collection
Capitaine porte la date de 1702.
Quaestio philosopMca de Pondère Aeris addenda ad Tractation Philo-
sophicum de barometro , P. Laurent// Gobart Amstellodami (sic)
impressum anno 1703. Auctore Eodem. Leodii, Typ. Viduae G. Bar-
nabe, M. D. C. C. XLII. 8», 32 pages.
- 551 —
et de catoptrique faites à l'aide d'un miroir ardent sem-
blable à celui qu'il présenta à Louis XIV (l) ; mais ce
mouvement est tout à la surface et ne pénètre point au
cœur de la nation.
Nous avons pu, par l'examen des livres que possédaient
certaines maisons religieuses, constater du XIIe siècle au
XVIe, la persistance des études mathématiques. Nous
serions bien tenté de faire, pour le XVIIIe siècle, une
constatation contraire. Lorsque l'on parcourt le catalogue
de la Bibliothèque du Collège des Jésuites-en-Ile, on
s'aperçoit immédiatement de l'absence presque complète
d'ouvrages mathématiques importants des dernières années
du XVIIe siècle et du XVIIIe : les œuvres de Huygens, de
Newton, de l'Hospital, de Moivre, de Taylor, des Bernoulli,
de Maclaurin, d'Euler, de Clairaut, ne s'y rencontrent
pas. Sans doute, ce Collège était destiné exclusivement à
l'enseignement des humanités; mais on peut conclure de
cette pénurie de livres sur les parties élevées des mathé-
matiques, qu'aucun maître ne se préoccupait d'aller
au delà de ce qui lui était absolument indispensable.
Le Collège des Jésuites anglais avait conservé, sous ce
rapport , sa situation privilégiée. Assurément, les ouvrages
(l) * Description du grand miroir ardent, fait par les sieurs
Villettc père et filé natifs de Lion. Avec quelques remarques sur les
éfets surprenants et admirables qu'il produit .
8° de 16 pp. qui n'a qu'un titre de départ. Au bas de la p. 16.
A Liège, chez Guillaume Barnabe, imprimeur de Son Altesse Sere-
nissime Electorale , 1715. Cette pièce, dont je ne connais aucun autre
exemplaire, a été reproduite dans le Journal littéraire de La Ha/je,
t. VII, pp. 103-112. Année 1715
Sur Villette. voir le livre de l'abbé Pernety : Recherches ]>our servir
à lliistoire de Lyon ou les Lyonnais dignes d<- mémoire. Tome II, 1757.
pp. 120-121. Villette vint s'établir à Liège vers 1698 et mourut avant
1757.
— 552 —
publiés par les Pères Gooden et Slaughter (1), sont des
livres élémentaires; mais en parcourant, par exemple,
les thèses défendues en 1728 par le P. Nathaniel Sheldon,
sous la présidence du Père Guillaume Kingsley (2), on
sent que l'enseignement est resté à la hauteur des pro-
grès scientifiques.
Nous pourrons encore , dans cette première moitié du
siècle, mentionner un livre d'un gentilhomme liégeois,
établi à Paris, Le Ratz de Lanthenée. Il publia, en 4738(5),
un Traité de géométrie élémentaire : mais si on a pu louer
la simplicité de cet écrit, on aurait dû faire observer en
même temps qu'elle est obtenue grâce à un manque absolu
de rigueur.
Dans la seconde moitié du siècle, le goût des sciences
semble reprendre d'une façon plus sérieuse, mais si le
(1) * Trigononietria plana et sphœriea cum selectîs ex geometria et
astronomia problematis (sic). Accédant sinuum Canones , & ex Euclide
Propositions magis necessariœ. Auctore R. P. Jacobo Gooden, S. J. in
Collegio Anglorum Leodii Matheseos Professore. Leodii, Apud J. F.
Broncart. Anno 1704.
8° 2 ff. lira. 168 pp.
Arithmetica methodice et succincte tradita. Auctore B. P. Edirardo
Slaughter , S. J. In Collegio Anglorum Leodii Matheseos quondam pro-
fessore. Leodii , Apud G. H. Streel , 1702.
8° 122 pp.
Il y a une seconde édition , sans date , de Cologne (Univ. Leod., I ,
10. 3et3bis).
(2) Conclusiones ex universa philosophia propugnandce In Collegio
anglicano Societatis Jesu, Leodii Anno Domini M. DCG. XXVIII.
Praeside R. P. P. Guilielmo Kingsley S. J. Philosophiœ Professore.
Leodii, Typis G. Barnabe. 4° , 26 pp., 2 pli. (Bibl. Capitaine, 2484.)
(3) Élémens de géométrie ou principes de la mesure de retend ne,
par M. Le Ratz de Lanthenée. Paris, chez Gissey et Bordelet.
M. DCC. XXXVIII.
In-12, 260 pp., 2 ff. pour le privilège, 6 p. L'approbation, du 8 jan-
vier 1738, est signée de Clairaut.
- 553 -
médecin Jean-Philippe- de Limbourg remporte quelques
succès académiques par ses écrits sur la chimie (i), si
François de Villetle, le petit-fds du Villette que nous
venons de citer, se distingue par des travaux utiles en
physique, qui le font connaître à l'étranger, et par un
cours public sur cette science (2), si la Société d'Émula-
tion enfin, qui venait d'être fondée, crée un cours de
mathématiques confié à Thomassin , nous ne rencontrons
encore aucune production mathématique de quelque valeur.
Il semble que ce mouvement crée plutôt des amateurs
de la science que de véritables savants : ainsi on peut men-
tionner le chanoine de Stoupi, dont la riche bibliothèque
abondait en livres de science et même spécialement de
mathématiques (.->); ce mouvement se serait sans doute
accentué, si des obstacles imprévus et enfin la malheu-
reuse révolution liégeoise, n'avaient fait échouer le projet,
repris une fois encore par le prince-évêque Hoensbroeck,
d'établir à Liège, une Université.
Il ne m'appartient pas, surtout dans une étude de cette
nature , de juger les événements qui mirent fin à la vieille
principauté. La domination étrangère ne nous rendit rien
en compensation des ruines qu'elle accumula chez nous.
Au point de vue de l'histoire des mathématiques, il est
peut-être curieux de constater, pour finir, que Bonaparte
donna la sénatorerie de Liège à Monge, l'immortel géo-
(0 * Dissertation sur les affinités chymiques. Liège, F. J. Desoer,
M. DCG. LXI.
(2) Voyez notamment, outre les notices biographiques consacrées
à Villette , V Esprit des journaux , 1782, p. 330 et ss; 1790, p. 339. Cf.
également : * Œuvres choisies du baron de Walef , publiées par Villen-
fagne. Liège, Lemarié , 1779, p. 31.
(3) * Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. de Stoupi.
Liège, J. J. Tutot , M. DCG. LXXXVI.
37
— 554 -
mètre. Mais pour nous, Liégeois, Monge n'est pas le
créateur de la géométrie descriptive; il ne se prévalut,
chez nous, que de sa qualité de comte de Péluse, pour
occuper le château de nos anciens princes (l), pour se
montrer dans des cérémonies officielles ou bien, aux jours
de 1814, pour tenter encore, au nom de l'Empereur et Roi
son maître , de soulever les Liégeois , par des proclama-
tions ampoulées, contre ceux qui leur apportaient la liberté.
C. LE PAIGE.
(t) Il faut lire les ineptes couplets en l'honneur de Napoléon et de
Monge, inspirés à un Liégeois par l'entrée du sénateur au château de
Seraing (Bibl. C4apitaine, 5985).
— 555 —
Notes de la page 54-9 :
(i) Pour être aussi complet que possible, je donnerai les titres des
ouvrages dus à ces divers mathématiciens; ces titres renferment
parfois des renseignements intéressants.
* La petite arithmétique de Herman Grognart. Seconde édition. Ce
livret se vend chez l'Autheur à l'enseigne du Pélican d'or devant la
Madeleine, à Liège. M. DG. LXXIX. 8° de 136 pages.
Je n'ai pas rencontré la première édition; M. de Theux ne la
signale pas dans sa Bibliographie. Dans la préface, l'auteur annonce
une Arithmétique à la mode qui n'a probablement jamais paru.
(2) L'Arithmétique disposée à l'instruction des jeunes marchands et
amateurs, par Vincent Mottet , marchand liégeois. A Lille, chez Jean
Chrisostome Malte. 1680. 4°,5ff. n. ch. 210 pages. (Bibl. Capitaine 3864)
(s) Il existe deux géomètres liégeois du nom de Mulkeman. Ils ont
publié :
Arithmétique théorique et pratique, etc., mise en lumière par
Henry Mulkeman, professeur d'icelle et de géométrie. A Liège. Il se
vend chez l'Autheur, demeurant dehors Chasteau devant les Pères
Carmes déchaussez, 1671. 4° 4 ff. 333 pages.
Planimetrie ou arpentage nouvellement mise en lumière par * * *
Liège, H. Hoyoux. 1694. 8°, 4 ff., 142 pages. La préface est signée
E(rasme) M(ulkeman). Je cite cet ouvrage d'après la Bibliographie
liégeoise de M. de Theux.
* Nouvelle pratique d'Arithmétique d'une méthode très-facile par le
sieur Erasme Mulkeman. A Liège, et se vend chez le sr Noël Holthousen,
marchand à l'écu d'or au pied du Pont d'Arche, M. DC. XCVIII.
S», S ff. n. ch. 538 pages, 3 ff. de tables.
Abrégé d'Arithmétique, etc., pa r Erasme Mulkeman. Il se vend à
Liège, chez Henri Loncin, à l'enseigne du Lévrier blanc, derrière
sainte Catherine. M. DCC. IX.
In-12. 6 ff. n. ch. 132 pages. (Bibl. Capitaine 3867).
Les trois ouvrages d'Erasme Mulkeman sont dédiés à Pierre-Louis
de Sluse , frère du célèbre chanoine.
(*) Eruditions fructueuses et très-utiles de la vraie et parfaite
arithmétique de Nicolas Cloesket, j^ofesseur d'icelle et géométrie. Il
se vend : A Liège, chez l'Autheur demeurant à la M..in d'or, en Puis-
en-Sock.
8°, 4 ff. lim. en y comprenant le portrait de l'auteur à l'âge de 26 ans
et la dédicace à Jean Ferdinand de Méan. 159 p. ch., 5 p. n. ch.
— 556 —
Le privilège est du 8 nov. 1685. (Bibl. Capitaine, 3808).
Cloesket est donc né vers 1659.
Les fleurs et pfinsées géométriques dédiées à Mgr le Baron de Sluse
par Nicolas Cloesquet (sic), Maître de Langues et Professeur
d'Arithmétique et de Géométrie Le susdil l'ait profession d'enseigner
les langues allemande & flamande, et prend des Ecoliers en pension.
A Liège, chez Nicolas Cloesquet, demeurant au Dragon d'or, devant
les Frères mineurs hors château. 1700.
4°, 4 ff. n. ch. en y comprenant le portrait du Baron de Sluse.
150 p. ch. 5 ff. n. ch. 23 pi.
* La vraie et parfaite arithmétique des negocians compoéee (sic)
par Nicolas Cloesquet , Géomètre sermenté. Chez Roland Procureur,
Imp. près du Palais, au chapeau d'or. M. DCC. XVII.
8°, 5 ff. n. ch. 126 p. ch. 1 fl bl. Dédié à Mgr Mathias Clerck.
(5) Arithmétique nouvelle de Martin Malte, etc. Se vend chez
l'Autheur en la rue de Guelt proche la Magdeleine à Liège. M D.CC.V.
8°, 4ff. n. ch. 171 p. ch. 1 p. d'errata. (Univ. Leod. I. 9. 14).
* Traité de géométrie servant de règlement, aïe. Par Martin Malte,
Professeur en Arithmétique et Géométrie, Arpenteur General, Juré &
Examinateur des Arpenteurs de la Cité & Pais de Liège. Se vend chez
l'auteur demeurant devant la Magdeleine.
4", 6 ff. 205 p. ch. 3 p. n. ch. Sans date, mais le privilège est du
16 nov. 1716.
* Recueil des mesures usitées dans le pays de Liège. A Liège, chez
Urbain Ancion, demeurant vis-à-vis des Dominicains. 1720. Et se vend
chez Martin Malte, Examinateur Juré des Arpenteurs, demeurant
derrière l'église de la Madeleine, à l'enseigne de Saint Joseph.
8° de 80 pages.
(o) Nouveau traité d' Arithmétique par Joseph Philippi, maître d'Ecole
en cette cité de Liège. 11 se vend chez l'auteur demeurant entre le pont
de S1 Juillien et le pont d'Amercœur, à l'Enseigne du Paquier. A
Liège, de l'imprimerie Jean Philippe Gramme, rue des Sœurs de
Hasque, 1715. 8' 4 ff. n. ch. 285 p. (Bibl. Capitaine, 3879).
(7) Eclaircissement tres-ample sur les règles fondamentales de
l'Arithmeti'jue. par le sT Nicolas Martel, prêtre séculier. A Liège,
chez Urbain Ancion, imprimeur et chez Marie Tournaye, marchande
au Palais. M. DCCXVII.
2 vol. 8° de 13 ff n. ch. 359 p. ch. 7 p. n. ch. pour le 1" volume;
2 ff. n. ch. 3i 1G p. 8 p n. ch. pour le second.
Cet ouvrage a reparu avec un titre nouveau et un nouvel avis au
— 557 —
lecteur, chez Bourguignon en 1747 et une seconde fois sans date,
chez le même (Bibl. Capitaine, 3861, 3859, 3860).
(h) * Traité cTaritmétique (sic) mise en pratique pour le commerce en
général, etc., par J. Harroy, Aritmeticien, Géomètre et Arpenteur Juré.
Liège, chez Charles Collette, imprimeur et libraire, à la Croix d'or
sous la Tour S1 Lambert, et chez Jean Harroy, aritmeticien, rue de
l'Agneau sur Meuse, 1740.
8°, 4 ff. lim 346 p. ch. 9 ff. n. ch.
Ce livre a reparu en 1747 (J Harroy habitait alors en Vinàve d'île);
en 1765, en 1784 et en 1792.
* Traité de géométrie pratique sur le terrain etc. Par Jean Harroy
Géomètre X- arpenteur juré. Se vend à Liège, chez l'Auteur, rue
Souverain-Pont et J-F. Bassompierre, imprimeur & libraire en
Neuvice. M. DCC. XLV.
8" 6 ff. lim. 178 pp. 1 f. de table. 18 pli.
Ce livre reparut, avec un simple rajeunissement de titre en 1757 ;
réimprimé en 1776, 1780 (deux états différents), 1785 (rajeunissement
de l'édition de 1 7^0 ) ; 1795.
(y) Simonin a publié divers ouvrages sur les monnaies et sur les
rentes qui sont encore utiles de nos jours; nous ne mentionnerons
que l'un d'entre eux, celui qui renferme un traité de géométrie pra-
tique : * Traité de la réduction des rentes etc., suivi d'une géométrie
pratique, par M. 1'. Simonon, notaire immatriculé de ïAége, réducteur,
géomètre d- arpenteur juré. A Liège, chez J.-F. Bassompierre , mar-
chand libraire, rue Neuvice, et l'auteur, a l'Aigle d'Or, Fauxbour"
d'Amercœur. M. DCC. LI
Ce livre reparut, avec un nouveau titre, en 1753; puis une seconde
fois, chez Everard Kinls, en 1760, comme première partie de
* Oeuvres de Simonon Dans les deux éditions, le titre seul est réim-
primé.
Table alphabétique des Noms de personnes (t).
Abry (Louis), 467.
Acanthius (Jacques), 508.
ADALBOLD, 459, 461-64.
Aiguillon (le P. Fr. d'), 529.
Albéric de Troisfontaines, 461.
Albert (l'archiduc), 502, 544.
Alen (Henri), 508.
Ancion (Urbain), 556.
André (Valère), 467, 475, 492, 498,
499, 502, 706, 531.
Anselme, 459, 461.
Apien (Pierre), 471-72.
Archimède, 464, 538.
Arnaud (André d'), 510.
Backer (A. De), 527.
Baillet (Adrien), 526.
Barnabe (G.), 551-52.
Barnabe (Ve G.), 550.
Barrow (Isaac), 545, 547.
Barwitz, 4S9.
Bassompierre (J.-F.). 557.
Beausard (Pierre), 468.
Becdelièvre, 473-74.
Berghes (l'évèque Robert de) 475-
479, 483.
Bernoulli (Jean), 542.
Bierens de Haan (D.), 481.
Billehé (Charles, François, et
Maximilien de), 493.
Boèce, 462-63; 471.
(il Les noms des mathématiciens liégeois sont en petites capitales;
les chiffres en caractères gras indiquent les pages plus spécialement
consacrées à ces géomètres. Nous n'avons mentionné que les impri-
meurs liégeois ; leurs noms sont en italique.
- 560 -
Boileau de Bouillon (Gilles),
474-75.
Boissières (Claude de), 474.
Bombelli (Raphaël), 495.
Bormans (Stanislas), 466, 468.
Bossut (Charles), 539.
Boulliaud (Ismaël), 521.
Bourguignon, 557.
Bourguignon (Ve S.), 534.
Brandt (Sébastien), 471.
Bressieu (Michel), 480.
Broncart(J.-F.), 550, 552.
Brunetti (Cosme), 533.
Bucquoi (le comte de). 513, 544.
Busbeeck (Auger de) 471.
Bussy-Rabutin, 498.
G
Cantor (Moritz), 459.
Capitaine (U.), 474, 550.
Caramuel Lobkowitz (J.), 519.
Cardan (Jérôme), 495.
Cavalieri (Bonaventure), 535-36.
Chapeaville, 461, 466, 486.
Charlemagne, 458.
Chasles (Michel), 463, 503, 505.
Chifflet (J.-J.). 507, 521.
Chuquet (Nicolas), 496.
Clairaut, 551.
Clavius (Christophe), 494-97.
Cloesket (Nicolas), 549, 555-56.
Coignet (Michel), 481-82.
Collardin (P.-J.), 497.
Collette (Charles), 557.
Collins (J.), 544.
Cossali (Pietro), 505.
Croisiers de Huy (les) 470-71.
Cusa (Nicolas de), 473.
Dalencé, 549.
Damery (Lambert), 497-99,
500 501.
Damery (Léonard), 499, 500.
Daris (J.), 473.
Dati (Charles), 533.
Dejardin, 524.
Desargues (Girard), 530.
Descartes, 468, 507, 514, 522, 526,
540-43, 546, 548.
Dettonville (A.), Voyez Pascal.
Didot (Ambr.-Firm.), 469.
Digby (Kenelm), 525-26, 528.
Dioclès, 538.
Dormal (Henry), 532.
Du-FRESNE(H.-Ch.-Ant.), 550.
Duhamel, 543.
E
Edelheer (Jacques), 513, 521.
Engelbert de Liège, 459, 465.
Eracle, 459, 460.
Ernest de Bavière,482-93, 501. Eyck (Jacques van), 513
Euclide, 464, 466, 495.
Euler (Léon), 520, 551.
Even (Ed. van), 507.
— 561 —
Fabricius, 488.
Falchalin, 465.
Fermât, 540, 543.
Fine (Oronce), 469, 472, 505.
Focard, 469.
Foix de Candale ( Franc, de ) ,
480.
Foppens, 492.
Forir (H.), 497.
Foucher (l'abbé), 542.
Foucher de Careil (A..), 542.
Francon de Liège, 459, 463-65,
468.
Friedlein, 460-61, 504.
Froidmont (Libert) , 505-6 ,
522, 531.
G
Gadroys, 468.
Galilée, 488, 515, 516,520,522
Galle (Jean), 502-506 ,
544, 549.
Galle (Ferdinand), 506.
Galle (François), 506.
Gascoigne, 529.
Gassendi (Pierre), 489, 506,
514, 519-21, 528, 536.
Gemma (Corneille), 468.
Gemma Frisius (R.), 468-69 ,
474, 476-77, 490, 492-93.
Gerbert, 461-62, 464.
Gerhardfc (C.-L), 546.
Gevaerts (Gaspar), 513.
Ghesquière (Ign), 513.
,548.
530,
509,
472,
Glareanus (Henri), 469.
Glen (J.-B. de), 486.
Gobart (Le P. Laurent), 550.
Gobert (Tliéod.). 483.
Godin, 520.
Gooden (Jacques), 552.
Gramme (Jean-Philippe), 556.
Grancey (comtes de) 498-99.
Grati (Mathias de), 479.
Grégoire de Saint- Vincent, 529,
535.
Grognart (Herman), 549, 555.
Guillon (Gilles), 493-499.
Guldin (Paul;, 539.
Gunther (S), 458.
Gutschoven (G. van), 468, 513, 540.
H
Haan, 531.
Habrecht (Isaac), 493.
Hall (François) ou Linus, 513,
523, 525-29, 548.
Harroy (Jean), 549, 557.
Heer (Henri de), 488.
Heinsius (Nicolas), 532.
Helbig (Henri), 474, 4S2-83.
Helmont (Jean-Baptiste van),502.
Henaux (Ferdinand), 483.
Heriger, 459-61.
Herstal de la Tache (Michel
de), 549-50.
Hilbert, 459, 465.
Hipparque, 522.
IIocsem (Jean de), 466-87.
562 —
Hudde (Jean), 545.
Holthousen (Noël), 555.
Hoensbroeck, 553.
Hospital (Le mis de F), 543, 551.
Houzeau et Lancaster, 492.
Hovius ( Jean - Mathias ) ou
Hoyoux, 529.
Eoyoux (H.), 555.
Hubert de Stavelot, 472.
Hulsius (Livinus), 485-86.
Huygens (Christiaan) , 512-16 ,
526-27, 533, 536, 539-41, 544-48,
551.
Huygens (Constantijn), 507, 513.
Isabelle (l'infante), 512.
Jacoli, 544.
Jaquemet (Le P.), 543.
Janssen (J.), 473.
Jauer (Christophe), 495.
Juste-Lipse, 484-85, 493, 510.
K
Kepler (Jean), 486, 488-89, 52l-22.\\ Kints (Everard), 557.
Kingsley (Le P. Guill.), 522. || Kurth (Godefroid), 467, 4S5.
Laet (la Famille), 474.
La Hire (Philippe de), 520, 542-43.
Lalande, 492.
Lambecius (Pierre), 533.
Lampson (Dominique), 486.
Landsbergen (Jacques), 505, 531.
Laplace, 519.
La Roche (Etienne de), 496.
Leibniz, 461, 542, 546.
Léon X (le Pape), 496.
Léopold de Toscane (le prince,
puis cardinal), 533, 548.
Lescailler (Jean), 480.
Leurechon(leP.), 530.
Limbourg (Gilbert), 477.
Limbourg (Jean-Philippe
553.
Linières (Jean de), 470.
Linus (Fr.). V. Hall.
Lombart (Lambert), 482..
Loncin (H.), 555.
Louville (de), 520.
Lucas (le P.), 529.
de),
M
Maclaurin (Collin), 551.
Maelcote (Odo van), 448, 498-99
500.
IMagiotti, 548-49.
I Malte (Martin), 549, 556.
IImanueville (Jean de), 467.
Mantelius, 506-7, 510, 512-13.
Marie (Maximilien), 545.
Marre (Aristide), 496, 543.
Martel (Nicolas), 549, 556.
Marténe et Durand, 460.
Maximilien-Henri de Bavière,
Méan (Jean-Ferdinand de),
Méan (Laurent de), 502, 529
Medielen (van), 513.
Mellema (Léon), 493.
Mersenne (le P.), 506, 540,
Mesmes (Henri de), 509.
Migne, 460.
Milst (J.-F. Van), 537.
Milst (Jean-Louis de), 550.
Naudé (Gabriel), 507.
Neper (Jean), 503, 505.
Neumann (Ch.), 500.
534.
555.
30.
544.
563 -
,Mire (Aub. Le), 465, 475, 484.
Mohy (Remacle), 482.
Moivre (Abraham de), 551.
Moll (W.j, 461-63.
Moncliamp (l'abbé George), 531.
Monconys (Balthazar de), 533.
:Monge(Gaspar), 553-54.
Monnier (Le), 520.
Monteregio (J. de), ou Regio-
montan, 469.
Montucla, 543.
Mottet (Vincent), 549, 555.
Muet (Pierre le), 530.
Mulkeman (Erasme), 549, 555.
Mulkeman (Henri), 549, 555.
N
Newton (Isaac), 52S, 546-47, 551.
Nicole, 526.
Notger, 459-460.
Oldenburg (Henri), 533, 536,
544-45, 547-48.
Othon (l'Empereur), 459.
Ougevinus, 536.
Outremeuse (Jean d'), 464.
Ouioeroc (Christian), 491.
Ozanam (Jacques), 542.
Pacichelli, 533.
Pacioli fFrère Luca), 504-5.
Pascal (Biaise) , 496 , 520 , 533 ,
536-40, 547.
Peetermans (N.), 482.
Peiresc, 506, 532.
Pernety (l'abbé), 551.
Petau (le P.), 506.
Peurbach (G.), 470-71, 474.
Pez, 462.
Philippi (Joseph), 549, 556.
I Pirenne (H), 458.
j Pise (Léonard de), 504.
: Plempius (Vopiscus-Fortunatus),
514, 531.
Polit (Jean), 482.
Porchon, 46S.
Procureur (Roland), 556.
Puteanus (Erycius), 507, 510.
Pythagore, 464.
Pythéas, 517, 519.
— 564 -
Raets (Guillaume), 481-82.
Ramus (Pierre), 480-81.
Rantzau, 489.
Ratz de Lanthenée (le), 552.
Regimbold de Cologne, 463.
Regiomontan, 474, 495.
Regnartius (Valerianus), 500.
Rein art (Pierre), 511.
Reinier de Sl-Laurent, 465.
Revius (Jacques), 473.
Reyneau (le P. Ch.), 543.
Ricci (Michel-Ange), 533, 535, 548.
Riccioli(J. B.), 522, 548.
Roberval (Gilles Personne de),
540, 543-44.
Rodolphe de Liège , 459 , 461 ,
463.
| Rollin (Charles), 509.
Romain (Adrien), 468, 489-91.
Roose (le président), 513.
Ruelens (Ch.), 506, 511, 532.
Ryckius (Josse), 475, 480.
Sacrobosco (J. de), 469.
Saint-Evremont, 533-34.
Saumaise (Claude de), 507.
Saxe (Jean de), 469.
Scheffer (Jean), 532.
Schepss, 463.
Schoner (Lazare), 490.
Schooten (François van), 541, 546
Sedillot (L.-A.), 475.
Seton (Alexandre), 504.
Sheldon (le P. Nathaniel), 552.
Sigebertde Gembloux, 465.
Simonon (P.), 549, 557.
Slaughter (Edouard), 552.
Sluse (Jean-Gauthier de), 532.
Sluse (Pierre-Louis de), 555 56.
Susu (René-François de), 506-7,
513, 522, 525-26, 528, 532-49.
Sorbière (Samuel), 533.
Spinola, 544.
Spinoza (Benoît), 547.
Stadius (Jean), 475-80.
Stadius (Pierre), 475.
Stempel (Gérard), 490-93.
Stifel (Michel), 495-96.
Stockmans, 513.
Stoeffler (Jean), 469, 471, 474,
492.
Stoupi (de), 553.
Streel (Guillaume-Henri) , 524,
527, 536, 552.
j Streel (Léonard), 493-94, 502-3.
Sturm (Jean), 468.
Sturm (J.-Ch.), 493.
Sweertius (Fr.) 475, 492.
Tacquet (André), 529.
Tamisey de Larroque, 511, 532.
Tartalea, 497.
Taylor, 551.
Theux (X. de), 473, 492, 555.
Thomassin, 553.
Tielens (J.), 503.
Torres (Mis de), 513.
— 565 -
Torricelli (Evangelista), 535-37,
543-44, 547-48.
Tournoyé (Marie), 556.
Trithème, 460, 465, 470.
Tutot (J.-.I.), 553.
Tycho-Brahé, 489, 509.
Viète (François), 495.
Villenfagne (H.-N. de;, 467, 4S4,
498, 553.
Villette (Fr. de) l'ancien, 550.
Villette (Fr. de) le jeune, 553.
Vinci (Léonard da), 530.
Viviani (Vincent), 548.
Vivier (Oger du), 501.
W
Wachtendonck, 493.
Waldor (Jean), 482.
Wallis (Jean), 516, 533, 540.
Waulde (Gilles), 460.
Wattenbaoh, 459.
Wazon, 459, 464.
Wendelin (Godefroid) , 501-2,
506-23, 527-28, 531, 549.
Wendelin (Nicolas), 508.
White ou Le Blanc (Thomas),
525-26, 528.
Wilthem (Alexandre), 529.
Winterberg, 463.
Wittert (A.), 473.
Wolff (Christ.). 543.
Zelst (Adrien), 490-93.
Zigler(J.-R.), 486.
GUILLAUME EVRARD
NOTE COMPLEMENTAIRE
Peu do temps après la publication d'une notice sur le
sculpteur liégeois G. Evrard, voici qu'il est déjà possible
de la faire suivre d'une série de renseignements com-
plémentaires : en appelant l'attention sur un artiste de
talent et trop oublié, on invitait indirectement les connais-
seurs à mettre au jour de nouveaux documents.
C'est ainsi que M. Albin Body m'a l'ait parvenir de Spa
des données recueillies par lui, qui augmentent le catalogue
des oeuvres sculpturales d'Evrard, tout en indiquant les
conditions matérielles de l'exécution.
« L'église paroissiale de Spa, dit-il, possède quatre
statues fort remarquables dues au ciseau d'Evrard. Ce
sont la Vierge Marie , S'-Joseph , Sl-Roch et un Ange
gardien. Ces statues, la première surtout, sont, de L'avis
de tous, admirablement traitées. Elles ont environ cinq
pieds de haut. Leur authenticité n'est pas douteuse. Une
- 568 —
note que j'ai prise un jour dans les registres des comptes
de l'église en fait foi :
« Le 2 mars 1750, payé au sieur G. Evrard, sculpteur à
Liège, 240 fl. bb. , pour la figure de la Sainte-Vierge et de
Saint-Joseph, comme par quittance.
— A Etienne Sody pour là voiture des 2 susdites figures,
les ayant ramenées à 2 fois 9 11. 22 sous.
— A un homme qui les a été chercher avec un traîneau
et bottes de paille pour les emballer, 15 sous.
— Avril. Payé au sieur G. Evrard, sculpteur cent et
vingt fl. bb. pour la figure de S*-Roch.
1751, 28 murs. Payé au sieur Evrard , sculpteur, 67 frs
et 12 sous et demi , à compte sur les figures qu'il fait
pour l'église.
14 mars. Payé au s1' Evrard, sculpteur, 52 francs 8 sous
pour entier payement de la figure de l'Ange gardien qu'il
fait pour l'église. »
« Enfin, ajoute M. Albin Body, je possède une jolie
maquette d'Evrard : sur un socle , ou plutôt un haut
piédestal, un évêque est assis, portant la mitre et les habits
pontificaux ; il tient dans la main gauche un livre , et son
bras repose sur une ruche. A ses pieds Saint-Marc, tenant
également un volume, est assis sur un lion. Cette terra
cotta est signée : Evrard inv!. »
D'autre part, nous savons qu'Evrard plaça de ses œuvres
dans plusieurs églises de Liège démolies à la suite de la
révolution , à Saint-Pierre , Saint-Gangulphe , Saint-Jean-
Baptiste , à Saint-Léonard et aux Sépulcrines : ces
mausolées et ces statues ont disparu en même temps que
les édifices.
Des recherches faites dernièrement dans les cartons de
notre Académie des Beaux-Arts, facilitées par M. Drion
son directeur, m'ont fait connaître douze dessins originaux
d'Evrard, qu'il convient de placer dans l'œuvre de l'artiste
— 569 —
à la suite de son portrait par lui-même , retrouvé à l'Aca-
démie. Ces dessins proviennent tous d'une ancienne
collection formée par Henri Hamal , qui a consigné
par écrit des renseignements biographiques intéressant
nombre de nos artistes. Tout en regrettant de n'avoir pu
prendre connaissance de ces documents , nous espérons
qu'un jour le public liégeois sera mis à même de mieux
apprécier les efforts et les services rendus par un de nos
anciens amateurs d'art et d'histoire.
Quoi qu'il en soit, voici la liste des sujets représentés
par les dessins susmentionnés :
Un Sl-Sébastien, dont un ange visite les blessures ; cet
excellent dessin à la sanguine est signé et porte au verso
de la page comme tous les autres, une mention écrite de la
main de Hamal attribuant le dessin à Evrard ; ici l'inscrip-
tion est complète : dessin original de Guillaume Evrard,
élève de Maini, né à Liège en 1110 et mort le 10 juilletll93.
— Ex. coll. Henrici Hamal Leod ;
Un évêque mitre, tenant la crosse de la main gauche,
de l'autre bénissant ; ce dessin, des meilleurs aussi, est
exécuté à la mine de plomb et signé G. E. ;
Trois esquisses représentant des apôtres ou des saints ,
enlevées très vivement à la mine de plomb ;
Le meurtre d'Abel, à la plume G. E. ;
Deux corps de victimes ou martyrs dans des poses très
dramatiques, sanguine ;
Trois esquisses sur la même feuille : la Parque tenant
ses ciseaux levés, sanguine ; un groupe allégorique à
quatre personnages, dont une femme élevée à l'immor-
talité, couronnée par une autre, soutenue par la renommée,
et terrassant l'envie ; le tout au crayon noir; Saint-
André devant sa croix, sanguine ;
Danse champêtre, quatre personnages féminins, et un
1 erger assis, jouant de la cornemuse, exécuté à la plume.
38
— 570 —
J'ajouterai un dernier renseignement relatif à un curieux
et excellent portrait de Remacle Leloup, dessiné à la plume
et représenté en peintre, travaillant devant son chevalet.
Ce dessin d'Evrard , qui intéresse à la fois deux de nos
artistes liégeois, appartient à M. Auguste Hock.
Sans doute, la liste générale n'est pas close, mais cette
nouvelle contribution à la biographie de Guillaume Evrard,
et appelée directement par celle-ci même, méritait sans
doute d'être mise sous les yeux du lecteur, qui se trouvera
plus complètement renseigné.
ERRATA.
En note à la page 4 de la Notice, lisez : Piganiol.
P. 6, ligne 17e « Vers 1740-41.
P. 14, dernière ligne « En l'année 1724.
P. 21, 22e ligne «Evrard avoit 34 ans à la mort du prince
Georges-Louis de Bergh (1743), 54 ans quand mourut
Jean-Théodore de Bavière (1763), 61 au décès du prince
Charles d'Oultremont. Vingt-deux ans le séparoient de sa
propre fin ».
J. E. D.
T^^BLE: IDES HVEA.T'IEJFt.ES
DU XXI« VOLUME.
Pages
Statuts constitutifs V
Tableau des membres de l'Institut XI
Désiré van de Casteele. — Troisième Lettre à Monsieur
S*** sur l'ancienne verrerie liégeoise 1
Jean Levaux , de la Compagnie de Jésus. — Quelques
mots sur l'arrestation de l'abbé J.ehin 41
Jean Levaux , de la Compagnie de Jésus. — Privilèges
des anciens habitants du marquisat de Franchimont dans
la ville de Liège 51
Marcel De Puydt. — Notice-Catalogue sur les antiquités
préhistoriques du Musée de Liège 81
Stan. Bormans. — Les Wallons en Suède 127
J. E. Demarteau. — Guillaume Evrard, sculpteur de
S. A. le Prince-Évêque de Velbruck (1709-1793). — Notice . 137
Cam. de Borman. — Les Avocats de la Cour spirituelle
de Liège de 1604 à 1794 159
S. — Le Cheval étrusque en bronze de Clavier (Liège) . 237
Ph. de Limbourg. — Les Privilèges des Franchimontois. 261
Ph. de Limbourg. — Les Liards de Franchimont. . . 289
J. E. Demarteau. — La Violette, histoire de la Maison
de la Cité à Liège 297
— 572 -
C. Le Paige. — Notes pour servir à l'histoire des mathé-
matiques dans l'ancien Pays de Liège 457
J. E. Demarteau. — Guillaume Evrard. — Note complé-
mentaire 567
PLANCHES.
Pages
Antiquités préhistoriques. (Planches I à VII 100
Portrait de Guillaume Evrard, sculpteur 137
Deux eaux-fortes par Evrard 149
Le cheval étrusque en bronze trouvé à Clavier (Liège) . 237
La Violette (1497-1691) 297
La Violette (1493-1497) 377
RAPPORT
Sur les travaux de l'Institut archéologique liégeois
pendant l'année 1888
Messieurs,
L'année dernière , dans le rapport que j'avais
l'honneur de vous présenter sur les travaux de
l'Institut pendant l'exercice 1887, je constatais que
notre Société était en pleine prospérité, mais je me
permettais d'engager vivement tous les membres
à persévérer dans la nouvelle voie où nous étions
entrés, si nous ne voulions pas perdre le terrain
gagné.
Cet appel a été entendu, car vous constaterez,
• par la lecture des différents chapitres de ce rapport,
que des résultats sérieux et, espérons-le, durables,
ont été acquis au cours de l'année 1888.
— 2 -
x^ i rxr A. isr G E2 s .
La situation financière de l'Institut , déjà amé-
liorée pendant les années 1886 et 1887 , est très-
satisfaisante actuellement.
Nos recettes se sont élevées en 1888 à la
somme de fr. 5,270-35 , et nos dépenses à celle de
fr. 5,047-85.
Nous avons remboursé cette année 500 francs,
dernier reliquat de notre dette, contractée en 1882,
lors de la réorganisation de notre Musée. En outre,
nous avons pu faire pour notre Musée quelques
achats importants d'objets d'origine liégeoise et
nous conservons encore un boni respectable en
caisse.
Les revenus de la Société n'ont pas varié pendant
l'année 1888. L'Etat nous a accordé, comme précé-
demment, un subside de mille francs, la province
de Liège cinq cents francs et la Ville une somme
équivalente.
Notre situation financière, maintenant débar-
rassée de dettes , nous permettra de réaliser ,
pendant le cours de l'année qui commence, des
projets que la pénurie de fonds nous avait forcé
à remettre jusqu'à présent.
Notre zélé trésorier, M. Couclet, m'a communiqué
les comptes de nos recettes et de nos dépenses, que
je joins au présent rapport :
DEPENSES.
Achats divers fr. 2,515 i.'j
Impressions » 907 »
Remboursement de l'emprunt » 525 »
Gravures » 296 »
Fouilles , » 14g 25
Reliures „ 142 05
Expédition du Bulletin >, 34 26
Menuisier et serrurier » 15 15
Congrès d'anthropologie de Paris » 12 »
Les deux concierges » 154 69
Fouilles à Modave „ 300 »
Total: fr. 5,047 85
RECETTES.
Reliquat de 1887 fr. l 751 55
Monnaies cédées » 97 „
Vente de livraisons du Bulletin » jj §0
Subside du Gouvernement » 1,000 „
Subside de la Province » goo »
Subside de la Commune » 500 »
Vente de catalogues » 2 »
Souscription des membres » 1,285 »
Intérêts chez le banquier » 120 «
Van denBerg (pour mémoire, fr. 1,000) » » » »
Total : fr. 5,270 35
RÉSULTAT.
Recettes fr. 5^70 35
Dépenses n 5047 85
Reste. . fr. 222 50
— 4 -
OVETJ-iSEE:.
Le Musée s'est augmenté pendant l'année 1888
d'un certain nombre d'objets d'origine liégeoise,
les uns, offerts par des particuliers; les autres,
les plus importants, acquis par l'Institut archéo-
logique, auquel sa bonne situation financière a
permis de sortir cette année de la réserve dans
laquelle il avait dû se tenir jusqu'à présent.
Nous devons chercher, on ne saurait trop le
répéter, à recueillir exclusivement des objets
originaires de l'ancienne principauté de Liège , ou
présentant au moins un intérêt historique ou
archéologique pour notre1 province.
Vous trouverez ci-joint les listes des objets reçus
et acquis pour le Musée pendant l'année 1888 :
Dons.
M. Dejardin, brasseur. — Deux bustes en bois argenté,
provenant du couvent des Dominicains de Liège.
Comte de Mercy-Argenteau. — Cheval en bronze, antéromain ,
trouvé le long de la Chaussée romaine, commune de Clavier.
Comte de Mercy-Argenteau. — Cruche gallo-romaine en
terre blanche, même provenance.
M. Mouton, de Clavier. — Hache en bronze, trouvée à Odet
(Bois-Borsu) en l88o.
M. De Puydt. — Silex taillés, au nombre d'une centaine,
trouvés dans les provinces de Liège et du Limbourg Hollandais.
M. Philippe de Limbourg. — Trois plaques de poêle en fonte,
deux avec personnage portant un bâton, la troisième lisse,
provenant de Theux.
M. Jean Marcotte. — Une plaque de fonte, plus grande, ayant
pour sujet saint Michel terrassant le dragon.— Même provenance.
- 5 -
M. Davin-Rigot. — Fragments de patère en terre samienne,
avec sigle trouvée à Braives. Deuxtuileaux, l'un marqué N E H,
l'autre DRILO F, trouvés à Braives. Une anse en terre mar-
quée VIII.
Achats.
Thèse du baron Guillaume de Rallier fr. 100 »
Plaque de cheminée en fonte aux armes de la
famille Curtius >> 20 »
Brique armoriée. . . . , » 4 »
Coupe en verre, de fabrication liégeoise. ...» 10 »
Fibule franque en argent et or (Fallais) .... » 200 »
Brique aux armes du prince Jean-Théodore de
Bavière » 4 »
Calice en verre avec pied , fabrication liégeoise . » 20 »
Garderobe en chêne , style Louis XVI » 800 »
Lanterne d'église, cuivre jaune travaillé à jour,
avec inscription : Ecclie parochlis de Stavelot . . » 25 »
Chenets et crémaillère en fer, 1781 » 100 »
Collier en argent de la Gilde des arquebusiers de
S'-Trond , 18e siècle » 450 »
Deux verres à pied, fabrique liégeoise » 5 »
Garderobe en chêne, travail liégeois, style Louis XIV. » 700 »
Analecta Bollancliana (2 volumes ) » 20 25
Deux assiettes faïence liégeoise » 57 20
Total fr. 2,515 45
Échange».
Deux lames de coutelas, contre une lampe en grès, sur long
pied.
Un vase péruvien en terre et un vase à rafraîchir l'eau ,
contre un flacon de verre carré, gallo-romain, pâte verte»
trouvé aux environs de Tongres.
FOUILLES.
Vous constaterez encore ici un progrès sensible.
Des fouilles ont été exécutées sur différents
— 6 —
points de la province et ont, en général, assez
bien réussi.
A Solières et à Braives , il est vrai , elles n'ont
donné que peu de résultats: quelques fragments de
poteries, des silex et un curieux objet en bronze.
A Bassenge, nous avons été beaucoup plus heu-
reux; les fouilles, conduites par M. Fraikin,ont
donné : un certain nombre d'objets en terre cuite,
des monnaies romaines en enivre, un bassin en
bronze, etc.
Les recherches continuées jusqu'à la fin de
décembre, ont été suspendues provisoirement sur
la rive droite parce que le propriétaire, M. Mathot-
Barbe , brasseur à Visé , n'a pas voulu en autoriser
la continuation; mais des démarches actives ont
été faites pour lever cet obstacle , et nous avons
tout lieu d'espérer qu'elles réussiront.
M. Philippe de Limbourg, notre zélé confrère,
a commencé des fouilles à Theux vers la fin de
Tannée. Elles paraissent devoir donner des résul-
tats sérieux, si l'on en juge par les objets déjà
découverts; mais comme elles doivent se continuer
en 1889, nous en parlerons d'une manière plus
complète dans le rapport de cette dernière année.
■ioims.
Les publications n'ont pas été négligées pendant
l'année 1888.
La Société a distribué :
— 7 —
1° La 2e livraison du tome XIX du Bulletin*
contenant la première partie de l'Histoire du
comté de Fallais, par M. Eugène Poswick.
Cette livraison est accompagnée de quatre
planches, dont deux sont dues au burin de notre
habile aquafortiste liégeois, M. de Witte, professeur
à l'Académie.
2° La lre livraison du tome XXI du Bulletin,
qui contient quatre articles :
a. Troisième lettre à M. S. sur l'ancienne
verrerie liégeoise, par M. Van de Casteèle.
b. Quelques mots sur l'arrestation de l'abbé
Jehin, par le Père Le vaux, de la O de Jésus.
c. Privilèges des anciens habitants dû mar-
quisat de Franchimont dans la ville de Liège,
par le même.
d. Notice-Catalogue sur les antiquités préhisto-
riques du Musée de Liège, par M. Marcel De Puydt.
Ce dernier travail , auquel notre honorable
collègue a ajouté sept planches dessinées par lui,
doit être considéré comme le premier essai de
catalogue systématique de notre Musée.
3° Le rapport sur les travaux de l'Institut pendant
l'année 1887.
4° La table des matières des vingt volumes de la
première série du Bulletin de l'Institut , par
M. Dewalque, professeur à l'Université.
La troisième et dernière livraison du tome XIX,
contenant la suite et la fin de Y Histoire du comté
de Fallais est sous presse ei sera distribuée au
mois d'avril.
La seconde livraison du tome XXI est de même
sous presse et paraîtra au mois de mai prochain.
- 8 -
BIBLIOTHÈQUE.
La bibliothèque de l'Institut est en pleine pros-
périté; les livres sont classés dans un ordre parfait;
le catalogue est tenu régulièrement par notre actif
et dévoué bibliothécaire, M. le capitaine Dejardin ,
qui s'est attaché tout particulièrement, cette année,
à compléter les collections de publications restées
dépareillées jusqu'ici. C'est dire assez que la biblio-
thèque s'est augmentée considérablement au cours
de l'année 1888.
Nous devons encore ajouter à la longue liste des
Sociétés avec lesquelles nous entretenons des rela-
tions confraternelles au moyen des échanges de
nos publications :
La Société philomatique vosgienne de Saint-Dié.
La Société archéologique de Bruxelles.
La Société berlinoise d'anthropologie , d'ethno-
logie et d'études préhistoriques.
Enfin , la Société des Pères Bollandistes , dont les
travaux ont une si grande importance pour
l'histoire de notre pays.
Nous signalerons parmi les principaux nouveaux
dons qui sont venus enrichir notre bibliothèque,
l'ouvrage intitulé: Les premiers âges du métal
dans le sud-est de l'Espagne, par MM. Henri et
Louis Siret, envoyé par M. le ministre de l'intérieur.
M. le bibliothécaire de la Chambre des repré-
sentants nous a, de même que l'année dernière,
renvoyé quelques volumes et livraisons de notre
Bulletin, qui étaient en double à la bibliothèque
dont il a la direction.
— 9 —
La liste ci-jointe, dressée par M. le capitaine
Dejardin, comprend tous les ouvrages reçus ou
échangés pendant l'exercice 1888.
Dons «l'mitoui-s.
Ulysse Chevalier. — Compte de Raoul de Louppy , Gouverneur du
Dauphinéde 1361 à 1369. Romans. 1886.
Id. — Des règles de la critique historique. Lyon. 1888.
L. Daae. — Oui humanisten og satirikeren Johan Lauremberg.
Christiania. 1884.
Id. — Joannis Agricolœ islebiensis apophtegma nonnulla mine
primum edidit. Christiania. 1886.
Adolphe Dejardin — Quatrième supplément aux recherches sur les
cartes de la principauté de Liège et sur les plans de la ville. Liège.
L. de Thier. 18S7. Un vol. in-S\
Id. — Deuxième supplément à la Description des cartes de la pro-
rince d'Anvers et des plans de la ville. Anvers. Plasky. 1888. lre partie.
Un vol. in-8°.
Marcel De Puydt. — Notice sur des silex et ornements néolithiques
trouvés aux environs de Solières (Ben-Ahin). Bruxelles. Hayez. 1888.
Id. — Quelques observations sur les théories émises par M. Casimir
Ubaghs dans sa brochure intitulée: « Les ateliers ou stations dits pré-
historiques de Ste-Gertrude et Ryckholt. » Bruxelles. Hayez. 1888.
G. Dewalque. — Le prétendu dolmen de Solwaster. Liège. Vaillant-
Carmanne. 1888. Une feuille in-8°.
J. I. Doedes. — CoUectie van Rariora. Utrecht.
A. B. Drachmann. — Catitls digtning bélyst i forhold til de» tid-
ligere graeske og latinskelitteratur. Copenhague. 1887.
Id. — Gudemehos Vergil. Bidrag til belysning af Aeneidens kompo-
sition. Copenhague . 1887.
J. Fraipont. — Le tibia dans la race de Néanderthal. Etude compa-
rative de Y incurvation de la tête du tibia dans ses rapports avec la
station verticale dans l'homme et les anthropoïdes. Paris. Masson.
J. Fréson. — Notice historique sur les anciens monastères des Ursu-
lines, des Annonciades célestes, des Carmélites déchaussées et des Sé-
pulcrines dellny. Huy. De Grâce. 1887.
Auguste Hock. —Liège au. XVe siècle. Promenades rétrospectives.
Liège. Vaillant-Carmanne. 1881. Un vol. in-8°.
- 10 —
Auguste Hock — Liège au XIXe siècle. Les transformations. Liège.
Vaillant-Carmanne. 1885. Un vol. in-8°.
Id. — Liège au XIXe siècle. La vie. Liège. Vaillant-Carmanne. 1886
Un vol. in-8°.
Id. — Croyances et remèdes populaires au p>ays de Liège. Liège.
Vaillant-Carmanne. 1S88. Un vol. in-12.
W. J. Hoffman — Pictography and shamanistic rites of the Ojibwa.
Washington 1888.
Id. — Folk-Lore ofthe Pennsylvania Germons. Washington.
Clément Lyon. — Gentilshommes verriers au pays de Charleroi.
Charleroi. 1888.
L. Moreels. — Les dolmens de Wéris et à"Oppagne (province de
Luxembourg ). Liège. Vaillant-Carmanne, 1888. Une brochure in-S°.
F. L. 0. Roehrig. — The language of the Dakota or Sioux Indians.
Washington. 1872 (Don de M. G. Dewalque).
G. Aug. B. Schierenberg. — Die Ratlisel dcr Varusschlacht oder
Wieund Wo gingen die Legionen des Varus zu Grunde? Francfort-
sur-Mein. 1888.
Sélys-Longchamps (baron Edm. de). — Révision des poissons d'eau
douce de la faune belge. Bruxelles, Hayez , 1887.
L. B. Stenersen. — Vdsigt over den romerske satires forskjellige
arter og deres oprindelse. Christiania, 1887.
Id. — CatuVs Digtning oplyst i dens sammenhaeng med den tidligere
grœske og latinske literatur. Christiania, 1887.
Gravures,
Planches tirées à part sur grand papier de : Liège au XIXe siècle.
Les transformations , par Aug. Hock.
PL 1. Vue du mont Saint-Martin à Liège, 1780, (d'après Dreppe).
PI. 2. Vue du Pont-tille.
PL 3. Le Polet,l'ile Saint- Jacques , les Augustins, 1825 (d'après
Decou).
PL 4. Vite prise de sur Avroy, les Liège. 1140 (d'après J. Beyer).
PL 5. Ecluse du bassin d"1 Avroy.
PL 6. Plan figuratif des 32 tours ou moulins, etc. (quartier
d'Outre-Meuse).
Planches tirées de : Liège au XIXe sièele. La vie, par le même.
PL B. Couvent des Dominicains. Place aux chevaux (d'après
Dreppe).
— 4-1 —
PI, C. Vue prise en dehors de la porte d'Avroy, 1740 (d'après
J. Beyer ).
PL D. Pont de Saint-Nicolas , 1865.
Planches de : Le vieux Liège , par Léon Béthune.
PL 1. Le pont d'Avroy à Liège en 1826. (d'après F. G. Benardy ).
PL 2. Le quai de la Sauvenière à Liège en 1826 (d'après F. G.
Benardy).
PL 3. Liège. Le quai d'Avroy. 1850 ( d'après A. Bindels).
PL 4. Liège. Ancienne église Sainte-Marguerite, 1863.
Envois du ministère de l'intérieur.
Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordon-
nances de la Belgique. — Recueil des anciennes coutumes de la
Belgique. — Coutumes des pays , duché de Luxembourg et comté de
Chiny , par Gh. Laurent. 2e supplément. Bruxelles , 1887. Un vol. in-4°:
ld —Coutumes des pays et comté de Flandre. Coutume de la prévôté
de Bruges, par Gilliodt-Van Severen. Bruxelles, 1887; t. I et II. Deux
vol. in-4°.
ld. — ld. — Quartier de Garni. Coutumes de la ville de Gond, par Du
Bois et De Hondt. Bruxelles , 1887. Un vol. in-4°.
Exposition rétrospective d'art industriel organisée par le gouverne-
ment, etc. Bruxelles, 1888. Catalogue officiel, publié sous la direction
de M. le chanoine Beusens. Bruxelles, Weissenbruch. 1888. Un vol.
in- 12.
Les premiers âges du métal dans le sud-est de V Espagne, par Henri
et Louis Siret. Anvers, 1887. Un vol. in-4° et atlas in-folio.
Procès-verbaux des séances du Conseil provincial de Liège. Session
ordinaire de 1887. Liège, G. Thiriart, 1887. Un vol. in-12.
Inventaire des archives du chapitre noble de Munsterbilsen , par
Henri Van Neuss. Hasselt, Billen. 1887. Un vol. in-4°.
Envois «le Sociétés.
Fédération archéologique et historique de Belgique. — Mémoires,
rapports et autres documents préalablement imprimés eu vue des tra-
vaux du Congrès tenu à Charleroi les 5. 6. 7 et 8 août 1888 sous la
direction de la Société palêontologigue et archéologique de Charleroi.
Bruxelles, G. Deprez, 1888. Un vol. in-S°.
ld. — Liste des membres du Congrès archéologique de Charleroi.
Bruxelles, G. Deprez, 1S88.
— 12 —
Caveau verviétois. Société littéraire. Rapports du septième concours
littéraire. Verviers, 1887 (Année 1887).
Id. — Id. — 1, 2, 8, 9 avril 1888. Grand concours dramatique fran-
çais et wallon, etc., Programme officiel. Verviers, I8S8. Une br. in-12.
Société archéologique de Namur. — Bibliographie namuroise , par
Doyen. Namur, Wesmael-Charlier, 1887. lre partie. 4e liv. (1751-1799).
Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790,
rédigé par J. Finot. Nord. Archives civiles. Série B. Chambre des
comptes de Lille. N°l 2788 à 3228. Lille, 1888, t. VI, in-4°.
Fondation de la Société de statistique de Marseille. (60e année.)
Compte-rendu 1887. Rapport sur les concours. Marseille, 1888.
Matériaux pour l'histoire '■primitive et naturelle de l'homme, dirigé
par E. Cartailhac et E. Chantre. Paris, 1887, t. XXI. 3e série, t. IV.
Janvier.
Société des antiquaires delà Morinie. — Bibliographie historique de
V arrondissement de St-Omer, par Dard. S'-Omer, 1887.
Friesch Genootschap van Geschied, Oudheid-en Taaïkunde. — Oos-
tergo. — Register van Geestelyke Opkomsten van Oostergo. Leeu-
warden, 1888.
Inventaire sommaire des Tables générales des Périodiques histo-
riques en langue française, par H. Stein. Leipzig, 1888.
Gesellschaft fur Pommersche Geschichfe und Alterthumskunde. —
Die Baudenkmâler des Regierungs-bezi rks Stralsund. Liv. I. Der
kreis Franzburg , par E. von Hassei.berg. Stettin, 1881.
Gesellschaft far nùtsliche Forschungenin Trier. — Roemische Mosai-
ken aus Trier und, dessen Umgegend , par J. N. Von Wilmowsky.
Échanges.
§ 1. - BELGIQUE.
Anvers. — Académie d'archéologie de Belgique — Annales, t. XLII,
4e série, t. II, 1886.
Id. — Id. — Bulletin, 4e série. N03 10-15. 1887 et 1888.
Bruxelles. — Bulletin de l'Académie royale des sciences , des
lettres et des beaux-arts de Belgique, 3e série , t. XV et XVI, 1888.
Id. — Annuaire de V Académie royale, etc., 54e année, 1888, in-12.
Id. — Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie,
26e année, n03 1 à 4 et 9 à 12. 1887.
Id. — Annales des travaux publics de Belgique, t. XLV, 2e, 3e et
4e cahiers, 1887; t. XLVI, 1er et 2e cahiers, 1888.
- 13 -
Bruxelles. — Revue belge de numismatique (44e année), 7e série,
t. VIII, 1888.
Id. — Bulletin mensuel de numismatique et d'archéologie, par R. Ser-
rure, t. VI, n°«8et 9, 1888.
Id. — Société royale belge de géographie. — Bulletin, 12e année, 1888.
Id. — Ici. — Compte-rendu des actes de la Société, 12e année, 1888.
(Dans le même volume que le précédent).
Id. — Analecta Bollandiana , édité par C. De Smedt, J. De Backer,
C. Houze et F. Van Ortroy , 1. 1 à VII, 1882-1888.
Louvain. — Annuaire de l'Université catholique, 52e année, 1888.
Id. — Société littéraire de V Université catholique. — Choix de mé-
moires, 1877, 1888. T. XII et XIII.
Id. — Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique,
par Reusens et Barbier, t. XXI, 2e série, t. V. 1887.
Gand. — Messager des sciences historiques, année 1887, 4e liv. ;
année 1888, lre, 2e et 3e liv.
Saint-Nicolas. — Annales du Cercle archéologique du pays de Waes,
t. XI, 3e liv., janvier 1888; 4e liv., juin 1888.
Moxs. — Annales du Cercle archéologique, t. XXI, 1888.
Id. — Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts
et des lettres du Hainaut, 4e série, t. X-, 1888.
Enghien. — Annales du Cercle archéologique, t. IV, lrf liv, 1888.
Liège. — Société des Bibliophiles liégeois. — Bulletin, t. III, 3e fasc.
1886-1888.
Id- — Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne, 2e série
t. X, 1887.
Id. — Table des matières contenues dans les publications de la
Société liégeoise de littérature wallonne, 1857-1887. Liège, 18S7.
Vekviers. — Caveau verviétois. Société littéraire. — Annuaire.
Ie année (1884-1885) 1886, 8e année (1885-1887) 1887.
Huy. — Cercle hutois des sciences et beaux-arts. — Annales t. VIII
lrcliv.. 18*8.
Namur. — Annales de la Société archéologique, t. XVI, 4e liv.,
t. XVII, 3« et 4e liv. 1888.
Id. — Rapport sur la situation de la Société en 1887. 1888.
§2. — FRANCE.
Arbeville. — Mémoires de la Société d'Émulation (1884-1886).
3e série , t. IV , 1887.
— 14 -
Abbeville. — Bulletin des procès-verbaux de la Société d'Emulation
(Année 1886-1887). 1888.
Amiens. — Société des antiquaires de Picardie. — Mémoires. Docu-
ments inédits concernant la province, t. XI, 1888, in-4°.
ID. _ ici __ Bulletin , t. XVI, liv. 4 de 1887, liv. 1-2 de 188S.
Auxerre. — Bulletin de la Société des sciences historiques et natu-
relles de l'Yonne , t. XLI, 3e série , t. XI, 2e semestre 1887 ; t. XL1I,
3e série , t. XII, 1er semestre 1888.
Bordeaux. — Société archéologique, t. X, 2e fasc, 1885; t. XII,
1", 2e et 3e fasc, 1887.
Id.— Id.— Compte-rendu des séances. Années 1881-1882 et 1883-1884.
Bourges. — Mémoires de la Société historique, littéraire, artistique
et scientifique du Cher. 4e série, t. III, 18S7; t. IV, 1888.
Chalon-sur-Saône. — Mémoires de la Société d'histoire et d'ar-
chéologie, t. VII, 4e partie, 1888, in-4°.
Dunkerque. — Mémoires de la Société dunkerquàise pour l'encou-
ragement des sciences, des lettres et des arts (1885-1886), t. XXIV, 1887.
Nancy. — Mémoires de V Académie de Stanislas, 138e année, 5e série,
t. V, 1888.
Orléans. — Société archéologique et historique de l'Orléanais.
- Bulletin, t. IX, nos 133, 134 et 135, 1887, et n» 136, 1888.
]D. _ u. — Mémoires, t. XVI, 2e fasc, 1887.
Bomans. — Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse
des diocèses de Valence, Digne, Gap, Grenoble et Viviers, 8e année,
Septembre 1887 — Août 1888.
Saint-Dié. — Société philomatique vosgienne. — Bulletin. 12e année.
(1886-1887).
Saint-Omer. — Société des antiquaires de la Morinie. — Bulletin
historique, 36e année, n&s 143, 144, 1887; 37e année, n° 145, 146, 1888.
Toulouse. — Société académique franco-hispauo-portugaise. — Bul-
letin (1887), t. VIII, n» 1, 2, 1888.
Id. — Id. — Annuaire (Année 1887-1888), 1888.
Id. — Société archéologique du midi de la France. — Mémoires, t. XI.
(1874-1880), n°s3 à 8, 1883; t. XII (1880-1882), 18S3; t. XIII (1883-1886),
1887 ; t. XI V (1886), 2e liv. 1887.
ID. _ id, — Bulletin AH76, 1878, 1884, 1885. Nouvelle série, n" 1,1888.
§ 3. - HOLLANDE.
La Haye. — Algemec» Nederlandsch Familiéblad tydschrift voor
Geschiedenis, Geslacht-Wapen-Zegelkunde, ens onderleiding , par A. N.
Vorsterman van Oyen ; 5e année, 1SS8, in-4p.
- 15 —
Leeuwarden. — De vrije Fric*. Mélanges publiés par Frieach Genoot-
sehap van Geschied, Oudheid-en Taalkunâe, t. XVI. 18S3, 1885. n° 1,2;
t. XVII, 1887. n° 1.
Id. — 59e rerslag der Handeliugeit van het Friesch Genootschap, etc.
Année 18S6-1887.
Leyde. — Maatschappij der Nederlandsche letterkunde. — Hande-
lingen en medeleelingen, 1887.
Id. — Id. — Levensberichten, 15-87.
Maestricht. — Publications de la Société historique et archéologique
dans le duché de Limbourg, t. XXIV. Nouv. série, t. IV, 1887.
Utrecht. — Werken uitgegeven door Jiet Historisch genootschap,
t. XLIV — L. 1887 et 1888.
§ 4. - DANEMARCK.
Copenhague. — Mémoires de la Société royale des antiquaires du
Nord. 1887.
Id- — Tillaeg til Aarboger for nordisk OUkyndighed og Historié
udgivet af detkongelige nordiake oldskrift-selskab. ( Année 1886.) 1887.
§ 5. - SUÈDE ET NORWÈGE.
Stockholm. — Kongl. Vitterhets Historié och Antiquitets Acade-
miens. — Jntiquarisk tidskrift for Srerige, par Hildebrand , t. X.,
nos 3, 4, 1887.
§ 6. - SCHLESWIG-HOLSTEÏN (PRUSSE).
Kiel. — Zeitsehrift der Gesellschaft f:ir Schlesioig-Holstein Lauen-
burgische Geschichte, t. XVII, 1887.
Id. — Bericht zur AUerihumskunde Schleswig-Holsteins — Kiéler
Munzkatalog. Verzeichniss der Munz sammlung des Schleswig-Hols-
teinischen Muséums vaterlândischer AlterthUmer, publié par Handel-
man et Klauder ( 1863-1887) , t. I , in-4°.
Id. — Mittheilungen des Anthropologischen Vereins in Schleswig-
Holstein. — Ausgreben bei Tmmenstedt (1879-1880), 1888, t. I.
§ 7. - HAXOVRE (PRUSSE).
Hanovre. — Zeitsehrift des Historischen Vereins fur Niedersachsen
t. XLIX, 1887.
Id. — Nachricht des Historischen Vereins , etc., t. XLIX , 1887
(dans le même volume que le précédent).
- 16 —
§ 8. — PRUSSE.
Aix-la-Chapelle. — Zeitschrift des Aachener Geschichtsvereins'
t. IX, 1887.
Id. — Id. — Register zu Band 1-V1I, par H. Keussen, 1887.
Berlin. — Verhandlungen der Berliner-Gesellschaft fur Anthropo-
logie, Ethnologie und lTrr/eschichte, dirigé par R. Virchow, t. I-VII '
1882 - 1888.
Bonn. — Jahrbiiclier des Vereins von Alterfhumsfreunden i»i Rhein-
lande, t. LXXXIV, 1887; t. LXXXV et t. LXXXVI , 1888.
Kônigsberg. — Scltriften der physikalisch-ôkonomischen Gesellschaft,
28e année (1887), 1888.
Metz. — Mémoires de V Académie. 66e année (1884-1885), 3e série,
t. XIV, 1888.
Stettin. — Baltisehe studien, publié par Gesellschaft fur Pom-
mersche Geschiehte und AUerthumshunde. 37e année, 1887.
Id. — Monatsbldtter publié paT Gesellschaft fur Pommerschc , etc
N°»l à 12, 1887.
Wernigerode. -- Zeitschrift des Harz-Vcreins fur Geschiehte und
Alterthumskunde, 20e année, 2e liv., 1887 ; 21e année, lre liv., 1888.
§ 9. - MEGLEMBOURG (PRUSSE).
Néant.
§ 10. SAXE.
Dresde. '— Jahresberieht des kôniglieh Sachs Alterthnms-Ven ins ,
1887-1888.
Id. — Nettes Archiv fur Siichsische Geschiehte und Alterthumskunde.
par Ermisch, t. IX, 1888.
Iéna. — Zeitschrift des Vereins fur Thilringisehe Geschiehte und
AUerthumshunde, t. XIV, nouvelle série, t. VI, nos 1 et 2, 1888.
Id. — Thilringisehe Geschichtsquellen , t. VI. Nouvelle série., t. III.
— Urhundenbuch der Stadt Jeun und ihrer geislichen Anstolten, par
Martin, t. I (1182-1405).
§ 11. - WURTEMBERG.
Stuttgart. — Wiirttembergissche Vierteljahrshefte fin- Luudesges-
chichte , 10 année , 1887
Ulm. — Munster Blcitter im Auftrag dis Munster Komites, publié
par F. R. Pre.ssel et A. Beyer. 5e partie, 1888.
17 —
§ 12. — BAVIERE.
Lindau — Sckriften des Vereins fur Geschichte des Bodenseé's und
seiner Umgebung, t. XVI, 1887.
Munich. — Historischen Verein von Ober-Bayem. — Oberbayerisches
Archivfur vaterlândische Geschichte, t. XLIV, 1887.
Id. — Id. — Jàhresbericht, 4Se et 49e année ( 1885 et 1886), 1887.
Nuremberg. — Anzeiger des germanisçhen National Muséums,
t. II,lre partie, 1887.
Id. — Mittheilungen aus déni germanisçhen Nationalmuseums , t. II,
Impartie, 1887.
Id. — Katalog der Un Germanischen Muséum beftndlichen. 7e.
Denhmâler (Rosenberg'sche Sammlung), 1887.
Ratisbonne. — Verhandlungen des Historisclien Vereines vori
Oberpfalz und Regensburg. Nouvelle série, t. XXXIII (41e), 18S7.
§ 13. - AUTRICHE.
Gratz. — Historischer Verein fur Steiermarh. — Mittheilungen,
t. XXXVI, 1888.
Prague. — Verein f'iir Geschichte der deutsehen in Bôhnten. — Mitthei-
lungen. 25e année, 1886-1887.
§ 14. - AUTRICHE (HONGRIE).
Budapest. — Archeologiai ' ertesitô , publié par A. Magyar tudo-
manyos ahadêmianak archaeologiai bizottzaga, par Hampel Joszef,
t. VII. 1887. N°s 3, 4, 5; t. VIII, 1888. Nos 1, %
Id. — Uhgarische Revue mit Unterstùtzung der ungarischen Akademie
der Wissenschaften , publié par P. Hunfalvi et G. Heinrich. 7e année,
1887. N»3 8 à 10; 8e année, 1888. Nos 1 à 6.
§ 15. — ESPAGNE.
Barcelonne. . — Associacio catalanista d'excursions cieniificas. —
Vexcusionista Bolleti mensual. 10e année, 1887. Nos 112-114; 11e année,
1888. Nos 116-120.
Id. — Id. — Acta delà sessio publica inaugurai del any 1887 et 1888.
Id. — Id. — Memorias (1884) t. VIII, 1888.
§ 16. - ITALIE.
Néant.
— 18 —
^ 17. — ALGÉRIE.
Kone. — Académie (VHippone. — Bulletin , l. XXII (1886), t. XXIII
( 1887), lre liv. 1888.
Id. — Id. — Comptes fendus des réunions. Bulletins n°* 23 et 24,
1887 et 1888.
§ 18. — ÉTATS-UNIS.
Washington. — Annital Report of the board of Régents of the
Smitsonian Institution. Année 1886. 2e partie.
§ 19. - BRÉSIL.
Rio de Janeiro. — Avclikos do Museu nacional, t. VII, 1887.
§ 20. COSTA RIGA.
San José. — Anales del Museo nacional. t. I, 1888.
MEMBRES IDE I-.A. SOCIÉTÉ.
Nous n'avons guère à signaler de modifications
dans le cadre des membres effectifs et honoraires
de l'Institut , si ce n'est la démission , que nous
avons eu le regret de recevoir, d'un de nos membres
effectifs les plus dévoués, M. Henri Helbig, dont
l'état de santé ne lui permet plus d'assister à nos
séances.
Aucune mutation n'a eu lieu parmi les membres
correspondants , dont le nombre réglementaire est
complet.
Trois membres associés nous ont remis leur
démission : MM. le docteur Jorissenne , baron
- 19 -
Camille de Moflarts et chevalier Edmond de Sau-
vage Vercour.
Le Bureau pour l'année 1889, qui devait être
renouvelé au mois de décembre dernier , a été élu
seulement dans la séance du 31 janvier 1889.
M. Jules Helbig a été nommé pour la seconde fois
vice-président; MM. Poswick, Alexandre, Dejardin
et Couclet ont été réélus respectivement secrétaire,
conservateur, bibliothécaire et trésorier.
Liège, le 31 février 1889.
Le Secrétaire ,
E. POSWICK.
GETTY CENTER LINRARY
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